ETUDE EXPÉRIMENTALE
Dans notre étude expérimentale en vue d'établir la part qu’il faut faire à l’intoxication dans les gastro-entérites, nous avons fait deux grandes séries de recherches: pour établir la toxicité des matières diarrhéiques, il fallait un point de comparaison. Aussi avons-nous fait d’abord une étude de la toxicité des matières d’un homme normal, et ensuite une série d'expériences portant sur les matières diarrhéiques prélevées à des jours variés de la maladie.
Nous avons ainsi des renseignements sur Ja toxicité des matières selon une gradation dont les deux termes extrêmes sont l’état physiologique et la maladie à sa période d’état,.
Mais avant de relater la façon dont nous avons procédé dans nos recherches, nous dirons quelques mots des différents travaux qui ont'été faits sur la toxicité du contenu, intestinal et sur les poisons microbiens élaborés dans l'intestin.
Poursuivant les expériences qui avaient été faites sur je poison putride par Seybert, Spalanzani, Gaspard, deux expérimentateurs publièrent, à peu d’années d'intervalle,
les résultats de leurs recherches sur la toxicité des
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matières fécales. Stich, en 1853, injecta dans les veines
du chien lextrait aqueux des matières de cet animal. Cet extrait aqueux se montra très toxique. En outre, Stich ayant introduit des excréments dans l'estomac ou le rectum d'animaux d’espèces différentes arriva à cette conclusion que l’immunité n'existe chez les animaux envers les, poisons intestinaux que par rapport à leur propre contenu intestinal, Vers 1856, le physiologiste danois Panum trouva, en étudiant le poison putride, des résultats très intéressants.
Il rechercha si l'infection putride était due à l’action de poisons inorganisés ou à celle des bactéries qui pullulent dans les matières en putréfaction. Panum reconnut la nature inorganisée du poison putride et en rechercha les propriétés.
Il constata que le poison n’est pas volatile et que le résidu sec de l’évaporation des matières putréfiées ne cédait pas à l’alcool la principale substance toxique.
Le véritable poison putride, pour Panum, estun principe soluble dans l’eau; l'extrait alcoolique produit une véritable narcose et Panum compare son action à celle des alcaloïdes de l’opium. Le physiologiste danois montra enfin que son poison putride n’a rien de commun avec les substances banales produites par Ta putréfaction, tell:s que la leucine et la tyrosine.
De nombreux travaux vinrent confirmer plus tard les découvertes de Panum sur le poison putride, ces travaux avaientsurtout pour objet de montrer la nature chimique du poison putride, par opposition à l’action directe des
microbes de la putréfaction.
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La connaissance des poisons microbiens devait faire plus
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tard un grand progrès, par suite des travaux de Selmi et de M. Armand Gautier sur les alcaloïdes d’origine animale, les ptomaïnes. FLE Se
En 1886, Brieger publie son pont travail sur les
ptomaïnes proprement dites : il réussit à isoler de nom-
breuses ptomaïnes DéLErens définies au point de vue chimique. :
Reprenant l’idée de Panum et de Selmi, Bo a étu-
dié en outre les ptomaïnes produites par les microbes
des maladies infectieuses, les bases formées dans:
les cultures par les bacilles typhique et tétanique et par le vibrion cholérique. Enfin, c’est à Brieger que nous devons l’étude de la peptotoxine, substance toxique soluble dans Palcool éthylique et amylique, et produite par l’action du suc gastrique sur les différentes espèces d’albumine ou de peptone. La peptotoxine serait le stade obligatoire par lequel passent toutes les albumines en se liquéfiant par les ferments solubles de provenance animale ou bactérienne. Cette peptotoxine de Brieger n'a cependant pas été retrouvée par Salkowsky. Bouveret et Devic, étudiant la tétanie d’origine gastrique, ont démontré que la peptotoxine est un produit artificiel qui se forme aux dépens des matières albuminoïdes par lPaction combinée de Pacide chlorhydrique et de l’alcool.
Quoi qu'il en soit, surtout après les travaux de Selmi, A. Gautier, Brouardel et Boutmy, les alcaloïdes d’origine microbienne ou animale semblaient jouer un rôle des plus importants dans les auto-intoxications, et en parti-
culier dans celles qui sont d’origine intestinale, C’est
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sous linfluence de ces idées sur le rôle des alcaloïdes, que M. Bouchard, voulant étudier la toxicité des matières fécales, en avait employé les extraits alcooliques. Il est arrivé aux résultats suivants: l’extrait de 17 grammes peut tuer un lapin de 1 kilogramme, avec de la diarrhée et des convulsions. Une grande part dans la toxicité de ces matières normales devrait être faite à la présence des sels de potasse et d’ammoniaque : en effet, si on se débarrasse de ces sels, il faut pour tuer les animaux, introduire l'extrait de 298 grammes de matières. |
L’action des ptomaïnes a été invoquée comme l’élément p incipal dans les intoxications alimentaires, qui ont été surtout étudiées dans les travaux de MM. Netter, Roger, Polin et Labit. Enfin, l’étude de la toxicité des produ'ts solubles d’un certain nombre de microbes vient éclairer d’un «nouveau jour la pathogénie des infections gastro-intestinales. Gamaléïa, étudiaut les poisons du choléra, a trouvé un poison primitif qu'il croit être tne nucléo-albumine, et un poison modifié, une protéine. Le poison primitif provoque chez le lapin, une diarrhée prolongée et violente ; chez les chiens, il détermine surtout des vomissements. Gamaléïa fait cette remarque que Paction diarrhéique et très répandue dans la classe des poisons microbiens, il Pa constatée en étudiaut Paction toxique de cultures de différents microbes producteurs de diastases, moins marquée cependaat que dans les cultures cholériques. L'action diarrhéique n’a pas été constatée en employant de la trypsine, extrêmement active
cependant comme diastase peptique.
Les produits solubles du bacillus coli communis ont été étudiés par M. Roger. ee Cherchant à déterminer l’action de ces produits sur a grenouille, il a constaté des modifications de la contractilité musculaire qui rappellent celles de la fatigue: contractions moins énergiques, fusions des secousses, décontractions très lentes. M. Roger distingue dans l’empoisonnement trois périodes: période de parésie initiale, période d'hyperexcitabilité, période de paralysie terminale, Le poison agit sur la moëlle, surtout dans la deuxième période de l’intoxication. Les battements du cœur se ralentissent et se modifient.
| Il ya évidemment une analogie entre l'action de ces pro- duits solubles du bacillus coli communis et les phénomèênes généraux qu’on observe dans les gastro-entérites. La fatigue qu’on y observe d’une façon constante, ainsi que les crampes qui y sont sicommunes, semblentbien résulter de lPaction des toxines élaborées par le colibacille, agent infectieux des entérites banales.
Instruit par les expériences antérieures que nous venons de résumer brièvement, nous avons fait deux sortes d’extraits des matières dont nous voulions étudier la toxicité, qu'il s’agisse de matières normales ou diarrhéïques : un extrait alcoolique et un extrait aqueux. Voici comment nous avons procédé : les matières étaient recueillies dans un vase contenant une quantité d'alcool à 90 évaluée à peu près à cinq fois le poids d’une selle ordinaire. Ce mélange de matières et d'alcool était filtré. Après filtration, le liquide alcoolique était évaporé à siccité au bain-marie,
le résidu repris dans du sérum artificiel et filtré de nou-
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veau. Nous obtenions ainsi l'extrait alcoolique à expérimenter. Les matières restées surlefiltre étaient séchées, reprises dans du sérum artificiel et filtrées.
Nous avions ainsi l’extrait aqueux. Dans l’étude de la toxicité dés malières normales, nous avons, en outre, expérimenté avec de l’extrait aqueux bouilli, afin d'en précipiter les matières albuminoïdes, et avec une décoction de matières ayant déjà fourni des extraits aqueux et alcoolique.
Enfin dans un cas (expérience B, selles diarrhéiques), nous avons Imjecté une décoction de matières qui n'avaient pas été reprises par l'alcool.
Telle est, d’une façon générale, la méthode que nous avons suivie dans nos expériences.
Nous allons maintenant donner le compte-rendu de
chaque expérience en particulier :