‹ Du rôle de l'e muet dans la versification françaiseChapitre 7 sur 7 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

El. maintenant, nous voulons conclure en quelques mots. Il faut résister aux tentatives de ceux qui voudraient supprimer les e muets dans le vers français, dans l'écriture, dans la prononciation. Ils font œuvre de barbare, quoique croyant agir quelquefois au nom de la science. La science linguistique et rythmique' répond que Ve muet a son rôle utile, qu'il contribue puissamment au rythme , surtout en français , daus la prose aussi bien que dans les vers. L'esthéticien constate les beautés qui résultent de la distinction entre la rime masculine et la féminine. L'oreille enfin, ce souverain juge en nature de versification, comme de musique, perçoit très bien Teffet acoustique qui résulte de l'emploi de Ve muet ou de son absence.

L'objection essentielle qui a été faite est la mutité absolue de 1*^ muet, surtout à la pause. Comment un zéro peut il produire quelque effet, et s'il n'en produit pas, pourquoi ne point en supprimer jusqu'à la figure graphique.

Ce qu'il fallait prouver, et nous croyons que nous l'avons fait, c'est que non seulement au point de vue de l'habitude et de la sensation, mais aussi au point de vue réel^ 1'^, même à la pause, n'est jamais nul.

Tout d'abord, il conserve sa sonorité, s'il est précédé de deux consonnes, môme à la pause; il le conserve sans cette condition, partout ailleurs qu'à la pause; enfin à la pause môme il a, s'il suit une consonne^ un son affaibli, mais survivant, qui se confond avec le bruit d'expiration de la consonne.

Mais ce ne sont là que des survivances faibles et particulières de la sonorité de 1'^ muet. Il peut d'ailleurs disparaître impunément d'une manière totale, il a laissé sa trace, d'abord sur la consonne précédente qu'il fait sonner, mais quelquefois la consonne sonne sans e muet, le critérium n'est donc pas parfait; mais il en existe un autre, c'est l'influence exercée sur la

ne serait pas encore entièrement caractéristique, parce qu'il se produit aussi lors de la perte de \'s du pluriel, mais, en outre, cette voyelle subit une fracture, la voix s'élève et s'abaîs se successivement sur elle, de manière à former une arsis suivie de thesis. L'a muet n'est pas perdu, il a passé dans la voyelle précédente, où l'oreille, pour peu qu'elle soit délicate, sait le retrouver.

Son action est peut-être ainsi plus puissante que s'il exerçait son influence à sa place primitive sur le rytlime.

Il faut donc^con server en son intégrité l'e muet avec tous ses effets dans la versification française ; non seulement une longue évolution l'y a placé, mais cette évolution est justifiée. Bien plus, il faut étendre encore son influence, profiter davantage de son élasticité, lui demander de nouveaux résultats, soit rythmiques, soit poétiques, et en faire l'auxiliaire souple et discret d'une rénovation du rythme.

Mais il est cependant des règles arbitraires dont il faut savoir le débarrasser, pour que sa fonction rythmique n'en soit plus obscurcie; il faut avoir le culte et non le fétichisme et la superstition de l'e muet.

C'est ainsi que l'e muet rie devrait pas compter à l'hémistiche lorsque cet hémistiche marque un foi't repos comme dans l'alexandrin dimètre ; alors, comme dans le vieux vers français il doit être élidé par la pause seule. Là il n'est pas besoin de le conserver et de le cultiver, pour le polariser en césure masculine et en césure féminine, puisque cette alternance n'est pas utilisée à l'hémistiche. Au contraire.lorsque l'hémistiche marque un repos faible, par exemple dans l'alexandrin trimètreou l'eunéasyllabe bicésurés,rc muet devraitconserversa valeur, mais être rejeté sur l'hémistiche suivant.

C'est ainsi que dans le corps du vers il ne devrait pas compter comme syllabe lorsqu'il est précédé d'une voyelle. Comme il n'y a pas de pause, la prononciation naturelle est assez rapide pour l'éliminer. Il y a dans son exclusion une difficulté artificielle apportée à la versification.

C'est ainsi que lorsque l'e muet est conservé dans le corps du

vers, on ne doit pas employer pour ce motif, en le lisant, une scansion différente de celle naturelle de la prose ; on peut même, si l'euphonie l'exige, ne pas le prononcer formellement, mais seu* lement virtuellement et par compensation en renforçant et prolongeant la syllabe précédente.

C'est ainsi enfin que l'alternance des rimes masculines et des féminines ne devrait plus être impérative; qu'on pourrait sortir de ce cercle en employant dans une stance ou dans un poème seulement des rimes masculines, ou seulement des rimes féminines, selon ce qu'exigera le sentiment poétique.

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