‹ Du rôle de la famille dans l'éducationChapitre 15 sur 15 · MOYENS D'ATTÉNUER · texte numérisé non relu

MOYENS D'ATTÉNUER

faire d'elle-même , eatià àttendi^è une impulsion étrangère. Mais il y a plus de faiblesse que d'habileté à restreindre cette magnifique étude, à la faire hâtivement traverser par récolier, pour le Jeter avant le temps dans les connaissances utiles , et pour l'enfermer dans les régions les moins élevées de la science.

La fondation des États ^ les premières recherches philosophiques^ les premiers essais de la politique, les hasards des plus grandes guerres , deux admirables littératures, tel est le spectacle qu'offre Tantiquité au jeune homme qui vient y puiser la science des choses humaines. Tous y gagnent quelque chose, même à leur insu ; ceux que des calculs de famille, que l'approche prématurée de certains examens sèvrent trop tôt de cette étude, font une perte irréparable. Il y a en eux tnoins de force et de virilité; ils sont plus facilement étonnés par les hasards et déconcertés par les revers. Les idées de loi, de patrie, de devoir, leur sont moins familières, soit qu'elles n'éveillent pas en eux de grands souvenirs, soit plutôt qu'il leur manque cette fréquentation des grands esprits et des grands cœurs qui rend Fâme plus accessible aux nobles pensées.

Comment l'éducation publique a-t-elle réussi à mettre l'opinion en^ défiance contre une telle étude,

à la faire considérer par beaucoup de peraonnes comme inutile, par quelques-unes comme dange^ reuse? Par deux erreurs graves, mais aisémetit réparables.

C'est d'abord de n'entendre par étude de Tantiquité que l'étude des langues anciennes. Du moyen on a fait la fin, et la connaissance approfondie de ces langues estjdevenue le seul but de dix années d'étude» Gomme ce but même n'est pas atteint, ce n'est pas sans fondement qu'on accuse l'éducation publique de faire perdre son temps à la Jeunesse. L'erreur des méthodes correspond à la chimère et à la vanité de l'objet qu'on se propose^ Le discours latin -, les vers latins , cette pompe vide ^ ne contribuent pas seulement à faire prendre en mépris au public les occupations de la jeunesse et l'étude de l'antiquité^ qui couvre de sou nom ces stériles amu* sements de la mémoire et de la patience; on ne peut se dissimuler que l'explication étendue des chefs-d'œuvre antiques^ que leur interprétation littérale et élégante^ que leur commentaire surtout^ qui devrait les embrasser tout entiers , les pénétrer à fond, en rendre raison à la jeunesse et les faire admirer avec une pleine lumière, se trouvent restreints et réduits par l'inintelligente et impuissante imitation de leur forme, par la prétentieuse et disparate reproduction de leur langage, semé

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par lambeaux dans ces tissus de plagiats où se complaisent trop souvent la puérile vanité de l'écolier et le lourd pédantisme du maître.

Il est remarquable d'ailleurs que la prééminence dans ce genre d'exercices n'est nullement, au collège, un signe d'intelligence et de jugement, et, ce qui est plus instructif encore, l'antiquité n'y est pas le mieux connue par ceux même qui savent le plus servilement l'imiter. Les livres, où les plus intelligents de leurs camarades ont d'euxmêmes compris et goûté la majesté de Tite Live, la sombre grandeur de Tacite, la tendre élégance de Virgile, ne sont pour ces infatigables imitateurs, destinés à s'éteindre au sortir du collège et à y briller, que des recueils de périodes et de formules, utiles à consulter pour les succès de concours. Au collège même, leurs épreuves commencent par leur inévitable infériorité dans toutes les matières qui réclament autre chose que la mémoire et la patience, qui veulent être comprises plutôt qu'imitées. Que l'étude des littératures antiques soit, dans les collèges, Tétude de la pensée des anciens , comme l'histoire est l'étude de leurs actions; qu'elle gagne, en étendue et en profondeur, tout le temps qu'on peut arracher à ces imitations vaines; que ces œuvres admirables deviennent familières aux écoliers, sans cesser d'être respec-

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tées; ils les comprendront d'autant mieux qu'ils les auront moins déshonorées par des copies puériles.

Mais r$intiquité elle-même, bien comprise, a excité les défiances d'esprits sincères et leur en a fait condamner l'étude*. Cette étude doit être, en effet, accompagnée d'un discernement dont l'éducation publique a trop souvent manqué. On a fait remarquer que l'esclavage, ce fondement des sociétés antiques^ lès luttes affreuses de l'ambition politique entre les États et entre les citoyens, l'excès de la débauche et Texcès de la vertu étaient d'un dangereux exemple pour la jeunesse. Ce ne sont pas là^ dit-on, les mœurs des peuples modernes, et l'enseignement, qui devrait nous y préparer, nous en éloigne. La tentation de régénérer les nations en un jour et de faire violence à la nature par les lois a été plus d'une fois rapportée de l'admiration malheureuse des antiques législateurs.

Ces craintes disparaîtront aisément si, en enseignant l'antiquité aux jeunes gens, on s'attache à leur faire comprendre comment et pourquoi cette politique et ces mœurs, qui convenaient à la jeunesse du genre humain, seraient funestes à sa maturité. Qu'on ne craigne pas de leur dire : « Vous

1. Et principalement par le regrettable Frédéric Basliat, dans une brochure remarquable sur le baccalauréat.

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voyez, dans les scènes impérissables qui passent sous vos yeux, des prodiges de force^ d'audace et de patience. Cette vue doit vous donner une haute idée de la puissance de Thomme et vous rendre jaloux de posséder une pareille force d'âme et de l'employer avec un pareil éclat. Mais plus heureux que tant de grands hommes, parce que vous êtes nés dans des temps meilleurs, vous ne devez pas appliquer aux mêmes objets les mâles qualités dont ils vous donnent l'exemple. Il ne s'agit plus d'élever votre patrie sur les ruines des États voisins, puisque les peuples sont devenus solidaires et que le temps a changé en opprobre Fantique gloire des conquêtes injustes. Il ne s'agit plus de dominer vos concitoyens, ni de les contraindre à être heureux selon votre jugemenJ et au détriment de leur liberté, car ces vaines tentatives ne conviennent qu'aux ambitieux les moins dignes d'admiration chez les peuples les moins dignes d'estime. Étudiez donc ces âges de rivalités et d'ambition, mais uniquement pour y apprendre avee quelle force, avec quelle patience vous pouvez vous dévouer, selon votre destinée, à l'accomplissement de vos devoirs, au maintien de la justice et de la pain en vousmêmes et autour de vous, à la liberté et à la prospérité de votre payg, »

C'est en ramenant sans cesse l'esprit de l'écolier

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vers ces différences, qu'on pourrait ôter à la fré^quentation de l'antiquité ce que lui laissent d'in-^ fluence excessive l'absence de la famille et Tigno^ rance du monde. L'éducation publique peut encore atténuer, à défaut de la famille, le caractère trop abstrait de renseignement scientifique par la connaissance et par le spectacle des principales appli-^ cations de la science à Tindustrie. Elle peut encore ajouter à Tétude du beau dans les lettres le goût du beau dans les arts, et le développer par la contemplation assidue des chefs-d'œuvre de tous les genres. Elle doit enfin et surtout mettre la lecture des bons livres à la portée de tous les enfants qui lui sont confiés et réformer sur ce point sa discipline. Loin de gêner, sur ce sujet, Faction de la famille par des restrictions déraisonnables, elle doit suppléer à son inaction ou à son absence, former dans chaque établissement et ouvrir largement aux écoliers une bonne bibliothèque histoirique et littéraire , chasser les mauvais livres par l'abondance et par le charme des bonnes lectures. On refuse souvent de comprendre que les devoirs les mieux faits et les leçons les mieux apprises ne suffisent pas à Tactivité d'un jeune esprit et ne doivent point remplir tout son temps. Que de fois Ton entend faire à l'écolier qui demande la permission de lire, comme on dit au collège, cette

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inintelligente réponse : a Relisez vos devoirs et repassez vos leçons. » Qu'arrive-t-il alors? L'oppression amène la fraude. L'atlas s'étale devant l'écolier et derrière la large feuille de l'atlas à demi-soulevée, se dévorent, en dépit de toute surveillance, le roman à bon marché, le drame et le vaudeville. Ce fléau des lectures niaises ou dangereuses ne disparaîtra qu'avec le préjugé qui fait écarter les bonnes. Que Técolier qui a terminé son devoir et récité sa leçon ^ soit en possession de la fin de ïétude et qu'on lui fournisse le moyen de la bien remplir. C'est au professeur qu'il appartient de contrôler dans sa classe cette activité de l'écolier, et de réprimer une précipitation qui aurait pu nuire au travail. Il ne faut même pas une habileté merveilleuse pour faire de ces lectures une sorte de récompense de l'activité consciencieuse, et pour appuyer ainsi le bien sur le bien, ce qui est le dernier mot de l'éducation. .

Ce n'est pas d'ailleurs une preuve de discernement que d'entourer les bonnes lectures de diflicultes insurmontables, pendant tout le cours des études , pour demander tout à coup à l'écolier, lorsqu'il arrive en rhétorique^ des idées et l'art de les bien exprimer dans sa langue. L'avantage ne reste pas alors aux plus laborieux, ni surtout à ceux qui ont été jusque-là les plus dociles observateurs

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de la discipline^ en matière de lecture. Il est tel écolier, au contraire, que le succès vient alors chercher, et qui l'a mérité par la lecture obstinée de certains livres, par le sacrifice de plus d'un exemplaire et de plus d'un jour de sortie.

Ne goûtant la contrainte en aucune chose et l'estimant particulièrement absurde et funeste en matière de religion, nous avons jusqu'ici considéré l'éducation religieuse comme une œuvre de persuasion et surtout d'exemple, revenant par là même à la famille plutôt qu'au collège. Toutefois, en songeant aux enfants nombreux qui sont livrés sans réserve à l'éducation publique, on souhaite souvent que, non contente de faciliter l'éducation religieuse , elle soit en état de la faire et de remplacer la famille absente dans le plus délicat de ses devoirs. C'est aux ministres delà religion qu'il appartient de tourner leurs plus grands efforts et leur attention la plus bienveillante yers ces enfants sans famille, de diriger vers les consolations religieuses, d'élever à Dieu ces jeunes âmes, pleines d'un amour et d'un dévouement auxquels rien ne répond dans le monde , qui ne savent où s'épancher et qui sont prêtes à se répandre. L'isolement, l'absence d'êtres aimés à l'âge où l'on aime, l'aridité de la vie d'écolier, sont autant d'accès qu'offre à la religion le cœur de ces enfants séparés du monde.

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Pour led gagner, il Buffit de les cotiilatti*e, dô lés compretidre , de les aimer et dé leur persuader qu'on lêd aime. Leur piété, mêlée de tristesâé, ue sera pas celle qui de itîommunique au milieu d'une famille pieuse et à côté d'uue botihe thère; Elle sera plus sé\ère) plus mâle et aussi plus assut^ée; mûris avant le temps j ils âutDUt découvert avant les autres, dans là religion, la rtgle de It^ts dK^voirô et la consolation de leur Vie.

Cependant, bien que ces enfants soient dignes de la sollicitude particulièi'e des pét^onnes chargées de Téducatinn l'éligieUSé^ ils n'en présentent pàft moins à cette éduc&tion les difficultés insépahd)les de leuf âge, de l'état de leui» esprit éveillé et fexigéant, du vif intérêt qu'ils apportent à leurs études. Nous avons eu déjà l'occasion de i^emarquer tes difficultés et les devoirs délicats qui en découlent. Dans les circonstances les plus favorables, l'éducation i^eligieuse de la jeûnasse réclame plus que du zèle et plus que du talent; c'est une tâche qui n'est au-dessous de personne et t^ni dépasïé beauicoup de têtes. De là surtout tes récriminations fréquentes et le plus souvent injustes ; de là éette habitude d'accusei* de bonne fbi les autres de faii* échouer une oeuvre dont on a mal mésuilS là gt^ndeur, et qu'on est soi-même incapable d'accohiplir.

ïl est ôttcolft bien difflôlle de faire pénétrer dans

l'éducation publique , en Tabdence de là famille , cette connaissance du monde et cette expérience mesurée de la vie que nous avons jugées nécessaires à une bonne éducation morale. Comment enseigner, d'une manière vive et durable, à des enfants qui ne connaissent que leurs maîtres et leurs condisciples et qui sont nourris dans Tinallérable équité du collège , l'état plus imparfait du monde Où le mérite et le démérite sont bien loin de décider uniquement du sort des hommes? L'exercice intelligent de la bienfaisance est, à notre avis, le meilleur moyen de faire franchir aux jeunes esprits les limites du collège et de les initier aux réalités de la vie.

On paraît trop méconnaître, dans l'éducation publique, ce puissant instrument de l'éducation morale, La bienfaisance n'y pénètre guère que sous une forme légère et presque inconvenante, une fois par an, après les congés et les plaisirs qu'amène, pour les enfants, le premier jour de l'année. Une quête se fait alors au profit des bureaux de bienfaisaUcé, et il s^établit entre les établissements, entre les classes, entre les écoliers même, une émulation de charité où la vraie charité ne joue pas un grand rôle. Tout se termine en un jour et pour toute l'année. La bienfaisance est mal comprise, si l'on h'y voit que le soulagement du pauvre , si l'amé*

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lioration de celui qui l'exerce est négligée. Faire doublement le bien de l'humanité, adoucir la condition d'un homme en élevant l'âme d'un autre, voilà la grandeur particulière de la bienfaisance , voilà ce qui la rend digne de figurer au premier rang dans l'éducation morale de la jeunesse.

Elle perd donc la moitié de sa vertuet son efficacité la meilleure, si nul rapprochement n'existe entre le bienfaiteur et l'obligé , si elle n'est qu'un

tribut annuel insouciammènt payé à l'idée abstraite de la misère publique. Nous avons connu, dans un grand établissement d'éducation publique, une organisation de la bienfaisance qui peut servir d'exemple et qui peut s'appliquer partout. Située dans un des quartiers les plus pauvres de Paris, cette école ne comptait pas elle-même d'élèves bien riches, aussi l'aumône y était-elle modique, mais elle était continuelle et régulière. Une caisse commune recevait chaque semaine un tribut si léger que nul n'avait le droit ni l'envie de s'y soustraire. Cette caisse était administrée par un comité nommé à l'élection et souvent renouvelé. Les demandes des pauvres , appuyées de renseignements , lui étaient adressées par écrit. Le dépouillement de cette triste et instructive correspondance l'occupait une heure par semaine , et lorsque le dimanche était arrivé, chaque membre de ce comité avait sa part de

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visites à faire , de secours à remettre à Tindigent lui-même y et après avoir vu de ses propres yeux une misère dont il devait demander les causes et chercher le remède. Ce comité et ces visites formaient ensemble une utile école , qui enseignait autre chose que la bienfaisance à ceux qui Tavaient traversée. 11 est aisé de transporter cette école et ses bienfaits dans tous les établissements d'éducation publique, en faisant d'un siège dans le comité le privilège des plus grands écoliers , et parmi les plus grands des meilleurs , et parmi les meilleurs de ceux qui, n'ayant pas de famille, ne peuvent recevoir d'un père les fortifiantes leçons de la bienfaisance intelligente et personnelle.

Sans remplacer complètement, pour l'éducation du caractère , l'influence tempérée de la famille , l'éducation publique peut rendre le défaut de cette influence moins sensible , en veillant de plus près aux rapports des écoliers entre eux et aux habitudes de la vie commune. Il faut achever de bannir le combat singulier du collège, y ruiner sans retour la domination de la force , faire peser sur ceux qui y prétendent toutes les rigueurs de la discipline et humilier leur sot orgueil ,

Parcere subjectis et (Mellare superbos.

Réprimer l'oppression ne suffit même pas, si on

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ne la devine, si on laisse à Tégalité d'autres contrepoids que les qualités de l'esprit et du cœur. Les injures doivent être mises sur le même rang que les violences. Mais violences et injures doivent être découvertes et châtiées sans que Tinsulté $^it jamais besoin de s'^n plaindre et d'intervenir. Votre protectiou est déshonorée si elle attend qu'on la réclame. L'opprimé qui se plaint reporte tout l'intérêt de la jeunesse du côté de l'oppresseuri^ parce que ce dernier semble à son tour livré au plus fprt, et victime d'une lutte inégale.

La politesse devrait régner au collège , mais on croit trop souvent avoir tout fait en l'exigeant pour les maîtres , sans la faire pénétrer parmi les enfants. Cette politesse n'est alors qu'une contrainte, à c)iaque instant oubliée ou rompue par la colère ; ce n'est pas une habitude devenue naturelle et

prise pour la vie. Montrez au? enfants une extrême politesse, et vous leur apprendrez peu à peu à se respecter les uns les autres. Taqt qu'ils n'opt d'égards que pour leurs maître^, ils n'en ont pour personne, car ils se contentent de payer ainsi tribut à la discipline, Une fois polis entre eux, ils le sont pour tout le monde et pour toujours.

Si l'éducation publique peut remplacer avantageusement la famille en quelque chose, c'est dans l'éducation du corps. Lq rassemblement ^çs enf^^pts

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e^t un prepoier élépient de jpie, d*ae|ivité çt d<9 sapté. Le mélange du travail et du jfiu prête mj, ei^ercicea du corps et aux mouvementg violei^ts un attrait ignoré des enfants qui sont toujours eu possession de leur liberté «

Est-il besoin de dire cependant que Téducatiou publique ne sait pas 9 ou ne daigne pas , le plu^ souvent > mettre à profit tant d'avantages? |1 est étrange , autant que regrettable , que les établisse^ ments les meilleurs pour Véduqation de Vespfit soient inférieurs, pour l'éducation du corps, à ceux où rjnteUigence est négligée, quelquefois redoutée et mutilée, Là, par une compensation insuffisante, mais réelle, abondent les soins intelligepts du corps. Si la classe est mal faite , la cour est spa-^ cieuse et ombragée, les promeuades sont de yraîeis promenades, et renfant lui-même en rendrai' témoingnage et dira qu'il est Jieureux, jusqu'au jour où il sentira ce qui lui manque. Pourquoi laisser cette supériorité à ceux qui n'en peuvent avoir upe autre ? Est-il donc si difficile de seconder chex les enfants le mouvement de la nature, ou simplement de u^ pas le comprimer? Toutes les amélioratiou^ de ce geure se réduisent à upe seule - enlever les obstacles qui s'oppqsput à l'activité physique et au développement de Tenfant.

Paps les meilleurs établissemeuts 4'édu0atiQU

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publique, la récréation est un vain mot, faute d'espace et de liberté. De tel parloir on ne peut voir sans tristesse la cour, disons mieux, le préau de tel collège. Quoi, c'est entre ces quatre murs, élevés de cinq étages et longs de vingt pas, que vous prétendez faire oublier à une centaine d'enfants la langueur et l'immobilité de l'étude? Courir, on ne le peut sans se heurter les uns les autres, et on y renonce ; crier, on ne le peut sans s'assourdir et sans se faire imposer silence ; on se promène donc en causant ; point de fatigue pour le corps, point de repos pour l'esprit. Est-il donc si difficile de trouver de l'espace et de l'ombre, même au milieu de Paris? La bonne volonté et l'argent font tous les jours ce prodige au profit de quelques familles ; quand daignera-t-on le faire au profit de plusieurs milliers d'enfants ? La liberté des jeux , qui est un péril dans ces cours étroites , est inoffensive dans un plus grand espace, et avec elle reparaissent le feu et la santé de celte jeunesse captive.

Quand les promenades deviendront- elles une vérité, et cesseront-elles d'être accomplies en quelques heures, avec la solennité d'un acte religieux, et de ressembler à une cérémonie mystérieuse qui a pour théâtres invariables le Champ de Mars et le bois de Boulogne? Ne sont-elles point condamnées

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par cela seul qu'on y renonce , et que la reieiwf parait préférable aux grands écoliers ?

Il est, autour de Paris, d'admirables campagnes, mises par la vapeur à la portée des ébats de la jeunesse, La variété dans les promenades est leur premier attrait; le second est leur longue durée. Et, à ce sujet , est-il une coutume moins juste et moins sage que de transformer le dimanche en une sorte de demi retenue^ pour les enfants qui seraient sortis si quelqu'un avait voulu ou avait pu les faire sortir? Le jour de repos des enfants qui passent ce jour au collège , pour une tout autre cause que pour une faute, doit être aussi complet, et si on le peut, aussi agréable que la sortie de leurs camarades. Il n'est point de trop longues promenades par un beau temps, lorsqu'on peut à son gré marcher ou s'asseoir, et qu'on porte ses vivres. Il n'en est pas de trop lointaines, lorsqu'on peut, en une heure, être emporté sans fatigue au lieu du départ*.

C'est au printemps et à l'automne que se feront ces excursions salutaires. L'hiver, cependant, ne

1 . Les herborisations des professeurs de botanique , en compagnie de leur auditoire du Muséum, du Collège de France et de la Sorbonne, sont les modèles d*une bonne promenade d'écoliers. Des arrangements, auxquels se prêtent volontiers les administrations des chemins de fer, rendent très-peu coûteuses ces excursions faites en grand nombre.

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doit pas emprisonner l'écolier. Il faut que le temps soit bien mauvais pour empêcher qu'on ne le conduise au Louvre, au Conservatoire des Arts et Métiers , partout où un spectacle utile attire les yeux et nourrit l'esprit. Quant à l'été , si court et si rare en France, il faut le saisir au passage , et les meilleures promenades se font alors dans la rivière. L'éducation publique peut, aussi bien et plus aisément que la famille, faire l'éducation du corps. C'est un tort grave que de ne point le comprendre ou que de l'oublier.

Nous verrions enfin beaucoup d'avantages, et nous cherchons en vain un inconvénient dans l'établissement au collège d'un petit atelier de travaux ingénieux et peu fatigants , dont l'entrée serait une récompense , qui couvrirait bientôt ses frais par ses produits , et qui pourrait même accroître les ressources du comité de bienfaisance. Un atelier de tourneur existait dans un grand établissement d'éducation publique , et il en sortait un certain nombre de jouets et d'objets utiles ; mais, par un esprit d'exclusion que nous ne pouvons comprendre, on n'y admettait que les jeunes gens qui se vouaient à l'étude des sciences ; les travaux manuels semblaient au-dessous du au-dessus de ceux qui ne s'occupaient que des lettres.

L'ensemble des améliorations que nous récla-

mons de Téducation publique est bien loin de rendre inutile Tintervention de la famille dans l'éducation de l'enfant, de restreindre ses devoirs et de diminuer sa responsabilité. Si pourtant la situation de Tenfant abandonné ou privé de sa famille devient moins périlleuse et plus douce; s'il sort du collège mieux préparé à la vie, après y avoir passé des années plus utiles , plus rapides et plus légères j si quelques réformes, dont il a plus beisoin que tout autre, profitent cependant à tous les autres ; si quelques pères comprennent à la fois les avantages de l'éducation publique et ce qui lui manque, ses lacunes réparables et leurs propres devoirs; s'il peut enfin sortir de cette mutuelle expérience et de ces meilleures pratiques quelques hommes éclairés et quelques bons citoyené, notre travail n'aura pas été complètement inutile à ce pays , dont l'intérêt doit dominer nos pensées et régler nos devoirs, et dont les destinées, remises successivement aux mains des générations qui s'élèvent dans son sein, se ressentiront toujours profondément de l'éducation de la jeunesse.

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