OBSERVATION II
Rhumatisme articulaire aigu, de moyenne intensité. Pneumonie au treizième jour ; résolution brusque de la phlegmasie pulmonaire au troisième jour ; accidents cérébraux promptement mortels.
Une jeune fille de seize ans entra à la Pitié, dans le service de M. Charcot, pour un rhumatisme polyarticulaire aigu, de
* Herzo;,', in CanstalCs Jahresbericht, 1857, Band IV, p. 153. — Fiiller, loc. cit., p. 317. — Nicot, Thèses de Paris, 1829, n" 96. — Marrotle, Comples rendus de la Société de inéd. des hôpitaux, 12 févr. 488ot.
moyenne intensité. Au bout de dix jours, ollo olïrit des signes do pùricardite. Trois jours plus tard, la dyspnée ayant augmenté, rauscullation fit découvrir, dans toute l'étendue du lobe inférieur du poumon gauche, du râle crépitant fin et du soul'fle tubaire; il existait à ce niveau une matité très-prononcée. Les douleurs articulaires n'ont éprouvé aucun changement. Les phénomènes de pneumonie ont persisté deux jours encore sans aucune modification. Le matin du troisième jour, il y eut des signes de résolution ; mais le soir môme on vit éclater un délire des plus violents, et la malade succomba pendant la nuit.
A l'autopsie, on ne trouva aucune lésion dans l'encéphale ni dans les méninges. Le lobe inférieur du poumon gauche était un peu engoué, rougeâtre, mais sans hépatisation. Il existait des fausses membranes sur le péricarde ; mais il n'y avait aucune trace de pleurésie. Dans plusieurs des articulations malades, on trouva des masses fibrineuses d'un volume considérable, et un liquide verdàtre contenant de nombreuses cellules épithéhales et quelques globules pyoides.
Pendant notre internat à l'hôpital Lariboisière clans le service de notre bien-aimé maitre, M. le doctenr iMoissenet, nous avons été témoin dun fait, dans lequel les choses se sont passées d'une manière précisément inverse. Un homme, atteint d'un rhumatisme [jolyarliculaire très-aigu fut tout à coup pris d'un délire violent, après la disparition soudaine des phénomènes articulaires: quelques heures plus tard, le délire avait cessé, les articulations étaient reprises, et peu de temps après, on constatait les signes d'une pleurésie. Ce malade fut assez iieureux pour se rétablir.
Le pronostic de ces affections est moins grave au point de vue local que sous le rapport de la disposition t>;énérale dont elles sont l'indice. Souvent, en ell'ot, nous les voyons se résoudre avec une facilité merveilleuse ; mais c'est surtout alors qu'on peut craindre l'explosion
des accidents formidables sur lesquels nous venons d'insister.
Toutes choses égales d'ailleurs, la pleurésie rhumatismale est moins grave que la pneumonie. Nous n'avons pas besoin de dire que lorsque ces lésions sont doubles, le pronostic devient beaucoup plus sérieux. Enlin, quand les affections pulmonaires surviennent à titre de comp.lications dans les cardiopathies rhumatismales, et surtout dans la péricardite, le malade est en danger imminent de mort. (Latham.)
F?. Congestion pulmonaire.
11 existe dans la science plusieurs cas de rhumatisme articulaire aigu, dans lesquels la mort est survenue inopinément, à la suite de symptômes de suffocation. La mort rapide paraît, dans ces cas, devoir être rapportée à l'invasion brusque d'une congestion pulmonaire trèsintense, dont les caractères ont été plusieurs fois retrouvés à l'autopsie. Des exemples de ce genre ont été publiés par MM. de Castelnau, Aran et Houdé ^ Ce dernier a consacré sa thèse inaugurale à cette quesiion intéressante. On trouve dans les œuvres de Stoll et de Van- Swieten quelques passages qui sembleraient se rapporter à cet ordre de faits.
Cette complication formidable paraît survenir dans des cas de rhumatisme peu intense, et jusqu'alors régulier dans sa maiche. Le début est brusque, imprévu,
' Caslelnau, Arch. génér. de méd.^ j). Ô04 ; 1845. — Aran, Gaz. des hôp., t860. — lloudé, Thèses de Paris, 1861, a° HO.
foudroyant; aucun signe précurseur ne vient annoncer l'orage. D'après M. Houdé, c'est surtout le soir ou dans la première moitié de la nuit qu'on voit se manifester les accidents \
Le premier phénomène qui se manifeste est une sensation d'ardeur et de constriction dans les deux côtés de la poitrine. Les battements de cœur s'accélèrent de plus en plus ; la respiration devient anxieuse ; la position horizontale ne peut être gardée. Il y a une petite toux, souvent accompagnée d'une expectoration visqueuse et striée de sang ; il peut même survenir de véritables hémoptysies, ainsi que l'avaient noté les anciens. iMalgré toute l'intensité de ces troubles fonctionnels, les signes physiques ne fournissent pas des indications bien précises pendant la durée de l'accès. La percussion fait constater un léger degré de matité, qui coexiste des deux côtés à la fois ; l'auscultation révèle souvent quelques râles sibilants ou sous-crépitants, et un peu de diminution du murmure vésiculaire ; quelquefois il existe de la respiration bronchique et du retentissement vocal.
Si les accidents continuent à suivre une marche ascendante, la mort peut survenir dans l'espace de quelques heures, et même plus promptement encore.
Dans une observation qui nous a été communiquée par M. le docteur Charcot, et dont nous donnons ici le résumé, la terminaison fatale s'est produite dans l'espace de quelques minutesl Voici d'ailleurs, la relation succincte de ce fait remarquable.
' Loc. cit., p. 19.