A paru dans la lifrue philosopliàine. mars-avril 191S
2. yoir plus loin p. 7S et lo7 au sujet des lacunes du vocabulaire en cette matière.
D'ElCHTHAL. 2
\S nu RÔLE DE I.A MÉMOIRE
au point (k' vue biologique, (k' sont là problèmes d'une complexité et d'une obscuiité telles qu'ils nVmt pu jus(|u"ici être complètement éclaircis'. De même je laisse de côté ce qui concerne ce qu'on appelle la mémoire inconsciente et qui joue un rôle essentiel dans notre existence.
Instrument d'action tout d'abord, il est possible que la mémoire ne soit devenue qu'indirectement et par contre-coup instrument d'ima g ination. Dans ces conditions, la métaphysique serait sortie de l'exercice d'une faculté qui n'était pas née pour l'engendrer, et qui était résultée de visées toutes différentes : mais c'est là une hypothèse qu'il faut vérifier par l'observation des faits.
Enfermons-nous, pour le moment, dans la constatation du mode de fonctionnement pratique de la mémoire consciente et recherchons quelles conséquences mentales doivent, logiquement, naître de ce fonctionnement dans un être doué de mémoire au point et dans les conditions oii l'homme sufTisamment policé <'n est pourvu.
1. Cf. Guillrminut, Lu Mnlière et la Vie (11U9), p. 220 : « Comment concevoir la sommation des images idéales déjà perçues..., embryon de la personnalité? Ce sont là questions (jui dépassent les limites de la science actuelle. »
DANS LA 3JÉTAPllVSI(iLE
Une première observation s'impose à nos réflexions: à savoir, que toute perception consciente est un fait de « mémoire », à défaut d'autre mot pour désigner ce premier phénomène rudimentaire ; en effet, ce qui, perçu par nos sen^, devient cérébralement conscient, est déjà, au moment où il devient conscient, du passé, puisque la transmission du contact de l'objet perçu par nos sens jusqu'à notre organe central de perception consciente n'est pas instantanée : une parcelle, si minime soit-elle, de temps sépare les deux phénomènes. Au fond, nous ne vivons consciemment que du passé, d'un passé plus ou moins ancien. Le cerveau semble filtrer nos perceptions, en laisser perdre une quantité considérable, en conserver certaines autres avec des degrés divers d'intensité, qui sont toutes des souvenirs'.
1. M. Burjisun semble poser seulement la coutcmporanéUê de la perception et du souvonir : « La formation du souvenir n'est jamais postérieure à celle de la perception : elle est contemporaine. » Gh. : Lu fausse recontinissrnifr. Cnntntenf se
Un autre fait d'observation est que nos organes de perception et, par suite, de mémoire, nous révèlent un monde extérieur tout autre souvent qu'il nest en réalité lorsqu'il est constaté par des instruments différents de notre système nerveux, et qui enregistrent des phénomènes qui nous échappent totalement ou dans certaines de leurs parties : nous entendons des sons déterminés là oiiil y a des vibrations séparées qui, suivant leur fréquence, tantôt sont perçues par nous isolément, tantôt se confondent en ce que nous appelons sons: ralentissons suffisamment n'importe quel son, nous entendrons des vibrations séparées, et, réciproquement, si nous accélérons celle-ci. 11 en serait de même de la lumière, si nous possédions les instruments nécessaires. Un homme qui n'aurait jamais vu une roue de voiture arrêtée ou dans un mouvement lent, mais toujours tournant rapidement, soutiendrait qu'elle est pleine et n'a pas de vide. Le toucher,
jiinne le soureuir, p. i:W dans le volume L'ntcrffie spirilucUc. Il me paraît que la perception c<msciente est toujours et ne peut pas être autre chose qu'un souvenir, puiscju'un laps de temps sépare toujours en fait le contact de la périphérie avec l'objet, de l'impression cérébrale. Le souvenir devient ainsi le fait fondamental de notre psycholo^if, et ne varie ensuite (}u*au point de vue de la conservation.
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la vision sont remplies de révélations erronées. Quant au goiU et à lodorat, leurs perceptions sont grossières et ne révèlent rien d'essentiel.. Au fond, nous percevons la matière souvent tout autre quelle n'est, et arrangée pour notre usage, ou plutôt nous en faisons dabord usage telle que nous la percevons : fréquemment il a fallu une observation prolongée, à laide d'instruments spéciaux, pour nous détromper et rectifier notre notion, et par suite notre pratique.
Mais, le plus souvent, le langage était fixé et a survécu à la rectification. Il suffisait tel quel au rôle utilitaire qu'il joue dans le fonctionnement de la , mémoire .et qui est resté son rôle principal : mais il subsiste comme le miroir fidèle de nos erreurs de perception de la réalité extérieure, même quand nous avons constaté ces erreurs: ainsi le son, la lumière, le ciel, etc.
— Ce qui prouve bien le caractère utilitaire de la mémoire elle-même, cest que les perceptions qu'elle enregistre, conformes ou non^à la réalité des phénomènes, ne sont pas proportionnelles comme intensité à f intensité de la perception elle-même, mais proportionnelles à Fintérêt,
qu'à tort ou à raison, 1 èlre qui perçoit lui prête : Y intérêt ici ne signifie pas seulement considération de défense ou d'attaque (ce qui a été probablement à lorigine), mais considération de plaisir ou de souffrance. C'est ainsi que les perceptions visuelles d'objets éloignés ou moins lumineux peuvent être conservées plus vives que celles des mêmes objets plus rapprochés ou plus éclairés. Cela dépendra des circonstances. A égale distance, une impression plus forte en quantité ne subsistera pas nécessairement autant (ju'une plus faible, etc. Autrement dit, les conditions extérieures ne déterminent pas seules la durabilité ou l'intensité du souvenir. Il s'y joint un élément subjectif souvent désigné sous le nom *)^ attention, qui règle Timpressionnabilité et la force de conservation de ce que nous appelons notre mémoire.
Les causes de l'attention sont, dans le détail, difficiles à déterminer: il semble qu'elle ait pour but de créer un état d'économie de force vive pour l'être Wvant, par l'emploi judicieux qu'il fait du contact avec le milieu extérieur. C'est pour éviter le recommencement indéfini d'expériences sur la matière que l'être vivant doit se
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rappeler ses sensations passées' : — ce que ne fait pas Tobjet brut qui reconinience indéfiniment l'expérience au risque de se détruire : un corps qui se brûle, qui tombe, etc., et qui ne fait rien pour ne pas se brûler, tomber, etc. Autrement dit, l'être dépourvu de mémoire est un fragment d'univers sans interruption d'homogénéité : l'être pourvu de mémoire est un petit univers à lui seul qui incorpore dans son économie individuelle consciente, par l'assimilation qu'il lui fait subir au moyen du souvenir, ce qui lui paraît utile du monde extérieur, soit pour s'en servir, soit pour s'en défendre. En dehors de son économie consciente, il participe à l'univers comme le reste des objets ou des êtres : par son économie consciente, il s'en différencie.
— ^^Par là même il constitue un groupe d'atomes rattachés entre eux par un lien conscient : tout te qui est en dehors de ce lien conscient est pour le groupe considéré un non-moi-. Ce non-
1. Cf. les observations judicieuses de M. Pierre Janet dans sa Notice sur Fouillée.
2. Cf. Deslutt deTracy, Extrait raisoimè de ridêoloijic, chap. vu : « Quand un tire organisé de manière à vouloir et à agir sent en lui une volonté et une action et en niL-me temps une résistance à cette action voulue et sentie, il est assuré de son existence et de l'existence de quelque chose qui n'est pas lui.
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moi, il le perçoit sous forme d'images distinctes \\kmoi. La distinction des images est la caractéristique même de la mémoire, comparée, par exemple, à la nutrition qui n'individualise rien. La mémoire, elle, agit connne par des prises ^ \ successives sur la matière et en saisit l'évolution continue par- une série d'impression^comme par le mouvement dune roue dentée dont chaque dent frapperait un coup séparé. Ces impressions séparées sont la base de tout notre système intellectuel. Elles substituent l'interrompu ou le différencié au continu qui est le propre de la nature et de ses phénomènes.
Tout d'abord, elles entraînent, par leur diversité même, Fidée d'individualisation. La différenciation ne pourrait pas naître dans l'homogénéité. A mesure que celle-ci disparaît devant les perceptions des sens, la dilférenciation naît^ s'incruste dans la mémoire (probablement par
Action voulue et sentie d'une part et résistance de l'autre voilà le lien entre notre moi et les autres êtres ».
1. Il a probablement fallu des milliers de siècles pour perfectionner cette faculté de différenciation des images par la mémoire, dilîérencialion ijui a été à la fois la source et le résultat du langage. Encore aujourd'hui, le principal effort de l'éducation dus enfants consiste en ce travail de discriminalion.
DANS LA -MÉTAPHVSlnLE 2o
suite des nécessités vitales) et engendre la notion d'objets, d'individus, d'êtres distincts.
— Parmi ces individus ou êtres, il en est un {ui offre des caractères particuliers. C'est celui
dont les confins limitent notre système nerveux, autrement dit le groupe de molécules dont les sensations correspondent avec un organe central qui les différencie (par la simultanéité d" autres >ensations perçues directement, ou rappelées par la mémoire) d'avec d'autres groupes de molécules. Ainsi si je touche un objet, la différenciation que je fais de cet objet d'avec un ensemble particulier de molécules provient de ce qu'un autre organe, la vue, par exemple, m'indique la séparation des deux groupes, ou que la mémoire me fournit la sensation du contact de cet objet que j'ai appris à distinguer comme un objet étranger. Il faut une longue éducation à l'enfant pour discerner le monde extérieur de son propre organisme. Le mal qu'il se fait en s'y heurtant constitue une partie de cette éducation.
— Supposons l'éducation faite. Le monde perceptible se divise dès lors en deux domaines : celui du non-moi, celui du moi.
Ce dernier, une fois devenu un concept, reçoit
loicéiuenl certains attributs, qui en iont ce que nous appelons conscience, et qui n'est qu'un résultat de la mémoire : d'abord celui de la persistance, (jui, au fond, ne s'applique qu'aux faits du souvenir : car tout le reste de l'organisme fuit et disparaît continuellement en se renouvelant, de sorte qu'au bout d'un certain temps il ne doit rien rester des éléments matériels du 77ioi qui existait au début de ce même temps. Le moi n'est constitué que par des phénomènes passés dont la trace est restée empreinte sur des éléments nouveaux : il en est conmie d'un reflet qui serait permanent sur une eau toujours fuyante et toujours remplacée : et c'est ce reflet de choses disparues qui nous apparaît comme notre propre personnalité. Nous transformons le concept de personnalité toujours retrouvée et toujours en apparence subsistante, en un concept de substance que nous g^énéralisons en une notion philosophique fondamentale, et qui n'a, au fond, aucune réalité puisque nous ne connaissons, saufle;w6»2, reconstitué par la mémoire, rien de stable dans des éléments fixes et inaltérés. Ceux du inoi sont le résultat d'une mémoire singulièrement perfectionnée chez l'homme par certaines circonstances.
(}ui a retenu les él»''iiients du moi, — coinaie une mélodie entendue revit en nous par le souvenir et nous reste connue musique, bien qu'il n'en subsiste plus aucun élément réel.
— Si le non-moi AX'^xxi toujours été ou indifférent au//«o^'en ce qui concerne les moyens d'existence de celui-ci, ou hostile du fait exclusif de choses brutes ou d'êtres inférieurs comme capacités intellectuelles, il est probable que la mémoire ne se serait pas développée chez 1" homme ainsi qu'elle l'a fait proûTêssivement et, peut-être, rapidement. Une fois assurés les moyens d'existence, à Faide ou en dépit des choses ou des êtres extérieurs, la mémoire se serait vraisemblablement fio-ée, comme elle l'est (sous forme d'instinct)' chez certains animaux. Ce qui a dû développer la mémoire chez Ihomme, c'est qu'il a eu pour ennemis non seulement des animaux d'organisation supérieure, mais l'homme lui-même. La ténacité de la lutte entre représentants de la même espèce et de même longévité moyenne individuelle (ce qui, en général, n'est pas le fait des animaux), n'a probablement été possible chez l'homme que par l'inégahté que créait la faculté de fabriquer des armes dans des conditions plus
OU moins avantageuses. — Cette nécessité a beaucoup agrandi la mémoire des mieux doués. Le vrai moyen d'assurer la victoire et ensuite la jouissance pacifique relative a été de prévoir. Or, pour prévoir, le souvenir de toutes les combinaisons qui ont été et pourront être tentées par l'adversaire est larme la plus siire, ainsi que le souvenir des moyens par lesquels ces combinaisons ont pu être déjouées, donc pourraient Têtre si elles se renouvelaient : quand ces moyens hostiles sont le fait d'un groupe aussi élevé intellectuellement que celui qui est assailli, les deux groupes adversaires tirent, par la mémoire, de puissants moyens d'action de leur observation réciproque.
-C De l'observation emmagasinée par la mémoire nait l'habitude, suggérée par la nécessité défensive ou agressive, de concevoir un vaste enchaînement de faits consécutifs les uns aux autres, qui apparaîtront plus tard comme causes et effets, suivant un ordre constant. C'est la conservation de la vie du moi qui apparaît ici, comme dans toute l'échelle des êtres, l'origine et le mobile de l'organisation intellectuelle, mais avec une complexit»', quand il s'agit de l'homme, hors de
proportion avec celle qu'exige une société animale non soumise aux mêmes conditions extérieuresy
/On aperçoit parla comment la mémoire nécessaire à assurer la vie peut devenir la base^dês^ Jdées géné raies. Elle constitue un répert^oire d'enchainements de notions qui s'emmagasinent comme des faits acquis dans le cerveau, et passent ensuite, soit héréditairement^, soit par l'éducation, jdans les descendants/
vLa formation de ces idées générales est procurée par la conscience de l'individu s'opposant au non-moi. LL'lndividji^ se sent moi parce qu'il se
1. Il est possible que le hasard ait joué historiquement un rôle dans la sélection des perceptions confiées à la mémoire, et que seuls aient survécu les êtres, non suffisamment armés d'ailleurs, qui gardaient certaines perceptions en négligeant les autres. — Le retour constant des mêmes perceptions dû à la simplicité de l'existence primitive et la nécessité, faute de documents écrits, de les recueillir sous forme de tradition, a pu développer le fonctionnement de la mémoire chez certains êtres bien pourvus cérébralement ; et, réciproquement, le développrinent de la mémoire a pu amplilier chez eux les lobes cérébraux. La longueur de la vie individuelle est nécessaire pour ces transformations, d'où sort un développement progressif. Kllc n'existe pas chez les êtres à ^^e courte, les insectes par e.xemple, où la mémoire s'immobilise en ce qu'on appelle instinct, sans d'ailleurs le délinir clairement.
Je trouve après coup des indications ingénieuses et savantes touchant 1 influence de la sélection et de l'hérédité sur les «options vitales n, dans Lu Matière et la Vie de M. Guilleminot (1919).
souvient. Le « je pense, donc je suis », devrait être: « Je me souviens, donc je suk ».)
— Appelons simplement corps d'un être vivant le g^roupe d'atomes qui perçoit Texistence d'un lien existant entre eux et qui par là même se difiérencie du reste de l'univers extérieur; conscience, la faculté qui appartient à ce groupe d'atomes de se sentir un être distinct dans les limites de ce qu'on appelle son corps. Par la mémoire et parce qu'il a conscience du groupe distinct que forment ses propres atomes reliés par la mémoire, l'être armé de cette faculté transporte cette même notion au reste de ce qui tombe sous ses sens et ne participe pas de sa conscience propre. Toutes les personnalités ou même les objets qu'il aperçoit dans le monde sont le résultat réflexe de la perception de s^ propre personnalité. C'est une sorte d'anthropomorphisme appliqué à la nature, par analogie.
— Souvent même l'homme, soit par l'entraînement de sa conscience interne transportée à l'extérieur de lui-même, soit par soumission à ses sensations directes sur lesquelles il ne raisonne pas tout d'abord, établit en quelque sorte au hasard les limites des personnalités, ou des objets
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qui agissent sur lui. Tantôt il les ooniine beaucoup trop, tantôt il les étend à lexcès, selon les hasards de son observation, suivant les accidents extérieurs de la forme ou de la couleur, suivant les habitudes héréditaires de ses organes qui se sont attachés avant tout à distinguer les êtres ou les objets entre eux pour les facilités de la vie pratique, ou de l'analyse plus ou moins scientifique, sans rechercher les bases réelles et légitimes de la distinction. Au fond, presque toutes nos désignations d'objets ou de parties d"objet^ , d êtres ou de parties d'êtres, sont absolument superficielles et presque enfantines. A mesure que la science progresse, elle pourrait rectifier ces désignations, réunir ce qui a été séparé, ou distinguer ce qui a été confondu ; elle le fait quelquefois, mais la plupart du temps, le chaos que la réforme apporterait dans la nomenclature serait si long à débrouiller pour les esprits des hommes accoutumés aux anciennes catégories qui sont devenues la base du langage courant', que la
1. Ce langage courant est lormé nûces^ai rement d'images perçues par nos sens : de là un anthropomorphisme général (jui passe même dans le vocabulaire philosophique le plus moderne et y engendre bien des confusions didées : évolution, intégration, dissolution, etc., etc., sont sorties ainsi d'images
science respecte celui-ci : dans l'usage commun, il s'en sert tant bien que mal, en protestant sourdement contr»' les difficultés et les manques de clarté dont les mots sont la source.
Grâce à un usage traditionnel qui est devenu un pli d'esprit indélébile, nous voyons souvent des êtres là oii il n'y a que des semblants d'êtres : un nuage, un flot, etc., car, dans ce cas, la différenciation provient seulement d'une différence extérieure de forme, de couleur, et notre langage tout entier est fait d(^ ces catégories artificielles, créées dans de vastes groupements d'atomes ou de colonies d'atomes ^
Quelles que soient ces erreurs de coordination, de groupement ou de dénomination des objets
physiques (jui ont probablement peu de rapports avec le dessein réel de l'univers auquel nous appliquons nos concepts purement humains.
1. Le Dantec a des observations ingénieuses sur l'influence qu'a le caractère solide, li(|uide ou gazeux des corps pour nous engager à les personnifier en objets distincts. Les solides sont les plus aisément personnifiés, moins, les licjuides, et encore moins les ga/x-ux. C'est une question d'organes des sens: le toucher seul nous révèle la forme el crée l'individualité. ïm Lutte vïHvcrsellc . passim . Cf. H. Bergson, L'Evolution créatrice, j). 166.
DANS LA .AIÉÏAPHYSIQUE 33
OU des êtres, Tesprit humain en tire la faculté de raisonnement. Celui-ci est le fruit direct de la conscience et de la mémoire : il peut même servir de critérium pour établir par l'observation où commence et oii finit la conscience dans Téchelle des êtres: autrement dit, le point oii la mémoire commence à faire, d'un assemblage mécanique d'atomes, un être. Je crois quon pourrait en tous cas tracer une ligne théorique de démarcation, au-dessus de laquelle tous les groupes d'atomes seraient considérés comme pourvus de mémoire, fût-elle rudimentaire, et au-dessous de laquelle l'existence de la mémoire serait au moins douteuse. A ce point de vue, on peut dire que le don de la mémoire se traduit par ce que Ion appelle le don de raisonnement ; fùt-il absolument rudimentaire, en effet, le raisonnement suppose la mémoire^ et en est l'attestation, car il n'existe
1. « La certitude, avait déjà dit Deseartes(fier/«/., II, xi, 2o9), cité par Liard {Descartes, p. 20) dépend en quelque sorte de la mémoiro qui doit retenir les jugements portés sur chacune des parties. » Liard ajoute : « Ce qui fait la différence entre l'intuition médiate de la conclusion et linluition immédiate des principes, c'est Tintervention de la mémoire. A chaque degré du raisonnement il faut se rappeler l'évidence des degrés antérieurs. Conclure n'est en définitive que se souvenir d'avoir vu ». De là on pourrait dire que vivre (inlfllecluellement). c'est revivre.
D'ElCHTHAL, 3
que par la comparaison d'au moins deux objets dont la plupart du t»Mnps l'un n'agit pas directe- HH-nt sur les sens au moment où le raisonneur raisonne.
On pourrait donc dire que possède la mémoire (à un degré quelconque, si faible soit-il) tout groupement d'atomes qui à un moment donné raisonne, c'est-à-dire qui, soumis à un pliénomène, réagit par des manifestations d'activité différentes des modifications que ledit phénomène fait subir invariablement à la matière dite brute. Il suffira, par exemple, que rapproché ou éloigné d'une source de chaleur ou de lumière, un groupe d'atomes ne subisse pas simplement les conséquences directes de ce phénomène physique', mais se déplace, tende ou contracte une ou plusieurs de ses parties, fasse enfin un mouvement autre, ou dans d'autres proportions, que ne l'ont constaté des milliers d'observations faites sur des milliers d'autres groupements d'atomes et qui ont abouti à des constatations identiques entre elles ; nous aurons le droit de conclure que ce groupe d'atomes a une certaine dose de ce que nous appelons mémoire, et raisonne, fiU-ce bien