CHAPITRE II
Exposé de la théorie de M. le professeur Pierret :
théorie des phénomènes de rappel et de l’auto-intoxication.
Quelle que soit la théorie sur laquelle s’appuient les auteurs pour interpréter les phénomènes apoplectiformes et épileptiformes de la méningo-encéphalite chronique ou de toute autre affection cérébrale, il est un point sur lequel tous sont d'accord, c’est le rôle joué par les lésions anciennes, considérées comme guéries ou ne donnant lieu qu’à des symptômes chroniques.
Ces lésions, disent-ils, jouent le rôle d’épine, et constituent dans l’encéphale un locus minoris resistantiæ.
Survienne une poussée d’œdème ou de congestion encéphalique, c’est vers ces régions que se porte le maximum de la poussée.
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Ce fait est trop vrai pour qu’il vienne à l’idée de le contester, mais on comprend tout ce que cette affirmation a de vague et de mal défini. C’est cependant l'interprétation que nous avons rencontrée dans tous les ouvrages que nous avons parcourus au cours de nos recherches bibliographiques, et dont se contentent la plupart des auteurs.
On sait, en somme, que certaines lésions nerveuses réputées guéries, constituant de véritables cicatrices, peuvent favoriser l'apparition d’états convulsifs variés, épilepsie secondaire post-hémiplégique, épilepsie partielle. Mais ce que l’on paraît ignorer, c’est que des cicatrices cérébrales ou spinales, d’origine et de date quelconque, peuvent, dans certaines circonstances, donner lieu à un véritable rappel des symptômes qui les avaient primitivement trahies.
C’est la théorie dite des phénomènes de rappel formulée par notre maître M. le professeur Pierret et basée sur des expériences déjà anciennes de M. le professeur Tripier. C’est à l’aide de cette théorie que, dans la thèse d’un de ses élèves, Bouvat (1883), M. le professeur Pierret pouvait expliquer la prédominance marquée des symptômes douloureux pour certains points d'un des hémisphères cérébraux dans un cas d'intoxication urémique.
Il s'agissait d’une malade qui, ayant subi un trauma tisme sur la tête du côté droit, vit cinq ans plus tard, sous l'influence des toxiques urémiques, apparaître des phénomènes douloureux et convulsifs en rapport avec une lésion plus accentuée de ce côté de l’hémisphère.
Dans une communication à la Société de médecine de Lyon 1887, M. le professeur Pierret, revenant sur cette importante question des rappels, disait : « Les lésions
peuvent être imputées à des causes diverses ; au fond cela importe peu, mais en ce qui concerne la syphilis, il y a lieu d’en tenir compte d’une façon spéciale.
« Les syphilomes guéris laissent une cicatrice. Gette cicatrice n’a plus rien de spécifique et le traitement mercuriel ou ioduré ne fait plus de bien ou fait du mal.
« Si des symptômes reparaissent, on croit à une rechute, on redouble d’efforts spécifiques et le. malade se décourage tout autant que le médecin.
« Eu fait, le syphilitique cérébro-spinal guéri de sa néoplasie syphilitique, reste épileptique, paraplégique ou tabétique en puissance, et doit être traité comme tel.»
Il cite à l’appui de ses affirmations des observations concluantes, fournies par le D' Diday.
C’est ainsi encore que cette théorie a permis à son auteur d'expliquer comment dans les cas de lésion ancienne par hémorragie ou ramollissement, avec les symptômes nouveaux qui accompagnent un nouvel ictus, on voit réapparaitre les phénomènes qui avaient accompagné le premier.
Depuis la première interprétation de certains phénomènes urémiques, par la théorie des rappels qu'a donnée M. le professeur Pierret dans la thèse de Bouvat d’autres auteurs, dans des observations à peu près semblables, en ont trouvé l’application sans toutefois la citer ; c’est ainsi que M. le professeur Raymond, dans un important mémoire paru en 1885, voit dans les anciens foyers d’hémorragies ou de ramollissements, la raison de la localisation d’une paralysie urémique. Il généralise cette idée de lésion cérébrale quelconque, appelant la fixation plus intense de l’œdème en ce point.