C. Névroses
CHORÉE UHUMATISMALE.
Parmi les névroses qui, de près ou de loin, se rattachent au rhumatisme articulaire aigu, la chorée occupe incontestablement, par ordre de fréquence, le premier rang. Uneaffinitéévidenterègneentreces deux affections; c'est là un fait pathologique qui a été mis hors de doute par les observations de Copland, Prichaid, Richard Bright, et surtout par les travaux de MM. Sëe^ et BotreP, dont les résultats sont confirmés sous tous les rapports essentiels par les recherches de MM. Begbie^ Kirkes* et quelques autres auteurs. La relation dont il s'agit peut exister à divers degrés et se manifester de j)lusieurs façons différentes. Nous avons vu déjà que des gesticulations choréiformes plus ou moins prononcées se mêlaient quelquefois aux mouvements convulsifs de l'encéphalopathie rhumatismale. On peut dire qu'ici la chorée reste à l'état rudimentaire; elle se montre imparfaite et fugace. Mais, dans d'autres cas, elle se développe dans le cours même d'un accès rhumatismal, ou vers l'époque de sa terminaison; cette fois, elle ne sera pas accompagnée d'accidents cérébraux. Elle acquiert rapidement alors son plus haut degré d'intensité; puis, les arthrites ayant disparu à la fin delà période ordinaire, elle leur survit pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois, de manière à constituer une maladie en apparence indépendante.
' Mém. de l'Acad. de médecine^ iSSt.
^ Thèses de Paris, 1850.
' Monlhlii Journal of mcdic. se, p. 740 ; 18.47.
* Lond. incd. gaz., l. XI; 1830.
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Cot ensomblo syinptomatiqiic se dissipora sponlaiu''ment et d'une manière graduelle, dans la niajorilr des cas ; il peut céder aussi à l'emploi d'une médication appropriée ; mais on le voit (jnelquefois disparaître subitement lorsque les symptômes arthritiques, ])rovisoirement assoupis, se réveillent de n,)uveau.
Il existe des faits assez nombreux dans lesquels le début et la fin d'une chorée sont ainsi signalés tous les deux par une attaque de rhumatisme. Souvent aussi l'affection convulsive précède les douleurs ;u'ticulaires ; celles-ci se manifesteront pendant le cours de la névrose ou à l'époque de son déclin. Entin, on cite des observations où chaque récidive du rhumatisme a été marquée par la réapparition de la chorée, et inversement.
Dans tous les cas qui précèdent, la filiation de ces deux maladies est pour ainsi dire immédiate. Elle est moins saisissante, mais toutefois fort a[)préciable encore, dans les cas où l'hérédité joue le rôle principal. Parmi les choréiques qui sont épargnés par le rhumatisme, il en est un grand nombre qui sont issus de parents rhumatisants. Ainsi, plusieurs enfants d'une même famille peuvent être atteints, l'un de chorée, l'autre de rhumaiisnie ai'liculaire, un troisième enhn de ces deux affections réunies^. D'ailleurs, une chorée en apparence indépendante du rhumatisme, en ce sens qu'elle n\i été ni précédée, ni accompagnée, ni suivie de symptômes arthritiques, peut cependant se trouver liée à une ou à plusieurs des affections viscérales (endocardite, péricardite, pleurésie) qui se rattachent à celle maladie.
' Ikybic, Sée, Tockl, Clinic. lect. New syslem, p. 4^9. I.oikI., ISriti.
A part la connexion qu'elle présente avecles diverses affections rhumatiques, la chorée rhumatismale ne possède, quant à présent, aucun caractère individuel. Les phénomènes extérieurs, le mode d'évolution de la maladie, n'offrent rien de particulier. Il paraîtrait cependant, d'après les observations recueillies par M. le docteur Moynier ', que les sujets chez lesquels la chorée dure le plus longtemps, plusieurs mois et môme plusieurs années, sont ceux qui n'ont jamais eu de rhumatismes et qui ne sont pas issus de parents rhumatisants. Suivant le même auteur, la chorée liée au rhumatisme récidiverait moins fréquemment que les autres formes de la maladie.
Un caractère important au point de vue du pronostic, c'est que la chorée rhumatismale paraît se distinguer entre toutes par sa tendance prononcée vers une terminaison fatale : ainsi, sur un ensemble de 36 cas de ce genre recueillis par M. Kirkes, on n'en compte pas moins de 11 qui se sont terminés par la mort.
C'est presque toujours à des formes peu intenses ou même subaiguës du rhumatisme articulaire, que la chorée s'associe. Cependant, chose remarquable, quand ces deux affections se trouvent réunies, il est de règle que les affections du péricarde et surtout celles de l'endocarde viennent se surajouter aux autres éléments de la maladie, malgré le peu d'intensité des phénomènes arthritiques. Deux fois seulement, sur trente-trois faits de chorée liée au rhumatisme, on a pu constater d'une manière évidente qu'il n'existait point de cotnpli-
1 Thèses de Paris, 1855, p. 84.
cation cardiiuiuc (Kirkos). Le plus souvent l'affection du cœur précède de quelques jours le développement de la chorée; mais quelquefois le contraire a lieu, et la chorée peut même, ainsi qu'on Ta vu, devancer les affections des jointures. Ce dernier fait suffirait à lui seul pour démontrer combien est eri-onée l'opinion des auteurs qui voudraient expliquer les rapports de la chorée et du rhumatisme par l'intervention d'une maladie du cœur.
De même que les autres formes de la chorée, celle qui est liée au rhumatisme est placée, sans aucun doute, sous l'influence du système nerveux; mais, s'il existe en pareil cas une altération positive des centres de l'innervation, nous ne savons jusqu'à présent rien de précis sur le siège et la nature de cette lésion ^
Quelquefois on a rencontré sur les méninges rachidiennes des traces incontestables d'hyperémie, avec ou sans produits d'exsudation*; d'autres fois, divers points de la moelle épinière ont été trouvés ramollis. Ces altérations sembleraient indiquer que le cordon rachidien et ses enveloppes ont principalement souffert; mais de pareilles lésions, même dans les cas où elles sont le plus prononcées, sont tout à fait insuffisantes pour rendre compte des phénomènes observés pendant la vie; on peut, en effet, les rencontrer chez des sujets qui n'ont jamais présenté d'accidents choréiques.
Parmi les conditions ([ui paraissent favoriser tout particulièrement le développement de cette névrose chez les rhumatisants, on s'accorde à signaler l'enfance, l'époque de la puberté, le sexe féminin ou rexistence an-
* Kirkes, loc. cit.
* Bolrel, loc. cit.
térieure d'une autre affection nerveuse, Thystérie par exemple (Rirkes). L'intervention d'une cause occasionnelle paraît favoriser le développement de la maladie ; on la voit parfois éclater pendant le cours d'une plilegmasie viscérale ou sous le coup d'une vive émotion.
HYSTjf.RlE.
M. Briquet, qui a le premier signalé les rapports entre l'hystérie et le rhumatisme articulaire aigu*, a rencontré cette complication vingt-huit fois sur quatre cents hystériques. Il n'a point vu ces deux maladies exercer une influence bien positive l'une sur l'autre; cependant il pense que cette coïncidence pourrait bien se rattacher aux rapports déjà constatés entre l'hystérie et la chorée.
Une des malades de M. Briquet a eu simultanément de l'hystérie et du rhumatisme articulaire aigu; et, après la cessation de celui-ci, il est survenu une attaque de chorée.