I . — LA DIFFÉRENCIATION PSYCHIQUE. — LA FACULTÉ DISCRIMINATIVE
Le phénomène interne, indéfinissable, qu'est la conscience, surgit de l'inconscience, dans ces conditions précises : lorsque les états psychiques sont nouveaux, lorsqu'ils sont complexes, différents ou contraires, et toutes les fois qu'il y a interruption d'une tendance ou d'une habitude. Non seulement la conscience apparaît toutes les fois qu'une de ces conditions est donnée, mais encore ses modalités sont liées étroitement aux modalités de celles-ci. Le degré d'intensité, de précision, de lucidité de la conscience est étroitement lié au degré de complexité, de nouveauté, de différence ou d'opposition que présentent les états psychiques donnés.
Herbart avait réduit le mystère de la genèse de la conscience au conflit des représentations. Le phénomène de la conscience résulte, d'après lui» de la mécanique des représentations, selon laquelle tout événement interne se résout dans les rapports que les représentations ont entre elles. Ces rapports peuvent être des rapports d'opposition ou de parenté. Les représentations opposées s'arrêtent l'une l'autre, et de là résulte la conscience, tandis que les représentations homogènes fusionnent. Déjà Hobbes disait que : sentir continuellement une seule et même chose et ne rien sentir du tout, cela revient exactement au même.
Des psychologues plus récents et des plus remarquables, quoiqu'appartenant à des écoles psychologiques différentes de celle de Herbart, arrivent à des conclusions pareilles. « D'après une loi générale de notre constitution mentale, nous dit Bain, le changement d'impression est essentiel à la conscience sous n'importe laquelle de ses formes. » Il y a des exemples très remarquables qui prouvent qu'une action, toujours constante, ne produit aucun effet sur les sens. Exemple : le mouvement de la terre sur son axe... la pression de l'air sur la surface du corps » (i).
Telle est aussi l'opinion de M. Hôffding : « C'est par les changements qu'elle éprouve que la conscience s'éveille de l'état de dispersion. Quand elle est éveillée, c'est par les oppositions et les changements qu'elle s'affine et s'élève » (a).
« Au contraire, un état complètement uniforme et toujours le même, a une tendance à supprimer la conscience. Les impressions uniformes provoquent l'assoupissement. Plus on éloigne le changement et la diversité, plus la conscience fait place à l'inconscient » (3).
La nouveauté d'une action autant que celle d'une excitation externe, ont parfaitement la même influence sur l'apparition de la conscience. Le premier acte, la première impression que nous recevons excite notre attention et, par suite, notre conscience, d'une manière particulièrement forte. La connaissance que nous en prenons est autrement vive que celle que nous prenons des actes et des impressions habituelles. Par suite, la répétition et l'habitude quiendécoylentont pour effet d'effacer complètement la conscience. « Les mouvements qui étaient primitivement fondés sur une intention consciente, peuvent, dit Wundt, après une
(1) Emotion et volonté, trad. française. Paris, Alcaa 1885. pp. 530-S31. (t) Esquisse d'une Psychologie fondée sur l'expérience, trad. françaiie. Paris, 1900. p. 59.
3) Ibidem, p. 56.