I. Muyic, le Taux di^voL
les prendre. Le courage renaît dans le cœur des abandonnés quand ils reconnaissent Nasciens; le frêle esquif devient un grand voilier et une voix se fait entendre qui ordonne à tous les pèlerins de faire avec Nasciens la traversée qui les sépare de la Grande-Bretagne. Après un voyage heureux ils accostèrent à la rive où se trouvaient Josèphe,son père et leur fidèles ; on se fait grande joie de se retrouver et de conter ses diverses aventures et ce jour-là « ne mengièrent de nulo viande, fors que cascuns rechuit le cors nostre segnour et les rechurent à la table dou Saint-Graal ^•. Les jours suivants toute la troupe fut fournie abondamment de nourriture mais le cinquième ils n'avaient plus rien à manger et vers le milieu du jour mouraient de faim lors qu'ils avisèrent un « povre repaire où une povre femme vieille quisoit son pain »; mais elle n'en avait que douze et encore étaient-ils fort petits. Il s'en suivit une grande querelle, car ils étaient plus de cinq cents à se partager cette minime provende et sans l'intervention de Joseph ils allaient « s'entroccire >> dans l'acharnement de la lutte. Mais Dieu n'abandonnait pas son peuple d'élus et permit que le miracle de la multiplication des pains se reproduisit. Joseph d'Arimathie fit cesser la discorde, commanda aux pèlerins de s'asseoir autour de lui et devant le Saint-Graal commença à briser les pains en parcelles; les pains se renouvelaient merveilleusement dans la main de Joseph et foisonnèrent tellement que non seulement tous furent rassasiés, mais qu'il en resta la valeur de douze pains.
Ce miracle arriva à une demi -journée de la ville d'Ocsenefort (Oxford). Or en cheminant, les pèlerins arrivèrentàun château appelé Ganefort;ils y demandèrent l'hospitalité et quelle ne fut pas leur surprise en trouvant Célidoine en train de discuter avec le duc Ganors certains points de la doctrine chrétienne. Après les accolades et les démonstrations de toutes sortes entre Célidoine et son père, tous se mettent en œuvre pour convertir le duc Ganors. Les exhortations n'auraient peut-être pas suffi, bien que fort longues; il faut une parabole et c'est Josèphe qui frappera l'imagination du duc en lui rappelant certain fait de son enfance qu'il croit être seul à connaître : « Tu es né en Galilée (pourquoi faire naître les rois d'Egypte à Meaux-en-Brie et les ducs de Grande-Bretagne en Galilée) et tu es le fils d'un pauvre vacher dont tu gardais les bétes dès l'âge de quatre ans. Un certain mois de mai comme tu surveillais ton troupeau dans le champ de Tarsis, tu t'assis « dessous un rosier pour eschiver le caut que il faisoit. Quant tu te fus illuec assis pour toi reposer, tu veis une flor de lis, haute et merveilleuse en costé toi; et quant tu l'eus tant regardée il te fuavis que li rosiers descendait de lis, ainsi comme arbres puet descendre li uns de l'autre ». Le rosier portait beaucoup de roses mais elles étaient laides à l'exception d'une seule remarquable par sa taille, sa beauté et son éclat. Elle resta neuf mois sur l'arbuste, croissant toujours et toujours devenant plus belle et forte. Et comme vers le neuvième mois, tu souffrais à la cuisse d'une blessure que t'avait faite un sauvage, tu revins auprès du rosier et du calice de la fleur vermeille tu vis sortir peu à peu une forme qui avait sem-
blance humaine. Quand l'enfanl né ainsi miraculeusenipnt fut par terre, un serpent se jeta sur lui en cherchant à le dévorer, mais l'enfant fut vainqueur et le serpent occis. Ktonné par cette merveille tu t'approchas du rosier, pour essayer de comprendre; tu cueillis la rose et commenças à la baiser et à peine tes lèvres eurent-elles approché de la fleur que tu te sentis guéri de ta plaie et aussi sain et dispos qu'au|)aravanf. Mais tu ne pus garder la précieuse rose, car un homme descendit du ciel qui la saisit en disant : « Que la sénéliance de la Nirgène ne devoics-tu pas tenir otoi,[uiisque tu n'estoies de sa créance ». — Le duc Ganors est remué jusques au fond du cœur « par la révélation de .losèphe, se jolie à ses pieds et le conjure de lui dire la signification de toutes ces choses. Josèphe lui dit alors : Le lys représente notre m'Te Eve qui fut comnuncement et racine de notre lignage; sa blancheur disparaît et sa pureté se ternil. elle devient la source de tout péché et de toute douleur. Les roses ce sonl les prophètes, précurseurs de ■lésus-Christ; elles sont laides parce que les prophètes ont supporté le poids des péchés de la première femme et ont gémi eu enfer comme s'ils eussent été eux mêmes coupables — jusqu'à ce que le divin Crucifié ait racheté le monde par sa propre mort: le rosier c'est l'image du monde, car le monde comme l'arbre de la rose é^rratigne et meurtrit ceux qui veulent goûter ses joies en oubliant le <s glorieu liyretage du Chiel ». La rose, belle entre toutes, qui sans perdre sa pureté virginale conçoit un enfant. c'est Notre- Dame; l'enfant c'est Dieu fait liomme dans le sein de la Vierge Marie; il combat le sijrpent, c'est-à-dire la moi'l par le péché et s'offre en holocauste pour la rédemption de l'homme. — Si un envoyé du Ciel la ravi la rose après qu'elle eût guéri tes blesàures, c'est que tu n'étais pas digne de la posséder, ne t'étaut point jiurifiè au « Saint llun ne en la douce onde que on apiele bautesme ».
Gaïuirs est déjà convaincu, mais imitant le roi Hvalach dans la première partie de ce récit, il mande ses clercs pour qu'ils répondent aux démonstrations de Jdsèphe. Les clercs confondus s'en vont l'oreille basse et le duc et presque tous ses vassaux el ses tenants se fonl chrétiens et reçoivent le bapléme des mains de .losèphe. Cent cinquante seulement dans tout le pays refusèrent de se crélienner. et quillèrent le rivage en bateau; une tempéle suivint qui les engloutit et jeta leurs corps inanimés sur la plage, fianors comme .losèpiie et tout les croyants ne virent là qu'une juste punition du ciel. En souveriir de ce châtiment divin on éleva près de la côte une tour magnifiijue qui fut ap[)elee la tour des Merveilles. Co monument expiatoire devra durer jusqu'au temps du roi Arthur dont les aventures de chevalerie bonne et courtoise rempliront le monde el occuperont un laps de temps de vingt-quatre ans jusqu'au dernier du lignage de Nasciens Devant la tour viendront jouter maints chevaliers et entre autres Lancelot. Au moment où l'on s'occuiiail d'élever la tour des Merveilles, llelyab, femme de Josepii, mit au monde un hoir màlc qui [lorta le nom de (lalaad le l'ort.
La conversion de (ianors amène dans le p.iys des c<ui(lits armi'S. Le roi
de Noumberlande (Northumberland) dont le duc était le vassal, envoie des messagers à Ganors pour lui enjoindre de comparaître devant lui. Ganors ne se laisse pas intimider et. fort de sa croyance, arme ses hommes de guerre. Les hostilités commencent aussitôt: Avec Nasciens et ses fidèles qui se sont joints à lui, il opère une sortie vigoureuse, surprend l'ennemi dans son camp et fait un grand massacre ; dans un combat singulier le roi de Noumberlande est renversé; il refuse merci et reçoit le coup de grâce de Nasciens. Les partisans du roi prennent peur et s'enfuient au loin. Pendant que Nasciens fait ainsi merveille assisté de Josèphe et de ses précieux encouragements, Joseph d'Arimathie court les plus grands dangers. Emportant le Saint-Graal en quittant le chùteau de Galefort il est allé évangeliser le Nor-Gales. Là il est tombé dans les mains d'un roi nommé Crudel « li plus fel et li plus desloiaux païen que on seust». Non content de traiter Joseph et ses compagnons en vagabonds et de ne pas ' ajouter foi à leurs récits, il les prive de toute nourriture, les mettant au défi de se nourrir tout seuls par la vertu de leur sainte Ecuelle. Dans leur prison le Saint-Graal vient les secourir dès le premier jour et ils peuvent ainsi supporter une longue captivité.
Longue en efiet, si nous en croyons le romancier, car leur délivrance dépend des efforts combinés de Nasciens et de Mordrains. Or si nous savons que Nasciens n'est pas loin nous nous rappelons que Mordrains est resté à Sarraz se lamentant «.< moult » avec les reines Sarracinte et Flégétine de l'enlèvement de Côlidoine et de la disparition de Nascien. Heureusement les difficultés géographiques et les questions de temps n'existaient pas à cette époque, car nous allons bientôt assister au débarquement de Mordrains venu d'après les ordres de l'Esprit Saint avec toute sa «meisgnie» et plus de trois cent chevaliers. Le conteur nous dirabienque la navigation a été longue et périlleuse etren lesconûnsde l'Egypte et l'extrémité nord du Pays de Galles, mais ce ne sont pas des voyages faits pour effrayer des preudomes aussi croyants et si souvent inspirés d'en haut. Pendant une tempête un chevalier a disparu, l'on a vu une femme emporter dans les airs le châtelain de la Coine encore en vie, et nous apprenons que cette femme, c'est encore le démon qui a pris la forme de Flégétine dont le chevalier est fou d'amour. En retour de sa complaisance, le démon a droit à sa malheureuse victime et il l'emporte aux pays inconnus. En dehors de ce fâcheux incident rien ne vient contrarier le voyage de nos chevaliers pèlerins. En débarquant en Grande-Bretagne ils sont accueillis avec une joie qui tient de l'enthousiasme; Nasciens et Mordrains font comme d'ordinaire l'échange de la narration de leurs aventures mais ils ne s'attardent pas à de trop longs récits, car il s'agit de tirer Josèphe de sa prison. Pourquoi le pieux Nasciens et son alhé le duc Ganors ont-ils si longlenps attendu pour partir en guerre? l'histoire ne le dit pas. A peine Mordrains est-il arrivé qu'ils font sommation au roi Crudel de rendre les chrétiens s'il ne veut avoir la guerre et perdre son royaume. Le roi Crudel se met à la tête de ses hommes au nombre
8J LA LEGENDE DU SAlNT-f.RAAL
de cinq mille et vient offrir la bataille à ses ennemis. Le choc est terrible, les deux armées s"élancent lune contre l'autre ; Mordrains et le roi Crudd >e rencontrent et peu ne s'en faut que Mordrains déjà blessé ne soit abattu, mais (îanors vient à son secours, le délivre, et Crudel est jeté à bas de son cheval el piétiné par les défenseurs de Mordrains. Quand les gens de Norgales virent que Creiel ne pouvait plus so relever ils s'éparpillèrent de tous côtés laissant le champ libre. Les chrétiens les poursuivirent jusqu'à la citi' l'épée au dos el il fut fait un si grand carnage de païens que les rues ruisselaient de sang. On jiansa les blessures du roi Mordrains, on délivra Joseph et ses compagnons et le lendemain on célébra la messe et l'on ii'cita de longues prières devant le Saint-Graal. Le roi Mordrains en voyant la sainte Ecuelle ne put résister au désir qu'il avait depuis longtemps de la contempler de près. Une voix fut alors entendue i|ui disait : « Roys, ne va plus avant. Car tu n'el dois pas faire ». Mais Mordrains n'écoula pas la voix el « désirans dou veoir, il se traist avant plus et plus ». Mal lui en prit, car dès qu'il fut proche du Graal une nuée descendit, qui lui ôta la vue et paralysa ses membres. Mordrains, loin de se récrier contre le châtiment du ciel, se résigna facilement en disant : « Beau sire Dieu, Jésus-Christ vous m'avez démontré que folie est de trépasser votre commandement, si bien que le fléau que vous m'avez infligé me plait el m'est agréable : mais beau sire, en échange de mes loyaux services accordez-moi la grâce de demeurer là où je suis jusqu'à ce que le bon chevalier, neuvième du lignage de Nasciens vienne me visiter et que je puisse lui donner l'accolade et le baiser ». Et la voix se fit entendre de nouveau : >s Roi, le seigneur a oui ta requête el consent à exaucer ton désir ;tu vivras jusqu'à ce que le chevalier dont tu parles vienne te voir, et le jour où il sera près de toi tu recouvreras la vue el tes blessures, jusque-là mauvaises, seront guéries aussitôt. » Celle parole entendue seulement — en dehors de Mordrains — par Joseph d'Arimalhie, Jnsèphe son fils el Nasciens, n'conforla le roi infirme. Comme tous se lamentaient du triste sort qui lui était réservé — Mordrains les consola en disant que« Nostres sires le tenoit bien à son (il qant il le reprenoit si isnielement de son péehé >. Si le châtiment céleste était dur pour un si bon et loyal serviteur, la grâce qu'il a souhaitée el obtenue est plus cruelle encore. Nous retrouverons Eval.ieh-Mordrains dans les romans île la quête du Graal. Il est mutilé et âgé de 30O ans, passe sa vie étendu sur un lit, quand il n'est pas le roi-pécheur malgré lui.
Cependant le deuil de tous les siens ne pourrait se décrire ; tout le monde pleure dciiuis Sarracinte jusqu'au dernier des barons ; Nasciens et Ganors, el les dames et les chevaliers et les plus humbles parmi les pèlerins, personne ne peut retenir ses larmes. On transporte Mordrains dans une litière au château de C.flefort et là on l'installe du mieux qu'on peut pour un long séjour ... mais lui. avait peine à supporter cette idée de vivre au milieu des siens dans si pitoyable situation, et il demanda conseil â
Josèphe en qui il plaçait toute sa confiance. Josèphe lui répondit que du moment oii son parti était pris de vivre en dehors de tous, il l'engageait à aller rejoindre un brave < hiermites moult preudons, nouviélemenl hierbregiés dans une forest voisine, la qui compagnie lui serait buenne et convegnable. » Mosdrains suivit l'avis de Josèphe. 11 parla à ses barons la nuit même, leur disant de prendre garde avant tout à ne pas courroucer le seigneur, leur recommandant ensuite de veiller sur la reine Sarracinte, femme sage et vaillante, puis prit congé d'eux. A Nasciens aussi il fit ses adieux, lui remettant en souvenir de la bataille où ils avaient vaincu ensemble Tholomée, le bouclier à lécu sacré qui leur avait donné la victoire. Ayant ainsi fait, Mordrains se retira dans l'ermitage que lui avait indiqué Joseph. Cet ermitage devint par la suiie une grande et belle abbaye desservie par des moines blancs et où entrèrent bien des chevaliers parmi les < plus preudomme ». — C'est là que doit rester Mordrains jusqu'à l'arrivée de Porchevaux de Gales (Perceval) et deGalaad, le neuvième du lignage de Nasciens et le conteur a soin d'affirmer que l'histoire témoigne hautement que Mordrains vécut deux cents ans et plus après le temps de Nasciens et vit en vérité le neuvième chevalier
Nous laissons Mordrains se sanctifier dans son long stage de moine et nous allons suivre Josèphe dans ses pérégrinations apostoliques. Il était arrivée à Kamaalot qui est une des plus belles cités <]u'eussenl les Sarrazins en Grande-Bretagne et qui avait alors pour roi, Agretés, homme fourbe et hypocrite. Il ne voyait pas sans déplaisir les peuples se convertir à la religinn chrétienne et pour empêcher la propagation de la foi il eut recours à un cruel subterfuge. Il feignit de se convertir lui et les siens et reçut le baptême, Josèphe partant pour l'Escoche laissa douze prêtres de ses parents pour instruire le peuple ce que .\gretès attendait. Aussitôt Josèphe loin, le roi convoqua les hauts barons du pays et leur déclara nettement qu'il voulait revenir à l'ancienne croyance et se débarrasser des prêtres postés là par Josèphe. Menace de mort était faite contre tous ceux qui n'abjuraient pas le christianisme ; forcément beaucoup rentrèrent dans leurs anciennes erreurs et on voulut obliger des prêtres à adorer les faux dieux. Comme ceux-ci << dêclaroient que ce ne feroient en nule numière», ils furent attachés tout nus à la queue de chevaux qui parcoururent au galop toute la ville et ainsi jusqu'à une croix placée par Josèphe à l'entrée de la forêt. Là on écrasa la cervelle des mutilés contre la croix, si bien que celle-ci en devint toute vermeille. Ayant perpétré ce crime, Agretés perdit la raison, d'abord il commença par se manger les mains, puis ayant rencontré un sien petit-fils il le prit par la gorge et l'étrangla; sa femme et un de ses frères eurent le même sort; le roi parcourait la ville criant et « braïant ^' et trouvant à l'entrée de la grande rue un four allumé il se jeta dedans comme s'il fût enragé. Les gens du pays épouvantés dépêchèrent un messager à Josèphe pour lui demander conseil et appui. Josèphe arriva et montra un grand deuil du martyr infligé à ses fidèles ; il vint devant la croix et fil relever les corps ; le sang noir avait tellement pénétré dans la
pierre qu'elle resta toujours iniprégn(''e et garda sa couleur, ce qui fait qu'elle fui appelée la croix noire et garda ce nom jusqu'à l'époque du roi Arlhur et de la quête du Graal. Ayant fait ensevelir les restes des viclimes, Josèphe fil abattre tous les temples païens, brûler les idoles et au milieu de la ville fut fondée une église sous l'invocation de saint Etienne, martyr...
Il quitta ensuite ce pays maudit et cheminant avec sa compagnie, arriva au tertre du Géant. Là ils s!assirenl à la table du Saint-draal où une place était vide entre Josèphe et Brons (1). On se rappelle sans doute l'histoire de Moyse le faux dévot qui — bien que en n'élant pas digne — veut s'asseoir à la Table du Graal, à la place vide, et s'en voit puni par une disparition complète; on se souvient encore comment Brons. qui avait douze fils et voulant les établir demanda conseil à Joseph, i Ici c'est Josèphe mais comme l'auteur passe son temps à les confondre, a intervertir leurs rôles ou à en oublier complètement un des deux pendant des centaines de pages, il est assez malaisé de distingue!-); idniment les onze premiers se marient et font souche, comment le douzième demande à garder sa virginité et est désigné par Josèphe pour faire le service du Sê.int-Graal. Ce douzième c'est .Main à qui Josèphe ordonne d'aller pécher un poisson dans un étang un jour que les compagnons n'avaient plus de quoi se nourrir. A-lain jetant le filet rapporta un très gros poisson, le lit cuire et en donna un morceau à chacun jusqu'à complète satiété, car comme autrefois le pain, les parts de poisson se multipliaient au fur et à mesure des besoins. De là on appela la pièce d'eau l'étang Alain el Alain fui surnommé le Riche Pécheur...
Joseph d'Arimathie s'élant séparé de la troupe se dirigea vers la forél de Brecelianle {ij. Comme il entrait dans un étroit sentier il rencontra un Sarraziii armé de toutes pièces et monté sur un grand cheval. Ils se saluent et entrent en conversation ; comme le sarrazin demande à Joseph où il est né et que celui-ci lui réjiond, à Arimachie, le Sarrazin qui sait où est la Judée s'étonne de voir Joseph en Bretagne; le disciple lui exi)lique que s'il est là c'est par le pouvoir du Dieu tout-puissant qui conduisit le peuple d'Israël à travers la mer Bouge : Sais-tu au moins guérir les plaies? dit le Sarrazin. — Certainement, dit Joseph. — Alors, viens avec moi dans mon château, là est un mien frère qui us malade depuis un an d'une plaie qu'il a à la tète et rien jusqu'ici n'a pu le guérir. — Je le guérirai s'il veut croire en Dieu. — Quel Dieu? Nous en avons quatre, Mahomet (!) Jupiter, Terva-
1 ' Ce qui Builoat prusque identique au ri^clt du Joseph d'.VrlinaUiic do Kobert de Borron. Lequel des deux s'est servi presque texluellenieDl do l'autre? On pourr.ilt croire ici que Kobert a placé l'èpisude dans le tiraal do liauller M«p au'jiipl il roi nborait, r^r c'est la premièri- fois (iii'ou parli' do Urjii* avec quelipio dc''tail. Dans rt'pi.<odc de Grimaiid que icrlain» m.musrril» inlcrcalciil dans l'histoire du Uraiil on retrouve l'hUloire «le Moyse et des cnraiits do lirons.
2. Ou Uroccliaole, for6l do Urplague doot il osl souvent question dans les roniaiis arlhu' rions : C'est lii que Merlin est retenu par la fée Viviane sous une aubépine ensorcelée.
gant et Apollin ; avec l'aide duquel de ces quatre dieux parferas-tu la guérison ? — Aucun de ces dieux n'est le mien et tu te trompes si tu crois à leur puissance : si tu me mènes à ton castel,je te démontrerais qu'ils ne peuvent ni aider ni nuire, que leur pouvoir n'existe pas et que tu as toujours été trompé en plaçant ta confiance dans ces dieux chimériques. — Soit, dit le Sarrazin, je l'emmène au castel, mais si tu as menti, tu n'en réchapperas pas. Comme ils entraient dans le château entouré de fossés et que Joseph avait déjà dépassé le pont, un lion déchaîné sortit d'un des fossés se précipita sur le sarrazin et l'étrangla net. Les gens du château en voyant ce qui venait de se passer coururent après le lion sans pouvoir l'atteindre puis firent •< grand deuil », enfin dans le but de se venger sur quelqu'un de la mort de leur sire, saisirent Joseph pour l'entraîner en prison ; le sénéchal même, tirant son épée, en frappa Joseph à la cuisse et la moitié de l'arme resta dans la plaie. Avant d'entrer dans la prison qu'on lui assure éternelle, Joseph demande à tenter une épreuve. Qu'on m'amène tous les malades du castel pour que je les guérisse. On le conduit d'abord auprès du frère du Sire qu'a étrangle le lion, celui-là même qui a une blessure incurable à la tète. La même discussion sur les dieux recommence et Joseph lui propose d'éprouver la puissance de ses dieux en leur demandant de ressusciter son frère. Le Sarrazin n'a guère confiance, pourtant il consent à tenter l'épreuve et on apporte le cadavre d'Agron devant la statue de Mahomet. Devant l'impuissance reconnue de la statue, Joseph proclame la stérilité des prières adressées aux faux dieux et promet en outre de ressusciter le Sarrazin. Le tonnerre tombe, écrasant toutes les idoles et Agron ressuscite demandant la baptême. Tous imitent son exemple y compris son frère Matagran et le sénéchal qui a blessé Joseph ; celui-ci tire le tronçon d'épée de sa cuisse sans faire couler le sang.« De çous'esmerveiila mouetli peules et Joseph dist : Ha! espée, jamais ne sera resaudée devant là que chie te tenra (tiendra) à ses mains, que les hautes aventures dou saint Graal devra akiéver, mais si tost comme cil te tenra, si rejoindra sa forche > Joseph quitta le castel laissant tous dans la reconnaissance et pleins de foi. Continuant le cours de son voyage il se dirige avec ses compagnons vers la forêt de Damantes, mais une rivière profonde et rapide appelée Célice les empêche de passer. An moment où ils imploraient Dieu de leur porter secours ils virent déboucher d'un petit bois un cerf plus blanc que neige et qui avait au col une chaînette d'or. Le cerf escorté de quatre lions entra sans hésiter dans l'eau et traversa la rivière. Ceci ne pouvant être qu'un enseignement divin, Joseph exhorta les fidèles à suivre la même route que les animaux et ils purent traverser la rivière à pied sec. Tous avaient passé excepté Canaant resté seul sur la rive. Ses douze frères prièrent Joseph d'intercéder la miséricorde divine en sa faveur; Joseph ne s'en souciait guère, car il savait bien que c'était le poids de ses péchés qui avait fait enfoncer Canaant ; sans doute le seigneur préférait qu'il ne fût plus en leur compagnie et restât sur l'autre rive. Pourtant des mariniers s'étant présentés il permit qu'on fit passer l'eau au pêcheur. L'indigne fut
sauvé mais les mariniers qui étaient des païens el des mécréants furent engloutis par un tourbillon. Tout en marchant Joseph expliquait < la sénéfiance >■ des animaux qu'ils avaient vus : le cerf présente Jésus-Christ ; la blancheur c'est la \irginité, la chaîne c'est l'humilité; les quatre lions représentent les évangélistes. Arrivés ;'i la forêl de Damantes, ils rencontrèrent dans un vallon un vieux castel ; la porte étant ouverte ils pénétrèrent dans une grande salle et virent un feu grant et mierveilleux qui ardoit autres! clèrement à grant llambe, comnoe se toute le buisse (bois) du monde i fusl esprise ». Dans ce lieu gisait Moyse le réprouvé qui naguère emporté par les sept mains ardentes avait dû aux prières d'un saint ermite de ne pas èlre plongé dans le lieu des ténèbres; mais il est condamné à souffrir jusqu'à ce que Galaad vienne éteindre le feu, en attendant cette échéance un peu lointaine, il supplie .losepli et .\lain d"inter(H'der pour lui, puis il recommande à Canaant el à Siméon de se métier d'eux-mêmes et de ne pas retomber dans le péché Joseph et .Main consentent à intercéder pour lui ; la prière est bientôt exaucée, car une bienfaisante rosée descend du ciel el apaise les douleurs du maliieureux,
Syméon et Canaant au lieu de suivre les conseils de Moyse qui payait si cruellement sa faute, continuaient à donner de mauvais exemples, aussi la nourriture leur fut-elle refusée à la table du Graal. L'envie et peut-être la faim les incitèrent à se venger : Siméon choisit pour victime Pierre son cousin, et lui enfonça dans l'épaule un long couteau empoisonné ; Canaant qui avait 1" « ennemis > dans son cœur poussa plus loin la félonie ; avec une épée très tranchante, il s'approcha de l'endroit où gisaient ses douze frères et sous les rayons de la lune s'élanl assuré cju'ils dormaient « il traist l'épée, si féri le premier si durement que il li fist le chief voler et après les coumença i ocire de chief en chief... > Après ce coup de maître il a l'audace de venir se vanter à Siméon. Celui-ci venait de blesser son cousin et s'enfuyait croyant l'avoir tué ; les cris du blessé réveillèrent tout le campement, on se saisit des coupables et après avoir demandé conseil à Dieu, Joseph ordonne que justice exemplaire soit faite. Après délibération entre les plus sages on décide de les enterrer vivants : les fosses sont préparées mais deux hommes « tout embrasés de fu ardanl >• tombent de la nue et emportent Siméon. Restait Canaan qui joua la comédie du repentir et qui supplia qu'on lui déli;'it les mains afin qu'il pi\{ implorer la miséricorde divine. On lui accorda cette ultime faveur puis la terre fui jeli'-e sur le meurtrier et une dalle posée sur la tombe avec ces mois : << Ci gisl Kanaans nés de la lierre de Jhérusalem qui, par envie, ochisl ses XII frères. >- Sur les deux lombes, aussi bien sur celle de Siméon (|uoique vide que sur celle de Canaant on i)osa l'épée qui leur avait appartenu : on fut surpris le lendemain de trouver les épées dressées sur les fosses, la pointe en haut, et de celle de Canaant sortaient des gerbes de feu. Joseph donne l'explication de ce phénomène : l'épée ne cessera de brrtler que lorsqu'un chevalier (pécheur) qui surpassera les autres « en bontcl et en cavalerie •■ éteindra ce feu — ce chevalier ajoute le conte sera Lancelol,
— comme ce sera Galaad son fils — celui qui doit terminer les merveilles de la Grande-Bretagne — qui délivrera Moyse et Siméon.
Pierre, à son tour, a les honneurs d'un épisode qui n'a aucune espèce de rapport avec le sujet. Je ne ferai qu'en donner l'esquisse car il ne nous apporte rien de bien saillant. Toujours blessé et souflFrant de sa plaie, Pierre a demandé qu'on le porte à la mer. Là, un esquif providentiel s'offre à lui ; il vogue au hasard pendant quatre jours et aborde le cinquième dans une île où est le château du roi Orcaus. La fille du roi a pitié de ses blessures et de sa maigreur et tombe amoureuse de lui, car il était fort beau, dit le roman; mais comme elle ne peut arriver à le guérir elle fait venir un chrétien prisonnier qui le guérit avec des simples et lui rend avec la santé sa beauté primitive (Pieres qui estoit uns des biax honi dou siècle, quant il parti de Jhérusaiem fu adont biaus ; encore fut il ore plus que il n'avoit adont estet. » Nous assistons ensuite à un tournoi où Pierre, armépar la belle demoiselle, se mesure avec Orcaus sans le connaître, abat le roi, lui fait grâce et ensuite lui demande pardon de l'avoir malmené. Bien qu'il soit chrétien, Pierre entre dans les bonnes grâces du roi et de tous les rois avoisinants. 11 finit par instruire le roi Orcaus dans la religion chrétienne et le baptise sous le nom de Lamet : sa tille, baptisée aussi, reçoit le nom de Camille, épouse Pierre. Ce hors-d'œuvre est fort long et le récit de tournoi chevaleresque sans légèreté : nous avons. Dieu merci, assez d'occasions dans les romans de la Table Ronde d'assister à des combats de ce genre pour ne pas nous arrêter à celui-ci. Les personnages dont il y est parlé ne reviendront plus dans nos narrations et ne jouent qu'un rôle accessoire : mais il fallait bien trouver aux chevaliers de la Table Ronde une généalogie authentique et très ancienne. Or, Pierre le bon, simple et pieux pèlerin de Judée est devenu souche de rois et roi luimême. De lui descendra le roi Lolh qui sera le beau-frère d'Arthur et les fils de ce dernier : Aggravain le dénonciateur des amours de M""" Genièvre (Geheried) et le plus célèbre de tous, Gauvain qui fait sa partie dans tous lesromans et que nous retrouverons notamment fidèle compagnon de Perceval (1).
Nous avons depuis quelque temps abandonné Josèphe, suivant en cela les sauts du roman et nous allons savoir que bien des années se sont passées. Josèphe a converti une infinité de petits peuples à la religion chrétienne et quand il revient à Galefort — jadis le quartier général de toute la troupe, — il apprendra que sa mère est morte et que son jeune frère Galaad qu'il avait quitté presque dans les langes est devenu un grand,
1. Cette généalogie fantaisiste et l'épisode inutile de Pierre dans un roman mysticiue sont encore des preuves de ce que j'émettais au début de ce travail, à savoir que le saint r.raal n'était nullement le premier livre de la Table ronde quoiqu'il en porte le titre; les conteurs connaissaient déjà les premiers romans arthuriens et les rattachaient au nouveau Cycle.
preux et fort chevalier et que c'est Nasciens qui lui a donné l'accolade. 11 se trouvait justement que le royaume de Cocelice, depuis pays de Galles, était sans seif^neur; le roi venait de mourir sans hoirs et les habitiints du pays s'adressèrent à Josèphe pour qu'il désignât un des siens capable de porter la couronne et de garder le territoire. Sur la demande de .losèphe, les plus sages et les plus illustres furent adjoints à Nasciens et à Ganors et tinrent conseil sous la présidence de Josepii. Leur choix tomba sur le jeune Galaad qui, a défaut d'expérience de la vie, semblait réunir toutes les vertus nécessaires pour régner. Galaad fut couronné m Palagre « énioins et sacrés de la main de Josèphe son frère. C'est à la suite de l'élévation de Galaad au Irôno] que le pays de Cocelice prit le nom de Galles. Comme hyperbole géofrraphique ceci vaut les Sarrazins descendants de Sarah; le romancier oublie qu'il nous a déjà parlé d'un roi de Nor-gales... mieux vaut glisser sur ce point comme sur tant d'autres. .\ peine sur le trône, Galaad prit femme et ce fut la lille du roi des Lointaines lies ; d'elle il eut un fils qui régna après lui et de ce lignage descend le roi Uriens.si célèbre au temps du bon roi Arthus car il fut un des meilleurs compagnons de la Table Ronde et mourut un des derniers de cet ordre illustre ;i la bataille de Salesbières, là où tomba Mordred et où le roi Arthus fut « navrés à mort>. Un jour que Galaad chassait dans la lande et qu'il avait perdu hommes et chiens, il vit un grand feu allumé et il entendit une voix qui disait : « Je suis ton proche parent (jui souffre ici pour la désloyauté que j'ai commise envers Pierre ». Galaad donna quelques paroles de consolation à Syméon ainsi retrouvé et lui promet de bâtir une riche abbaye où il se fera enterrer. El en effet l'abbaye fut commencée dès le lendemain et Galaad y fut enterri' plus tard sous une lame « bielle et riche ki puis ne pot estre levée par home tjui i venisl >■ Lancelot du Lac put seul la lever et à grand peine et Galaad le chevalier sans tache à cette même époque délivra Siméon de ses tourments. — Quand Josèphe retourne à Galefort, son père Josepii d'Arimatliic est mort depuis quelque temps et a été enseveli dans l'abbaye de la Croix en Kcossc... Josèphe lui-même sait que sa tAche est terminée et que sa mort est proche. Il va voir le mi Mordrains dans l'abbaye qu'il a fondée et lui annonci' qu'il trépassera le lendemain à l'heure de prime. Mordrains se livre a lu [dus grande douleur en apprenant qu'il ne verra plus Josèphe. Ainsi veut l'art des romans, qu'après avoir assisté aux périlleuses aventures des principaux pèlerins ou chevaliers, nom les voyions l'un après l'autre disparaître, mais leur mémoire est perpétuée par leurs descendants et leurs hauts faits honorés et renouvelés à travers les Ages. Après .losepii d'Arimalliie, après Hebya, après Pierre, après Galaad, voici Josèphe qui disjiarait. Mordrains (jui s'elTraie peut-être de rester seul sur la terre jm'h- (lant un si long temps quand ses compagnons de péril et de gloire s'en vont l'tm iiprès l'.nitre, demande .'i Josèphe de lui laisser un souvenir de lui. Josèphe fait demander l'écu merveilleux, celui qui avait assuré la victoire à Kvalacli et à Séraste contre Tliolomée et comme il se trouvait en co moment que Jom'pho sairjtwil aboiidmnmcnl du nrz, il fait sur l'i'cu une
large croix avec son sang puis le rendit à Mordrains. A Galaad seul, du lignage de Nasciens, il sera permis de porter l'écu. Il viendra le chercher, le cinquième jour après qu'il aura été ordonné chevalier, sur la tombe de Nasciens où il aura été déposé. Josèphe mourut le lendemain ainsi qu'il l'avait prédit et son corps fut enseveli dans l'abbaye de Mordrains. Plus tard, pendant une famine, les habitants de l'Ecosse vinrent chercher la précieuse relique pour conjurer le fléau.
Avant de mourir Josèphe avait donné ses instructions à Alain le Fort, celui qu'on a surnommé le riche pécheur et à qui va être confiée la garde du Saint-Graal. Par la vertu du précieux hanap Alain accomplit des miracles comme les deux Joseph, convertit la roi, .\lphasan après l'avoir guéri de la lèpre et tout le pays et la cité de Maulte se firent chrétiens. Le roi supplia Alain de rester dans le pays avec le saint Graal ; il s'engagea à bâtir un château fort où serait gardé le vase sacré et à donner sa fille en mariage à Josué, frère d'.\laiD, lequel Josué lui succéderait après sa mort. Bien que jadis on nous eût dit que tous les fils de Brons étaient mariés et casés, il se trouvait parait-il un célibataire disponible pour les besoins de la cause, car ce Josué aura un lignage de valeur et qui fera parler de lui. Josué épousa donc la fille du roi Alphasan et le château du saint Giaal fut rapidement élevé sous le nom de Corbenic — ce qui, ajoute le romancier, veut dire: «en françois saintissime vessel ». La nuit même où Josué engendi'a un hoir mâle qui fut appelé Aminadab, le roi .Vlphasan ayant couché au palais du Graal eut une vision et un homme tout enQambé lui perça les deux cuisses avec son glaive, car nul homme ne doit coucher dans le lieu où est déposé le vaisseau. On trouva le lendemain plusieurs chevaliers morts et le roi ne survécut que quelques jours à sa blessure, .\lain lui-même meurt à son tour et est enterré avec Alphasan dans l'église de Notre-Dame, près du château de Corbeai. Aininadad, qui plus tard succéJa à Josué, eut dans sa lignée Carceloys, Manuiel et Lambor qui furent tous appelés le Riche Pécheur. Lambor eut des aventures dont il est utile de dire un mot. C'était un bon chevalier et un preudome qui aimait Dieu et son nom doit rester béni , or étant en guerre avec son voisin le roi Varlans, celui-ci vaincu s'enfuit vers le rivage où il trouva la nef de Salomon, notre ancienne connaissance des « mers océanes » qui conserve la précieuse Epée. Varlans saisit l'épée, retourne sur ses pas, se précipite sur le roi Lambor et le coupe en deux ainsi que son cheval. Ce fat là le premier coup de l'épée. lien advint de grand malheurs. Varlans d'abord en remettant l'épée au fourreau tomba mort, victime de son sacrilège; une grande désolation et une grande famine dans la terre foraine et le pays de Galles furent les suites de la mort de Lambor.
Après Lambor régna Pellehans qui fut << mahagniés des deux cuisses » en une bataille de Rome et qu'on appela depuis le roi Mahaigniet parcequ'il ne pouvait èlre guéri de sa plaie qu'à l'arrivée de Galaad, le bon chevalier. Enfin Pelles dont la fille, des œuvres de Lancelot, eut un hoir, le célèbre et preux Galaad.
9 0 LA LÉGENDE DE S.VlXT-ljRAAL
Nous assisterons mainlenanl à la innrlde Nasciensqui sV'lait retiré dans labbayo de Mordrains. Il séli'iiil doucement le màne jour que Sarracinle et Flcgétine.Tous smil enterri'-s dans l'abbaye cl, sur la tombe de Nasciens, suivant l'ordre de .losèphe, est di'poi^é l'écu merveillleux (inc dalaad seul pourra pendre à son col, Célidoini', fils de Nasciens, \il encore plusieurs années dans le bien t-t l'étude de la science.
Par ses connaissances astronomiques il pn'viiil de grandi'S famines, combattit victorieusement les Saines et laissait' renom d'un grand prince. Se? successeurs furent Narpus puis Nascien, Isaie, Jonas d Lancelol 1"^'. (|ui de la fille du roi d'Irlande eut deux Dis Bans et Boors, tous deux bons et preux chevaliers de la Table Ronde et (pii lurent rois. Le conte du Giaai passe la main à Merlin et se termine sans épilogue par la mort de Lancelol 1 " qu'un mari jaloux décolla et dont la tète tombée dans un puits se mil à bouillir. Ce fut la source de beaucoup de choses mei'veilleuses car des gouttes de sang sortaient de la tombe de Lancelol et les chevaliers guérissaient leurs plaies en touchant à ce sang.
.\vec le romancier nous laissons le saint Graal dans le palais aventureux, jM'ès de Corbenic, à la garde des rois Pécheurs. Nous verrons par la suite comment on le crut perdu et comment les chevaliers sans tache le découvrirent cl mirent fin aux enchantements de la lîrande-Bntagne.