‹ Du rôle de la syphilis Dans le Déterminisme de Certaines CirrhosesChapitre 13 sur 26 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE PRÉCOCE · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE PRÉCOCE

a) Chez le fœtus, la syphilis hépatique détermine lhydramnios, à cause d’une circulation intra-hépatique gé-

née et d’une augmentation de pression dans les veines

ho de

ombilicales. L'accouchement se fait avant terme, « généralement vers le 7° mois... souvent l'enfant est mort et macéré; le fœtus meurt dans 25 p. 100 des cas » (Nobécourt). FA à Fan

b) Chez le nouveau-né et le nourrisson au cours des trois premiers mois, la syphilis hépatique, qui passe souvent inaperçue, se traduit par un gros foie dur associé à une rate dont l’augmentation de volume est cliniquement difficile à apprécier,

C'est à cette époque de l’enfance qu’il faut situer la forme spléno-hépaltique syphilitique héréditaire de Chauffard. Anorexie, vomissements, diarrhée, peau bistrée mais presque toujours non ictérique, ventre ballonné, sillonné d’un réseau veineux sus-ombilical et à l’hypocondre droit, peu au pas d’ascite, gros foie douloureux, lisse, ferme; rate également hyper'rophiée et douloureuse, voilà les symptômes essentiels de cette forme dont la terminaison se fait par une cachexie entraînant rapidement la mort.

Dans tous ces cas, le foie est hypertrophié, pesant 1/12 à 1/16 du poids du corps au lieu de 1/20 ou 1/23. L’aspect en est le plus souvent jaune brun, demi-transparent. C’est le foïe silex de Gubler, où l’on trouve le tréponème de Schaudinn.

Ici, le rêie de la syphilis est incontestable.

c) Dans les moyenne et grande enfances il s’agit du DEUXIÈME CAS, c’est-à-dire de syphilis héréditaire tardive. Elle peut demeurer latente ou donner lieu à des symptômes analogues à ceux que l’on observe au cours de la

syphilis hépatique acquise de l'adulte.

AA 4 LC C’est le gros foie scléreux sans ictère que nous étudierons plus loin.

LES SYPHILIiS HÉPATIQUES FÉBRILES

« Il semble bien, dit Marius Liotard, dans sa thèse ré- « cente, que parmi toutes les localisations syphilitiques « susceptibles de réaliser la fièvre, l'hépatite doive être « placée au premier rang... »

I convient de souligner le terme « hépatite », qui traduit ici Le plus souvent une congestion du foie sans aucun trouble cardiaque; cette « congestion » n’est qu’une étape de la sclérose véritable : c’est de la présclérose... On en pourra juger par les observations ci-dessous rapportées.

Il ne faut pas croire que la fièvre apparaissant au cours de la syphilis acquise est un phénomène nouveau: elle a depuis longtemps retenu l'attention des cliniciens, ainsi que le démontrent les travaux de Ghérardt, Wunderlich, Raichline, Migliorato, Fournier, la thèse de Fichot (1910). Les publications et communications récentes de MM. Castaigne et Lian; Debré, Cordet et Bertrand: Gilbert, Chiray et Coury; Caussade, la thèse de Marius Liotard sont des plus édifiantes.

Nous croyons devoir en résumer ici les principales : a) Chez l'enfant :

OBSERVATION I. (Thèse de Marius Liotard).

Il s’agit d'une petite fille de 4 ans qui entre à l'hôpital le 19 février 1924 pour température et mauvais état général; outre sa pâleur on est frappé du volume et de la dureté de son abdomen sillonné d'un réseau veineux sus et sous- ombi- Hical. On trouve un foie débordant le rebord costal de 5 cent.

DE he de

une rate énorme, qui dépasse l’ombilic de 3 cent, une ascite légère.

L'auscultation pulmonaire révèle des sous-crépitants fins et moyens. L'examen du sang donne :

Hématies, 2.470.000; Hémoglobine, 46 p. 100; Valeur globulaire, 0,93; Leucocytes, 7.000 avec 58 p. 100 de polynucléaires et 42 p. 100 de lymphocytes.

Du 20 février au 10 mars, la température oscille entre 37 et:

40, atteignant même 40°1. L'enfant quitte l'hôpital pour y rentrer le 23 avril; à ce moment la submatité des bases, les râles sous-crépitants fins et moyens nombreux, l’exagération des vibrations font penser à la tuberculose pulmonaire et péritonéale. Mais l'examen des crachats est négatif. La formule sanguine est la suivante :

Hématies, 2.270.000:

Hémoglobine, 48 p. 100; Valeur globulaire, 0,96; Polynucléaires, 66 p. 100; Lymphocytes, 30 p. 100; Grands monos, 3 p. 100; Eosinophiles, 0,5 p. 100; Leucocytes, 5.900.

Il y a des traces d’albumine dans les urines. . Le foie, quelques jours plus tard, continue d'augmenter de volume, l’ascite apparaît. La température oscille entre 37 et 39.

Dans l'hypothèse d'une syphilis fébrile, on institue le traitement, malgré le résultat négatif du B. W.

Au bout d'un mois, la fièvre tombe, l'état général s'amé-

liore; Le foie, après deux mois n'est plus perceptible sous les fausses côtes, mais la rate est encore percutable.

Nous souljgnons une fois de plus ce dernier phénomène, car nous aurons l’occasion d’y revenir.

Le ventre est très dur.

Le foie est toujours hypertrophié.

La rate mesure 18 cent. verticalement.

On fait enfin une réaction de B. W. qui est positive.

Dès lors, l’enfant est traité au sulfarsénol alterné avec du benzoate de mercure. Au bout de quelques jours, la fièvre cède; au bout de trois semaines le foie et la rate ont diminué de 2? cent. Au bout de six semaines, l'enfant est transformé avec 3.800.000 hématies, un foie qui déborde à peine les fausses côtes, une rate palpable sur 3 cent. seulement, un bon état général. Le 1% octobre enfin, l'enfant a 4.000.000 de hématies, un foie normal, mais une rate qui déborde encore de 2 cenl., fait sur lequel nous croyons devoir insister dès maïintenant car il ne semble pas avoir retenu spécialement l'attention de l'auteur de cette observation suggestive.

OBSERVATION II (du même auteur).

Il s'agit d'un petit garçon de 4 ans accusant depuis deux mois des troubles digestifs et une légère température, avec vomissements acétonémiques fréquents, diarrhée, état général cachectique. 6

Le foie est hypertrophié et régulier (il déborde de trois tra- . vers de doigt).

La rate est percutable sur quatre travers de doigt et palpable.

La température oscille entre 36°4 et 38°.

b) Chez l'adulte jeune ou vieux :

OBSERVATION III. (même auteur).

F. Auge, 16 ans, entre à l'hôpital pour état fébrile en férier 1922. Il présente depuis plusieurs jours et chaque jour vers 17 heures jusqu’à 20-21 heures, des frissons suivis de chaleur et de sueur. s

Le 7 mars, la température est aux environs de 38-39° jusqu'au 14 avril.

Le foie mesure 15 cent., non douloureux.

La rate est percutable sur cinq travers de doigt et palpa-

ble. La leucopénie à 4.800.

Le B. W. est négatif. Néanmoins, on institue le traitement

spécifique du 12 mai au 17 juin. Le B. W. reste négatif. Mais la température est normale; au vingtième jour on constate un foie et une rate de dimensions sensiblement normales.

L'état général est satisfaisant.

En 1917, M. Alfred Coury publie le cas d’une syphilis hépatique tertiaire fébrile ayant simulé pendant deux ans une tuberculose pleuro-pulmonaire.

Enfin MM. Gilbert, Chiray et Coury, le 18 mars 1925, à la Société médicale des hôpitaux, rapportent des faits impressionnants où la fièvre, remontant parfois très loin dans le passé, a cédé sous l'influence de la thérapeutique spécifique au bout de trois à quatre jours. |

Dans tous ces cas, la fièvre apparaît comme le phénomène clinique dominant; c’est elle qui retient l’attention. c’est elle qui engendre nombre de diagnostics erronés Mais c’est un hypothermie qui présente des caractères Spéciaux : | r° Elle est de longue durée antérieure; elle remonte à

> mois, 6 mois, 25 mois, 6 ans, 20 ans même (malade de

MM. Castaigne et Lian);

>° Elle résiste aux divers antithermiques (quinine, analgésine, pyramidon, cryogénine, etc.1.)s

3° Enfin et surtout elle disparaît rapidement, dans born nombre de cas, parfois même brutalement au bout de deux ou trois jours sous l'influence du traitement meréuriel ou arsenical. |

C’est cette triade de faits qui a permis à certains au-

HSE

teurs d'affirmer le rôle unique du tréponème et. de ses toxines dans la production de la fièvre au cours des hépalites syphilitiques congestives simples ou scléreuses.

Ces arguments sont-ils toujours vraiment suffisants pour en inférer que le tréponème est seul en cause ? Ne peut-on pas admettre aussi l'infection surajoutée ?

Riedel a vu des gommes du foie ayant subi la fonte purulente; leur envahissement par les pyogènes est donc possible par voie sanguine ou biliaire, d’où allure typhoïdique. Et que dire de la fonction capitale du foie dans la destruction des poisons de l'organisme, des PRAUSE et des toxines ?

Toute atteinte portée à l'intégrité de la glande hépatique peut retentir sur les échanges organiques.

Ne voit-on pas, en effet, des affections habituellement apyrétiques, hypothermiques même, tel le cancer du foie, donner lieu à des élévations de température ?

Autre point important : MM. Gilbert, Chiray et Coury ont insisté sur ce fait que la fièvre s’observe souvent au cours de ce qu'ils ont appelé « l’hépatite congestive » premier degré, ajoutent-ils, de l'infection syphilitique du foie.

Pour ces auteurs, il s’agit d’une hépatite qui, non traitée, évoluerait vers la sclérose, Cette hypothèse nous paraît théoriquement tout à fait logique; mieux, elle nous semble vérifiée par les deux premières observations citées plus haut, chez l’enfant.

En effet, après un traitement spécifique plus ou moins prolongé, nous avons vu le foie de ces petites malades

régresser jusqu'à redevenir normal: [eur rale, au con-

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traire, est restée grosse, non sans avoir tout de mème un peu diminué de volume. N’en pourrait-on pas induire que l'infection syphilitique a frappé la rate la première, y déterminant des lésions partielles incurables parce que déjà trop vieilles ?

Et pourquoi celles-ci seraient-elles trop vieilles ? Parce qu'elles évolueraient insidieusement, ne se manifestant que par l'atteinte hépatique elle-même plus ou moins étendue et par conséquent plus on moins guérissable.

Il est des cas cependant (observation III) où le foie et la rate régressent apparemment l’un et l’autre jusqu’au volume normal. Ne doit-on pas alors penser à une évolution

parallèle de l’infection syphilitique au niveau de la rate d’une part, au niveau du foie d'autre part ? L'action du traitement spécifique semble répondre à ces questions d'autant qüe, parfois, celui-ci est inefficace aussi bierr pour les lésions de la rate que pour celles dont le foie est le siège. Un bel exemple en est réalisé par la forme splénohépatique de Chauffard.

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