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CHAPITRE III. — LE GÉNIE SE DÉMOCRATISE 3a

ment dans rexpérience politique. Le tirage au sort, qui existe maintenant, pourra être généralisé, après avoir été méthodisé et on aura ainsi la vérification, par Texpérience, de la grâce. Le génie, la supériorité, pourrait donc être une part de la grftce, non pas divine mais simplement sociale.

. C'est dire par là que la vieille conception populaire, qui voyait dans le génie un don d'en haut, ou le signe divin, grâce exceptionnelle aux yeux de la divinité, est une intuition beaucoup plus profonde et véridique, quoique symbolique, implicite, que ces théories, œuvres fausses de demi-savants, qui cherchent la cause du génie dans l'hérédité la plus éloignée, directe ou collatérale. Si la divinité n'était que le produit de l'intuition confuse que le peuple a eue de la réalité sociale, qui ne voit que la thèse populaire, sur les grands génies, était merveilleusement dans le vrai ? En effet, dans les grands hommes il y a de la divinité, un génie caché, car la société est en eux puisqu'ils s'y sont assimi-, lés, à un plus haut degré que d'autres. On voit combien nous sommes loin par là de la théorie d'Helvétius, de d'Holbach qui soutenaient que le génie est l'œuvre de l'éducation et qu'on en pourrait créer à volonté.

En effet, la nomination même de grand homme, à l'unanimité des voix, logiquement ne serait pas impossible, car il est à espérer que l'éducation, l'instruction intégrale pourra préparer une uniformité relative parmi les membres d'une société. Dans ce cas, et comme le socialisme le postule et le souhaite, chaque homme en vaudra bien un autre. On pourra alors décider qui sera le directeur d'une grande industrie, le grand homme politique, le grand poète ou artiste, au moyen précisément de ce hasard méthodisé par le sort, tout simplement. Ou bien on arrivera au même résultat en faisant le grand homme à tour de rôle : la fonction de directeur de l'industrie pourrait être remplie par chaque employé, à son tour, dans l'hypothèse que chaque homme en vaut bien un autre. C'est ainsi que le tableau célèbre, qui a

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obtenu radhésion à runanimité, pourrait être reproduit par chacun avec les détails caractéristiques à sa personne : chose possible dans ce monde où chacun pourrait être intégralement éduqué dans toutes les directions. Le temps n*y manquera pas, car la technique mécanique ne nous promet-elle pas de décharger rhomme du travail brutal, qui Taccable et l'abrutit encore aujourd'hui.

Ce ne serait alors rien de moins que l'avènement d'une époque correspondante à cet état, vers lequel la logique des sciences tend dès à présent même : celle où le fait connu serait élevé au même rang que sa loi, ou bien où la loi serait comme venue au fait. Cette époque, malgré l'apparence du contraire, n'est pas si utopique qu'on pourrait le croire. Qu'on pense seulement qu'au temps de Sophocle, de Socrate et de Périclès, les stratèges étaient tirés au sort (i). N'est-ce pas là déjà une preuve effective de la direction démocratique que va prendre l'évolution du génie, en dépit des différences qui existent entre la démocratie antique et moderne ?

En effet, après que la souveraineté et la majesté des rois seront descendues à leur source, — le peuple d'où elles étaient primitivement dérivées, — pourquoi l'éclat et la souveraineté du génie de toutes les catégories n'en feront-ils pas autant ? L'idée en est difficile à concevoir. Et cependant, il n'y aurait rien à y perdre» car les prestiges énormes et l'admiration effrénée, qui s'attachent aux personnes des souverains et des grands hommes (a) se répandront dans la masse, se distribueront entre toutes les personnes. Dans ce même sens, M. Baldwin pense que « la discipline du développement social est principalement dirigée vers le nivellement des originalités personnelles, vers la suppression des excentricités » (3). « L'humanité retourne, dit M. Xénopol, par une

(1) CuRTins Histoire grecque, t. % pp. SOt, 503.

{t) Voir Tarde. Les lois de V Imitation, pp. 94-97, et la Logique sociale, ch. H, paisim.

(3) BALDwm. Intérpritation sociale, p. 161.

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autre voie, i l'homogénéité primitive dont elle est sortie» (i). Remarquons seulement que cette homogénéité initiale était purement biologique. Il en résultera, ainsi, ce respect de la personne humaine, si longuement mais si vainement attendu, cherché mais non réalisé, dans le régime de génies et de souverains. Ce respect de la personne humaine, capitalisé maintenant par quelquesuns, seule la démocratie réalisée entièrement pourrait nous le rendre à tous .

De leur côté, les arts et les sciences n'auront rien à craindre ; ils auront, au contraire, tout à gagner. Combien la science ne gagnera-t-elle pas à mesure que l'application des méthodes expérimentales deviendra sérieuse. Et les arts, combien ne gagneront-ils pas de prestige dans un public, où tout le monde aura une culture artistique accomplie, dans un public composé seulement d'artistes et libéré de tout travail mécanique, avilissant?

En définitive, la démocratisation du génie ne vise pas à sa destruction ou à son abaissement. Tout au contraire, on tâche de répandre le talent et le prestige dans la masse, d*aristocratiser la masse. Il s'agit vraiment d'aristocratiser la plèbe. On ne veut pas détruire la souveraineté, mais la multiplier, l'étendre à toutes les créatures humaines, ce qui, l'histoire en porte témoignage, n'est pas si chimérique qu'il pourrait paraître. A Athènes, au temple de Périclès, le peuple libre, nous dit on, était le vrai souverain. Quoi de plus caractéristique du souverain que de décider de tout et d'avoir en échange sa liste civile? Eh bien, le peuple athénien décidait de tout et avait sa liste civile (a). Il était entretenu, comme on le sait, sur le compte de l'Etat, comme aujourd'hui les souverains. N'est-ce pas là un vrai symptôme, si éphémère soit-il, de ce que pourrait nous apporter l'avenir de la démocratie ?

(I) A. D. XÉNOPOL. Principes fondamentaux de l'Histoire, (S) Cumnoi. Op. cit., i. S, p. 4S8.

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Le but final de révolution du mouvement démocratique sera donc le triomphe définitif de l'aristocratie, l'écrasement de la plèbe par cela qu'elle sera ennoblie, élevée à la place de l'aristocratie de nos jours et même à une plus haute place, peutêtre.

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