‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 103 sur 153 · CHAPITRE lY. — RÉSUMÉ ET CONCLUSION DU SECOND LIVRE a · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY. — RÉSUMÉ ET CONCLUSION DU SECOND LIVRE a

pendant psychique la mémoire. Pourvu de sanctions de toutes sortes, il est la seule base de la cohésion dans la vie psychique.

Une mentalité logique, conséquente, une association d'idées constantes et sûres sont produit et fonction d*une série d'institutions sociales, fermes et harmoniques. Une mentalité vacillante, instable est produit et fonction d'un système d*institutions inconsistant, discordant. Actuellement, et pour longtemps encore dans l'avenir, à cause de la crise que produit la marche évolutive dupnDcessus social, le système des institutions sociales est encore mal coordonné, et il se traduit par une incohérence analogue. Puisque la famille et l'école sont parmi les premières de ces institutions, l'éducation, c'est-à-dire la transmission des données acquises par les adultes aux nouvelles générations, est bien le grand fait social dont dépend toute la phénoménalité psychique avec ses lois, vue sous son aspect statique. Et, par conséquent, c'est bien la psychologie qui dérive de la pédagogie, et non inversement, comme on l'a toujours pensé. La cohésion des idées, l'unité formelle ou réelle du moi, la mémoire, sont autant de fonctions psychiques qui ne sont possibles, ne se réalisent qu'à la suite d'un système d'éducation variée que la Famille, l'Ecole et la Société offrent et imposent à l'individu. La science de la pédagogie ne sera jamais que juste ce que sera l'art pédagogique respectif. Et, par suite, le psychologue ne saurait mieux remplir sa tâche qu'en s'identifiant avec le pédagogue. La cohésion mentale et les lois psychologiques sont déterminées surtout à l'Ecole dans les générations qui se succèdent. Il doit bien en être ainsi, s'il est vrai que l'attention et la répétition, produits de la vie sociale, sont les conditions exclusives de la cohésion de nos états psychiques, de nos associations d'idées.

Au point de vue dynamique, la conscience comporte une autre série de fonctions ou soi-disant lois psychologiques qui, •elles aussi, sont les aspects individuels ou plutôt le fonctionne-

ment atomique pour ainsi dire d'une série de soi-disant lois ou fonctions sociales. Ainsi, la volonté, Fattention, rabstracfion et rimagination, la généralisation qui sont autant de fonctions ou lois psychiques, s'identifient avec ce que l'on peut appeler le déterminisme social, l'autorité, l'invention et la propagatk» sociales. Ces fonctions psychiques et sociales sont spécialement créatrices. L'abstraction et l'imagination, qui constituent le fond de la fonction sociale d'invention et ce que cette dernière suscite et détermine, ont pour rôle de créer de nouvelles associations d'idées par ressemblance, et par suite de faire que rassoeiation par ressemblance empiète sur l'association par contiguité. Cette évolution psychique est déterminée par ce processus social qui. au moyen du principe de l'invention, unifie et uniformise ce qui est différent.

On sait que tout progrès scientifique est im véritable empiétement du semblable sur le différent contigu. C'est seulement ainsi que se créent la cohérence des états psy<^ques et toute cohésion définitive de l'esprit et de la société, et par conséquent tout ce qu'il y a et tout ce qu'il y aura de lois psychiques et sociales. Mais il va de soi que ces associations psychiques nouvelles, ces lois à la fois sociales et psychiques ne pourront jamais être le fruit des recherches positivistes des savants, qui prendraient une attitude servile devant le passé et en face du prés^it. C'est ce qu'a exprimé Kant en disant des lois morales : « il n'y aurait rien de plus funeste à la moralité que de vouloir la tirer d'exemples ».

Seule, une méthode active volontaire peut découvrir ces nouvdks lois, en les décrétant ou en les créant, par unacted'inventîon. Par là, cette partie de la réalité sociale ^ psychique n'est pas matière à observation, — cette méthode s'applique seulement à ce qui est, elle est moins encore matière dlnvention, — oeftte méthode est applicable seulement k oe qui n'est pas encoro, à oe qui sera. Dans oe sens, on peut bien dire que la «deaoe psythûfegî-

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que a été et sera toujours « une œuvre à créer, non pas à découvrir », œuvre d'hommes pratiques et non pas de savants. Car la créer, c'est créer probablement la régularité, la cohérence sociales, et c'est bien la tâche des grands hommes politiques et des moralistes.

Ainsi, cette t>artie de la psychologie n*est donc pas Tobjet de savants mais d'hommes pratiques. C'est à oes derniers de réaliser des inventions sociales, et, par là des associations d'idées nouvelles. Les savants viendront à leur suite remplir le rôle modeste d'enregistreurs scrupuleux, comme les grammairiens, qui ne créent jamais les règles de la langue mais consacrent ce que l'usage a créé. C'est donc dans la pratique, dans le domaine de la vie morale et sociale, qu'on doit chercher, en dernière analyse, l'explication des lois psychiques. Kanten a eu l'intuition admirable, lorsqu'il a fait dériver de la raison pratique les principes derniers de la raison spéculative, u Dans l'union de la raison pure spéculative avec la raison pure pratique..., la primauté appartient à la dernière ».

En effet, la régularité, la cohérence sociales, et indirectement psychiques, sont maintenant prises comme idéals et objectifs d'une réalisation immédiate, par toute une école d'hommes pratiques qui sont à la tête du mouvement socialiste. Leur ambition est d'éliminer le hasard, de réduire le terrain trop étendu de la contingence sociale et psychique.

L'égalisation des individus et l'uniformisation des conditions étant le terme dernier de leurs aspirations, qui ne voit que ces hommes ont entrepris la réalisation de cet « impératif catégorique », dont le critérium est l'universalisation des actes et selon lequel les individus se valent, étant donné que le principe d'action de chacun p^it servir de loi et d'exemple à l'action de tous les autres. Par conséquent, si la psychologie, dans sa partie statique, paraît dépendre de la pédagogie et des éducateurs, elle semble, dans sa partie dynamique, dépendre des hcmimes pra-

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tiques, des moralistes. Le progrès, selon M. Baldwin, va « nécessairement dans la direction d'une complète réalisation des types moraux et des règles de la conduite morale » (i). Si le socialisme réussit et crée la cohérence et l'uniformité sociales, il aura par là créé et l'objet et la science de la psychologie. Car, selon la remarque de M. Bernés a dans les temps modernes, les progrès de la sociologie ont suivi l'extension du régime démocratique » (a).

Pour la psycho-physiologie, c'est plutôt une méthode qu'une science, et, même comme méthode, son efficacité est infime. N'ayant étudié que les formes matérielles au moyen desquelles s'exprime la pensée, elle ne saurait jamais dire rien de décisif sur la causalité des phénomènes psychiques ; car nous pensons, avec Kant et James, que le corps, loin d'être la cause de la pensée, en est une condition restrictive.

Par rapport donc aux phénomènes psychiques, les conditions matérielles sont parfaitement anonymes ; elles peuvent dire sur notre pensée tout aussi peu qu'un instrument de musique pourrait dire sur l'enchaînement intrinsèque des accords qui le traversent. Pourtant, ce côté physique de l'esprit prend une importance de premier ordre, lorsque la phénoménalité psychique s'y est fixée dans ses traits acquis. Ainsi la vie spirituelle, d'origine sociale, prend la forme du physiologique et peut s'exprimer alors d'une manière adéquate : la vie sociale se greffe sur la vie physiologique individuelle et la société descend dans l'individu, en s'y inscrivant plus ou moins complètement.

Du fait même que la vie sociale peut s'exprimer dans la langue des formes physiologiques, et qu'elle crée dans l'individu la conscience individuelle, selon l'image de la société, il s'ensuit

(1) Interprét. sociales, p. 513.

(2) Revue intem, de soc. , 1895, p. 977.

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