CHAPITRE IV. — LA SOURCE DES CONTINGENCES SOCIALES IO
nous pas, dès lors, dans cet idéal socialiste, qui veut modifier la nature humaine, au point qu'un individu humain en vaille un autre, et qu'un homme remplace l'autre, sans dommage et sans difficulté, une expression, en d'autres termes, de Timpératif caté* goriqueP En elTet, que signifie la formule u agis de telle façon que le principe de ton acte puisse être érigé en loi universelle )> sinon que les actes doivent être uniformisés, et même tous les actes P Ou bien, pour exprimer la même idée dans les termes de la sociologie positive de M. Durkheim, c'est dire que tout faire et ioui penser des individus doivent être des manières défaire et de penser. 11 est vrai que ce état de choses n'a été que partiellement atteint, jusqu'à présent, s'il l'a été, en Chine.
En fait, l'égalité des individus se réalise ; en théorie, elle est logiquement nécessaire. Or. cette égalité progressive, ayant touché à son terme, poussera à l'extrême, et le côté personnel irréductible, et le côté commun de la psychologie individuelle. Si par un côté, et assurément le plus important de la vie, le faire et le penser de l'individu deviennent des manières de faire et de penser, ou des « principes de conduite universelle », par un autre côté son faire et son penser deviennent absolument originaux, irréductibles à ceux d'un autre. D'où il suit qu'au fur et à mesure que le processus social s'accomplit, et que par suite le mouvement égalitaire fait des progrès, le psychique, par son côté commun, réductible, seul susceptible d'être formulé dans les lois, se confond avec la matière même de la sociologie. En d'autres termes, la psychologie, dès qu'elle formule des lois, s'identifie avec la sociologie. D'autre part, le psychique, dans sa partie purement individuelle, irréductible, se refuse à toute
science générale, est incompatible avec Tidée des lois et ne peut faire que l'objet de descriptions biographiques (i). Bref, on pourrait bien conclure de tout cela que la psychologie, en tant que science, est une science sociale (a). Nous allons voir dans la seconde partie quelles probabilités soutiennent cette thèse.
Remarquons, avant de passer plus loin, que l'absence de lois tant psychiques que sociales proprement dites, rend la solution de notre problème presque impossible. L'absence de lois psychiques et sociales positives ne fait qu'exprimer qu'on en est encore au stade peu avancé du processus social et du mouvement égalitaire (3) qui en découle. Donc, puisqu'il n'y a pas de lois positives et exactes, psychiques et sociales, et puisque le coté commun des individus n'est pas encore nettement distingué du coté personnel, ne se trouvant pas encore assez avancé, il est encore aujourd'hui impossible d'identifier le psychique et le social. Nous devons nous contenter de simples indications encore, de probabihtés d'à peu près.
Le manque de causalité sociale régulière, autant que Tabsena* d'égalité entre les individus sont dus à la crise, à l'état de formation du progrès, de la réalité sociale. Le progrès^ au moyen duquel celle réalité sociale sefTectue, demande qu'il y ait des différences essentielles entre les individus. Les uns étant les initiateurs d'une forme sociale nouvelle, sont, de toute nécessité, supérieurs à la moyenne et par suite en diffèrent radicalement ; de là leur supériorité extrême, leur pouvoir sur la masse. Cette différence et ce pouvoir sont la conséquence fatale du progrès.
(1) Qa^appi'lle-t on d'ordinaire psychologie indivIdueUe ? L'élude d'ordre général abstraite... Ya-l-il, dès lors rien de moins individuel qu'une semblable psychologie? H. WoRiis : {PsychoL ind. et coll. Rev. int. de Soc., 1899, p. 270).
(2) C'est ce dont M. Gustave Tosti s'est bien aperçu. Psych.-Review. iS9H. p. 351.
(.'t) D'ailleurs le manque de lois sociales et psychiques veut dire au fond le manque d'éxalité entre les individus, car le manque d'égalité entre les individus ne veut-il pas dire complexité changeante, diflérenle avec chaque moment, avec cha que individu, et incompatible avec l'idée de lois, puisque non susceptible d'être exprimée dans les lois.