‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 42 sur 153 · CHAPITRE PREMIER. — RAISOIVS GÉNÉRALES l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — RAISOIVS GÉNÉRALES l

fonder ses explications, a La fin pour laquelle Thomme est né et la fin de notre nature humaine n'est pas une idée pure et simple, dont rhomme n'ait sous les yeux aucune expression visible. £Ue trouve un commencement de réalisation dans les sociétés organisées, où les lois, les mœurs, la conscience publique mettent la vertu en honneur et flétrissent l'abaissement moral » (i). (( Spontanément subordonnée à la société, la liberté humaine s'exerce sur rame et sur la nature. » Le secret de la puissance que la société procure à l'homme, tient à ce que a la société est une hiérarchie morale et possède, à ce titre, une unité supérieure. »

Elle donne de la puissance à l'homme parce qu'elle coordonne ses actes. Voilà le fait. Nousjen avons aussi une contre-épreuve t que l'homme s'isole, c'est-à-dire dans l'hypothèse qu'il donne à sa vie un but moins élevé ; sa liberté intérieure diminue d'autant : n'est-ce pas un fait encore et qui confirme le premier ? Le solitaire qui se retire au désert de sa Thébaïde, pour approfondir sa conscience, ne la diminue-t-il pas plutôt P

M. Boutroux irait jusqu'à admettre que la société est « ce principe supérieur qui tire la matière de l'état d'enveloppement et lui fait mettre au jour ce qu'elle cache ». N'est-ce pas reconnaître là implicitement, que c'est la forme sociale, les rapports sociaux qui développent la vie psychique et morale et la superposent à la vie organique ?

Certains sociologues sont plus hardis. M. Simmel identifie l'idée de société avec l'idée de Dieu, les rapports entre Dieu et l'homme avec les rapports entre la société et l'individu conscient. L'âme ou l'esprit de l'homme sont l'émanation de la substance divine, disent les théologiens en leur langue ; en langage sociologique, les rapports seraient de même nature entre l'individu et le milieu social. « L'individu se sent en effet lié à quelque chose

(3) Op. cit., pp. ia-163.

d*universel et de plus haut, d*où il dérive et où il retourne, auquel il se sacrifie et dont il attend sa libération et son relèvement, dont il diffère et avec lequel cependant il est identique » . « Je ne doute pas, dit M. Simmel, que tous ces sentiments se rencontrent dans ridée de Dieu comme dans un /ocus ùnaginarius^ se laissent ramener au rapport qu'a l'individu avec son espèce n (i). Ou, plus exactement encore, a Dieu est la personnification de la communauté conçue comme la législatrice des individus » (q).

Mais, si la société, réalité effective qui se cache sous le symbole de Dieu, façonne l'individu à son image, en quoi consiste ce façonnement ? L'individu physiologique est, il est vrai, dans la société, comme un simple facteur composant dans une synthèse quelconque. Quelles sont les modifications qu'il subit, qui le façonnent à l'image de la société et le rendent propre à manifester des phénomènes de conscience ? Ce qui, dans l'individu transformé par la société, constitue la vie psychique, procède-t il visiblement de la société, comme on imagine l'esprit sorti de la divinité P Et de quelle manière se fait la procession ?

Sans doute, d'une façon générale, on peut concevoir que cette synthèse d'individus qu'est la société n'est pas sans provoquer une propriété originale, irréductible aux propriétés de ses composants ; toute synthèse est un acte de création originale.

Wundt érige ce fait en « principe heuristique n Schôpferiscke Synthèse, Nous avons vu que la création originale de la synthèsesociété ne pourrait être que la conscience. Un coup d'oeil conjectural sur ce qui se passe dans l'acte de la synthèse, fournit des réponses à notre question.

Dans l'existence de tous les jours, la vie d'un homme se décompose et se pulvérise en une infinité d'actions de tous genres qui se répercutent, directement ou indirectement, dans ses con-

(1) Binleitung in die Moraltcissenschaft. Berlin 1891. 1. p. US.

(2) Ibidemy p. 448.

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