INTRODUCTION
La coloration noire de ia pupille, attribuée uniquement à l'enduit noir de notre choroïde, a fait croire pendant longtemps que toute lumière s'éteignait au fond de l'œil, et l'on plaçait même dans ce fait la condition première d'une bonne vision.
On savait cependant que les yeux de certains animaux brillent dans l'obscurité ; mais on l'expliquait, soit par une fonction propre de l'animal, soit par une simple phosphorescence, Fœil pendant la nuit ne faisant que perdre la lumière dont il avait été saturé pendant le jour.
Plus tard, il fût démontré que cet éclat était dû à de la lumière réfléchie, et, comme les animaux qui le présentent ont une vue excellente, il ne fut plus possible de soutenir aussi pleinement l'opinion si longtemps accréditée que l'absorption des rayons lumineux était indispensable à la vision.
Enfin, les importantes recherches de Desmoulins, sur les choroïdes réfléchissantes, ou tapis, des animaux nocturnes, et surtout celles plus récentes de M. Rouget, sur la choroïde de l'homme, paraissent avoir bien établi que la réflexion au fond de l'œil non-seulement ne doit pas troubler les images rétiniennes, mais qu'elle ajoute plutôt à l'intensité de la perception.
Cette opinion cependant, n'ayant pas encore été entourée de preuves assez certaines, tous les physiologistes ne l'ont pas aujourd'hui entièrement acceptée. Ils sont arrêtés surtout par les considérations suivantes : on est obligé de noircir les parois d'un instrument d'optique pour en obtenir des images nettes; les yeux dépourvus de pigment, comme ceux des albinos, n'ont qu'une vue très-imparfaite.
Si, en présence de ces faits, il a paru difficile d'admettre que la réflexion sur la choroïde puisse favoriser la vision, c'est, croyons-nous, que, dans l'œil, on n'a pas suffisamment distingué le rôle du pigment qui tapisse les parois latérales et absorbe la lumière, du rôle tout différent du pigment qui tapisse le fond de l'œil et qui, au lieu d'absorber tous les rayons, en réfléchit, au contraire, la plus grande partie. De même, on n'a pas assez tenu compte des effets tout différents produits sur les images rétiniennes par une lumière réfléchie à la face antérieure de la choroïde et par une lumière diffusée jusqu'à la sclérotique, lorsque l'œil, dépourvu de pigment, n'a plus qu'une choroïde transparente (albinos).
Nous chercherons dans ce travail, après avoir passé en revue les opinions diverses émises sur le rôle du pigment choroïdien, à nous expliquer ces faits en apparence contradictoires et à les concilier avec la théorie de la vision.
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JBAJVS E.A VISION