I. iMtirelnl ilu Luc. f.il. MO. Tome I
lou suaire, c'est li dras de coi tu m'enveloppas et ensinc sera à tozjorz mes aparissanz jusqu'à la fin dou monde la sénéfiance de l'uèvre (le symbole de Ion action). »
Le Seigneur apprend ensuite à Joseph les paroles secrètes que l'on prononce au moment « du grand sacrement que l'on feit sor lou Graal, c'est-à-dire sur lou caalice ». Chaque fois que Joseph aura un désir ou un besoin qu'il demande conseil aux trois puissances qui sont une même chose et à la bienheureuse Dame qui porta le Fils et aussitôt il entendra la voix du saint Esprit.
Joseph resta longtemps, fort longtemps, dans sa prison quarante-deux ans, disent les romanciers, sans autre assistance que celle du saint Hanap dont la vertu le soutint et lui conserva miraculeusement la vie.
Or, il advint, la quarante-deuxième année de la claustration de Joseph que y'espasien. fils de l'empereur Titus (on se demande pourquoi les deux romanciers ont fait de Titus le père de Vespasien, en quoi surtout ce « féroce » anachronisme pouvait leur être de quelque utilité) fut atteint à Rome de la lèpre. Comme l'empereur se lamentait de voir son fils dans cet état, on vint lui dire qu'un Chevalier pèlerin avait été jadis guéri de ce hideux mal. Titus manda le pèlerin près de lui et lui demanda le récit de sa cure merveilleuse. Le chevalier lui conta alors qu'un célèbre prophète de Judée, Jésus, fils de Marie, depuis crucifié, l'avait guéri par un simple attouchement; nul doute que, s'il fût encore vivant il ne guérît le fils de l'empereur. Titus envoya des messagers en Judée et prescrivit, si Jésus était mort, de rapporter un objet qui eût touché sa personne.
Arrivés en Judée les messagers se rendirent chez Pilate,ic(i7/i de la ville, et l'interrogèrent sur la vie de Jésus et après avoir prouvé à Pilate qu'il avait eu grand tort d'avoir laissé ainsi mettre à mort un homme aussi sage, ils insistèrent pour avoir un objet lui ayant appartenu. Après de longuesrecherches on trouva enfin une sainte femme nommée Véroïne qui possédait empreint surune toile, oi^i Jésus avaitessuyé lasueurde son visage, le portrait du « preudome qui avoit fait tant et si esmerveillans mirascles ». Véroïue pressée par les envoyés de l'empereur se décida à aller avec eux jusqu'à Rome... A peine le fils de Titus eut-il touchéla précieuse relique qu'il fut complètement guéri (1).
1. La légende de Sainte Véronique. — On Irouve dans la « Légende dorée» un récit qui offi'e des rapports d'analogie avec celui-ci. Seulement ce n'est plus Vespasien, c'est Tibère qui est atteint de la lèpre. Le premiec auteur de la légende lati;io de Joseph d'Arimathie, a puisé à la mêntie source que .lacque de 'Voraginc. 11 est dit : « Cum Tiberius morbo gravi tenerctur », on envoie par toute la Judée chercher un objet qu'eût possédé le prophète tué par les Juifs. On ren'-onire une femme appelée Miria Veronica qui garde précieusement une toile sur la[uelle Jésus a empreint ses traits eu s'essuyanl la face. Tibère a fait chercher cette toile; Maria l'emporle à Rome et rien qu'en la contemplant l'Empereur est guéri.
D'un autre cùlé Suétone avait dit {Vespasienus, V) que Joséphe, historien juif et alors pri sonnier ne cessait d'affirmer qu'il serait bientôt délivré par Vespasien lui-même. De la similitude de noms et de l'utilité pour la légende de rattacher cette histoire à Joseph d'Arimathie sera venue l'idée d'appliquer l'efficacité de la sainte 'Véronique à 'Vespasien
Kn reconnaissance de celte cure merveilleuse, l'empereur Titus et son fils Vespasien se rendent en Judée pour s'informer des souffrances qu'on a fait subir à Jésus et venger sa mort. Laissons-là Titus bizarrement introduit dans le récit, passons sur le long interrogatoire que Vespasien fait subir à Pilate qui se disculpe comme il peut de sa politique cauteleuse, sur les délations des Juifs contre ce même Pilate qu'ils veulent perdre. Vespasien a fait croire à ces derniers qu'il est très irrité contre la mémoire du propliéte et qu'il veut récompenser ceux qui ont contribué à le faire condamner. Tous à l'unisson se réclament des outrages qu'ils ont fait subir au faux roi des Juifs et chargent Pilate qui, par son indécision, a failli empêcher Jésus de Nazareth d'être condamné. Quand Vespasien a appris ce qu'il veut savoir, il les fait tous mettre en prison, puis fait périr les principaux d'entre eux dans de « cruels supplices » pour venger la mort de Jésus. Il ne fait grâce aux derniers qu';\ la condition <iu'on lui dise où est Joseph mort ou vif, présumant qu'on devait le retrouver vivant par la protection de Celui qui ressuscitait les morts. Alors Caïphas, le même qui étant grand-prêtre avait fait enfermer Joseph, se présenta et promit à Vespasien, si on lui laissait la vie sauve, de le mener au lieu où Joseph avait été conduit quavantc-deux ans auparavant. Vespasien se fit descendre par des cordes dans le cachot souterrain qu'il trouva inondé d'une éblouissante clarté. 11 interpella le prisonnier qui tout surpris s'écria :« Beau sire Dlex qui çou est qui m'apiéle? — Jou sui, dist-il, Vaspasiens li fix i'emperaour de Roumc qui vous vient jeter fors de prison. >■ EtJosephcommencha à penser qui pooit estre chil Vaspasiens qui estoit Hex I'emperaour; car il ne cuidoil (croyait^ avoir demouret en la prison que tant seulement com il avoit del venredi jusques au diennence que noslres sires Jiiésu Crist li aparut. • — Ceci est la version du grand Saint-Graal. Dans l'autre roman Joseph voit venir le fils deCésaret* se dreçant encontre lui dist : « Vaspasiens, bien soies tu venu/.! et quant il s'oï nommer, si s'enmerveilla moult et dist ; Qui les tu (jui si bien me nomes ? et Joseph dist ; Je suis Joseph de IJarimalhie.Lors s'enlracolèrenl et baisièrent et s'entrefonl moult grant joie! »
Pendant ces quarante-deux ans qui pour Joseph ont duré trois jours, il a vécu comme dans un songe, soutenu par la vertu du saint Ilanap. Sa réilonse a « moult esmerveillé » les assistants, surtout Caïphas qui était un vieillard caduc. Mais Joseph n'en a pas pour cela perdu la notion des devoirs spirituels qu'il a à remplir et comme Vespasien lui demande s'il sait ({ui l'a guéri de sa maladie, il répond par une longue homélie
dont l'hislolro éUil Ik'c à colle de Josi'plie, l'hisljricn. C'est pourquoi aussi noui .liions voir Vespasien venir en Judée \ enfer le Christ et délivrer son disciple.
.Maria Vcroniea c>t dnns les romans inlislinctcmcnt appelé Vt'ronc ou Véroïtic ; ailleurs ncii.'ila reconnalisons lous le nom de Marie de Yénience cl nous ^avons que o'csl celle qu'on désigne «ou» le nom do Marie l'AigypUennc. Dins le romao en vers, par une innovation au moins inutile, on l'appelle Verriiie qui scrarlc trop de la désignattoo évangéli(inecl n'a aucune raUoD d'ttre adopta.
OÙ il est parlé de la création du monde, d'Adam et d'Eve, des mauvais anges et des pièges qu'ils tendent aux humains, enfin de la venue sur la terre du Fils de Dieu qui s'est fait liommc pour racheter les pécheurs et qui a guéri Vespasien pour qu'il devienne chrélien. Vespasien venu pour punir les bourreaux du Christ ne manque pas d'être convaincu parla parole de Joseph; on nous le dépeint pourtant sous un jour assez cruel, car avant de se faire baptiser il fait « ardoir » tous les juifs survivants de la Passion si bien qu'il n'en restait plus qu'un, Caïphas, à qui il avait promis la vie sauve. Vespasien très embarrassé et ne sachant comment à la fois tenir sa promesse et venger la mémoire de Jésus, prend le parti de faire exposer Caïphas, tout seul en mer, dans un bateau à la merci de la Providence, laissant à Dieu le soin de disposer de sa vie ou de sa mort.
Les persécuteurs de Jésus ont tous subi leur châtiment; Joseph se fait baptiser, lui, sa femme Héliab, son fils Josèphe, qui plus tard devient évêque et sa sœur Enysgeus et le mari de celle-ci, Brons. Saint Clément, dit l'un des romans, saint Philippe, dit l'autre leur donnèrent le baptême. Comme beaucoup se présentaient à lui disant : « Sire, nos venons à ta merci » Joseph leur répondit : « Nos feites mie à la moie (mienne merci) mais à la celui nasquit de la Virge Marie et qui m'a sauvé la vie si longoment. Prenez garde de mentir, ajouta-t-il ^< par la paor del torment Vaspasien. » Vespasien reçut aussi le baptême mais la cérémonie fut tenue secrète par crainte de l'empereur Titus.
A partir du baptême les deux principaux romans du saint Graal que nous avons pu jusqu'ici mener de front, prennent des routes si opposées que nous sommes obligés de choisir entre les deux branches. Nous suivrons donc d'abord le Joseph d'Arimat/ne de Robert de Borron;ila l'avantage pour le lecteur d'être beaucoup plus court.
Suivant les ordres du Seigneur, Joseph et ses gens étaient allés en des pays étrangers convertissant les peuples à la loi de Jésus-Christ. Dans le pays qu'ils choisirent d'abord et dont le romancier tait le nom, ils se mirent à cultiver la terre et apprirent à labourer. « Une moult graut pièce (temps) ala lor afTeires moult bien et puis après si ala si mal, con ge vos dirai que quancqu'il faisoient et laboroient aloit à mal. « Si mal même allèrent leurs affaires qu'ils ne pouvaient plus supporter leur position et furent pris de découragement. Leur maliieur, dit le pieux romancier, venait de ce qu'ils commettaient le péché de luxure et que Dieu se détournait d'eux. Us vinrent trouver Brons, le beau-frère et l'ami deJoseph, et le supplièrent de parler en leur nom. « Sire, tous les biens terrestres et l'abondance dont nous jouissions nous échappent, peu s'en faut que nous ne mourions bientôt de faim, nous voudrions demander à Joseph jsi cette famine est imputable à nos fautes ou si elle vient d'un péché commis par lui-même.» Joseph consulté, se met aussitôt eu prière devant le saint vase et invoque celui qui naquit de la Vierge Marie pour savoir s'il a péché et connaître sa volonté. L'Esprit Saint lui apparaît aussitôt et le console en lui disant qu'il n'a rien à se reprocher, mais que certains de sa compagnie
ont péclic et «[u'il doit les exclure * Tu feras une grant sénéfiance que tu inctras mon sang ol moi en espnievo vers les piîcheors. — Souviens-toi dit le Seigneur qu'à la Cène, chez Simon, je dis que celui (]ui mangeait et buvait avec moi me trahirait. Celui qui Tavait fait comprit bien que ces paroles s'adressaient à lui et pris de honte se retira « ne oncques puis ne se mist en compaignie de mes déciples el por lou nombre parfaire covient il un autre en son icu •»; le lieu qu'il occupait à celte table resta vide el il ne sera rempli que lorsque lu seras à la lablc, mais ce m- sera pas celle oii se réunissaient les disciples de Jésus, mais une autre qui sera le symbole de la première. Kn souvenir de cette première table lu en feras une carrée; lu appelleras, quand elle sera faite, Brons ton lieau-frére qui est prcudome et de cui maint preuilome istronl el sont Issus.
Ce qui suit est une reproduction de la Cène où le saint Graal prend la place du Calice. Le romancier se répétera souvent soil pour rappeler le symbole de la Table carrée soil pour démontrer l'analogie voulue entre le Graal el l'Eucharislio.
VI Dis à Brons, continue l'Kspril saint, d'aller dans cette eau voisine pécher un poisson; pendant ce temps, apprête la table et « qant tu l'auras tote appareilliée et les napes mises desus, si pran ton vaissel et lou met en niileu iTicele pari où tu voldras seoir et puis si lou cuevre d'un ploi de toaille vun peu de toile représentant le corporal) et ijant tu auras lot ice fait, si pran lou poisson que Brons l'aportera si lou met de l'autre part encontre lou vaissel... puis « mande ton pueple et lor di que ils verront ja ce dont il se démentent et es quex d'els il poiche (lesquels ont péché . Ceci fait, Joseph doit s'asseoir au milieu comme Jésus l'a fait à la Cène et Brons prendre place à sa droite. Au moment de s'asseoir, Brons fera instinctivement un mouvement de recul de manière à laisser une place vide entre Joseph et lui. Ce siège vide est la « sénéfiance >> de la place dont Judas se retira quand le Soigneur lui montra qu'il connaissait sa trahison. Or ce lieu ne peut être rempli tant que le fils de Brons ne s'y asseyera pas. (Par fils, doit-on entendre le fils du fils, l'erceval, le tiers hors de la Trinité terrestre? On peut le supposer). Que le peuple soit ensuite appelé, que ceux qui croient en Dieu et obéissent ii ses commandements s'asseyent ;\ la grâce. >
Joseph exécuta les ordres du Seigneur. Beaucoup s'assirent, un plus grand nombre ne s'assit pas, et la table fut remplie, sauf à la place entre Joseph el Brons que l'on ne pouvait occuper. Parmi ceux qui étaient assis un qui s'appelait Pierre demanda à ceux qui restaient debout s'ils ne ressentaient pas les elTels de la grûee (I , el ils npondirent que non. Alors, dil Pierre, ecci prouve que c'est vous qui êtes coupables de péché, el c'est à cause de vous que nous souffrons de la disette, llunteux, ceux que Pierre
1. (irAcc. I.i vue (lu nainl lira.il donnait à rpux qui po Ptalcnt dignes les biens apiritiialt qu'en thrologie on aUriliue k l'Eucharistie; do plu», la prr.oenre du pn'rieux raie lur la taille donnait en abondanre aux élus la nourriture la plus substanliolle.
avait inlerpellés sortirent. Les autres jours, la même cérémonie se renouvela, et ceux qui ne s'asseyaient point, voyant les bienfaits de la grâce se répandre sur les élus, demandèrent : Quel est donc ce vase, et que signifiet-il? El Pierre qui s'est chargé de dire la vérité aux pêcheurs, continue : « Par cel vaissel somes nos départi (triés) les uns des aultres et parla vertu qui dedanz est et par la force de lui; car il ne cousant nul pecheor en sa compagnie ». Les pêcheurs se reconnaissant indignes consentirent d'euxmêmes à s'éloigner, comprenant qu'ils ne goûteraient jamais les joies inetlables de la grâce dévolues à ceux qui demeuraient, mais voulurent du moins, ajoute opportunément le romancier, savoir ce qu'ils devaient dire du merveilleux vase et comment ils l'appelleraient. Et Pierre de répondre : Ceux qui voudront lui donner son véritable nom le clameront le Graal parce qu'il agrée à ceux qui peuvent rester en sa compagnie et qu'il leur fait éprouver autant de plaisir qu'en éprouve le poisson qui saute dans l'eau échappant à la main qui le retient. Tous, ceux qui partaient pour toujours comme ceux qui demeuraient, d'un commun accord l'appelèrent le Graal, ce qui plut infiniment à Joseph (si li abéli moult) et dès lors en ça fut « clamée » ceste estoire : li contes ciel Graal.
Cependant les pêcheurs partirent, non sans laisser derrière eux un des leurs, « un compagnon qui moult estoit faus et desloiaus et decevanz luxurieux qui avoil non Moyse ». Ce Moyse savait bien parler, et, d'après les apparences, était tenu pour sige, humble et charitable. Au lieu de suivre ses compagnons, il se mit à pleurer au moment de leur départ en disant que jamais il ne consentirait à se séparer d'avec « ceste bonne gent que Dex paist de sa grâce ». Il pleurait tant et tant, faisant triste figure et implorant la miséricorde des bons qu'on prit pitié de lui et qu'on supplia Joseph de permettre à Moyse de s'asseoir à la table du Graal, en faveur du repentir si sincère qu'il témoignait. Joseph était trop « preudome » pour se laisser prendre aux mômeries de ce prédécesseur de Tartufe, et ne se prêtait nullement aux sollicitations dont il était l'objet. Il ne croyait pas Moyse digne de la grâce et ne voulut rien accorder sans avoir invoqué l'Esprit saint. Aussi, étant venu s'agenouiller devant le saint Hanap, priat-il le Seigneur de l'éclairer, et le Seigneur lui répondit : « Joseph, Joseph, or est venuz li temps que lu verras ce que ge t'ai dit dou siège vuit (vide) de la Table qui est entre toi et Brons; tu proies (pries) por Mois et tu cuidois et ceux qui l'en ont proie que il soit teux come il fail semblant, il atant la grâce que il cuide avoir. Saille avant si sièce (siège) à la grâce et lors verra que il devandra ». Joseph dit alors : « Si Moyse est tel qu'il paraît, qu'il vienne s'asseoir à la Table, mais qu'il prenne garde car s'il n'est pas digne d'en approcher il tombera dans le piège qu'il se sera préparé à lui-même. »Ces paroles de méfiance n'effrayèrent nullement Moyse qui répond : « J'attends la permission de Joseph car je me sens digne d'être parmi vous. » Ses compagnons le reçoivent parmi eux et il s'avance vers la Table. Joseph l'avertit encore: « Moyse, il est encore temps; si tu
n'es pas digne, ne l'approche pas. Joseph donc et Brons et tous les autres s'assirent à la place qui leur était habituelle. Quand ils furent tous assis, Mojse, qui était resté debout cherchant une |)lace, n'en trouva plus qu'à côté de Joseph, et pris de peur liésitait à s'asseoir. 11 prit pourtant possession du siège vide, mais à peine y était-il que la terre s'entr'ouvrit et qu'il disparut (si fut fonduz) sanl qu'on sut ce qu'il était devenu... Comme devant si étrantre chose ton-; restaient bouche bée et l'esprit tourmenté, Josepii s'agenouilla encore devant le saint Vaissel et demanda à Dieu de lui donner l'explication de ce prodige... et l'Kspril saint, sans répondre directement, reparla de la Cène, de la Table de Joseph, où la place vide serait occupée par le troisième descendant du lignage de Josepii, et d'une troisième table établie en souvenir de celle-li\ où b'assoierail également le petit fils de Brons... Le romancier, qui abuse un peu irrévérencieusement de la présence de l'Esprit saint, ne pousse pas l'audace jusqu'à mettre le nom de Merlin dans sa bouche. Quant ii Moyse, il est plongé dans les abîmes, et il n'en sera plus question avant que celui qui remplira le lieu vide ne l'ait trouvé.
Dans le grand Sainl-Graal, l'incident de Moyse se présente de la même façon mais finit dilTéremment ; je le note ici pour n'y plus revenir.
Moyse, le faux dévùl, n'ayant cessé de supplier Joseph de lui permettre de prendre place à la Table, celui-ci finit par céder, tout en l'avertissant des dangers qui le menaçaient. « Lors vint Moys avant et s'asisl entre Joseph et Bron, mais il n'i ot pas longuement esté, qanl cil de la taule (table) virent que du chiel vcnoient jusques à Vil mains totes ardans et enflambécs. Us ne voyaient pas les corps au\(]uels ces mains étaient attachées. < Mais de lors mains issoit fus et flambe deseur Moys, si (ju'il commença à esprendre et à ardoir ausi cler comme che fust une buische sèche, et encore virent-ils qant il fui ensi espris (ju'il flamboit durement et que les mains le prisent et Ii levèrent de là où il se séoit et l'emportèrent parmi l'air en une foriest firant et merveilleuse »
Quoiqu'il y .ait beaucoup de redites dans cet épi.sode de Moyse on ne pouvait le négliger ayant entamé la série des allocutions au sujet de la Table carrée et du Graal. 11 y aurait là un point de théologie à marquer — en dégageant le récit des enfantillages ou des amalgames de tradition évangélique et de sorcellerie — c'est la question de la grâce parfaite et du sai-rilége dans le sacrement de l'Kucharistie. On reconnaît la main de l'archidiacre d'Oxford et là encore Robert de Borron s'est certainement inspiré de lui. L'Ivspril saint ayant ainsi parlé à Joseph et celui-ci ayant appris à ses compagnonspourquoi la ^ mauvestié» de Moys avait été punie, Pierre tira celte sentence de morale religieuse : •< Moult est forto la justice de Seygnur Jhesu Crist et moult est foux qui, por ceste chaitive vie, la porchace. *
Après être restés longtemps en cette terre, Joseph avec son peuple alla prêcher en Grande-Bretagne. Voici ce que sans transition le romancier
nous apprend. Ailleurs il sera dit comment ils firent cette miraculeuse traversée sans voile ni aviron, mais sur le pan de sa chemise qui s'allongeait à mesure que les fidèles posaient le pied sur une des extrémités... Robert n'entre pas dans ces détails et va dans ce premier livre abandonner Joseph et sa « meignie crestiennisant les puissants et les humbles dans la bloie Bretagne », et apprenant lenomde Dieuaux peuples païens, mais ilne nous a pas tout dit et la fin du conte sera le pont de raccordement avec les romans futurs où la dominante évangélique sera remplacée par la note chevaleresque.. Ce miraculeux saint Graal qui d'ores et déjà est marqué pour une destinée merveilleuse, qui en aura la garde quand les dépositaires actuels seront montés aux cieux? Robert nous l'explique en revenant bien des années en arrière et en exposant, ce dont il n'avait nullement parlé jusqu'ici que Brons avait eu d'Enysgeus « XII filz 'qui furent beaux bacheliers et moult grant ». Ces douze fils commençaient à les « ancombrer », aussi demandèrent-ils conseil à Joseph pour savoir ce qu'ils devient faire de cette imposante liguée. Le romancier qui n'aime pas à faire parler Joseph sans l'inspiration d'En Haut fait intervenir un ange qui de la part du Seigneur déclare que les fils de Brons devront être ses disciples et se choisir un maître parmi eux; ils seront au service de Dieu mais en tenant la terrienne ordre (tiers ordre), c'est-à-dire que pourront se marier ceux qui le voudront et se consacreront les autres à maintenir la sainte Église. Joseph s'étant réjoui avec Brons et Enysgeus delà destinée dévolue à ses neveux, réunit ceux-ci et leur fait part des ordres venus de Dieu. Onze des fils prirent immédiatement « famés au comeudement de l'Église » mais le douzième nommé Alain répondit : Sire je ne puis avoir nul talant (envie) ne ja nulle de ces famés n'aurai. Brons le mena à Joseph en disant : Sire vez-ci vostre neveuz qui por moi ne por sa mère, ne veult famé prendre (1). Joseph s'en rist et li dist : Cestui, me donroiz vos entre vos et masereur? — Que voire moult volentiers, sire, respondit Brons. — Alors Joseph embrassa (acola) Alain et le garda auprès de lui « Biaus chiers niés, grant joie devez avoir quar nostres Sires vos a esleu à son servise faire et à son non essaucier : vos serez chevetaignes (chevecier, protecteur) de tôt voz frères; or ne vos movez de delez moi et si oïez la vérité de nostre Sauveur. » La voix du Saint-Esprit se fit encore entendre et donna à Joseph ses instructions. Il devait enseigner à son neveu les circonstances de la vie et de la mort de Jésus, le séjour de quarante-deux ans que lui Joseph avait fait dans une prison, lui dire comment Dieu l'avait assisté et secouru, comment il avait donné à lui et à ses compagnons fidèles la satisfaction du cœur, cominent par cette grâce on est préservé de toute
1. Ainçois dist qu'il serait virge tout son aage et sorviroit à la table de saint Graal et garderoilà Nostre Segaour sa virginité. Josepli oy le proposement de l'enfant il respondit : Moult me plest que tu sois serjans {sen'iens) et menislre du saint 'Vessel et pour ce que tu bées à servir si ententivement je te fais si grand honnour que je t'en octroie la garde après ma mort.
(Tristan le Léonais, par Luc du Gast.)
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souillure du corps et de l'esprit. — Quant tu lui auras enseigné ces choses, continue la voix céleste, tu lui montreras ton vaisseau et lui diras que le sang qui y est contenu est le mien et que ce sera là la confirmation de ma iToyancc. — De lui naîtra un fils qui héritera du vaisseau... recommandelui bien de veiller sur ses frères et d'aller aux contrées de l'occident porter le rayonnement de mon nom. Demain un messager du ciel vous apportera un bref. Ce bref sera « baillié » à Pierre et tu lui commanderas de se rendre vers les vaux d'Avaron ^1). Là il attendra le fils du fils d'.Main, car il ne pourra mourir avant d'avoir vu celui qui connaîtra la force et la vertu du vaisseau ^2), celui-ci lui dira ce qu'est devenu Moyse...
Le lendemain à l'heure de prime une éblouissante clarté parut et le bri'l tomba des cieux. 11 fut aussitôt donné à Pierre qui avant de partir répéta que suivant les ordres de Dieu, il se rendrait aux vaux d'Avaron où dans la solitude il attendait la miséricorde du Seigneur. Puis l'investiture fut donnée à Alain qui avait charge de veiller sur tous les siens, et il conduisit ses frères et les lidèles dans les pays lointains où il évangélisait les villes, les eiirs et les châteaux. Brons reçoit de Joseph les secrètes paroles qui constituent les secrets du Graal et il s'en ira portant le nouveau nom du riche pécheur en souvenir de l'unique poisson qu'il pécha; lui aussi se rendra en Occident où il attendra le fils de son fils pour lui remettre en temps opportun cette grâce du Graal qu'il emporte avec lui. « El lors sera accomplie la sénéfiance de la trinité et lors sera dou tierz (3) au plaisir de .Ihesu-Crisl qui est sire de toutes choses » Quand Brons aura reçu son vaisseau sacré, Pierre s'en ira de son côté vers le couchant et Joseph attendra paisiblement, après une vie de justice et de vertu que Dieu le rappelle à lui. Tout s'accomplit ainsi qu'il a été prescrit, Joseph reste et meuit dans cette terre inconnue où il a été envoyé par Jésus et nous retrouverons ce roi pécheur 41 chargé de lustres dans tous les romans. Nous rencontrerons aussi Alain dit le Gros quoicpic une partie de son rôle dans le grand Saint Graal soit dévolu à Josèphe évéque, fils du Disciple, dont ici on ne parle pas. Ce qui ôte la clarté à ces différents récits et ce qui complique la tâche de celui qui veut dégager une trame nette et uniforme au moins quant au fond (les épisodes et les broderies restant le bénéfice de la verve des conteurs) c'est ce besoin qu'ont les romanciers, puisant aux mêmes sources et
1. Avaron, Avalon est pris dans le sens des terres du Couchant. C'est une ni.iniJrc de relier le récit aux propluHies de Merlin qui Tait disparailrc Arthur dans l'Ile d'Avalon.
2. Ce paisafcr n'est pas clair et quoique tous les manuscrits portent le nom de Pierre on doit supposer qu'il s'agit de Brons hii-mdne, le riche p<''cheur qui ne peut mourir avant d'avoir vu son petit-fil» PcTccval. (Dans le roniau de «iautier Map c'est .Mordrains Evalach et le chevalier aUrndu est «ialaad.)
3. Ce tiers, nous aurons l'occasion de le voir, sera ou Perceval ou Gniaad suivant qu'il >'agit de la version rrançaise-allemaDde ou de la version anglaise.
•1. Celte expreiision du riche pi'-chcur est souvent prise dans l'autre sens en jouant sur 1 arrrnl. Chreslien de Troyes s'en seit ironiquement et Wolfram a lait d'.\inforlas, gardien du ("iraal, un roi coupable qui cipie ses faules. C'est à cet Amforlas que succfde le Partirai de Wagner qui procède du ln'rus de Wolfram.
s'enipruntant des chapitres entiers les uns aux autres, d'embrouiller à plaisir les noms et les généalogies. Pourquoi dans Chrestien de Troyes venu le dernier, Perceval n'est-il plus le fils d'Alain mais son neveu seulement étant le fils de la sœur de Brons? On comprend que Joseph confie le précieux Vase à son propre neveu, fils de sa soeur, mais non pas au neveu par alliance de celle même sœur? Pourquoi le roi pécheur et mutilé par la lance porte-t-il des noms différents. Brons ici. Pelles de Lystenoise ailleurs? Ici c'est Jiiseph lui-même qui a les cuisses traversées; là ce n'est plus Alain qui doit être guéri de ses blessures, mais Evelach — celui que Joseph d'Arimalhie a baptisé en Judée sous le nom de Mordrains et qui gît trois cents ans dans un lit... Mais je m'arrête, la liste des pourquoi serait indéfinie et « devant que les chandelles soient allumées » il ne faut rebuter le lecteur qui désire connaître les aventures chrétiennes et merveilleuses auxquelles Joseph d'.Vrimathie s'est trouvé mêlé grâce aux vertus de son précieux vase.
Nous entrons dans le grand Saint-Graal où après des récits qu'on dirait cueillis dans l'histoire des Hébreux, nous allons retrouver les mêmes personnages, plus beaucoup d'autres moins bibliques et se rapprochant déjà des chevaliers d'Arthur. La note mystique et eucharistique ne s'y impose pas moins, tempérée çà et là par des récits plus humains, voire par des épisodes qui n'onl rien d'édifiant si ce n'est par la sanction morale que l'archidiacre en tire. Mais encore un coup ce sont des ressouvenances de l'Ancien Testament et des légendes primitives.
Après le baptême de tous les siens, Joseph re'unit ses compagnons au nombre de soixante-quinze nouvellement < crestiennés » et avec eux se dirigea vers les bords de l'Euphrate où les ordres du Seigneur l'envoyaient pour catéchiser. Arrivés à une demi-lieue de Béthanie dans un bois, les néo-chrétiens déjà las et affamés voulurent s'arrêter, mais Joseph leur donna courage en leur promettant de les nourrir par la grâce de Dieu. Ils se mirent tous en prière et Joseph eut une vision. Dieu lui commandait de faire fabriquer une arche ou cassette pour y renfermer le saint Hanap.lui permettant de l'ouvrir chaque jour à l'heure de la prière mais à la condition expresse que personne autre que lui ou son fils Josèphe n'y touchât. Dieu promettait en même temps nourriture abondante aux fidèles pendant toute la durée de la pérégrination, sans qu'ils eussent besoin de se préoccuper d'aucune provision. Les compagnons campèrent dans le bois et trouvèrent quantité de victuailles.
En quittant Béthanie la pieuse troupe se dirigea vers Sarraz dont le romancier veut que les Sarrazins aient tiré leur nom (1).
Les bons pèlerins étaient nourris miraculeusement en route... Là nous
1. Si estet entre la Babiloine et Salemandre ; de celé citet issirent premièrement Sarrasins. Ne sont pas à croire cie qui dient que Sarrasins furent apiélés de la femme Abra/iam... car çou fut controiciaillé.
60 LA LÉGENDE Dl' SAI.M-GRAAL
sommes en plein pays biblique et les romanciers n'ont eu qu'à se rappeler la manne céleste qui nourrit les Hébreux dans le désert.
« A tant s'en va Joseph, si entra en la ciste de Sarraz lui cl sa mesgnie (cortège) et quant les citouins les veirent venir, si furent tous esbahis car étoient soix.inte-quinze et les voyirent aller nuds pies, et s'en commencèrent moult à esmerveiller quelles gens c'estoient. Oncques Joseph ne ses disciples ne cessèrent de cheminer tant qu'ils vinrent au temple du Soleil et ce estoit le haut temple de la cité lequel tenoicnt les Sarrazins en très grand hounour et révérence plus que les aultres lieux pour ce que le soleil est le plus beau de toutes les aultres planètes. Et en entrée d'icel temple avoit une habitacle la plus belle et la plus riche que oncques homme vit. Elétoit faite ainsi belle pour ce que les pères de la Cité y tenoient leurs plaids et leur affaires... En celuy habitacle entra Joseph et sa compaignie et plusieurs de ceulx de la ville les suivoient pour la merveille qui leur sembloit d'eulx, car oncques mais si étranges gcnt n'avoienl veus... Là trouva les jjIus granls de la ville et le segneor de la Cité meismes apelés Hevalach {alias Evelach) li Mesconncus, pour ce que nul homme savoit de quel païs il estoit nés, ne de quel lui il estoit venus; mes il estoit de si grant proesse que il avoit par sa cevalerie conquise toute la tere jusques à l'entrée d'Egypte. — Mais il estoit vieil et son aage ne pouvait mais souf- Irir que son cors soustînt armes. Si (aussi) n'esloit mais tant redoutés ne tant cremus (craint) corne il avoit isté en sa jovenèce; ainçoi* (volontiers) le guerroyoient les Egyptiens, si li avoit ja grande partie lolue de sa tière ^tp^re) qui marchoil(conBnait) près eulx,et si l'avoienldesconlit en bataille et chassé de place en place; et n'avoit pas plus de sept jours à renoncer à son pays. Et por ceste cose, avoil-il mandés tous les sages hommes qui estaient en son pooir « car à aus en voloildemander conseil >.
Joseph d'Arimathie arrivait chez le roi Evelach au moment du conseil ; il en eut une grande joie car il pensa que l'heure était venue de faire entendre sa parole « par le grant besongne (besoin) que li ruys Evalach avoit de l'aide nostre Segaour. — « Il trouva le roi fort abattu et quand il le visl si triste et sipàle et si pensif si li dist : -^ Evalach ne sois pas si esbahis, car si tu vix croire mon conseil, tu auras joie et victoire de tes anemis et la gloire qui jamais ne te faurra». — Evalach ayant promis d'écouter, Joseph en profile [lour faire un cours de théologie comme l'archidiacre 1 1ère érudit a coutume d en placer dans sa bouche. Aux objections du roi qui comprend d'abord faiblement pourquoi on veut renverser ses idoles, Josejjh ré]ionci viclnricu-cment par toute l'histoire de Jésus. Uemontant à sa naissance, .'i l'adoration des rois Muges, au massacre des Innocents commandé par Hérode il jiarle ensuite de la fuite en Egypte, puis des miracles du Sauveur, de la Passion, de la trahison de Judas, de la MnrI, de la mise an sépulcre, enlin de la résurrection. La conception et la naissance de Jésus soulevant des doutes dans l'cspril d'Evalach, Joseph lui expose sa théorie sur les principaux mystères, sur le Saint-Esprit source de toute lumière et sur In Trinité. Ce catéchisme éminemment catholique mais
d'une facture un peu complexe pour un roi idolâtre ne laisse pas que de dérouter Evalach, quelque sincère que soit son désir d'apprendre. Le mystère de la Conception est décrit par Joseph en termes plus canoniques que décents et nous retrouverons là les crudités d'expressions des écrivains ecclésiastiques du moyen âge. Je trouve inutile de citer ici le texte qui n'apprendrait rien aux orthodoxes et pourrait leur paraître de la part du transcripteur une tentative d'irrévérence. Comme au contraire le but de Fauteur était un but absolument pieux, ce serait aller contre sa pensée que de citer, même en transposant de plusieurs octaves des pages faites pour la réflexion à huis clos. Il en est des mystères naïvement, c'est-àdire crûment dépeints par Joseph comme de certains passages de la Bible qu'on a lus tout bas et qu'on n'enseigne point à haute voix. M. Hucher dans son analyse sommaire du Saint-Graal dont il a publié le texte d'après le Manuscrit du Mans a évité l'écueil en résumant en dix lignes vingt pages du discours de Joseph. Bien que nous entrions dans plus de détails nous l'imitons ici, pour ne pas ou choquer le lecteur ou rebuter sa patience.
Après l'explication du mystère céleste, Joseph descend sur la terre et nous assistons à la création de l'homme fait par Dieu à « sienne semblance et ymagène ». Mais l'homme destiné par le Créateur à « restorer la disvine légion d'angles (anges) qui esloient cheu del Ciel par leor orguel », « trépasse le commandement de son creatour en mangeant du fruit défendu par « l'enortement et par l'amounestement de la femme qui li déable déchut » et fut jeté hors du paradis terrestre. Et Dieu lui dit : « Pour çou que tuas plus obéit àta femme que jou l'avoie donné que à moi qui t'avoie fait, pour çou souf erras tu tousj ors la paîne et toi et tes hoirs, car vous mangerés vostre pain en travail et en suour et en paîne, dorénavant pour le trespassement del coumanderaent qui desfendus t'étoit, que tu as fait. » — « Et tu, dit-il à la femme : tu enfanteras ta porteure en tristrèce et en doleur. » Cette promesse a été bien tenue car personne n'est délivré de travail et de peine de l'heure où il entre dans la vie jusqu'à l'heure oii il en sort et jamais femme n'a enfanté sans « soustenir de dolor plus que ses cuers n'en poroil penser ni sa langue dire. » — C'est pour racheter cette faute originelle qui depuis le commencement du monde entache l'humanité, que le Fils de Dieu s'est fait homme en prenant naissance dans le sein de la Vierge Immaculée, est mort pour racheter les hommes, est descendu en enfer pour en tirer les âmes des justes. Celte page qui est un vrai Credo est une des meilleures du catéchisme prêché par Joseph; la phrase est vive,le style est plus net, privé de ces répétitions et de ces alanguissantes observations qui rendent la lecture du texte souvent si pénible.
Cependant le roi Evalach est ému; il a fait ses objections et n'est pas encore convaincu, mais le cours d'histoire sainte de Joseph l'a intéressé. Il ne comprend pas encore comment le fils de l'homme a été engendré et comment la Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit ne forme qu'un Dieu
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unique en trois personnes, aussi envoie-l-il quérir tous les « clers de la cilet» afin que Joseph les instruise à leur tour el réponde à leurs observations. Le distiple traita devant eux tous les <- fors poins de l'escrilure, si que tout chil qui estoienl venul, s'en esbahissoienl et disent en la fin que il ne li responderoiinl mais (ne trouvaient rien à répondre). L'assemblée des clercs dissoute, le roi fil rappeler Joseph, lui demanda comment il csloil apiéh's. On ne peut s'empèciicr de sourire devant la naïveté du Conteur. Voilà un roi des confins de l'Egypte qui a l'ennemi à ses portes et dans son pays le désordre dû à la délaile : un saint homme se présente escorté de pèlerins, demande à l'instruire et lui promet la victoire s'il l'écoute. On comprendrait Evalach, superstitieux comme tous lespaïens, croyantàla vertu surnaturelle de cet homme qui entre comme un inspiré dans le conseil du roi, acceptant comme Clovis de renoncera ses idoles après la victoire {ce qu'il fera du reslej mais on ne se le représente pas très bien, écoutant avec la patience d'un Kalifo de Bagdad de longs discours et oubliant de lui demander qui il est el d'où il vient. A son cours de théologie Joseph c'ût ajouté un facteur d'infiuence si, parlant du Sauveur, de sa passion el de sa mort il avait ajouté : J'étais là, j'ai vu ses soufTrances, c'est moi qui l'ai enseveli, c'est lui qui m'a délivré de ma claustration el m'a soutenu par la vertu du saint llanap... C'était l'occasion ou jamais pour amener le roi à la confiance, de le frapper par des faits personnels el plus facilement compréhensibles. Rien de tout cela; Joseph est resté dans le domaine des problèmes religieux el a récité quelques pages de l'écriture sainte; l'archidiacre a oublié pour un instant le Graal el son roman pour nous placer un Symbole des ApAlres de sa façon...
Joseph nullement surpris lui répond qu'il s'appelait >v Josepli d'Arimachie». Le roi voyant qu'il a les pieds nus en prend grande pitié et lui annonce qu'il va l'héberger, lui fournira tout ce (jui lui sera nécessaire à la vie, que de plus il a eu grand plaisir à l'écouter et l'écoutera encore mieux une autre fois. — Sire, répond Joseph, je ne suis pas venu seul en celte ville, avec moi sont soixante-quinze pèlerins, hommes ou femmes qui oui tout quitté pour me suivre laissant les « terriennes » richesses pour l'amour de Jésus-Christ. Ils m'ont suivi sans rien emporter, ni or ni argent et sont vêtus pauvrement comme vous pouvez le voir, mais rien ne manque à leurs besoins car le glorieux Seigneur y pourvoit et tous leurs désirs sont satisfaits. Joseph ne parle pas encore du Graal mais au moins fait-il entrevoir l'intervention divine subvenant aux nécessités des pieux pérégrinateurs. — Kvalach ayant fait venir la « Compaignie » de Joseph, les accueillit bien et leur demanda 11 pourquoi il souffroient si granl pénitanche d'aller nus pies et dieslre si povrcmcnt viestus et si vilmenl. Lors respondil li fiex Joseph (|ui estoit appelés Josèphe et lui disl... Voilà l'entrée en scène du second Joseph que jusqu'à présent nous n'avons fait qu'entrevoir. Lui aussi va parler au roi el le séduire par son éloquenco — « Uoys, lui dil-il, nous soufrons ceste i>énilanche pour l'amour del glorieus lil Dieu, <|ui si grande et si angoisscusc le soufTri
pour nous qui fut desrakïés et mesaamés et crucéfiés eu milieu de deux larrons... » La bonté commence de haut en bas, de Dieu à homme et en échange du sacrifice qu'il a accompli pour nous, il est juste que nous nous dévouions pour lui. Le roi demande alors à Joseph comment s'appelle celui qui vient de si bien parler. — « C'est mon fils, répond Joseph, et on le nomme Josèphe, il sait plus qu'aucun clerc de son âge peut savoir et il parle bel et bien comme vous avez pu l'entendre. Après avoir ouï cette louange que Joseph malgré son humilité ne craint pas de donner à son fils, le roi les renvoie dans le plus riche oslcl de la ville où ils doivent être hébergés et ... revient à ses tristes pensées qu'il semblait avoir quelque peu oubliées. Il se souvient que sa terre est menacée, que l'ennemi est proche et que Sarraz va être investi et, hanté par de funèbres pressentiments, il ne peut dormir ; ce que lui a dit Joseph le poursuit aussi, ne lui a-t-il pas promis la victoire s'il suivait ses conseils? Comme il partageait son insomnie entre ces deux pensées qui à tour de rôle l'assaillaient, il eut une vision: il voyait le tronc d'un grand arbre d'où partaient trois rejetons ; le second était couvert d'une « laide escorche obscure tandis que les deux autres l'avaient claire comme cristal. Du second où étaient percés des trous, du sang coulait et des gens qui allaient et venaient se lavaient dans ce sang et à mesure qu'ils se lavaient leurs figures changeaient. Evalach qui se croyait le jouet d'un rêve s'aperçut soudain qu'il veillait, appela un de ses chambellans qui couchait dans la pièce voisine, le prit par la main pour qu'il n'eut pas peur, et le mena devant cet arbre aux trois singuliers rejetons ; ils virent que les trois branches étaient reliées entre elles, que la première naissait du tronc pricipal que la seconde était reliée à la première et que la troisième sortait de la conjonction des deux autres. Des inscriptions en lettres d'or et d'azur étaient tracées sur les rameaux ; l'une de ces incriptions disait » « Chis fourme » (celui qui forme) ; la seconde '< Chis sauve v (celui qui sauve); la troisième «Cis puréfie »., et plus le roi regardait et plus il était convaincu que ces trois rejetons venaient du même tronc et entre eux procédaient l'un de l'autre, portant même feuillage et mêmes fruits...
Et comme « esbahi et esmerveillé » le roi contemplait ces choses, il s'aperçut que la muraille bien qu'en marbre bien scellé, s'ouvrait de temps à autre pour laisser passer un enfant « biaus et blond », puis se refermait sur lui. Le roi pas plus que son chambellan ne pouvait comprendre chose si surprenante, « car il cuidoit (croyaiti que Dix ne autres ne peust dedens si fort huis entrer ne parmi si fort mur que en auqune manière n'i pareust ». Le roi était fort ému; quant au chambellan, il gisait à terre pris de peur et « autressi comme mors. » Tandis qu'ils se trouvaient dans cette angoissante seconde une voix d'en haut se fit entendre et donna les explications suivantes à Evalack qui n'était peut-être pas encore assez initié pour comprendre : L'arbre aux trois rejetons partant du même tronc dont le deuxième est percé de trous et couvre de sang ceux qui l'approchent c'est le symbole de Trinité que font deviner les inscriptions. Quant
à l'enfant, c'est encore l'image de la Conception invisible dont je ne puis traduire les expressions. Laissons le chambellan se remettre très difficilement de sa « grant paourv et retournons à Joseph qui lui ne pense qu'à la conversion du roi et demeure la nuit en prières pour l'obtenir du Dieu toutpuissant, prières si longues et dont nous pressentons la teneur que nous saurons au moment où après avoir passé «;^rant pièclic de la nuit en plours et en orisonset en proièreset en lermesàgenous tons nus», il reçoit les ordres de l'Esprit saint. Touché de sa ferveur. Dieu lui annonce qu'il va sacrer évêque Josèphe son fils et lui confiera la garde <le son Sang. 11 ordonneàJosephd'Arinialhiede se rapprocher de sa femme Eliabe Jlelvab) avec laquelle depuis longtemps il n'avait plus aucuns rapports, Joseph veut objecter son âge et se dérober, mais l'esprit saint ne le lui permet pas et cette nuit fut engendré Galaad. Voilà le point de raccord avec les romans de la Table ronde. Ce Galaad, quelques petits siècles plus tard aura un homonyme descendant de Josué fils deBrons,qui parcourra le monde à la recherche duSaint-Graalquand la fatalité aura voulu que le précieu.v vase se soit perdu. Nous ne demanderons pas au romancier, puisqu'on nous l'a dit, par quel miracle Héliab met au monde un fils quarante-cinq ans après la naissance du premier. Ce Galaad fils d'une nouvelle et non moins sexagénaire Sarah a son modèle dans l'Écriture. — « De cestui Galaad issi la sainte lignie dont li plousior furent saint homme et religieus et essaucièrent le non nojtre Segncur Jésus-Christ et si hounourèrent la terc de labloie Bretagne >• (1 .
Le lendemain le Saint Esprit descend, annonce à Josèphe qu'il va recevoir un grand d'honneur et lui ordonne d'ouvrir l'arche. Dans une vision céleste Josèphe voit le Christ entouré d'anges et portant les instruments de la passion et tout le drame divin se déroule devant ses yeux; il voit la Lance et le Flanc qui ruisselle et aux pieds du Crucifié la sainte Rcueile qui se remplil goutte à goutte de sang. Suit en langage très canonimic tout le rituel du saint sacrifice, depuis l'aspersion de l'eau bénite jusqu'au détail des ornements sacerdotaux. Dieu donne à Josèphe la crosse, la mitre et l'anneau et tous les insignes de sa dignité épiscopale.puis lui explique le symbolisme du vêtement placé sur la cotte qui veut dire chasteté, du couvre-chef (jui veut dire humilité, du vêtement blanc qui signifie virginité, du lien du bras gauche qui veut dire abstinence, de celui du col qui signifie obéissance, du vêtement vert qui est l'enililéme de la souffrance, du vêtement rouge qui veut dire charité; la mitre à deux cornes signifie confession, et les deux cornes repentir et satisfaction, la crosse veut dire vengeance et miséricorde. Après avoir reçu ces explications etbien d'autres encore ()ui appartiennent très exactement au formulaire sacerdotal, Josèphe est «lint et sacré et reçoit l'ordre d'accomplir devant le jicuple le saiîrifice de la chair et du sang et aidé des anges il célèbre les cérémonies delà messe au cours de laquelle Joseph d'Arinialhie reçoit la
1. La lignée otl abaohitncnt rolUliTalc ninN... Il faul prendre son parti îles R^-néalogles ranUliinto*.
communion et après lui, tous les fidèles. A la fin de la messe, la voix sainte se fait entendre une dernière fois ordonnant à Josèphe de célébrer ainsi tous les jours le service et d'établir un évéque dans toutes cités où il ira. -En faveur de sa mission, de grandes grâces lui seront accordées et il sera béni de Dieu dans l'exercice de ses fonctions sacrées. Enfin Lucan, cousin germain de Josèphe est choisi pour garder l'arche sainte.
Mais quittons les pieuses consécrations et les emblèmes liturgiques et retournons à Evalach que nous avons laissé pâmé et qui n'a pris aucune résolution énergique pour combattre les Egyptiens. Encore sous le coup de son émouvante vision, il mande Joseph et son fils pour recevoir d'eux de nouveaux éclaircissements. Devant eux, un clerc réputé pour sa science et sa sagesse, combat la théorie de la Sainte Trinité et de la Conception et conteste leur dire. Joseph, de démonstrateur devenant accusateur, niinace Evalach de la colère céleste pour permettre de tels blasphèmes et se venge du clerc en le rendant muet et aveugle. Les assistants indignés ont déjà saisi Jo?èphe et veulent lui donner la mort, mais Evalach s'interpose, demande à Joseph comment il a pu produire un fait aussi surprenant et s'informe si le clerc recouvrera jamais la voix et la vue. Josèphe continuant à mettre en action son ironique apologue conseille de présenter le clerc à l'autel d'Apollon. Le dieu reste muet, mais de la statue du dieu Mars sort une voix, celle du diable, qui explique que si les dieux sont impuissants c'est à cause du pouvoir surnaturel de Josèphe protégé par les anges ; et voici le diable obéissant avec docilité à Joseph, sortant de sa cachette, saisissant « un aigled'ormoult granl qui estoit sur l'autel au (du) Soleil >•• et abattant avec cet aigle les unes après les autres les idoles sacrées. Le roi voyant le diable sous la dépendance de Josèphe croit du moins qu'il va lui être utile en lui disant quand et comment le clerc pourra guérir par ses soins, de quelle manière surtout se terminera la lutte contre les Egyptiens ; mais le diable le désabuse au sujet de sa puissance : Celui-là seul qui a ensorcelé le clerc pourra le guérir, et quant aux Egyptiens, il ne sait rien de ce qui adviendra. Josèphe lui-même ne peut le faire parler. Je n'insisterai pas sur cette entrée du diable si commune dans les mystères du moyen âge et qui paraît au moins inutile puisqu'elle tourne court..
Un messager arrive à'-< grant aloure » qui s'agenouille devant le roi et lui apporte de mauvaises nouvelles delà guerre qui se poursuit prèsd'Onagre. Le roi Tholomée est maître de cette cité et s'est avancé rapidement avec « trente mille hommes chevauchans et soi.vanfe dix mille hommes à pied » jusqu'à Evalachin devant laquelle il a mis le siège. Evalach ne se laisse pas abattre par les tristes messages et loin de montrer sa peur, dont il « n'osait faire samblanl » convoque tous ses guerriers disponibles àTarra-
1. Celuy Lucan duquel des-endit le grant lignaigeparsuilaGrantBrotaigne futpuUenlumlnée car ils aportèrent le sainct Gréai et convertirent li mecreau a la foy Nostre Segnour.
[Lancelot du Lac).
Encore un autre collatéral. .
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Lie), castel situé àiu-uflieuesde Sarrazetàsix lieuesd'Evalacliin. Le moment est venu pour Jusèplie de tenter un vigoureux cIToi l pour amener le roi à se faire « crestienner ». Pour entrer définitivement dans sa confiance, il conte au roi toute l'Iiistoire de sa vie que personne ne connaît ic'est pour cela «ju'Evalacli est surnommé le Mesconnu^. Le Saint Esprit a appris à Josèphe qu'Evalarli est né « dans une moult anchienne cliilel de France (!) qui est apiélée Miax Meaux et fux fix à un povre houme afaiteour de vies sauUers i raccommodeur de souliers 1 .
Elevé par les deux filles du comte St'vin, gouverneur de la contrée jusqu'à l'ikge de vingt ans, Evalacli avait clé ensuite transporté à Rome comme otage, Auguste étant empereur, puis confié à Félix, gouverneur de Syrie, qui l'avait emmené avec lui et associé au pouvoir. Là, une rixe étant survenue entre Evalacli et le propre fils de Félix où Evalach avait tue son adversaire, il avait été obligé de prendie la fuite et s'était réfugié près du roi de Habylone (:2 .Tholomce Seraste,qui alors guerroyait contre Olopherne. roi de Sarraz. Reçu par Séreste comme un chcoalicr, Evalach s'était montré digne de son nouveau rang et avait accompli tant de prouesses que, la guerre terminée et l'armée d'Olopherne exterminée, il avait été investi des honneurs royaux à la place du roi vaincu. — Par ces choses et d'autres encore qui « esbahissaient » Evalach, Josèphe assure son empire sur l'esprit du roi et l'amène à se faire chrélien. Josèphe fait apporter l'écu du roi, y place une pièce de drap vermeil en forme de croix et lui promet quece signe invoqué dans un moment de très grand péril lui donnera la victoire.
Le roi, après avoir ordonné d'entourer les chrétiens de soins et de prévenances partit de bon matin pour Tarrabiel, puis ayant réuni son armée chevaucha à grande allure jusqu'à la ville d'Evalachin (cité jadis fondée par lui) qu'assiégait Tholomée. Sous ces murs a lieu une bataille sanglante, car l'ennemi était sur ses gardes et n'est nullement surpris par larmée sarrazine. Evalach a perdu beaucoup de monde dans le combat et est obligé de battre en retraite jusqu'au Castel de la Choine. Leur mouvement en arrière est protégé par l'ignorance des chemins où sont les gens de Tholomée, mais à peine le gros de la troupe ost-il renfermé dans la Choine que Tholomée se dirige de ce côté de sa personne, laissant son sénéchal ^aburs devant Evalachin. Evalach [irévenu jtar un messager de la reine (qui tenait la nouvelle de Josèphe) que Tholomée va arriver à la Choine
I. Dans ci-llv liistoirp plus invraisrmblablo que nadiro et qui di^passo loiilcs les autres en bnr(iicb«r, on pourrait voir — n'était le genre d'esprit denosautcurs — un désir non dissimulé do se nio'iuer du lecteur. Il ne T.iut pourtant pas s'arrêter k cette liypothése ; la vérité semble être rcri : Horron. le petit llcf de llobcrt, était aiiué outre l'onla'neblcau et Meaux et les deux roiii.'iiiciers travaillant ensemble ont pri.i ce nom, comme celui du comte Kevin que noui verrons tout ft l'Iicure dans les contrées que l'un d'eux au moins avait fréqiicntéos.
i. (^hci Ici écrivains du moyon lige II est cunstant que Mablloine désigne une des grandes villci d'Egypte.
quitte le Castel et prend la direction de Sarraz avec des renforts amenés par son beau-frère Séraphe. Un combat sanglant a lieu près d'Orcaus où Séraphe et Evalach font des prodiges de valeur non moins que Tholomée ; un instant Tholomée est abattu par le sénéchal mais celui-ci est ensuite fait prisonnier et Tholomée va lui couper la tète lorsqu'Evalach vole à son secours ; les deux rois combattent corps à corps et la mêlée devient générale. Séraphe à lui seul soutient le courage de tous les siens, tandis qu'à l'autre aile, Evalach frappe d'estoc et de taille, mais ils sont écrasés par le nombre ; Séraphe après avoir tué Manatur, frère de Tholomée, coupé la cuisse à un chevalier et cassé le bras à un autre, a à lutter contre tant de guerriers qu'il est abattu lui-même et « anchois qu'il relevast, li alèrent plus de deux cents ceval par desus le cors ». Malgré cette avalanche, il peut encore se relever, et quoique blessé à l'épaule, il se dirige du côté d'Evalach qui avait disparu. Il le trouve gisant à terre, l'épéo à la main, blessé en trois endroits, navré de trois glaives par le corps, néanmoins luttant encore avec un petit nombre des siens contre cinq cents chevaliers, Séraphe lui porte secours, le remet à cheval, mais déjà la mêli'é les sépare et Evalach fait prisonnier par Tholomée avec quinze chevaliers est conduit dans un bois où on va le désarmer. Evalach se souvient des recommandations de Josèphe et juge que le moment est assez cruel pour user du saint talisman. <-< Lors esracha la touaille desus le signe de la crois qui estoit en son escut, si regarda et vit l'ymagéne d'un honme qui estoit crucéfiés dedans le signe et sambloit que les mains et li piet li dégoûtassent de cUr sang». Cette vue attendrit son cœur et il se met à pleurer « moult tenrement » en s'écriant « Ha! biaus sire Diex de la qui mort jou port le signe, ramenés moi sain et sauf à vostre créanche recevoir, pour moustrer as aultres par moy que vos estre vrais Di.K et poissant de totes coses ».
A peine Evalach eut-il prononcé ces paroles, que regardant devant lui, il vit un chevalier sortant de la forêt, tout armé, le heaume en tête, ayant à son col un écu blanc traversé d'une croix vermeille, et monté sur un cheval « blanc comme une blanche fieur». Le chevalier saisit par la bride le cheval de Tholomée, abat le roi et le force à rendre son épée à Evalach, tandis que les guerriers qui l'entouraient sont eux aussi abattus à terre et faits prisonniers. Evalach rendu si miraculeusement à la liberté ne saurait oublier son beau-frère qui a risqué sa vie pour la sienne, aussi retourne-t-il dans la mêlée, où iltrouve Séraphe en grand danger, menacé par sept chevaliers auxquels il tient tête malgré ses blessures. 11 croit son beau-frère perdu et se pdme mais Séraphe se relève et demande une hache, seule arme avec laquelle dans ce corps à corps il puisse lutter. .\ussitôt, arrive le blanc chevalier porteur de la hache la plus légère qu'on ait jamais vue et dont Séraphe fait merveille ; il reprend le dessus, fait reculer les chevaliers et le reste des troupes — apprenant et la perte de leur maitre et la défaite du sénéchal Nabur — est pris de panique et s'enfuit en désordre. Un carnage effroyable s'en suit dans lequel
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pres>(ue tous les Egyptiens sont massacrés et « grand fu la desconfiture ». Kvalach vainqueur par la grâce de Dieu vient camper à Orcaus avec un butin considérable...
Ici une très longue et édifiante parenthèse au sujet de Sarracinte, épouse d'Evalacli. Inquiète du sort du roi elle vient prendre les conseils de Josèphe qui la rassure sur lissue de la bataille et veut entamer avec elle un entretien catéchisant. La reine l'arrête aux premiers mots en lui disant que depuis longtemps elle est chrétienne et bonne chrétienne, ayant été baptisée en même temps que sa propre mère, guérie miraculeusement par 16 vénérable Saluste. En souvenir de sa mère mourante à laquelle le Sauveur est apparu, elle porte toujours sur elle une hostie; si elle n'a pas encore essayé d'amener le roi à se faire baptiser, c'est qu'elle comptait sur la grâce de Dieu pour le convaincre; le moment est venu où de luimême il fera ce que Josèphe attend de lui. Le roi est rentré à Sarraz escorté de Séraphc à qui on fait un cortège triomphal; on fête Josèphe et Serapiie, mais Josèphe refuse tout honneur en rejetant la victoire sur Celui dont Evalach portail l'emblème. Le bouclier du roi sur lequel est l'image d'un homme crucitié donne l'exemple de sa divine puissance, car un liiimme dont le poing était coupé, ayant simplement touché l'écu, recouvra aussitôt l'usage de son bras et retrouva la main qui lui manquait. Devant tant de manifestations successives, les deux rois n'hésitèrent plusà s'humilier et demandèrent à Josèphe de les baptiser. Séraphe et Evalach furent plongés dans unecuveet reçurent la sainte immersion par lessoinsde l'i'véque qui changea leurs noms, celui de Séraphe en Nascienset celui d'Evalarh en Mordrains ce qui veut dire •> tardif en croyance ». La reine invitée à se faire baptiser répondit que depuis vingt sept ans elle était chrétienne. Ce jour là Josèphe en baptisa ■• bien largement cinq milliersct trois cents et cinquante neuf- —et Joseph (d'Arimathie' suivant Nasciens dans son royaume, f Diivertit tout son peui)le, tandis que Josèphe l'évêque renverail à Sarraz les statues des dieux ri purifiait le temple. A Orcaus presque toute la ville se til baptiser et ceux qui refusaient le baptême furent laissés en paix et quittèrent la ville sans didiculté. On apprit cependant qu'à peine sortis des remparts les émigrants ou étaient frappés de folie ou grièvement blessés. Josèphe, à cette nouvelle, se précipita aux portes de la ville et aperçut non sans èlonnemcnl le diable qui se vantail de faire cette distribution de coups d'épée au nom de Jésus-Chrisl. Josèphe voulant une bonne fois se débarrasser de ce gêneur (jui se mêlait si malencontreusement de ce qui ne le regardait pas, s'avança vers le diable pour le « lier »■ mais au même moment un ange p;iiul armé d'une lance et blessa Josèphe à la cuisse en lui reprochant d'avoir voulu secourir des gens indignes de miséricorde. — On no con^oil pas bien un ange défendant les desseins du diable et [tuuissant le pieux Josèphe du j)éché de ("hmiii', mais le romancier a des vues d'avenir sur cette blessure qui. par analogie, jouera un grand rAle chez un autre personnage. Si prolixe en d'enfantins détails, l'auteur oublie do nous faire saisir son idée, à priori, mais nous lo corn-
prendrons tout à l'heure. La première blessure de la lance renouvelée des souvenirs bardiques se répercutera dans les romans jusqu'au dernier roi Pécheur — Josèphe a gardé le fer dans sa plaie et restera boiteux, mais il ne souft're pas et continuera à baptiser et à évangiliser. Le peuple tout entier d'Orcaus et de Sarraz reçoit le baptême, les compagnons de Josèphe devenus prêtres se partagent les attributions sacerdotales dans les Etats de Mordrains et deNascisns el desbasiliques pourvues de chapelains sont fondées en l'honneur du pieux Saluste qui avait converti Sarracinte et d'un autre vénérable ermite nommé Hermoiue. Josèphe montre ensuite à Nasciens l'arche devant laquelle se célébrait le service divin et lui explique le symbole des vêtements épiscopaux. Nasciens ne manque pas d'êtreémerveillé par tout ce qu'il voit et entend, mais la vue du Graal surtout le plonge dans le ravissement; il appelle le Saint-Vase par son nom et aussitôt revient à sa mémoire certain songe où il lui avait été prédit que les merveilles du Graal lui serait un jour découvertes. Il s'approche de la sainte Ecuelle et soulève la patène qui le recouvre, mais aussitôt il est saisi de la fièvre et sent que << il ne veoit goûte ^>. — Inquiet, le roi demande ce qui le trouble si fort mais Nasciens engage lui et Josèphe à ne pas s'approcher. Josèphe reste en méditation longtemps devant l'arche jusqu'à ce qu'un ange venant le tirer de sa pieuse songerie lui promette de guérir les deux malades. 11 saisit la lance qui avait blessé Josèphe, la réajuste au tronçon de fer resté dans la plaie, recueille le sang qui s'épandait et s'en sert pour baigner les yeux de Nasciens. Aussitôt l'aveugle et le blessé son t guéris. >^ Voilà le commencement des merveilleuses aventures qui arriveront dans la terre où Dieu a décidé de te mener, dit l'ange. 11 arrivera de grandes merveilles et de grandes prouesses seront démontrées et les chevaleries terrestes deviendront célestes. Toutes ces choses si étonnantes n'arriveront que quand la lance commencera à saigner et le Saint-Graal comme la lance seront la cause de ces merveilles ; un homme seul aura le privilège de voir l'intérieur du Graal et cet homme aura toutes les qualités chevaleresques et chrétiennes; un seul aussi sera frappé de cette lance à travers les deux cuisses et ne pourra être guéri que lorsque le chevalier vertueux aura découvert le Saint-Graal, lequel chevalier sera le dernier du lignage de Nascien; enfin les merveilleuses aventures dureront autant que tu as porté le fer dans ta cuisse, Josèphe. ^> Et Josèphe de se rappeler que le fer de la lance était resté vingt-deux jours dans sa plaie. On voit les notables différences qui existent entre les deux romans non pas seulement pour les épisodes et les personnages du présent, mais pour la « Quête ^> de l'avenir. La lignée de Brons est remplacée par celle de Nasciens et le chevalier sans reproche sera ici Galaad tandis que chez les autres auteurs c'est Perceval. — Nous n'insisterions pas sur les nouvelles explications que donne ensuite Josèphe sur l'arbre aux trois rejetons qui représente la Trinité céleste, ni sur le symbolisme de l'enfant qui entre et sort de la chambre sans rien ouvrir ni briser, si cette dernière question n'amenait une interprétation toute difTérenle de la première et à laquelle on est loin de s'attendre. Nous nous
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rappelons que l'enfant, dans la première explication de .losèphe signifiait l'entrée en œuvre indéfinissable et incompréhensible du Saint Esprit dans la naissance de Jésus; ici il s'agit de tout autre chose que l'évéque a gardé b'cn longtemps dans sou cœur, car lui seul pouvait avoir connaissance du fait. En français moderne, voilà ce que dilJosèpbe au roi i-;valach : Cet enfant est le saint Esprit cpii, par ma bouche, vous ordonne de faire sortir de la chambre secrète où elle est renfermée la «^ desloyal semblance ■ de femme que vous gardez à l'insu de tous.
En langue romane nous inscrivons les détails : « Cette semblance estoit une hymagène de fust amierveillcs de grant biautet en guise d'une femme et si estoit viestus des plus riches robes que li roys pooit trouver cl les plus pressieuses. A ceste hymagène gisoit li roys carnelment et de si grant amour l'avoit amce bien quinze ans que nus hom ne peust avoir gregnour amour à nule femme mortel. ^■
Le roi avait fait faire pour le souterrain qui renfermait !'« ymagène •» une porte de fer et il ne pouvait soupçonner que qui que ce fut ait pu deviner son criminel amour, (bine fut-il tout csbulii et déclara-l il que rien vraiment ne pouvait être celé à Dieu, .\ussi dans les pieuses dispositions où il était maintenant, n'hcsita-t-il pas à faire appeler son beau-frère .Nasciens et la reine Sarracinte pour faire l'aveu de sa faute et leur montrer la « desloyauté qu'il avoit si longuement menée ». — 11 ordonna qu'on lit un grand feu au milieu du palais, puis renvoya tout le monde fors la reine, Nasciens et Josèplie; il les mena à l'huis de fer, leur montra le mécanisme compliqué de la serrure que lui seul poussait ouvrir, les fit pénétrer avec lui dans le souterrain, y saisit lui-même 1' « hymagène » et la jeta dans le lou ardent. Quand la statue articulée fut toute l)ri'ilée ainsi que ses somptueux accoutrements, lîvalach s'écria que « Di.\ nostrcs Sires estoit de niiiull granl pooir ipii cest courage li avoit efivoiet ».
Après cette exécution d'un genre ti'ès particulier Jusèphe qiiilte Sarraz, sa mission jiccomplie. 11 part plein de regrets, laissant plus de regrets encore...
Ici dans le conte commence une série de chapitres où les songes fan tastiques succèdent aux visions les plus (tliracadabraulcs. Ces récils n'olTrant qu'un intérêt très secondaire pour l'ensemble des romans du cycle et n'ayant d'autre but que de faire briller l'imagination féconde du romancier, nous nous monireronj bref en les analysant. Les hallucinations royales de Mordrains importent trop peu à l'histoire du (îraal pour être contées tout au long et nous ne retiendrons de ces puériles et extrêmement longues narrations que ce <iiii se raltache, autrement (|ue par de menus lils. ;\ la trame principale.
h'aliord premier songe de Miirdrains où il est parb' pour la première fois deCélidoine,tlls de Nasciens. Ce Gélidoine, que nous retrouverons outremer et qui. par cela même, n droit i'i quelques instants d'à tien lion, est enlevé par lin aigle (dans le songe royal) et porté danâ un jiays lointain; de son ventre sort un grand lac qui donne naissance à neuf llcuves cl un homme
descendu du ciel cl portant le signe delà Croix se lave dans les neuf Qeuves; MorJrains, hii aussi, est transporté dans une région inconnue où un lion lui apporte nourriture exquise et richesses incomparables 4|ui lui sont arrachées par un loup dévorant. NiNasciensà qui il parle de sa vision, ni les ministres de l'Église ne peuvent donner à Mordrains une explication satisfaisante. Au milieu d'un effroyable ouragan où la terre est plongée dans l'obscurité et où le tonnerre retentit avec fracas, le roi Mordrains est emporté par l'esprit du Seigneur à dix-sept journées de marche de son royaume. Sa disparition cause un grand effroi parmi les barons, qui croyant à un meurtre et sur la dénonciation d'un chevalier déloyal nommé* Calafre, n'hésitent pas à accuser Nasciens d'avoir occis son beau-frère. Avec une facilité d'exécution exagérément féodale, les barons ont décrété le roi d'accusation et maigri' le deuil et les prières de la reine Sarracinte, sa sœur, l'ont bel et bien emprisonné dans un cachot où « il souffrait grant anui et par nuit et par jour >•>.
Cependant Mordrains a été transporté dans une île au milieu de l'Océan. Nous ne décrirons ni son « esbahissement » ni ses angoisses sur cette roche déserte assise en mer océane. Nous rappellerons seulement que cette île a une importance gêographii/ue, car elle est située sur la ligne qui partant de « Babiloine aboutit à l'Ecosse et â l'Irlande » et une importance historique, car naguère Pompée y poursuivit el combattit un célèbre pirate nommé Foucaire... Dans son île, où il se désespère, abandonné, Mordrains reçoit des visites d'un genre particulier : c'est d'abord un homme qui se dit « menestreux » et débarque dans une nef dont la voile porte le signe de la croix. Le menestreux distrait le roi, lui rappelle les paroles de Salomon à son fils, lui donue de pieux conseils et le temps passe d'une façon « durement plaisante ^>, car MorJrains en oublie sa triste situation, mais au moment où, revenant à la réalité, il veut questionner le menestreux, et savoir de lui s'il n'est pas un envoyé de Dieu, nef et prêcheur ont disparu. Après le singulier et éphémère voyayeur, vient une dame dans une « nef de moult grant atour et toute couvierte d'un riche drap de soie tout noir ^■, qui l'engage à la suivre dans un lieu de délices, lui apprend qu'il est à Port-Péril, lieu situé à 17 journées de marche de son royaume et qu'il n'a qu'un moyen d'échapper aux dangers (jui le menacent, c'est de monter dans sa barque. Mordrains-Evalach (jui ne se sent nullement en conliance^ avec la séduisante personne, garde un silence prudent. Aussitôt la dame monte dans sa nef qui s'évanouit au milieu d'une tempête. Peu de temps après revient l'homme aux sages conseils qui lui demande ce qu'il est advenu depuis son départ, l'engage à se méfier de la dame aux délicieux atours, puis lui parle de la faiblesse du cœur de l'homme et de l'amour de Dieu pour ceux qui croient en Lui... Ensuite il est question de Nasciens et de la vision des neuf lleuves, mais quand Mordrains demande une explication le « sire de la nef» se dérobe et pour toute con;olation l'admoneste de se tenir en garde contre les pièges du démon qui pourtant seul pouvait le faire partir de cette roche de sa « seniestre main ^>... La dame
7 s LA LÉGENDE DU SAINT-GRAAL
revient, mieux vêdie, plus bMle el plus provocante encore, donnant à Mordraius de fausses nouvelles deSarracinleelde Nascionspour rcnlraio^r ;i la suivre, essayant de le tenter par les splendeurs de sa barjue, qu'elle lui offre en cadeau, mais le roi lésisle à toute tentation el une seconde fois la dame disparaît au milieu d'une lempictes « si grant et si hideuse qu'Evalach refu moult espt)ent(''s .. La foudre tombe sur le rocher et le fend en deux endroit-;: à ce moment un jia^n tout noir gisant à terre s'offre à sa vue, comme la » faim le destregaoit à des .Tiesures, » le roi se penche pour le ra:na«ser, mais il n'en a pas le temps car un oiseau •giganles [ue se précipite sur lui. Cet oiseiu (pii* a la l^te d'un serpent cornu, les dents d'un dragon >it le corps d'un lion est le monstre par lequel la Sauveur du monde jette la terreur dans l'esprit des pécheurs. Six liages nous diront la couleur de ses ailes, la dimension de ses pieds, le tranchant de ses épaules et la dureté de ses reins et tâcheront de nous faire narlagcr l'épouvante du malheureux roi jeté pur terre par l'oiseau et restant ainsi p;\in6 jusqu'à la nuit... Pendant huit longs jours Evalach supporte les tortures de la faim el les angoisses les plus cruelles, recevant à tour de rôle la visite du conférencier delà nef et de la dame aux sémillantes couleurs, l'un l'exliort mt à persévérer dans la patience et la lésignation, l'autre cherchant à l'entraîner par les plus irrésistibles tentations. Enfin le neuvième jour l'homme de la nef reparaît et lui annonce que le temps des épreuves est passé : une barque magnifique vient le prendre, portant son écu et celui de Nascicns. On lui expli(]ue l'allégorie de la femme qui représentait le diable el devait l'enlramer hors de son ile de pénitence; les fleuves représentent ses descendants, le neuvième surpassera tous les autres en talents el en vertus el ce sera lui seul qui connaîtra les merveilles du Graal.
Pendant ce temps l'autre roi, Séraplie-Nasciens n'est guère plus heureux dans sa prison. Il y est depuis dix-sejjl jours avec son lils l'.élidoine lorsque dans la nuit il se sent saisir par les cheveux, une main blanche l'enlève de terre et le conduit juscju'aux portes extérieures qui sVjuvrent d'ellesmêmes. Aussitôt la disparition de Nasciens comme, (îalafre entre dans une fureur indescriptible el veut se venger sur Célidoine de la disparition du père. Il ordonne qu'on jette l'enfant du haut des créneaux de la tour, mais Célidoine à |ieine tombé à la moitié de la hauteur est saisi par des mains plus blanches ([uela neige qui le soutiennent sans toucher à la terre (Ij et l'emporlenl an loin en sûreté. « Galafre » Je ceci eut tel duel en son cuer que li en cai arrière pasmés » La tour où il gil dans cet étal est foudroyée par 11- feu du ciel et une voix se fait entendre disant : •• Qui est amis au vrais Cruceds si s'en fuice tosl car la venjance de ses anemis ajiroche ■».
Les barons <iui avaiint si perlidemcnt enfermé Nasciens font leur sou-
1. Un ciomplc (le détail» : Si le IcnoicDt Ici deux par l'une main ol les doui par l'un dos pi*» ol Ip» deux par l'autre piol ri les doux par l'itulre main cl le nucvismc il lo lonoit par II' iniuiliin.
mission et la reine Sarracinte leur pardonne puisque c'était pour venger Mordrains-Evalach qu'ils avaient fait cette injustice. Pendant que ce dernier est dans la nef merveilleuse, on ne sait ce qu'est devenu Nasciens, et la reine Flégétine son épouse met tout en œuvre pour le retrouver. Chose malaisée, à ce que lui a annoncé une vision où iNasciens l'avertissait qu'il avait reçu mission d'aller aux pays d'Occident pour les peupler de ses descendants. Nasciens en effet a été déposé par la nue vermeille dans l'île Tournoyante (cette masse jetée du ciel où elle formait une matière ferreuse et attirée par une puissante pierre d'aimant forma une île dans la mer et en raison de son origine céleste tournait en même temps que le lirmament, de là sonnom de Tournoyante). 11 est hanté par des songes extraordinaires, si extraordinaires même que le conteur se croit obligé de nous dire que cette véridiqiie histoire a été apportée par Jésus-Christ lui même, auteur du Saint-Graal. Mais parmi ses visions nous devons retenir celle où dans une nef magnifique qu'on nous dira être le symbole de la sainte Église, il voit un lit qui représente la Table sainte de l'Eucharistie, puis une épée merveilleuse dont la garde et le fourreau sont ornés de pierres précieuses. Cette épée qui fut l'épée du roi David a été placée dans la nef par le roi Salomon et doit servir à un chevalier, illustre entre tous, issu de sa race... Ceci nous donne un des actes de naissance d'Excalibur, l'épée d'Arthur... Comme Nasciens écoute religieusement les explications symboliques que lui donne un preudome débarqué dans son île, le jeune Célidoine sauvé miraculeusement et enlevé pendant sa chute par les neuf mains blanches a été transporté dans un pays lointain ; des nefs accostent à la rive et débarquent des chevaliers païens avec leur roi Labiel. Ce Labiel se trouvant avoir été armé chevalier par Evalach prend grand intérêt au récit de Célidoine, mais il est tout «dolans » d'apprendre qu'Evalach s'était tourné à la maie loy et à la maie créanche. Il ajoute peu foi au miracle qui a sauvé les jours de Célidoine et dit à ceux qui l'entourent. Par foi mierveille, set ja démentir chis enfés (enfant) ; ce à quoi les cheva- . liers répondent : c'est l'habitude des chrétiens de se servir du mensonge. Pourtant Célidoine doué lui aussi du don d'expliquer les songes, ayant annoncé à Labiel sa mort prochaine et lui ayant de plus révélé en secret un fait ignoré de tous — c'est-à-dire qu'il avait le premier jour de mai occis sa propre sœur parce qu'elle refusait de se donner à lui et jeté son corps dans la mer — le roi prit peur et se coucha pour se lamenter sur sa fin prochaine. La vision qui vint hanter son sommeil n'était pas faite pour lui rendre courage : il rêvait qu'on lui refusait l'entrée d'une grande cité où se célébrait un festin parce que il ne s'était pas lavé à la fontaine ; sa sœur, celle-là même qu'il avait tuée, assistai! au festin plus belle que jamais, mais elle repoussait le roi en disant : « Vase de terre, plein de mottes, va toi netoier et layer. Si mangeras avoec nous en ceste grant joie u tu nous vois » et il est entraîné dans une fosse noire où il est la proie de gens hideux. Labiel s'est réveillé en sursaut tout ému et se croyant déjà mort — Célidoine lui explique son songe ; la fontaine c'est l'eau sainte
du baptême, la fosse noire c'est le lieu où les iiiéciianls expient leurs crimes, le festin c'est la récompense des justes; si sa sœur y assiste c'est qu'elle a reçu le baptême des mains de Séraphe... Labiel convaincu se fait instruire par l'enfant dans la religion chi-iHienne, reçoit le baptême et se retire dans un ermitage oii il meurt plein de grâce. Les chevaliers de Labiel iiui se sont refusés au baptême n'ont qu'une idée c'est de faire périr le jeune Célidoine; aussi l'exposent-ils dans une nacelle avec un jeune lion qu'on vient de prendre. Le lion respecte l'enfant, la nacelle après avoir vogué trois jours au gré des vents rencontre la magnifique nel semée d'inscriptions en langue clialdéenne et oii se trouve l'épée merveilleuse. Célidoine entre dans la nef abandonuant le lion dans la nacelle, lit les inscriptions qu'il comprend aussilcM, admire le lit « si biel et si riclie » et s'endort. Le lendemain sa nacelle avait disparu mais la nef le conduit sur le rivage d'une ile où il retrouve son père Nasciens. Nous devinons leurs transports ot leurs caresses après d'aussi bizarres aventures et une léparation aussi angoissante. Célidoine a conté à Nasciens la conversion et la pieuse mort du r(ii Labiel, aussi Nasciens se confondil en reconnaissantes prières. .\ peine les deux personnages ont-ils échappé à un danger qu'un autre se présente; une tempête d'abord ipii dure Iriiis jours et met la nef en péril de naufrage, ils abordent pourtant dans une petite ile où se dresse un château de fort belle mine. Ils pensaient y trouver un gite et l'accueil dû à des chevaliers en détresse, mais au contraire ils sont menacés par un géant fini fond sur eux. Nasciens a tiré son épée contre le « maufel si granl et si espoentable » mais elle se brise en deux morceaux. Se voyant encore une fois perdu, Nasciens se recommande à Dieu en disant : ^ Biaux pères Jliesu Cris soies moi escus et desfendeinens encontre cesl anemil ^■. Aussitôt regardant à ses pieds il voit une épée tranchante et affilée. Courir sus au géant, le transpercer de part en pari, abandonner le corps hideux s'agitant dans les dernières " pâmoisons >•, rejoindre la nef avec Célidoine, puis reprendre le large, voilà ce (]ui se passe en peu d'instants. Nasciens ne peut comprendre pourquoi sa bonne épée s'est brisée et c'est la première explication qu'il demande au roi Mordrains qu'il i-encontre rnfin m pleine mer ! Mordrains ayant l'idée de rapproi'her les deux parties de l'e'péc, rlles se soudent immédiatement pour ne plus jamais se disjoindre. Mais, nouveau malheur, Nasciens en montant dans la nef de Mordrains est blessé à l'épaule par une épée invisible, flependant des messagers courent en tous sens et sur lerrr cl sur mer à la recherche des deux monarques disparus (1 . Je fais gn'ice au lecteur d'une jiartie des aventures desdils messagers qui rencontrent en roule le tombeau d'Ypocras (Hippociale'! le * souverain des fisiens (médecins) qui par l'engin de sa femme rechut morl et fu ichi aporté jiar Antoine, le roy de Pierse •• L'auteur en pro'ite pour conter
1. Ju90|ib il'Arlmalbic que le couleur a bien loiif^lompa néglige leur apparaît on aoiigc cl leur asturo qu'U leur Ters retrouver NuclcDi.
prolixement la vie d'Ypocras et les guérisons mirifiques qu'il opère aussi bien sur l'empereur Auguste que sur une Gauloise de grande beauté dont il tombe éperdument amoureux, son mariage avec la fille du roi de Sûr qui le hait mortellement el finit par l'empoisonner en lui faisantmanger une tête de truie en rut. Les messagers rencontrent ensuite une très belle dame d'Athènes qui leur propose de les prendre dans sa magnifique nef et de leur faire partager ses richesses qui sont considérables; à condition qu'ils la suivent dans ses domaines, mais apprenant qu'elle est iiaïenne et flairant un piège, les malheureux voyageurs répondent qu'ils sont les serjians de Jhe'àU Crist <^ el préfèrent encourir de nouveaux dangers plutôt que de renoncer à leur foi. Heureusement pour eux ils voient s'avancer une barque dans laquelle se trouve un vieillard et le jeune lion d'aimable caractère ijui avait servi de compagnon à Célidoine. Le preudome s'offre avec l'aide de Dieu à les mener auprès des deux rois Mordrains et Nasciens, car il n'ignore pas que c'est dans le but de les retrouver qu'ils ont quitté leur pays. Ceci donne la joie au cœur des envoyés et ils acceptent de suivre le preudome bien que celui-ci s'obstine à ne pas dire son nom. Ils ont eu confiance cette fois et ne se sont pas trompés, car le troisième jour ils aperçoivent une nef dans laquelle étaient Mordrains et Nasciens. La caravane repart non sans avoir échangé des congratulations pour le bon succès de leurs mutuelles aventures. Qu'on ne croie pas pourtant qu il soit encore permis aux rois de rentrer paisiblement dans leurs États oii tous les attendaient dans les plus pénibles angoisses. Un homme vêtu de blanc, envoyé par Dieu lui-même, Emgines s'avance sur les flots, sans enfoncer, et leur fait celte prédiction, après les avoir rassurés et promis à Nasciens de lui guérir sa blessure : ainsi que moi je vais sur l'eau sans jamais être submergé, de même .loseph d'Arimathie et son fils Josèphe passeront la mer sans aviron et sans nef et arriveront droit en la Grande Bretagne, « car ainsi plaist au grant maistre que de celui lingnage soit la tière poplée et escreue » En même temps l'envoyé de Dieu enjoint à Célidoine qui a une sainte mission à remplir, de monter dans un bateau qui vient d'accoster et de se laisser mener là où les desseins du ciel le conduiront. Emgines ne laisse pas à Nasciens le loisir de s'émouvoir, fait embarquer Célidoine; la barque s'éloigne et Nasciens demeure abîmé dans sa douleur...
Enfin Mordrains-Evalach et Nasciens-Séraphe (je rappelle de temps à autre leur double nom puisqu'ils en ont changé le jour de leur baptême et cela n'est peut-être pas inutile au milieu de cette quantité de noms nouveaux qu'amène le conteuràtout bout de champ) rentrent au château. « Qant li baro7i dou pays oirent cheste nouviele il vinrent au Ciiastel oii il estoit au plustot que ils porent. Si fisent a lour segnour si grant joie comme ils porent plus faire. » Puis la reine Sarracinte vient et fait grande joie et chaleureux accueil à son époux et à son frère. Flégétine aussi qui était allée enMéochide est rappelée par messager et la réunion eût été complète n'était l'absence de Célidoine appelé à une mystérieuse destinée.
Nasciens pense souvent à Célidoine et à Josèphe, leur éloignement lui
cause « moull: angoisse et peine » et il no peut se résigner à rester sans nouvelles. Une vision opportune vient secouer sa tristesse ; il lui est commando d'aller au bord de la mer, là il apprendra ce que les absents sont devenus. Il n'hésite pas à partir quoiqu'il neigeât et se rend aussitôt à la côte. Flégétine, son épouse, qui a ignoré ce dépaçt et dont le principal rôle consiste à envoyer des messagers à sa recherche, expédie le fidèle Nabor sur les pas de Nasciens. Nabor arrive au moment où Nasciens combat contre un géant et semble avoir le dessous ; le géant est naturellement transpercé par Nabor, mais quand celui-ci expose sa mission à Nasciens — c'est-Ji-dire le ramener degré ou de force, — le roi se fAcheetse bat avec son fidèle serviteur qui tombe mort... Nasciens poursuit sa route et sur la plage ne voit qu'une belle demoiselle devant la nef de Salomon ; la demoiselle prie Nasciens de l'aider à entrer dans la nef, mais le roi devenu méfiant se doute qu'il y a là quelque embûche du démon ;dans le roman du Graal le domon est souvent représenté par une dame attrayante, ce qui n'est guère en rajiport avec les mœurs •< courtoises », laisse la demoiselle se tirer d'aflTaire, ce qu'elle fait du reste en prenant le large et entre dans la nef — Après une nuit à cheval, il ne saurait manquer de s'endormir. Aussitôt il voit en songe « un home viestus de robe viermeille qui moult l'amounestait de bien faire » — Les bons conseils ne suffisent pas à Nasciens car il va droit au fait et demande au preudome où est son fils, qui est en sa compaignie? Ce à quoi le preudome répond qu'il y avait avec lui « grant genl qui grant feste li faisoient et le tenoient à Sognour. » Rassuré suj- l'existence de son fils et ne pouvant en apprendre davantage, Nasciens s'informe de Josèphe et de ses parents qui étaient partis avec lui de Sarraz. Ils ont passé la mer sans nef et sans aviron, répond l'homme à la robe vermeille, et sont dans la terre qui a été promise à leurs hoirs et à vous, beau sire. Alors dit Nasciens, puisque vous connaissez l'avenir, ditesmoi du moins si je reviendrai jamais dans mon pays — Tu ne seras jamais vu dans ton pays si ce n'est en songe et cette nef non plus ; il se passera trois cents ans avant qu'elle revienne, portant celui de ton lignage qui ramènera ;\ Sarraz le saint vaisseau appelé Saint-.(;raal. -- Ne puis-jc au moins savoir quel est celui de mon lignage à qui sera dévolue cette mission sacrée. — Pas encore, dit le « preudome ». mais tu le sauras prochainement ; tout co que je puis te dire, c'est (pTil sera aimé de Dieu et honoré de son siècle et que ce sera le meilleur chevalier de son temps. Le preudome termine là sa prédiction et s'évanouit, mais peu après il revient, Nasciiris dormant toujo'irs, et lui apporte un bref qu'il lui remet dans la main : Voici la branche de ton lignage, non pas celui dont toi tu descends, mais celui qui sortira de toi dorénavant. Célidoino lui amenait neuf personnes toutes revêtues des attributs royaux fors le huitième qui « estoit mués en fourme de chien mauvais >> et qui après fut changà en lion — et regretté de tous. Quand Nas' i^îus sortit de son sommeil troublé, il trouva dans sa main le bref du preudome et alors connut-il tout son lignage. Après Célidoino venait Narpus puis Nascion ; après, lilians li liros
(Alain) tous bons chevaliers et portant couronne ; ensuite Ysaie et Jonaans chevalier preux qui exalterait la sainte Église, Lancelot qui serait couronné en la terre et au ciel (il est question là du premier Lancelot) puis Banc, puis Lancelos qui serait vraunenl chien, enfin le dernier dont le cours sera d'abord trouble et espès (épais) — (nous nous rappelons le symbole des neuf tleuves) — puis clair et net. Roi aussi celui-là et roi qui passera en bonté et en chevalerie ceux qui ont été avant lui et ceux qui viendront après. C'est Galaad qui mettra (in aux aventures de la terre ensorcelée. Nasciens en possession de son écrit le gardait comme un avare son trésor, ne se lassait de le regarder et quand la nuit vint remplacer le jour, il le renferma dans son sein et « le commencha à eslraindre contre soi, autresi comme la mère estraint son enfant auqunes fois par pitiet et par amours ». Des inquiétudes pourtant lui venaient pour ce huitième qui avait forme de chien et pour ce neuvième à l'existence si belle et radieuse à la fin, mais si trouble au début, tleuve boueux en commençant, eau pure et limpide en terminant et Nasciens passait des oraisons à la méditation, voulant toujours aller plus loin que ce qui lui était révélé et sonder les dessins de Dieu... Un nouveau hasard heureux a amené une nef de son côté, il la visite et trouve un vieillard endormi. Il n'hésite pasà le réveiller. Le vieillard^ aux nombreuses questions de l'inquisiteur Nasciens, a la condescendance de répondre, et ses réponses vont satisfaire la curiosité du roi. Nous apprenons donc avec lui que le chien signifie le péché, que la forme du lion est le symbole des preudomes le (huitième qui a longtemps vécu dans le péché, arrive àlasagesse à la findesavie).Quantau neuvième, si sou cours commence par être trouble, c'est en raison de sa naissance qui est illégitime ; il sera engendré par péchémortel, de mère non mariée, et en dehors des sacrements de l'Église (1 ). Le preudome après son cours de généalogie s'évanouit comme une ombre et Nasciens se plonge dans ses oraisons. Le conteur profite de ce moment de calme pour revenir à Joseph que depuis longtemps il avait laissé sur la route de l'Euphrate. Après des péripéties de roule auxquelles préside la grâce du Seigneur, Joseph et sa meisgnie arrivent à une forêt et comme ils avaient mangé les mets copieux qui leur étaient miraculeusement servis, Joseph reçoit l'ordre d'en haut de connaître « carnelment sa femme Helyab dont semence isse (sortira) et qant il sera nésichil qui ert malles soit apiélôsGalaad (2). Ceci estune redite et nous ne reviendrons ni sur les objections de Joseph, ni sur les ordres péremptoires d'en haut — Nous allons plutôt prendre une leçon de géographie et assister au passage merveilleux de Joseph et de ses compagnons en Grande Bretagne. La troupe de Joseph réclamait cette terre promise et tous les jours » estoieiit en proières et en oraisons devant le Sainct vaissiel et proièrenl nostre Segnour que il les conduisisl à sauveteren ceste tiere »
i. Lancelot aura Galaad de la filIc du roi Pelles.
2. Cette naissance de Galaad n'a guère de raison d'êli-e puisque Nasciens lient déjà le lignage d'où doit descendre l'autre chevalier du nom de Galaad.
7R LA LÉIlENDi: DU SA1NT-GK\AL
— Mais quand ils arrivèrent à la mer, ni nefs, ni galies ne s'offraient à eux pour passer outre et alors ils commencèrent à douter que jamais ce voyage espéré pourrait se réaliser et ils commenchièrent à «. plourer moult durement et à crier mcrchit à noslre Segnour... » puis ils s'adressèrent à l'évêque Josèphe pour qu'il implorât pour eux la miséricorde divine. Josèphe lit letri iJes bons et desméchants, laissa sur le rivage ceux qui avaient commis le péché de luxure (ceux- là étaient au nombre de ifiil jusqu'à ce qu'ils aient trouvé un vaisseau et dit aux autres qui étaient environ l.'iO de le suivre. Sur l'ordre d'en haut il lit avancer ceux qui portaient le Sainl- Graal et leur dit d'entrer dans la mer sans crainte, ajoutant qu'ils seraient protégés et conduits par la vertu du saint vaisseau. — Ils entrèrent dans l'eau sans peur ni doute et marchèrent sur l'eau « tout aulresicommese ils fuissent à plaine tière. Quand .K)àe]tlie les vit en bon chemin il osta sa chemise de son dos et puis le viesti de su robe et dislàson pière qu'il mèche ses pies desus le giron. > — Après son père, passèrent Brons et ses douze enfants dont nous avons eu l'occasion de parler et tous les autres parents ou fidèles; à mesure que les uns et les autres mettaient le pied sur la chemise le giron s'élargissait. Excepté Siméon et son lils 1 qui tombèrent dans l'eau et risquèrent fort d'y rester, il n'y cul aucun accident et •1 ansçois que li jours aparût furent-ils arivel en la graiil Bretagne et virent la terre et le païs qui toute iert peuplée de Sanagin et de mescréans ^' — .\prés une traversée aussi rapide et heureuse, les pèlerins tombèrent en prière et remercièrent le ciel : jDSèpho demanda à Dieu que ceux qui sont resli'S en arrière soient amenés àlcur tour sur le rivage béni et participent aux mêmes grâces que ceux qui ont passé les premiers et Dieu répond à .losèjjlie: « Ta requeste est oïe ; ceux que tu désires avoir arriveront assez ("t. > La parabole de la chemisi; de Joseph qui doit nous représenter l'église dont le giron s'élargit à mesure que le nomlue des fidèles s'accroit, celle des pécheurs qui arriveront en retard mais néanmoins seront reçus, sont simplement exprimées dans le roman; ony suit les prédictions du Nouveau Testament, et cela repose un peu desiiagesfantasmagoriquesoùlesconteurs donnent libre coursa une imagination féconde mais souvent fastidieuse.
Nasciens, auquel nous retournons, sorti de sa méditation cherche son précieux bref et, à son grand regret, il ne le voit [dus. La nef de Salomon aussi a disparu. Il comprend qu'il y a là des desseins cachés du Très-Haut et résigné, se soumet à ses nouvelles épreuves. Recueilli par une barque venant de Cordes et montée par un nmù'n/, accompagni'cd'un .crand nombre dei'hcvalicrs, il reçoit une provision de nourriture ce qui lui faisait grand défaut, puis fiiTir sur les mers pendatil luiil l'hiver, seul sur un frêle esquif ballotépar les vents. Au amimeneemenl de l'iHi'W aborde à l'endroit "ù sont restés les compagnons pécheurs en allemlant qn un bateau vienne