‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 43 sur 153 · CHAPITRE PREMIER. — RAISONS GÉ^IÉRALES l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — RAISONS GÉ^IÉRALES l

temporains. Ce processus de décomposition, de pulvérisation et de répercussion se répète, identique pour tous les individus qui composent un milieu social quelconque. Ce milieu de vie collective devient, de la sorte, un immense réservoir où s'est déposée la vie pulvérisée de tous les membres de la société. Dans la cornue, de même se décomposent deux ou trois substances mélangées pour obtenir, par synthèse, un corps original.

L'homme, dont l'activité se dépense en une infinité d'actes atomiques déposés dans le réservoir commun de la vie collective, par un processus inverse, puise aussi , lui-même, selon les circonstances, à cette même vie collective universelle. Chacun apporte sa propre contribution et, en échange, reçoit de la substance de tout le monde. 11 reçoit sa part, multipliée plusieurs milliers de fois . Au moyen du peu qu'il a donné de son individualité, il participe à l'individualité de tous. Aussi, dans la mesure même où il puise dans cette vie universelle du milieu social, il s'universalise ; ou bien, inversement, la v\p universelle du groupe s'individualise en lui. Telle, chaque molécule d'un corps qui se décompose dans la cornue libère ses atomes, et en envoie, d'elle-même, à toutes les autres molécules dont, à son tour, elle en reçoit. De sorte que, de simple et homogène, elle devient complexe et composée et manifeste des propriétés nouvelles.

L'homme vivant en société, par cela seul qu'il participe à la vie collective universelle et s'assimile cette vie collective, se complique et s'universalise, en même temps que la vie universelle s'individualise en lui. Il en ressort plus complexe, transformé parce qu'il est universalisé ; la vie collective en le pénétrant et en l'universalisant le transfigure. Sur sa nature purement individuelle et physiologique s'est greflTée ainsi une vie nouvelle de second ordre, d'origine sociale (i), d'essence universelle. C'est la

(I) DfTHLCT eonsidère, à Juste Ulre. les manifestations de la vie sociale, comme ane réalité de second degré. Les concepts sodologiqoes, par rapport à cens de la psychologie, sont également dos idées da second degré {ep. ci'l., pp. 61-56).

1 36 LIVRE n. — RAPPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE

vie consciente. Rien de plus naturel qu'il s'identifie avec la société par ce qu'il tient de la société ; rien de plus logique que la conscience reproduise ainsi dans l'individu le schéma de la structure sociale ; et comme ceci est d'essence universelle, ce ne peut être justement que ce qui, dans l'individu, est susceptible de science.

En résumé, la thèse de la conscience, considérée comme un produit et une image de la société, se soutient par des raisons vraisemblables et solides. C'est faute de l'entendre bien qu'on l'attaque. Tandis que la sociologie et la psychologie contemporaines continuent de s'entre-détruire, notre hypothèse présente un équilibre logique définitif, où peuvent se concilier les thèses vraies, différentes et jusqu'ici contradictoires. Elle corrige et complète ce qu'ont d'exagéré et de faible les explications physiologiques de la conscience. Elle réfute le matérialisme naïf et superficiel. Elle offre une base sociologique solide au spiritualisme et affermit ainsi cette philosophie.

Peut-on admettre que dans l'homme la vie consciente et l'apport du milieu social coïncident? Est-il vraisemblable que la structure et les lois de la conscience reproduisent la structure et les lois de la société ? Voilà ce qui va nous préoccuper dans les pages suivantes.

Page 1