‹ Du rôle de la syphilis Dans le Déterminisme de Certaines CirrhosesChapitre 17 sur 26 · DEUXIEME EXEMPLE · texte numérisé non relu

DEUXIEME EXEMPLE

I s'agit d'un homme de 59 ans chez qui la syphilis avouée remontait à la 50° année; l’ascite datait de trois ans et avait nécessité douze ponctions d'une vingtaine de litres; cet homme buvait couramment ? litres de vin par jour et des apéritifs.

Le B. W. était positif. ;

Le traitement avait censisté, au début de la syphilis, en pilules de Hg durant deux années et c'était seulement après l'apparition de l’ascite qu'on avait institué un traitement par “quelques injections de 914 et par le sirop de Gibert. Malgré cela, le malade succomba. L'autopsie montra un gros foie un peu ficelé, recouvert d’un péritoine épaissi qui lui donnait l'aspect typique du « foie glacé » parsemé de petites taches sous forme de dépression, laissant voir à nu la couleur jaune verdâtre du parenchyme. Les encoches et les saillies arrondies que présentait le bord du {obe droit étaient bien caractéristiques de la syphilis. Mais la coupe révéla une cirrhose annulaire, avec de petits nodules jaune roux en saillie qui traduisaient d’une facon typique ce que Laënnec, dans sa magnifique description, appelait les « cirrhoses » et qui correspondent aux petits îlots du parenchyme conservé.

De plus, on constata un anévrysme de l'aorte, une aortite chronique avec ulcération et plaques calcaires, des adhérences péritonitiques du gros intestin.

Dr us | On voit combien au cours de ces cirrhoses il est souvent difficile de faire le départ entre la syphilis et l’alcool. Il faut néanmoins toujours penser à la spécificité, au risque même de commettre une erreur, celle-ci, à la condition que le traitement soit mercuriel, n'étant jamais préjudiciable au malade. Souvent, au contraire, la thérapeutique mercurielle fait régresser la cirrhose et c’est pour le malade le salut vers lequel doivent tendre tous nos efforts. Ceux-ci doivent être continus, prolongés, car n'oublions pas que si, fréquemment, la syphilis est en cause, elle évolue sur un terrain éthylique et il est permis de penser que c'est l’ifaprégnation alcoolique qui donne un coup de fouet à la spécificité jusque-là latente, hâtant ainsi l’évolution de la spécificité hépatique quand elle ne contribue pas directement de concert avec la syphilis à exercer a niveau du foie les terribles ravages que

nous connaissons.

b) LA SYPHILIS EST ASSOCIÉE À LA TUBERCULOSE.

OBSERVATION PERSONNELLE (Tenon).

Mme PP 41rans.

Entre à l'hôpital le 2 juin 1928, pour douleurs le long des jambes et difficulté extrême à marcher.

Antécédents. — Une fausse couche.

A partir d'octobre dernier, disparition des règles.

Depuis, la malade éprouve une fatigue extrême et. accuse un amaigrissement de 5-6 kilos. :

Pas de troubles digestifs, pas d’expectoraïon, mais la malade tousse un peu.

Depuis deux mois environ la malade, qui travaille toute la journée debout, constate de t'æœdème des chevilles le soir. La

HDi faiblesse générale va s’accentuant, empêchant, depuis trois semaines, la malade d'accomplir son travail. D'ailleurs, depuis huit jours, elle est au lit, la station debout étant impossible.

Examen du 4 juin. — La malade présente une paraplégie flasque. Elle se tient dans son lit, étendue sur le dos, les jambes en flexion sur les cuisses, les cuisses en flexion sur le bassin. L'extension des membres est difficile, mais non impossible. /

En outre, on note : l’abolition des réflexes rotuliens et achil-, léens. Pasi de troubles de la sensibilité superficielle. Atrophie musculaire au niveau des membres inférieurs.

Léger œdème tibio-tarsien.

Rien aux membres supérieurs.

On décèle quelques troubles légers de la mémoire. On ne trouve aucun signe d'éthylisme.

Examen de l'abdomen. — Il est dur, tendu, sans circulation collatérale, sans ascite.

Le foie est dur, lisse, très hypertrophié, mesarant 18 centimètres.

La rate est percutable sur six-sept travers de doigt; elle est difficilement palpable à cause de la dureté de l'abdomen.

Examen des poumons. — Sommet gauche : submat.

Retentissement de la voix et de la toux.

Pectoriloquie aphone.

Respiration soufflante.

Nombreux râles humides sous-crésitants.

Sommet droit : nombreux râles fins; souffle inspiratoire.

Le cœur est normal. :

Les urines sont un peu colorées, ne contiennent ni sucre, ni albumine, ni pigments biliaires, mais de l’urobiline.

Il n'y a pas de signe d’Argyll-Robertson.

Pas de troubles sphinctériens.

Pas de signe de PBabinski.

La malade tousse beaucoup, mais crache peu. On trouve

EE

cependant le B. K. dans ses crachats. De plus, la réaction B. W. dans le sang est positive.

On commence un traitement par le cyañure de Hg alterné avec du biiodure pendant trois mois. Les phénomènes pulmonaires restent stationnaires, tandis que le foie régresse de 2 centimètres; il mesure 16 centimètres; la rate n’a pas changé.

Mais la tuberculose subit une nouvelle poussée; la malade tousse et crache abondamment, l’amaigrissement s'accuse davantage.

On lui donne du calomel par la bouche; un mois après on constate que le foie ne mesure que 15 centimètres. La grosse rate persiste. Aucune modification du volume de la rate.

La malade quitte l'hôpital en pleine évolution bacillaire.

Cet exemple nous montre bien le parallélisme entre la tuberculose et la syphilis, chacune évoluant pour son propre compte. Il n’est pas douteux qu'il s'agissait là d’une cirrhose hépatique syphilitique puisque sous l'influence du traitement mercuriel, le foie a régressé.

Il est regrettable que nous n’ayons pu garder le malade, non pour le pronostic général qui, de toutes façons, à cause de la bacillose évolutive, ne laissait aucun doute sur l'issue fatale, mais pour apporter au fait clinique (la diminution de volume du foie) la preuve, la signature histologique.

Là encore, nous faisons remarquer [a persistance de

l’hypertrophie splénique.

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