‹ Du rôle de l'hérédité dans l'alcoolismeChapitre 4 sur 13 · HEREDITE SIMILAIRE · texte numérisé non relu

HEREDITE SIMILAIRE

Dans le court aperçu historique que nous venons de faire nous avons vu que c’est de l’hérédité similaire que la plupart des auteurs ont parlé en signalant l’hérédité de l’alcoolisme. C’est en constatant d'abord cette hérédité qu’on est arrivé à se demander si l’alcoolisme luimême, qui pouvait se transmettre sous la même forme, ne tirait pas aussi son origine de plus haut et si, au lieu d’être spontané comme il le paraissait dans certains cas, il ne fallait pas voir en lui le résultat d’une influence héréditaire prédisposante, quelquefois différente. C’est ainsi que de la notion de l'hérédité similaire on est passé à celle de l’hérédité dissemblable, moins commune d’ailleurs, ce qui explique en partie comment elle a si peu attiré l’attention des observateurs.

Sans doute n’est-il pas sans intérêt de connaître les principales opinions des auteurs sur ce point particulier de l’hérédité dans l’alcoolisme, opinions sur lesquelles nous n’avons pas voulu insister dans notre aperçu historique général. Nous ne reviendrons pas bien entendu sur les auteurs qui se sont bornés à constater

simplement ce fait de la transmission fréquente de l’ivrognerie de père en fils, mais nous passerons seulement en revue ceux qui ont une opinion spéciale soit pour, soit contre l’hérédité similaire.

C’est ainsi, par exemple, que Davis ( Chicago Journ . of. nerv. and ment . diseases 1875) dit : ce La statistique, il est vrai, montre que les enfants nés de parents alcooliques ont une tendance spéciale à abuser des liqueurs fortes. Mais avant de considérer cette tendance comme héréditaire il faudrait savoir : « 1° si la mère pendant qu’elle nourrissait son enfant ne faisait pas un usage plus ou moins habituel de boissons alcooliques qui passant dans son lait auraient pu en laisser l’impression à l’enfant et lui en donner le goût ; 2° si les parents adonnés aux excès de boisson ne donnaient pas souvent à leurs enfants des boissons alcooliques dans le but de guérir leurs indispositions, but qu’euxmèmes en pareil cas cherchent à atteindre par le même moyen. » L’expérience très étendue de l’auteur lui a permis d’affirmer que 19 fois sur 20, l’alcoolisme, dit héréditaire, était simplement acquis d’une des façons qu’il vient d’indiquer. Il reconnaît toutefois que l’état d’alcoolisme d’un des ascendants doit rendre les descendants plus nerveux, plus impressionnables à l’action de l’alcool.

Sans doute c’est là une assertion des plus exagérées et qui ne saurait se soutenir. Tout d'abord il faudrait qu’au moins dans la majorité des cas ce fût la mère qui fût alcoolique, même momentanément. Or, c’est le contraire le plus souvent et l’alcoolisme vient du père. Ce n’est donc pas dans le lait de la mère que l’enfant a pris le goût de l’alcool. Et quand bien même, l’impression qu’il en aurait ressentie serait-elle donc assez forte pour persister au point que ce n’est qu’une vingtaine d’années après qu’on voit le goût de l’alcool se développer sous l’influence de cette impression de la première enfance? Quant à ce fait que des parents adonnés à l’alcoolisme font prendre à leurs enfants le goût de la boisson en leur donnant de l’alcool dans un but ou dans un autre, il est indéniable. Mais comment se fait-il que dans des pays où l’habitude est répandue de donner aux enfants de l’eau-de-vie pour les fortifier, pour favoriser le travail de la dentition ou pour toute autre cause, ce soit précisément les enfants d’alcooliques qui contractent cette habitude avec le plus de facilité? N’est-il pas plus rationnel d’admettre que l’occasion n’a fait que développer d’une façon précoce, une prédisposition latente due à l’hérédité? Du reste, la théorie invoquée par Davis ne serait tout au plus applicable que dans une infinie minorité de cas.

Thomson do Iiappeln ( Archiv f. Psychiatrie , t. XVII, 1886), dans un travail sur l’alcoolisme et sa transmission par l’hérédité, a signalé des faits intéressants. Comme pour bien d’autres maladies transmissibles par l’hérédité, la prédisposition héréditaire dans l’alcoolisme n’arrive souvent à passer à l’état de maladie qu’à un âge assez avancé . Quelquefois les prédestinés n’ont pas de goût ou ont même de l’aversion pour les boissons alcooliques et l’affichent. Ordinairement robustes et intelligents c’est avec l’âge, pour réparer leurs forces, qu’ils deviennent alcooliques.

C’est une sorte d’hérédité latente telle que la signale nettement Taguet (De V hérédité dans V alcoolisme. Ann . méd. psych ., 1877, t. II, p. 5) quand il dit : « L’hérédité de similitude se présente sous deux aspects : à l’état latent ou de sommeil et demande pour se produire l’exemple ou l’imitation, ou bien elle éclate d’une manière brusque et tout à fait inattendue sans qu’il soit possible de saisir aucune relation de cause à effet. Certaines personnes viennent au monde ivrognes, comme d’autres criminelles. » D’après Thomson encore, l’alcoolisme présenterait aussi ce trait commun avec les affections héréditaires, à savoir qu’il ne se transmet pas seulement du père au fils: l’hérédité n’est pas seulement directe, elle peut épargner une génération

et s’attaquer aux générations suivantes .

Ce fait qu’il indique seulement comme possible, l’auteur d’un des mémoires sur l’hérédité de l’alcoolisme à l’Académie de Médecine de Belgique ( Bulletins , 1874, p. 355) le donne comme constant. <c L’auteur, dit le rapport, a pu constater dans l’hérédité alcoolique ce fait remarquable de l’immunité des descendants directs et la révélation des manifestations alcoo¬

liques à la seconde génération, à l’instar de la scrofule, de la syphilis et du rhumatisme. » Il n’est pas si fréquent, que nous sachions, de voir la scrofule, la syphilis et le rhumatisme sauter une génération pour n’atteindre que la seconde, et quant à l’alcoolisme nous ne craignons pas d’affirmer dès maintenant que l’opinion de l’auteur est au moins très exagérée, sinon tout à fait erronée, ce que nous examinerons par la suite.

Le même auteur distingue trois variétés dans l’hérédité similaire homotype : 1° une variété qui, dit-il, n’est pas discutable, c’est la transmission d’un défaut ou d’un vice des parents aux enfants ; 2° une seconde variété consiste dans la transmission des symptômes de l’alcoolisme chronique chez une descendance qui n’a jamais fait d’abus ; 3° une troisième manifestation de l’alcoolisme héréditaire est la folie impulsive. On observe des précocités étranges,

des perversions du sens moral, de la monomanie instinctive.

Cette division n’est pas exempte de critique. Si le mot de Crothers: ce L’ivrognerie est un vice ou une maladie, il ne peut être les deux », est vrai, la première variété de l’auteur n’est, quoi qu’il en dise, rien moins que discutable. Quant à la seconde variété, c’est, si nous ne nous trompons, à l’alcoolisme héréditaire de Lancereaux,tel que l’a décrit M. Gendron dans sa thèse, que nous avons affaire. Nous avons vu plus haut ce qu’il fallait penser de cette dénomination trompeuse d’alcoolisme héréditaire et ce qu’elle recouvrait. Les accidents décrits dans cette forme doivent être placés à côté de tous ceux qui font partie du bagage héréditaire des tils d’alcooliques, à savoir l’idiotie, l’épilepsie, la débilité mentale, etc., etc. En un mot, cette seconde variété décrite par l’auteur du mémoire ne concerne que la descendance et non l’ascendance des alcooliques héréditaires. Elle ne saurait donc trouver sa place ici. Enfin sa troisième variété peut être conservée. Elle vise, en effet, des cas où l’influence héréditaire n’est pas douteuse, à savoir la précocité quelquefois étonnante du goût pour les liqueurs fortes que présentent certains descendants d’alcooliques.

Crothers (. Medical Record , 1881, p. 402) professe au sujet de l’hérédité latente dans l’alcoo-

Usine une opinion qui se rapproche de celles de Thomson et de Taguet que nous citions plus haut : « Dans beaucoup de cas, dit-il, l’alcoolisme a une période préliminaire plus ou moins longue avant que l’usage de certains alcools se développe, et dans quelques cas avant le début du premier accident alcoolique. L’alcoolisme apparaît alors sous l’influence ou de l’usure de l’âge, ou d’un choc nerveux, ou d’une maladie, en dehors de toute tentation et par le fait de l’habitude de boire. On commence à boire pour se soulager de ses douleurs, puis davantage, puis on ne peut plus s’en passer. Dans ce cas on était ivrogne à l’état latent, « Cette ivrognerie à l’état latent, qui se développe ainsi sous l’influence d’une habitude qui est devenue un besoin irrésistible, n’est-ce pas ce que les Anglais désignent sous le nom de dipsomanie chronique, ce que M. Bail distingue sous le terme de forme acquise de la dipsomanie, et sur lesquelles nous reviendrons plus amplement par la suite? Le nom du reste importe peu du moment que dans tous les cas ce qui imprime un cachet spécial à l’alcoolisme c’est, la prédisposition héréditaire.

De toutes ces opinions nous ne voulons et ne devons retenir que ce fait surabondamment prouvé de l’existence réelle de l’hérédité simi-

laire dans l’alcoolisme. Peu nous importe actuellement comment on a voulu l’expliquer et quelles influences on a invoquées pour son développement. C’est affaire à nous précisément d’étudier dans quelles conditions l’hérédité se montre dans l’alcoolisme et quelle place elle occupe dans sa genèse.

Mais avant d’aborder cette étude, il nous semble important d’établir tout d’abord la proportion des alcooliques héréditaires à ceux qui ne le sont pas ou pour mieux dire qui ne le paraissent pas. En ce qui concerne les alcooliques héréditaires, nous les diviserons en deux catégories répondant aux deux formes de l’hérédité similaire et dissemblable. Nous n’avons trouvé dans les auteurs aucune indication précise à cet égard, aussi bien pour l’hérédité en général que pour les deux variétés qu’elle comporte. M. Grenier (*) est le seul, à notre connaissance, qui en touche quelques mots lorsqu’il dit dans ses conclusions : ce Les héréditaires d’alcooliques deviennent eux-mêmes alcooliques dans une notable proportion, la moitié des cas environ. » Lancereaux dit aussi que rien n’est plus commun que de voir des fils d’ivrognes se livrer dès le jeune âge aux excès de boisson. Mais jusqu’ici, croyons-nous, il n’a été établi aucune statistique sur une base solide et on s’est borné à des

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approximations qui sont sans doute très voisines de la vérité puisque la majorité des auteurs semble s’accorder, mais qui gagneraient certainement à être remplacées par la brutalité des chiffres. C’est une lacune que nous avons essayé de combler et voici les résultats auxquels nous sommes arrivé, d’après l’ensemble de nos observations personnelles et inédites.

Nous avons recherché l’origine de l’alcoolisme dans 350 familles où un seul ou plusieurs membres en étaient atteints. Sur ces 350 familles nous n’avons pu trouver aucun antécédent héréditaire avoué, capable d’expliquer l’alcoolisme et force nous a donc été d’admettre sa non-hérédité, dans 209 cas, soit 59,71 0/0. Dans 141 cas au contraire l’alcoolisme était lié à des conditions d’hérédité. L’hérédité similaire s’est présentée 106 fois, l’hérédité dissemblable 35.

Si nous analysons ces cas d’hérédité similaire nous trouvons :

Transmission entre 2 générations : 93 fois — 3 — : 10 fois

4 — : 3 fois

Dans certains cas nous avons observé que l’alcoolisme, après s’être transmis directement entre deux générations dans une branche de la famille, s’était transmis indirectement, en

sautant de la première à la troisième génération, à an membre d’une autre branche de la même famille.

Dans un cas l’alcoolisme, après s’être transmis directement entre les deux premières générations, s’est transmis collatéralement pour la troisième et la quatrième entre lesquelles il s’est de nouveau transmis directement.

Ces sauts dans la marche de l’hérédité de l’alcoolisme sont très rares et dans l’immense majorité des cas l’alcoolisme se transmet directement d’une génération à la génération suivante.

En résumé l’alcoolisme serait héréditaire dans 40.29 0/0 seulement des cas et ne le serait pas dans 59,71 0/0.

Ces chiffres à la rigueur pourraient se passer de commentaires. Mais nous ne pouvons nous en contenter car ils sont entachés d’erreur, et certainement en deçà de la vérité. Voici pour quoi : Les malades dans les familles desquels nous avons cherché et rencontré l’alcoolisme, et où nous avons essayé d’en discerner les causes étaient tous des dégénérés inférieurs: idiots, arriérés, débiles, épileptiques. S’il est vrai que l’alcoolisme est une puissante cause de dégénérescence, il s’en faut de beaucoup qu’il agisse aussi rapidement, à moins de circonstances spéciales peu fréquentes, et d’une génération à l’autre anéantisse la race. Il est bien certain

que dans un grand nombre de nos observations où nous n’avons pu rencontrer aucune cause de l’alcoolisme, les antécédents avoués ont dû être très atténués, soit volontairement, soit involontairement, par ignorance. Nous ne pouvons admettre que, dans certains cas, il faille si peu de tare héréditaire, un léger degré d’alcoolisme du père, pour amener une dégénérescence aussi profonde que l’idiotie, alors qu’au contraire nous voyons presque toujours le degré de la dégénérescence être en rapport avec l’intensité ou l’étendue de la charge héréditaire. On ne peut invoquer une plus ou moins grande susceptibilité à la déchéance physique et psychique : c’est précisément l’hérédité qui la crée. Lors donc que nous voyons une dégénérescence très profonde être la conséquence d’une hérédité peu considérable, nous sommes presque en droit, la logique au moins nous fait un devoir, de penser que nous ne sommes pas complètement renseignés, qu’il y a des choses qui nous échappent. 11 est bien évident que nous ne parlons ici que pour la majorité des faits, car nous croyons, et il serait facile d’en citer des exemples si cela ne sortait de notre sujet, nous croyons que sous l’influence d’une circonstance particulière l’alcoolisme peut revêtir un caractère de gravité telle, au point de vue héréditaire, qu’il entraîne presque fatalement une

déchéance complète de la race. Citons en première ligne la conception pendant l’ivresse, puis les traumatismes cérébraux et toutes les conditions qui sont capables de faire des alcooliques des cérébraux acquis, chez lesquels les désordres nerveux qui surviennent brusquement suppléent par leur intensité à l’action lente et progressive de l’hérédité. D’ailleurs un fait négatif prête toujours à contestation et ne prouve rien. Notre statistique nous montre le pour cent minimum de l’alcoolisme héréditaire. C’est là un fait positif, indiscutable. Ce qui n’est pas moins évident pour nous c’est que ce chiffre est de beaucoup inférieur à la réalité. Tel qu’il est cependant il nous fournit une base assez solide pour affirmer que dans la moitié presque des cas l’alcoolisme est héréditaire, et que non seulement il est soumis à l’hérédité en général, mais surtout à l’hérédité de similitude qui se présente dans 75,70 0/0 des cas, contre 24,30 0/0 où on rencontre l’hérédité dissemblable.

Cette donnée une fois établie, notre statistique va nous servir à en établir une seconde pour répondre à cette question qui se pose tout naturellement : A combien de degrés consécutifs peut-on observer l’hérédité similaire dans l’alcoolisme?

D’après Darwin ( Zoonomie ) l’alcoolisme est transmissible jusqu’à la troisième génération

et les familles d’ivrognes s’éteignent à la quatrième génération après avoir descendu l’échelle de la dégradation physique et intellectuelle.

C’est aussi l’opinion de Morel qui établit ainsi la marche la plus habituelle des transformations successives que subissent les familles d’ivrognes à propos d’une observation qui présente cette marche ( Dégénérescences , p. 114).

lre génération : Excès alcooliques, dépravation, abrutissement moral.

2e génération : Ivrognerie, accès maniaques, paralysie générale.

3e génération : Tendances hypoehondriaques, lypémanie, idées de suicide, idées homicides.

4e génération : Intelligence peu développée, stupidité, idiotisme et en définitive extinction probable de la race.

D’après ce tableau on pourrait même penser qu’il n’admet l’hérédité similaire qu’à deux degrés. Mais si, d’après lui, c’est le fait général, il n’en cite pas moins à côté de cette observation plusieurs autres où le penchant à boire s’est manifesté pendant trois générations.

Pour nous, nous pensons que l’on peut reculer l’extinction de la race jusqu’à la 5e génération au lieu de la 4e. Voici en effet ce que nous pouvons déduire de notre statistique. Dans le plus grand nombre de cas, la transmission de l’alcoolisme se fait entre deux générations suc-

cessives. Sur nos 106 cas d’alcoolisme héréditaire, nous avons en effet trouvé 93 fois la transmission à 2 degrés. La transmission à 3 degrés s’observe déjà bien moins souvent, 10 fois. Enfin, la transmission à 4 degrés ne se rencontre que 3 fois, mais elle existe d’une façon certaine et cela suffît pour affirmer que la descendance des alcooliques ne s’éteint pas toujours à la quatrième génération. Peut-être y a-t-il des transmissions à 5 degrés que nous ignorons à cause de la difficulté qu’on a à se procurer des renseignements exacts sur un aussi grand nombre de générations. Ce n’est guère que dans les familles historiques qu’on en pourrait rencontrer des exemples. Mais, si la chose est possible, nous n’en avons trouvé aucun cas à signaler.

Nous ne citerons ici que les faits de transmission de l’alcoolisme à 2 degrés les plus frappants, c’est-à-dire ceux dans lesquels on ne peut attribuer l’alcoolisme à une autre cause que l’hérédité.

Obs. I (• inédite ). — Han . Bernard, 18 ans. Épi¬

lepsie, débilité mentale.

Père. Imprimeur. Mort en état d’ivresse. Faisait des excès de boisson, surtout d’eau-de-vie et d’absinthe toutes les fois qu’il avait de l’argent et pendant plusieurs jours de suite. — Oncle paternel. Lithographe. Excès de boisson considérables. — Grand' père pater -

nel. Charretier. Excès de boisson considérables. — - 3 frères morts d’athrepsie ; 1 frère mort de convulsions; 1 frère mort peu de jours après la naissance.

Rien du côté maternel.

Obs. II [inédite). — Fourn . , 10 ans. Idiotie com¬

plète. Hémiplégie gauche. Épilepsie.

Père. Tailleur de pierres, habitudes alcooliques. Rentre complètement ivre une douzaine de fois par an. Boit surtout du vin. — Grand-père paternel. Tailleur de pierres, mort de phtisie pulmonaire. Très nombreux excès de boisson. — 1 sœur, morte de convulsions.

Rien du côté maternel.

Obs. III [inédite). — Goff . , 9 ans. Épilepsie et

imbécillité.

Père. 32 ans, garçon laitier, nerveux, violent, Condamné plusieurs fois pour avoir battu sa femme. Sujet à de fortes douleurs de tête surtout après les excès de boisson. Il est toujours entre deux vins : alors il est très surexcité et méchant. Boit du vin, de l’absinthe, de l’eau-de-vie, un peu de tout. A toujours été méchant et a toujours bu. — Grand-père paternel. Mendiant dans le Cantal. N’a jamais aimé le travail. Il est méchant et boit. « Il est du même calibre que son fils, nous dit sa femme, il faudrait que les femmes le nourrissent. Il a eu trois femmes à son compte. » — Oncle paternel. Mauvais sujet. Ne faisait que boire et faisait mauvais ménage à Paris. On a dû le faire revenir dans son pays. — 4 frères morts de convulsions ; 1 sœur très nerveuse ; 1 frère vivant a eu des convulsions.

Obs. IV [médite). — Leclu.. ,. Émile, 33 ans. Epilepsie .

Père. 60 ans. Cocher. Excès de boisson, surtout d’absinthe. Rentrait ivre plus de quatre fois par semaine. Buvait tout ce qu’il gagnait et ne restait nulle

part en place. Violent surtout dans l’ivresse. Pas de migraines, pas d’épilepsie. Aurait eu des étourdissements attribués à l’absinthe vers 42 ans ; on ne sait ce qu’il est devenu depuis cette époque où il a quitté femme et enfants. — Grand-père paternel. Noyé, aubergiste et auparavant boucher, buvait beaucoup.

Mère. 52 ans, repasseuse, nerveuse. — Grand-père maternel. Convulsions jusqu’à 15 ans. Mort de fluxion de poitrine. Pas d’excès de boisson quoique cocher.

Dans ces quatre observations l’alcoolisme paraît bien avoir pour seule cause l’hérédité. Dans la dernière surtout son rôle ressort nettement. On voit combien l’influence des professions doit être admise avec réserve, des deux côtés en effet nous avons la même profession de cocher, qui est regardée comme menant particulièrement à l’alcoolisme. Or, chez l’un, nous observons de l’alcoolisme et son père était alcoolique. Chez l’autre, au contraire, où il n’y a pas d’hérédité, il n’y a pas non plus d’alcoolisme.

L’observation suivante nous paraît aussi concluante car elle a rapport à une jeune femme chez laquelle il n’y a que de l’hérédité alcoolique, et l'on sait d’autre part, comme nous le montrerons plus loin, que l’alcoolisme est moins fréquent chez la femme que chez l’homme et demande pour s’y développer des causes plus puissantes.

Obs. V ( Thèse Gendron ). — Nour...., Elise, 38 ans, modèle.

Père alcoolique, suicidé. — Elle , va bien jusqu’à 15 ans. Alors règles douloureuses avec étouffements, syncopes, cris, attaques de nerfs. A 19 ans elle part au Brésil et commence à boire du genièvre en grande quantité. A son retour fourmillement, rêves, insomnie, tentatives de suicide.

Remarquons en outre que l’alcoolisme s’est manifesté sous la même forme. Citons encore celle-ci où l’alcoolisme se manifeste à la fois sur les trois enfants d’une alcoolique.

Obs. VI ( Thèse Gendron).

Père , non alcoolique. — Mère , morte à 62 ans, paralysée. Alcoolique. 3 enfants, 2 filles et 1 garçon. Ce dernier bien portant mais poussé à boire, bien qu’il puisse le plus souvent résister. La première tille épileptique, microcéphale et ivrogne, est morte à 27 ans de brûlures qu’elle s’était faites en tombant dans le feu. La seconde rachitique avec une double luxation des hanches s’était également adonnée à l’ivrognerie et est morte tuberculeuse.

L’hérédité similaire à deux degés peut s’observer du côté du père et de la mère, et cette convergence héréditaire nous paraît constituer une de ces circonstances aggravantes pour l’alcoolisme qui mènent à l’extinction très rapide de la race. L’observation suivante nous semble intéressante à ce point de vue.

Obs. VII [inédite). — Hub... Jules, 19 ans, épileptique.

Père , graveur en taille-douce, mort de phtisie.

Caractère faible, manquait - de volonté et se laissait facilement entraîner. Il rentrait complètement ivre au moins deux ou trois fois par semaine. Il buvait de Feau-de-vie, du rhum, du marc, de l’absinthe. Quand il avait beaucoup bu et qu’on le contrariait, il tombait, dit sa femme, dans des attaques de nerfs. S’il était assis il tombait brusquement, perdait connaissance et avait des mouvements convulsifs des bras et des jambes. Il geignait pendant toute l’attaque. Pas d’écume, pas de changement appréciable dans la coloration de la face. Rien de semblable dans son enfance.

— Grand-jpère paternel , 74 ans, courtier d’une maison de droguerie. Est à Bioêtre comme administré. Avant son entrée il avait des étourdissements, « comme quelqu’un qui se trouve mal ». Très fréquents excès de boisson. — Grand' mère paternelle , morte d ephtisie.

— 1 grand oncle paternel, peintre en bâtiments, mort à 37 ans d’excès de boisson. — 1 oncle paternel, mort de la poitrine et d’excès de boisson à 25 ans.

Mère migraineuse. — Grand' mère maternelle , épileptique, excès de boisson, souvent jusqu’à l’ivresse.

— Arrière grand-père maternel . Asthmatique, excès de boisson. — 1 frère mort de convulsions à 6 semaines ; 1 frère imbécile, paraplégie, 1 sœur nerveuse et délicate.

On peut en rapprocher aussi la suivante :

Qbs. VIII [inédite). — Lob..., 18 mois, hydrocéphale.

Père , 26 ans, journalier. Réformé pour faiblesse de constitution : avait juste la taille. De 22 à 24 ans il a fait de nombreux excès de boisson (vins, liqueurs). Début des accès à 18 ans. Quand il avait bu il était très violent et se roulait par terre en boule, en criant.

et grinçant des dents. Ces accidents auraient duré 15 minutes la fois où sa femme en a été témoin. Il fait de moins en moins d’excès de boisson. Céphalalgie après les excès, violent, bat sa femme. — Grandfève paternel , 5i ans, tailleur de pierres. A mené une mauvaise vie. Faisait de très fréquents excès de boisson et battait sa femme. Après avoir fait un héritage de 6 à 7.000 francs, il a abandonné son ménage et est parti avec la belle-sœur de sa femme. — Grand' mère paternelle , 52 ans, blanchisseuse. Faciès alcoolique. A toujours bu et est toujours partie (vin). Bien portante. Eczéma de la tête à 50 ans. — 3 oncles paternels sobres. — 1 tante paternelle, morte de convulsions dans l’enfance.

Mère migraineuse. — Grand-père maternel , 59 ans. A beaucoup bu jusqu’à 50 ans, buvait déjà beaucoup quand il s’est marié. — Grand' mère maternelle , migraineuse. — Arrière-grands-parents paternels et arrière grand' mère maternelle , rien. — Arrière-grand-père maternel , marchand de vins, excès de boisson très fréquents. — Grand oncle maternel (fils du précédent), excès de boisson. Mort des suites d’une chute. — Grand-oncle maternel , mort de convulsions.

Nous pourrions multiplier ces observations qu’on trouvera d’ailleurs réunies plus loin dans notre tableau statistique. Mais dans la plupart, à côté de l’alcoolisme, on trouve d’autres tares héréditaires et nous avons voulu surtout présenter des exemples où l’alcoolisme se trouvait dégagé de toute hérédité complexe.

Les cas où l’alcoolisme seul se rencontre dans trois générations consécutives sont surtout

moins communs. Nous en avons cependant un bel exemple dans F observation suivante où nous avons eu soin d’indiquer les détails aussi circonstanciés que possible que nous sommes arrivé à obtenir de la personne qui nous renseignait. Ce n’est pas tout en effet de dire alcoolique, en parlant de quelqu’un, il est encore utile de savoir dans quelle mesure il l’était, et quelle espèce d’individu c’était d’une manière générale. Les alcooliques ont une existence et des façons d’agir qui souvent sont liées à leur état, qui en font une catégorie spéciale au point de vue mental et qu’il est toujours intéressant d’examiner dans leur ensemble. Aussi pour être certain de ne pas interpréter faussement et surtout d’exagérer les renseignements fournis, nous avons plus d’une fois conservé mot pour mot les paroles de ceux qui nous renseignaient, phrases dont le style pittoresque peint souvent mieux les choses que ce que nous aurions pu dire nousmême.

Obs. I X (inédite). — Clouz . , 3 ans. Idiotie com¬

plète.

Mère. 22 ans. A quitté son mari quatre mois après la naissance de son enfant. « C’était une nature indomptable, mauvaise mère. » Mariée à 17 ans, bonne santé, pas nerveuse, pas de convulsions dans l’enfance, pas de migraine. Elle buvait déjà avant son mariage depuis longtemps. « C’était dans la famiile », nous dit son

mari. Elle prenait du vin, du rhum, pas au point d( tomber, mais au point d’être toujours surexcitée. Ell<> continua à boire après son mariage et allait boire avec sa mère. Ce n’était pas par période, mais continuellement ; plus ou moins violente, bizarre de caractère ; entêtée à outrance pour les plus futiles motifs et par méchanceté. Peut-être se conduisait-elle mal avant son mariage.

Grand-père maternel. Mort à 40 ans d’albuminurie. Officier de santé. C’était un viveur. Il buvait beaucoup et « faisait des noces plusieurs fois par mois ».

Grand' mère paternelle, 43 ans. !<Très nerveuse, boit énormément. Toujours très surexcitée. Elle boit surtout de l’alcool, eau-de-vie, rhum, etc. Elle buvait déjà du temps de son mari, mais bien plus depuis sa mort. Elle est atteinte de syphilis héréditaire. — Arrière-grand' père paternel , père du grand-père. Syphilis acquise après la naissance de son fils ; l’a communiquée à sa femme, très viveur. — Arrièregrand' mère maternelle. Rien. — Arrière-grand-père maternel (père de la grand’mère), syphilis avant la naissance de sa fille. — Arrière-grand' mère maternelle Forte buveuse, buvait surtout en cachette continuel lement. C’est elle qui le supportait le mieux de la famille. Très bizarre de caractère.

Obs. X ( Thèse Gendron). — Yictorine X.....

Père alcoolique. — Grands-parents paternels, alcooliques. — Rien du côté de lanière.

Frère peu intelligent, très porté à boire.

Elle était intelligente, aimant sa famille. Tout à coup sans cause connue, accès de manie de 13 jours et démence consécutive.

Obs. XI {inédite). — Sauln . Louis, 10 ans. Imbé-

ci le.

Père , 36 ans. Couvreur, boit énormément d’absinthe, d’eau-de-vie et de vin. Se grise environ 5 jours par semaine. Boit, paraît-il, depuis l’âge de 11 ans. Quand il a bu il est très méchant, comme fou, casse tout, cherche querelle à tout le monde. Attaques épileptiformes depuis deux ou trois ans. — Grand-père paternel. Couvreur, 63 ans. Boit, mais pas énormément comme son fils. — Grand'mère paternelle. Blanchisseuse, 53 ans. A toujours bu, ne se grise plus maintenant que par hasard, mais autrefois buvait beaucoup d’absinthe. Elle est comme son fils quand elle a bu, très méchante. — Arrière- grand' mère (mère de la grand’mère), morte à 74 ans « à force de boire », blanchisseuse. Tous les jours elle était ivre d’absinthe.

— Arrière-grand-père (père de la grand’mère). Cocher, buvait beaucoup. — Oncle paternel , alcoolique, suicide par pendaison. — - 6 grands-oncles paternels , morts à 2 ou 3 ans de méningite ou de croup.

Obs. XII. — (. Doursout , Ann. méd.-psych., 1886.)

Homme de 25 ans, paresseux et ivrogne ; mendiant, voleur, simple d’esprit. Attentat à la pudeur. — Frère, alcoolique invétéré et paresseux. — Sœur , caractère mobile et indisciplinable. — Père, ivrogne et mort prématurément.

Mère emportée par une phtisie d’origine alcoolique.

— Grand' mère atteinte de démence alcoolique et décédée à l’asile de Morlaix.

Il nous reste enfin à citer des exemples dans lesquels l’alcoolisme s’est montré dans quatre générations consécutives. Parmi les quelques cas, rares du reste, que nous avons rencontrés nous ne voulons citer que les suivants qui nous

paraissent aussi complets que possible et dégagés de toute complexité.

Obs. XIII [inédite). — Pic...., Georges, 16 ans, épi lepsie, amaurose consécutive à des accidents méningitiques à 3 ans. Convulsions à 6 mois.

Père , 56 ans, maçon. Son métier, dit-il, l’oblige à boire parfois avec excès. Boit la goutte le matin, et environ deux litres de vin dans la journée. Tremblement des mains, faciès alcoolique. — Grand-père paternel , 86 ans, maçon, buvait énormément. Son fils nous ditqu’il buvait « environ un litre d’alcoolpar jour à un moment donné» et que « quelquefois il se grisait trois ouquatre fois dans sajournée». — Oncle paternel. Briquetier, mort d’excès de boisson. — Grand-oncle maternel , s’est pendu. Etait alcoolique.

Mère. Couturière, buvait pas mal depuis son mariage. Mais pendant la gu erre et le siège, étant enceinte du jeune Georges et ne mangeant pas beaucoup, elle s’est mise à boire davantage pour se soutenir, prenant de l’eau-de-vie, de l’absinthe surtout, mais peu devin. Après son accouchement, ses habitudes se sont encore accentuées et elle est alors tombée malade. Elle s’est mise à tousser et à cracher le sang. Mais elle n’en buvait pas moins, disant que « rien ne lui semblait bon comme la boisson ». Elle finit par mourir de consomption tuberculeuse « sèche comme un copeau », nous dit son mari. — Grand-père maternel. Vigneron, s’est suicidé par pendaison. Avait été interdit par ses enfants à cause de ses excès de boisson, pour l’empêcher de boire tout son bien. Il avait toujours fait des excès de boisson, rien que d’eau-de-vie, qu’il buvait à plein verre. — Grand-mère maternelle. Morte paralysée, en enfance, à la Salpêtrière. — Arrière-grand- -

mère 'paternelle . Buvait beaucoup. Elle est morte très âgée. A la suite d’une chute elle s’est alitée et ne s’est plus relevée. — Oncle maternel. Repousseur. Boit beaucoup « comme son père, de l’eau-de-vie surtout ».

— Frère. Repousseur, 32 ans. Intelligent, s’est mis à boire à 20 ans. Se grisait assez souvent. Est devenu fou à 23 ans : tentative de suicide. Placé à Vaucluse, puis à Niort. Il parait qu’il est dément maintenant. — Sœur. Tuberculeuse. A trois enfants dont un a un mal de Pott cervical.

L’observation suivante est plus nette encore, car elle est moins compliquée, l’alcoolisme n’existant que du côté paternel.

Obs. XIV [inédite). — Mig . , 13 ans. Epilepsie,

Hémiplégie droite. Convulsions de l'enfance.

Père , 48 ans, journalier. Nombreux excès de boisson surtout de vin. Marié à 31 ans. Il faisait alors des excès d’absinthe dont il avait pris l’habitude au régiment, car il était sobre auparavant. Il a continué à boire de l’absinthe et de l’eau-de-vie. Il s’enivre maintenant tous les dimanches. « J’ai vu un temps, dit sa femme, où il était à peine deux ou trois jours à jeun (non ivre), par semaine. » — Grand-père paternel . Frappeur, mort de la rupture d’un anévrisme. Nombreux excès de boisson. — Grand' mère paternelle . Morte « comme folle » à Saint- Amand les Eaux, suite de mauvais traitements de son mari. — Arrière- grand' mère paternelle. Nombreux excès de boisson. — 1 oncle paternel mort de la rage. — 1 oncle paternel, nombreux excès de boisson, a un enfant qui est mort en bas âge.

— l'ante paternelle. Ménagère, nombreux excès de boisson. Mariée, a deux lilles qui sont les cousines

germaines deMige...;la première, 24 ans, mariée, boit aussi et a fait la noce avant de se marier ; la deuxième fait la noce, court les hommes et a eu un enfant qui est mort.

Ces deux cousines germaines constituent la 4e génération depuis l’arrière-grand’-mère paternelle. Or il n’existe aucune autre cause d’alcoolisme à chaque génération que l’hérédité alcoolique. Pour mieux faire ressortir la part qui revient à l’alcoolisme, nous avons indiqué aussi les affections dont ont pu être atteints les autres membres de la famille chez lesquels l’alcoolisme ne s’est pas montré. C’est du reste ce que nous faisons dans toutes nos observations, car ce moyen seul permet de saisir l’influence de l’hérédité dissemblable dans l’alcoolisme et les rapports qui relient l’alcoolisme aux différentes manifestations de l 'hérédité névropathique en général.

Dans toutes ces observations l’hérédité était directe ; mais elle peut être indirecte et sauter une génération.

Obs. XV (inédite). — Margal... Pierre, 13 ans. Epilepsie.

Père , 43 ans, maçon. Convulsions dans l’enfance. A toujours bu, même avant son mariage à 21 ans. Boit surtout de l’eau-de-vie, peu ou pas d’absinthe, se grise presque tous les jours. Tremblement des mains. Quand il est ivre, il est méchant, bat sa femme, est « comme fou ». Depuis trois ans il est comme hébété, ne travaille plus. Quand il cause « ça n’a pas de suite, c’est comme un enfant». On le renvoie au bout du premier jour des chantiers, parce qu’on s’aperçoit qu’il n’est pas comme un autre. Tousse tous les hivers. On

a cru pendant deux ans qu’il était poitrinaire. Migraines fréquentes, caractère méchant, violent. A toujours travaillé irrégulièrement.

Grand-père paternel (cousin germain de la grand’mère qui, elle, avait des migraines très fortes au moins tous les huit jours). Charretier, pendu à 48 ans on ne sait pourquoi. Ne buvait pas, mais « c’était une tête folle aussi». — Arrière-grand-père paternel. Méchant, c’était un vieux saoûlard, « C’est des caractères méchants quand ils ont bu. » Charretier, asthmatique. Mort on ne sait de quoi. — Grand-oncle paternel (frère de la grand’mère et cousin germain du grand-père). Charretier, ivrogne, mauvaise tête. — ■ 2 oncles paternels. Ivrognes et mauvaises têtes. L’un est comme un peu fou. — Grand-père maternel. Vigneron, boit beaucoup, a toujours bu. Accès de délire alcoolique il y a deux ans. — Cousine germaine maternelle. Morte de méningite.

Mère , pas d’habitudes alcooliques.

Frère , 21 ans, coffretier. Pas de convulsions dans l’enfance. Bon ouvrier, boit déjà, assez souvent « éméché ». Découche souvent et cela depuis 18 ans. A commencé presque tout à coup à boire et n’a pas été entraîné par son père.

Lui : 13 ans, épileptique, imbécile.

La mère craint qu’un autre frère de \ 7 ans ne fasse comme l’aîné de 21 ans. — 2 autres frères sont bien portants, intelligents.

L’hérédité alcoolique dans ce cas s’est transmise pendant quatre générations. De l’arrièregrand-père elle a sauté par-dessus le grand-père pour atteindre le père, et delà directement le fils. En même temps, on observe une déchéance

avancée dans la race puisque l'épilepsie et l’imbécillité ont fait leur apparition. Ici donc nous observons à la fois l’hérédité directe et l’hérédité indirecte dans la même famille.

L’hérédité collatérale peut aussi se rencontrer, comme on le verra dans notre tableau statistique. Nous nous contenterons d’en extraire deux cas.

Obs. XVI. — Deth..., 11 ans. Idiotie. Grand-onde paternel et père alcooliques.

Obs. XVII. — * Min..., 7 ans. Idiotie. Grand-oncle paternel et père alcooliques.

Dans les deux cas il n’existait pas d’autres alcooliques dans la famille.

Cette hérédité collatérale est assez rare, et moins commune encore que l’hérédité indirecte. C’est sur le résultat de nos observations person» nelles que nous nous appuyons donc pour contredire l’opinion que nous citions plus haut d’après laquelle on constaterait dans l’hérédité alcoolique « ce fait remarquable de l’immunité des descendants directs et la révélation des manifestations alcooliques à la seconde génération. » Sur 106 cas d’hérédité similaire, nous n’en trouvons que huit dans lesquels le penchant à boire saute une génération. Ce fait est plus éloquent que toutes les raisons que nous pourrions donner. Donc en ce qui concerne le rôle

général de l’hérédité dans l’alcoolisme nous pouvons conclure :

1° Dans 49,29 0/0 des cas au minimum, l’alcoolisme reconnaît pour cause première l’hérédité.

2° Dans le plus grand nombre des cas 75,70 0/0, c’est l’hérédité similaire; dans 24,30 0/0, au contraire, c’est l’hérédité dissemblable qui est en jeu.

3° C’est ordinairement l’hérédité directe qui s’observe dans l’hérédité similaire.

4° L’hérédité similaire peut frapper 4 générations consécutives, ce qui est rare, et il est probable qu’elle ne dépasse pas cette limite.

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