‹ Du Rio-NunezChapitre 19 sur 21 · LATTES · texte numérisé non relu

LATTES

Fosses d’aisance. — Les cabinets d’aisance du poste devraient être pourvus de tinettes mobiles avec siphon, faisant fonction d’obturateur hydraulique dans le tuyau de chute. On éviterait peut-être ainsi bien des cas de dysenterie. Mais quelque primitif ou perfectionné que soit le système en usage, on devra fréquemment les désinfecter.

Insectes nuisibles. — Fait étonnant, les moustiques sont extrêmement rares à Boké. Mais le poste est quelquefois envahi par des légions innombrables d'une espèce de grosse fourmi noire qui paraît inconnue au Sénégal, mais qui est très redoutée au Rio-Nunez. Ces fourmis, appelées magnans, progressent en formant des trainées noires parfois d’une grande longueur. Elles s’attaquent à tout ce qu’elles rencontrent sur leur chemin, et leur piqûre est aussi cruelle que celle de l'abeille. Nous conseillons, pour éviter toute surprise désagréable la nuit, d’entourer ies pieds de lit d’une petite couche de ouate attachée avec un bout de ficelle. Le coton constitue pour les fourmis une sorte de fourré inextricable dans lequel s’embarrassent leurs paites, de sorte qu’elles se hâtent de changer de direction. L’invasion étant reconnuë, le meilleur moyen pour détruire les trainées de magnans est de les inonder d’eau bouillante.

Arbres et plantations. — Nous avons déjà mentionné que les arbres de l’intérieur du poste contribuent puissamment à sa salubrité. Mais nous voudrions voir le pourtour de l’eaceinte également protégé par une double haie de manguiers. Le feuillage épais, presque impénétrable de ces arbres opposerait aux effluves une barrière d’une grande efficacité.

Impressions morales et distractions. — L'oisiveté et la nostalgie, l’une réagissant sur l’autre, sont les auxiliaires les

UT ee plus redoutables de la malaria dans les postes de Sénégal et du bas de la côte.

La rigueur du climat ne permet pas aux soldats de continuer régulièrement leurs exercices militaires, et l’homme livré à luimême s’ennuie et pense trop au village. L’espoir du retour le soutient heureusement, mais une vie plus active serait le véritable remède contre la démoralisation ou la nostalgie, maladies plus fréquentes qu’on ne pense dans la vie des postes.

À Boké, on devrait envoyer les hommes de la garnison se baigner au moins deux fois par semaine au Batafon. On pourrait aussi établir dans la cour du poste certains jeux qui constitueraient pour les hommes une distraction précieuse, tels que le jeu de boules, cette hygiène de l’homme mûr, le jeu de quilles, le tir au tube plusieurs fois par semaine, etc. Les promenades sur le plateau pendant la saison sèche sont saines et agréables. On peut même aller jusque sur le flanc des monts qui le limitent, mais en évitant de pénétrer sous bois, où l’humidité constante du sol produit un marécage artificiel très propre aux émanations fébrigènes. Telle est l’origine de la fièvre des bois, si redoutée dans l’Indo-Chine.

La chasse est pernicieuse, excepté pendant quatre ou cinq mois de l’année. D’ailleurs elle est rendue presque impossible pendant l’hivernage par la hauteur des herbes, qui atteignent jusqu’à deux et trois mètres d’élévation.

L’abstinence, en ce qui concerne les rapports sexuels, doit être aussi absolue que possible. La pratique du coït, même sans abus, par son action débilitante sur l'organisme, livre l’Européen sans défense à un climat contre lequel il n’a pas trop de toute sa vigueur pour lutter.

Prophylaæie. — Comme moyen prophylactique, on ne saurait trop recommander le quinquina et la quinine, qui sont

ROME d’ailleurs entrés dans la pratique courante des blancs à la côte occidentale d'Afrique. Une petite dose de 20 à 30 centi grammes de sulfate de quinine nous a paru constituer un préventif excellent quand on est appelé à traverser des marécages ou à circuler, en rivière. L'efficacité de ce moyen a été reconnue par tous les auteurs qui ont traité du paludisme. Le mode d’administration presque universellement adopté par les côtiers est très simple et à la portée de tout le monde. Ils enrobent le sel de quinine dans une feuille de papier à cigarette, en :font une boulette et l'avaient, comme on ferait d’un bol ou d’un cachet médicamenteux.

Le vin ide doundaké pourra, dans certains cas, remplacer avantageusement le quinquina au point de vue tonique et prophylactique, surtout si on l’additionne de 10 à 20 cenügr. de quinine par litre. Il agira en même temps très efficacement contre la dyspepsie accompagnée d’anorexie, et pourra répondre à une double indication.

On recommande aussi l’usage du tabac quand on traverse ou qu’on passe sous le vent des foyers marécageux trop actifs. La fumée du tabac jouirait-elle de propriétés antimiasmatiques ou désinfectantes ? En tout cas, c’est un moyen si facile et pour le grand nombre si agréable qu’il nous a paru bon de le signaler.

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