AVANT-PROPOS
notre volonté, et ce par quoi le langage nous diftérenciait, à ce point de vue, des animaux et nous permettait le progrès. Ai-je besoin de dire que je n'ai fait qu'ébaucher ce que pourrait donner une étude plus creusée d'un aussi vaste problème ?
Dans les conditions difficiles où se trouve notre pays — de même qu'une bonne partie du monde civilisé — à la suite de l'effroyable guerre qu'il a subie, et malgré la glorieuse victoire qui Fa terminée, l'homme d'étude est à la fois enclin à se reprocher de se perdre dan s les recherchesthéoriques, et, découragé parleurimmensité même, devenue tout à coup connue un colossal cyclone, de s'attaquer aux problèmes pratiques de l'heure actuelle : tant il est difficile, par la sohdarité qui les rattache les uns aux autres, de les isoler pour les étudier successivement. Ma seule excuse vis-à-vis de moi-même, de philosopher dans des temps si troubles, est que certaines des idées que j'ai développées ici remontent dans mon esprit à des années déjà bien anciennes, où je prévoyais déjà les périls que constituent
des pour les sociétés les conséquences sociales ou politiques de certaines formules générales. Si j'attendais jours plus paisibles, il est probable, vu mon âge, que je ne publierais jamais ces pages. Telles quelles sont, peut-être seront-elles de nature à suggérer ne fût-ce que quelques utiles réflexions aux esprits attentifs.
Novembre 1919.