‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 104 sur 153 · CHAPITRE rv. — RÉSUBIÉ ET CONCLUSION DU SECOND LIVKE · texte numérisé non relu

CHAPITRE rv. — RÉSUBIÉ ET CONCLUSION DU SECOND LIVKE

suit qu'il ne peut y avoir qu'une seule conscience, la conscience individuelle (i). Ce qu'on a appelé la conscience sociale ne peut être qu'un aspect de la conscience individuelle. Quelle méprise de les opposer, d'opposer une réalité et une métaphore I Wundt considère comme une chimère la société, lorsqu'on la conçoit en elle-même, abstraction faite des individus.

La conscience individuelle, quoiqu'individuelle, est en même temps sociale, parce qu'elle est d'origine sociale. On ne saurait plus comprendre ceux qui veulent abolir toute interprétation et toute explication psychologique de la société et de la morale, en opposant la psychologie à la morale et à la sociologie. Ils oublient, ceux-là, ce qu'ils ne manquent pas d'ailleurs de relever eux-mêmes, que le psychique, en grande partie, est d'origine sociale.

Il n'est pas rare que les sociologues s'aperçoivent « que l'association fut la cause maîtresse du développement mental et moral » (2) et que « la fonction de la société est de développer la vie consciente et de créer la personnalité humaine » (3).

La matière de l'organisation sociale consiste, selon M. Baldwin, en pensées, faits d'imagination, notions, informations » (4), etc. n Ce qui pense, dans l'homme, ce n'est pas lui, mais sa communauté sociale » (5). « La vraie nature de l'individu répond à la vraie nature de la société, et avec la découverte de la première vient celle de la seconde » (6).

Si, en effet, il n'y a pas de réalité et de conscience sociale en dehors de la conscience individuelle, si cette dernière est non

(t) Le moi publie est, selon M. Baldwin, la forme objeclive d'organisation que doivent concevoir normalement les personnalités en voie d'évolution {Interprét. soc, p. 49t).

(2) GiDDiNOs. Op. cit. p. a02.

(3) Ibtdem, p. 358.

(i) Interprétât, soc., p. 482.

(5) GoMPLOWicz. Précis de soc., p. Z1\.

(6) Jamss. Seth, Study of Ethical, London, 3* édit. p. 323.

370 UYliE U. — RAPPORTS BUTHE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

seulement le produit historique de la société, mais encore si toutes les lois et toutes les fonctions psychiques sont les repro ductions dans l'individu de lois et de fonctions sociales corres pondantes, il faut conclure :

i** Que la psychologie est une science sociale comme la morale 3*" que la seule méthode propre à faire avancer les recherches psychologiques serait la méthode historico-sociologique. On devrait, par suite, remplacer la psycho-physiologie, qui n'a donné rien de décisif touchant les phénomènes psychiques, à en croire M. James (i), par une psycho-sociologie. Le fond de l'idée qu'enferme cette conclusion a été très souvent aperçu.

Ainsi, selon M. Sighele, u la sociologie est une représentation fidèle en ses grandes lignes, mais immensément plus complexe et plus vaste de la psychologie » (a). M. N. Grote pense qu'une nouvelle psychologie doit être fondée dans le but d'étudier les idées, les sentiments et les actions qui se manifestent dans Thistoire de inhumanité. C'est aussi la pensée d'un autre philosophe russe, M. Karieff, qui, après avoir constaté que « l'histoire est devenue une science sociale ». , se demande pourquoi la psychologie n'en fera pas autant (3).

Dans un ordre d'idées analogues, M. Lévy-Brilhl pense que « la théorie des fonctions supérieures (imagination, langage, intelligence...) exige l'emploi de la méthode sociologique » (4)- Aux yeux de M. Kidd Fétude de l'intelligence individuelle doit être rapprochée des principes sociologiques, et le contenu de l'esprit est, en dernier terme, gouverné par ses relations avec le processus sociologique » (5).

(i)Op. cit. t. I,pp. 510-548.

(2) La foule criminelle. Paris, Alcan, r« èdit. p. 9.

(3) Voir compte-rendu Revue Philos. 1891 (I), pp. 332,335.

(4) La morale et la science des mœurs, p. 79.

(5) Principles of Western civilisation^ p. 84.

Page 1