CHAPITRE PREMIER
Balsoiifl générales
Une des plus grosses conséquences de l'idée que l'individu réfléchi serait le produit du milieu social, n'estr-ce pas l'idée que la psychologie elle-même, science de l'individu, doit être envisagée comme subordonnée à la sociologie ? Auguste Comte, le fondateur de la sociologie, ne reconnaissait pas la psychologie parmi Les sciences fondamentales. Il en avait attribué Pobjet en grande partie à la physiologie.
Cette partie de la psychologie, qui s'occupe spécialement des fonctions psychiques inférieures, correspond aujourd'hui à la
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psycho-physiologie des Fechner et des Wundt. Or, la psydiophysiologie s'occupe non seulement des premières formes de la vie psychique, des réflexes, de la sensitivité et de la sensibilité, mais aussi des conditions physiologiques de toutes les fonctions psychiques, même supérieures. S'il est intéressant et nécessaire de connaître les conditions physiologiques de la vie mentale, encore doit-on ne pas oublier qu'elles n'épuisent pas toute la causalité des phénomènes psychiques. Auguste Comte s'en est bien aperçu, et il créa la sociologie pour étudier les sociétés, à c6té et en même temps que l'esprit humain et son progrès dans l'histoire.
Par là, il identifia l'étude psychologique des fonctions mentales supérieures avec la sociologie : « L'esprit humain, dit-il, ne peut à son tour se développer que par la société elle-même dont l'essor est réellement inséparable de celui de l'intelligence » ( i ). Cela parce que « sous quelque aspect que l'on étudie... les divers âges de la société, on trouvera constamment que le résultat de révolution consiste... surtout à développer, par l'exercice, les facultés les plus éminentes, soit en diminuant l'empire des appétits physiques, soit en excitant les fonctions intellectuelles, même les plus élevées... En ce sens, le développement individuel reproduit les principales phases du développement social » (2).
La théorie de Comte sur la a marche simultanée de l'esprit et de la société » dérive de la conception qui lui est chère, et d'après laquelle « le point de vue humain de toute nécessité doit être social » . (( Sous l'aspect statique, aussi bien que sous l'aspect dynamique, l'homme proprement ditn*est qu'une abstraction » (3). 11 n'y a de réel que l'humanité, surtout dans l'ordre intellectuel et moral. En un nîiot, l'individu humain, moral et intellectuel, est
(1) Cours de philosophie positive, Paris, 18S4, t. IV, p. 48f .
(2) Ibid., p. 446.
(3) /Md., t. VI, p. 890.