INTRODUCTION
Pendant notre internat à l'asile de Bron, dans le service de M. le professeur Pierret, nous avons souvent entendu notre Maïtre répéter que le rôle des intoxications, dans la genèse des maladies mentales et nerveuses, doit dominer en entier la psychiatrie et la neurologie.
Pour lui, la cause des troubles psychiques et nerveux doit être recherchée autant dans les modifications de nutrition des cellules que dans des altérations du système nerveux.
Certains phénomènes, dont l'anatomie pathologique seule est impuissante à nous donner l'interprétation, deviennent moins obscurs si l’on tient compte des faits d'intoxication des centres nerveux.
C’est ainsi que, dans les autopsies de paralytiques géné-
raux ayant présenté des attaques apoplectiformes ou
épileptiformes, il est dans beaucoup de cas impossible de trouver d’autres lésions que celles de la méningo-encéphalite diffuse chronique, et comme le faisait remarquer, en 1875, dans une de ses leçons, le professeur Charcot, « il s’agit là d’altérations permanentes à évolution lentement progressive ; elles ne sauraient par conséquent, sans le secours d’autres lésions, expliquer le développement d'accidents qui se produisent le plus souvent presque subitement et peuvent disparaître très rapidement sans laisser de traces.
Mais, comme nous avons eu l’occasion de l’observer,ces accidents sont précédés et accompagnés, soit de troubles gastro intestinaux plus ou moins graves se révélant par de la diarrhée ou de la constipation, soit par des troubles urinaires (rétention d'urine, insuffisance rénale).
Ces troubles gastro-intestinaux et de la fonction urinaire ont acquis, depuis les travaux de Bouchard et de son école, une importance telle qu’au lieu d’être mis sous la dépendance de ces complications, ils doivent pour M. le professeur Pierret, en être considérés comme la cause, dans un grand nombre de cas.
Ce qui revient à dire que les attaques apoplectiformes et épileptiformes de la paralysie générale sont dues à l’action de toxiques sur des éléments nerveux déjà gravement atteints; soit qu’on ait affaire à des toxines venues du tube digestif et dont Les troubles gastro -intestinaux ont
facilité la résorption, soit qu’on ait affaire à des poisons
nr — urinaires restés dans l’économie par insuffisance rénale ou par rétention d'urine.
C’est à mettre ce fait en évidence que nous allons consacrer les quelques pages de ce modeste travail.
En abordant cette étude si obscure de la pathogénie des accidents apoplectiformes et épileptiformes de la paralysie générale, nous n’avons pas voulu émettre une théorie donnant l'interprétation de tous les cas, nous avons voulu exposer une hypothèse de M. le professeur Pierret, hypothèse que justifient d’une part la clinique et l’expérimentation et d'autre part l'insuffisance de celles parmi lesquelles nous proposons dela placer.
Dans un premier chapitre nous exposerons très succinctement les diverses théories pathogéniques de ces accidents et les critiques qu’on peut leur adresser.
L'exposition de la théorie de notre maître M. le professeur Pierret, les faits cliniques et expérimentaux sur lesquels elle s’appuie, feront l’objet d’un second chapitre.
Nous verrons que l’action de ces toxiques sur des centres nerveux profondément altérés peut être comprise à l’aide de la théorie des phénomènes de rappel de M. le professeur Pierret.
Nous rapporterons ensuite quelques observations recueillies à l'asile de Bron dans le service de M. Pierret et qui confirment l’hypothèse d’une auto-intoxication.
Le dernier chapitre, à la suite duquel nous exposerons
nos conclusions, renfermera des considérations de quelque
es importance au point de vue du pronostic et du traitement de ces accidents, considérations basées sur cette théorie.
Avant de commencer ce travail, nous tenons à témoigner à M. le professeur Pierret toute notre reconnaissance pour sa bienveillance à notre égard pendant tout le temps que nous avons été son interne.
Nous ne saurions trop lui montrer combien nous sommes sensible à l’honneur qu’il nous a fait en acceptant la présidence de notre thèse.
C’est, du reste, dans ses cours à la Faculté et dans ses leçons au lit du malade que nous avons puisé les idées que nous allons exposer.
Que notre maître, M. le D' Brun, médecin en chef, veuille bien recevoir tous nos remerciements pour les marques de sympathie qu’il n’a cessé de nous témoigner pendant notre internat à l'asile, et dans son service.
Merci à notre ami M.le D' Devay, chef de clinique, de l'observation qu’il a bien voulu nous communiquer.
Nous ne saurions oublier nos maîtres dans les hôpitaux, MM. Rabotet Audry, médecins, M. le professeur Pollosson et M. Aubert, chirurgien, dont nous avons été l’externe, qu'ils reçoivent ici le témoignage de toute notre
reconnaissance.
DU
de la Paralysie générale