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CHAPITRE n. — CONDITIONS DE l' APPARITION DE LA CONSCIENCE iSq

répétition fréquente, être parfaitement opérés d'une manière inconsciente» (i). Et Bain dit que «le choc émotionnel ne se produirait pas s'il n'y avait pas, à l'extérieur, quelque passage brusque d'une circonstance ordinaire à une circonstance extraordinaire» (a).

Il en est de même de toute activité à laquelle nous sommes contraints, de l'accomplissement d'une action qui contrarie une tendance spontanée de notre nature ou une habitude quelconque. Chaque acte d'adaptation à une condition nouvelle, qui est en opposition avec nos tendances, demande un effort hésitant et conscient. La plupart du temps, c'est bien là la source de notre vie consciente. Le peu d'accord entre nos habitudes, une fois acquises, et les formes d'activité que les circonstances de notre vie ultérieure nous imposent, sont autant d'occasions où le phénomène de la conscience se manifeste nécessairement. Jusqu'à ce qu'une organisation ultérieure de la nouvelle forme d'activité la rende automatique, la conscience l'accompagnera fidèlement. Enfin la complexité de l'activité et des états psychiques a le même effet que la variété et la différence, que l'opposition et la nouveauté. D'ailleurs, celte dernière condition n'est que la somme de celles-ei.

On ne conteste pas que la relativité des représentations de la vie consciente est une loi essentielle de l'esprit. Nous savons les conditions de la conscience ; quelle est leur origine, quelle est leur source ?

i** Ces conditions sont-elles données dans le milieu physique ? — Est-ce le milieu physique qui présente les conditions de changements d'opposition, de nouveauté et de complication nécessaires, pour que le phénomène de la conscience accompagne nos états

(1) Blimentt de psychologie phynologtqw, trad. fnnçaifle. Ptris, Alcan, 1886, t. II p. 471.

(2) Op. cil., p. 81.

psychiques ? M. Durkheim a distingué trois sortes de milieux ambiants pour l'homme : Torganisme, le monde extérieur, la société. Sans doute, Torganisme est un milieu qui peut s*exprimer en fonction des deux autres. Tout l'intérêt porte sur le milieu physique et social. Lequel des deux présente les conditions qui déterminent l'apparition delà conscience? M. Durkheim répond : « le monde physique depuis le commencement de l'histoire est resté sensiblement le même, si du moins on ne tient pas compte des nouveautés qui sont d'origine sociale » (i). Et« en effet, le milieu cosmique ne change pas du jour au lendemain, au cours d'un siècle, ni au cours de Thistoire, La température, par exemple, est restée dans les mêmes limites de variabilité ; la pression atmosphérique à la surface de la terre est, de tous temps, la même ; la configuration du ciel qu'on contemple et de la terre qu'on habite, le soleil et la lune, tout est resté de même. — Lucrèce, déjà, le signalait. — Cette uniformité relative du milieu cosmique n'a donc pas pu être le stimulant efficace qui produit le phénomène de la conscience. Pas plus qu'il ne présente de changements, le milieu cosmique ne présente de phénomènes nouveaux. Les éclipses lunaires et solaires, les comètes, les tremblements de terre sont des événements cosmiques trop rares, ils ne peuvent être une condition de variété qui suffise pour éveiller la conscience. Ensuite, de même qu'il n'y a plus rien de nouveau sous le soleil, il n'y a plus rien non plus qui se complique dans le monde physique ; sauf les complications que l'homme et la société lui imposent.

Les phénomènes et les conditions du monde physique contrarient-ils nos tendances et interrompent-ils nos habitudes, ce qui éveillerait encore la conscience } Pas davantage, ou du moins d une manière trop sporadique. Si nous nous en tenions exclusivement là, nous serions, pour la plupart, des automates purs et

(1) De la divition du traoail social^ p. 389.

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