‹ Du rôle des microzoaires et des microphytes dans la genèse, l'évolution et la propagation des maladiesChapitre 1 sur 2 · DES MALADIES (I · texte numérisé non relu

DES MALADIES (I

L’histoire de la médecine fournit maint exemple de doctrines ou de théories tour à tour inventées, abandonnées et reprises à des époques différentes : nous en trouvons un remarquable dans le rôle pathogénique qu’ou a fait jouer aux parasites animaux ou végétaux , ou en d’autres termes dans ce que nous pourrions appeler les péripéties de la pathologie animée.

C’est vers le milieu du dix-septième siècle que Aug. Hauptmann et le Père Athanase Kircher émirent et soutinrent cette opinion que la plupart des maladies sont dues à la présence de vers invisibles qui exercent une action pernicieuse sur l’organisme. Quelques années plus tard Ch. -Fr. Paullini exposa les mêmes idées dans une mono-

(1) Cette brochure se compose d’une série d’articles publiés à plus d’un an d’intervalle dansla Gazette médicale. On ne saurait donc y trouver l’esprit de suite, l’enchaînement des idées qu’on est en droit d’e.xiger dans un travail conçu et écrit tout d’une haleine.

giaphio sur le genre cunis. 11 développa de nouveau ces principes, en collaboration de liauptmann, llaiinemann, etc., dans les Epliémérides des curieux de la nature, recueil fondé en 1664 parBauscIi.

Cette théorie eut un grand retentissement et compta un nombre considérable de partisans en Allemagne et en Italie. Elle expliquait d une manière très-simple l’origine et la marche des affections épidémiques. D’après Bianchi, ces maladies étaient produites par des essaims d’animalcules qui voyageaient, transportés par les vents, et s arrêtaient plus, ou moins longtemps sur un pays, de la même manière qu’on voit au printemps ou en été des nuées de moucherons se porter en tourbillonnant d’un lieu à un autre, ou s’ébattre plus ou moins longtemps à la même place.

Audry, ancien doyen, se fit le promoteur de la doctrine en France; il publia en 1699 un ouvrage Sur la génération des vers dans le corps de l'homme, sur la nature et les espèces de cette maladie, sur les moyens de s'en préserver et de la guérir.

Plus tard Nysander, élève de Linné, soutint une thèse intitulée ExanUtemala viva, dans laquelle il proclamait que les infiniment jtelits sont les auteurs immédiats des maux de l’espèce humaine, et il conseillait le musc comme anthelminthique, se fondant pour cela sur l’usage répandu de cet agent chez les Néerlandais et les Russes pour se préserver de la variole et des maladies contagieuses.

Dès lors il n’est plus une maladie dans l’étiologie de laquelle on n’ait pas fait intervenir l’action des vers, et l’on a décrit une foule d’épidémies vermineuses où l’on a fait jouer aux entozoaires le rôle le plus important. Nous citerons, entre autres, la constitution épidémique vermineuse, décrite par Van den Bosch (1760-63J ; l’épidémie de pleurésie vermineuse observée en 1705 à Farnèse et décrite par Pedratti; les fièvres vermineuses observées en Provence, de 1748 à 1757, par Darlue; la fièvre putride d’Arbois (1766), décrite par Bonnevault ; celle de Gros-Theil (1769), dont Lepecq de la Clôture a donné, la description; une épidémie de fièvre maligne observée en 1790 à Lille par Boucher, etc., etc. De semblables épidémies de fièvre et de dysenterie vermineuses ont été observées sur les armées en campagne, et la description qu’en ont laissée des auteurs comme Pringle vt Van Swiéten ne permet pas de douter que, si les vers n’ont pas constitué le fond principal de la maladie, ils en ont été du moins une fùcheuse complication.

Dans les épidémies dont nous venons de parler, la nature vermineuse semblait être démontrée par les vers que les malades rendaient en plus ou moins grande abondance, et par les avantages qu’on retirait d’un traitement antbelminthique. Mais il arriva que, par suite d’un entraînement facile à comprendre avec des convictions aussi arrêtées que celles qui régnaient alors, on considéra comme de nature vermineuse des aü’ections où la présence de vers ne pouvait être démontrée. Sydenham a admis des varioles sans éruptions, varioles sine varions; les auteurs de l’époque dont nous parlons admirent des affections vermineuses sans vers ; « J’entends, dit Bremser, sous le nom de maladie vermineuse, un dérangement, ou bien une disproportion dans les fonctions des organes destinés à la digestion et à la nutrition ; pendant la durée de ce dérangement, il se produit ou bien il s’accumule dans le canal intestinal des substances à l’aide desquelles il peut se former, dans des circonstances favorables, des vers ; mais cependant il n’y a pas nécessité absolue que cette formation doive en résulter. »

En dehors des maladies fébriles et inflammatoires, un grand nombre d’autres affections, contagieuses ou non, furent également attribuées à la présence de vers dans tel ou tel organe. C’est ainsi que la rage serait occasionnée, d’après Desault (de Bordeaux), par des animalcules qui se trouvent dans la bave, s’insinuent dans les vaisseaux des parties mordues, se multiplient et sont transportés au cerveau, au gosier, aux glandes salivaires, etc. La même maladie serait due, d’après d’autres auteurs, à la présence du strongle géant dans le rein, ou de vermicules circulant dans le saug, ou d’un ver développé sous la langue de l’animal enragé, etc.

La peste de Marseille, dont Chicoyneau ■ a fait l'histoire dans un travail où il nie la contagion, fut aussi attribuée par d’autres médecins à des vers invisibles; un demi-siècle auparavant, Congrossi avait reconnu une semblable origine à une épizootie de peste bovine qui avait ravagé une grande partie de l’Italie.

La syphilis elle-même rentra dans la classe des maladies d’origine vermineuse; Hartzœker, Desault (de Bordeaux), Deidier (de Montpellier) soutinrent cette opinion.

Les tubercules et le cancer furent considérés comme le résultat de la transformation d’hydatides.

Nous n insisterons pas davantage sur le dénombrement des mala-

(lies qui furent rallachtles de près ou de loin à la présence de vers dans l’organisine. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, nous aurions a parcourir le cadre entier de la pathologie.

^ Toute théorie nouvelle, d’une généralisation facile, produit de l’engouement, mais cet engouement finit par s’éteindre. C’est ce qui est arrivé au commencement de ce siècle pour la pathologie animée. Déjà elle avait rencontré en Musgrave et en de Haen de puissants adversaires; plus tard Wichmann chercha à réformer un grand nombre d’erreurs qu’elle embrassait; enfin les travaux de classification nosologique de Sauvages, do Pinel, et la révolution produite par le chef de l’Ecole physiologique, la firent définitivement tomber dans l’oubli.

Raspail s’est ellbrcé, en 1846, de la relever de ce discrédit; son œuvre est devenue populaire, mais en dehors du monde médical. Au langage acerbe de l’homme passionné et mécontent il a joint, comme base de sa doctrine, de pures hypothèses ; or ces deux conditions sont incompatibles avec le succès légitime d’un ouvrage et avec les progrès de la vraie science.

Cependant les études microscopiques se répandaient davantage, et, en se vulgarisant, conduisaient à la découverte de nouveaux parasites animaux ou végétaux. Depuis les recherches de LeuAvenhoeck, de Spallanzani, de Bonnet, les travaux de Ghabert, de Rudolphi, de Brera, deBremser, de MM. Kuchenmeister, Schœnlein, Dujardin, Davaine, Lebert, Ch. Robin, Gruby, Bazin et tant d’autres, ont étendu le domaine de l’helmiuthologie, et accru le nombre des microphytes connus. C’est ainsi que la présence d’infusoires a été constatée dans le corps de l’homme atteint de diverses maladies, par exemple celle de vibrions dans les garde-robes cholériques (Pouchet, Rainey, Hassalt), dans les selles diarrhéiques (Leuwenhoeck, Davaine), dans l’urine altérée d’un malade affecté de cystite chronique (Davaine), dans le pus de la balanite et de la leucorrhée; de cercomonades dans les garde-robes d’individus atteints de choléra et de fièvre typhoïde (Davaine); de paraméciens dans des selles diarrhéiques (Leuwenhoeck, Malmsten); de monades dans l’urine de cholériques (Hassalt); de trichomonas dans le mucus vaginal altéré (Donné) ; de bactéridies dans le sang des animaux atteints d’affections charbonneuses (Davaine) ; de bactéries dans le sang des animaux atteints de maladies infeclieuses (Coze et Feltz); dans le sang et dans les intestins de malades

atteint» d’affections typhoïdes, dans le pus de la blennorrhagie, de la dacryocystite (Tigri), etc., etc.

D’un autre côté l’histoire des parasites végétaux s’est enrichie de l’acliorion Schœnleinii qu’on trouve dans les croûtes du favus ; du trichophyton (Malrasten) que MM. Bazin et Ch. Robin ont montré dans trois affections autrefois séparées, et réunies depuis en raison de cette commune origine par MM. Bazin et Hardy, l’herpès circiné, le sycosis et l’herpès tonsurans ; du microsporon Audouini dans le porrigo decalvans ou teigne pelade ; du microsporon furfur (Ch. Robin) dans le ptyriasis versicolor; de l’oïdium albicans dans le muguet (Ch. Robin); de l’aspergillus flavescens et de l’aspergillus nigricaos sur la membrane du tympan (Robert Wreden), enfin d’une foule d’autres parasites, dont l’énumération serait trop longue, et qui se développent sur l’homme, sur les animaux ou sur les plantes.

En présence de ce nombre toujours croissant de microzoaires et de microphytes que le microscope fait découvrir, et de leurs germes innombrables qui sont suspendus dans l’atmosphère ou contenus dans l'eau et dans toutes les substances qui servent à notre alimentation, l’esprit est vivement frappé et l’on se demande si, dans les phénomènes de la vie, ces tourbillons d’êtres animés ne jouent pas un rôle important ; si, par exemple, ils n’entrent pas pour une large part dans la production et la propagation des maladies qui affligent l’espèce humaine. La question de la -pathologie animée se trouve ainsi de nouveau soulevée.

Un honorable et laborieux confrère, M. Jules Lemaire, a entrepris d’éclairer, sinon de résoudre le problème. Il s’est livré à de nombreuses recherches sur les phénomènes qui accompagnent la fécondatiou, la germination, la fermentation, la putréfaction; il a fait un grand nom bre d’analyses chimiques et microscopiques des liquides, des gaz, des matières organiques qui se produisent pendant l’accomplissement de ces phénomènes, et il est arrivé à conclure que leur évolution s’accompagne toujours de la formation d’organismes microscopiques doués de vie; que les ferment^ qui donnent lieu aux fermentations sont des êtres vivants; que les miasmes ne sont autre chose que les germes de ces êtres; que les virus n’agissent aussi que parles êtres vivants qu’ils renferment.

Suivant notre confrère, le corps de l’homme et celui des animaux, qu’ils soient malades ou sains, sont constamment en état de fermen-

taliüii, el par cunséquenl dégagent des miasmes. Des miasmes se dégagent également de tous les marais, de toutes les eaux croupissantes, de toutes les substances organiques quelconques en voie de décomposition. Or ce sont ces miasmes, êtres vivants déposés en germes dans l’atmosphère, dans l’eau, dans nos boissons, dans nos aliments, qui, absorbés par l’homme ou par l’animal, se développent, se reproduisent, deviennent la source de décompositions, de transformations, et engendrent les maladies. Ainsi s’explique naturellement la genèse des maladies infectieuses et contagieuses, et l’on se rend tout aussi bien compte de la marche des épidémies, par le transport des germes répandus dans l’atmosphère, que de la fécondation des plantes dioïques à de grandes distances par le pollen que le vent a charrié.

Nous voici donc revenus, avec M. Lemaire, en pleine doctrine de pathologie animée. La généralisation de cette doctrine lui a inspiré, comme à ceux qui l’ont soutenue avant lui, l’idée de rechercher un agent qui, en tuant les germes, prévînt ou arrêtât leur développement et par suite la maladie. Nous avons vu Nysander préconiser le musc, et Raspail le camphre; M. Lemaire vante l’acide phénique. Mais si notre confrère a ainsi plusieurs points de communs avec ses devanciers, il ne se borne pas à étayer comme eux sa doctrine et sa pratique sur de simples hypothèses; il s’appuie sur des recherches sérieuses, et il se présente armé de faits et d’arguments avec lesquels la science doit compter.

Après ce court historique de la question, nous pénétrerons plus avant dans les détails de la pathologie animée, nous en discuterons les principes, nous chercherons à séparer les hypothèses des notions positives, les faits douteux des faits réellement acquis, et nous tâcherons, plutôt, il est vrai, en indiquant les problèmes qu'en les résolvant nous-même, de déduire de cette étude des conclusions propres à éclairer la pathogénie et la propagation de certaines maladies.

Embrassée dans sa généralité, la pathologie animée doit comprendre toutes les maladies qui sont le résultat de l’action exercée par la présence, à la surface ou à l’intérieur de l’organisme, d’étres vivants ap-

pai'tenant au règne animal ou au règne végétal. 11 importe cependant, pour circonscrire notre sujet, d’établir deux groupes distincts dans ces maladies, les unes étant admises sans contestation par tout le monde, les autres tenant encore les esprits divisés, et donnant lieu, entre autres théories, à celle que nous examinons en ce moment. Dans le premier groupe se rangent les affections parasitaires, dans le second les maladies infectieuses, dites encore zymotiques.

Lorsque chez un malade, présentant une éruption cutanée, on découvre un sillon, et dans ce sillon un sarcopte; lorsque chez un autre, qui présente des troubles variés, principalement du côté des fonctions digestives, on trouve dans les garde-robes des anneaux de ténia, la relation de cause à effet entre l’existence du parasite et le développement des lésions ou des symptômes morbides est si bien établie, que l’unique préoccupation du praticien est de tuer l’acare ou d’expulser le cestoïde, certain qu’il est, s’il obtient ce résultat, de voir disparaître tous les accidents.

Le pathologiste sait, d’un autre côté, que si le sarcopte passe d’un organisme sur un organisme semblable, il s’y implantera, s’y reproduira, et donnera lieu par cette reproduction aux lésions caractéristiques de la gale. Il sait encore que si des croûtes de favus sont transportées d’une manière quelconque de la tête d’un individu sur celle d’un autre, l’achorion y développera et y multipliera ses spores, et que l’on ne tardera pas à y rencontrer les godets pathognomoniques de la teigne. En un mot, il suffira qu’un organisme soit bien disposé, pour que les œufs de l’épizoaire ou les spores de l’épiphyte y éclosent ou s’y développent, de la même manière que des graines ou des semences germent dans un terrain qui leur est propice; et comme la reproduction de l’animal ou du végétal engendre les mêmes lésions et les mêmes symptômes, le caractère spécifique de la maladie a pour critérium la nature même ou l’espèce du parasite.

La question est moins simple lorsque des affections parasitaires on passe aux maladies zymotiques. Sans doute, il n’existe pas entre les unes et les autres une ligne de démarcation bien tranchée ; on peut même dire qu’à la limite il n’en existe pas, car, en admettant que les secondes soient constamment produites comme les premières par la présence et l’action sur l’organisme malade d’êtres vivants, animaux ou végétaux, ou doit descendre insensiblement l’échelle de ces êtres depuis le parasite dont l’organisation est la plus complète, jus-

qu’au plus simple des infusoires. Mais si, pour simplilier le problème, on iiéglise les degrés intermédiaires, la distinction que nous avons cherché à établir plus haut se justifie pleinement. Autant en elfet l’origine, le développement, le mode de propagation des affections parasitaires paraissent clairs, autant il est difficile d’établir des relations positives entre le développement des maladies zymotiques et la présence des animalcules ou des microphytes auxquels on veut les rattacher. Nous avons surtout en vue, dans ce travail, la pathogénie de ce dernier genre d’affections.

Le mot zymotique (î;6ij.7i , ferment) trouve son étymologie dans les idées qui font la base de la. pathologie animée. Les principes de cette doctrine peuvent en effet se résumer dans les propositions suivantes ;

Les ferments sont des êtres vivants.

La fermentation est le résultat de l’évolution et de la reproduction de ces êtres.

Les miasmes et les virus sont des ferments, c’est-à-dire des êtres ou des germes d’êtres vivants. En pénétrant dans nos organismes, ces êtres ou ces germes s’y développent, s’y reproduisent, s’y multiplient et deviennent ainsi l’origine de phénomènes analogues à ceux de la fermentation, d’où résulte la maladie.

Examinons successivement ces différentes propositions.

La doctrine des ferments comme causes de phénomènes physiologiques et pathologiques est loin d’être nouvelle ; elle a été surtout développée et soutenue par Van Helmont qui faisait présider les ferments à tous les actes de la vie. Quand il s’agissait des végétaux, la terre avait reçu du Créateur autant de ferments qu’elle devait produire d’espèces de fruits; pour les animaux, la vertu séminale du père résidait dans un ferment qui était le reflet ou la lueur de l’archée ; ce ferment réveillait une nouvelle archée qui devait avoir aussi son propre ferment. Les maladies étaient produites par les ferments physiologiques qui se trouvaient en excès ou en défaut, ou encore par l’introduction dans l’économie de ferments étrangers qui troublaient les fonctions en irritant l’archée.

L’hypothèse des ferments gagna ensuite du terrain. Si Pascal et Wallerius, à l’exemple de Van Helmont, l’appliquaient, le premier à la formation du fœtus, le second à la génération des plantes, d’autres allèrent plus loin et admirent une sorte de fermentation minérale. Puis on chercha à distinguer et à déterminer les trois éléments qui

entrent clans le fait de la fermentation : 1“ le phénomène ou la manière dont il se produit; 2° le ferment ou l’agent qui lui donne naissance; 3" le résultat ou le produit de ce phénomène. Ici les hypothèses abondent.

Pour Van Helmont, un ferment était un corps qui transformait les autres corps en sa propre nature. Cette opinion, erronée quand il s agit de fermentation, pourrait s’appliquer à un autre ordre de phénomènes, et semble avoir inspiré la théorie émise par M. Virchow et adoptée par M. Chauffard, en vertu de laquelle un élément anatomique peut en féconder un autre, de manière à ce que le résultat de cette fécondation soit un nouvel élément semblable au premier.

Willis avait conçu de la nature du ferment et de sou mode d’action une idée que nous retrouverons dans la théorie deM. Liebig; il le cousidérait comme « un corps qui se trouve dans un état de mouvement intérieur et qui influe sur les corps fermentescibles par l’intermédiaire de ce mouvement. »

D’un autre côté, Stahl semble avoir préludé aux théories chimiques de la fermentation qui ont suivi la découverte faite par Lavoisier de la composition de l’air, en regardant ce phénomène comme une sorte de combustion et une recomposition particulière.

Depuis Lavoisier, trois hypothèses principales ont été émises pour expliquer la nature des ferments et le phénomène de la fermentation, et, bien que la découverte par Cagniard-Latour de la nature organisée delà levûre de bière, et les nouvelles recherches que cette découverte a inspirées, entre autres celles de M. Pasteur, tendent à démontrer et à vulgariser la dernière, les deux autres comptent encore des partisans.

Dans la première de ces hypothèses, le ferment n’agirait que par sa présence, sans rien céder ni rien emprunter, et la fermentation serait ainsi un phénomène de l’ordre de ceux que Berzélius a désignés sous le nom de catalytiques. On attribue généralement à ce célèbre chimiste l’hypothèse que nous venons de formuler; le fait est qu’il l’a énoncée, mais en restant dans la plus grande réserve et en conservant de nombreux doutes. « Les réactions qui accompagnent la fermentation vineuse, dit-il, sont encore peu connues. Il serait possible qu’elle reposât sur le développement de forces d’une nature peu commune et analogues à l’effet qu’exerce le platine en éponge sur le gaz hydrogène, ou à l’action décomposante qu’exercent les métaux nobles et leurs oxydes sur le suroxyde hydrique. Aussi les expé-

rieiices nombreuses sur la rerinenlatiou n’oiil-elles jamais donné de résultats positifs. » Plus loin, il prévoit, sans la combattre, l’une des objections qu’ou a adressées à celte bypotbèse. « En général, dit-il, la question la plus essentielle me parait celle de savoir s’il s'établit entre le ferment et le sucre une action chimique par suite de laquelle les éléments de ces deux substances contribuent à la formation des nouveaux produits, ou si l’action qu’exerce le ferment sur la dissolution du sucre a de l’analogie avec celle qu’exerce, par exemple, l’oxyde aurique sur le suroxyde hydrique, en sorte que le sucre est décomposé en acide carbonique et en alcool, dans ses points de contact avec le ferment, tandis que le ferment dégage également de l’acide carbonique. Nous ne possédons pas les données nécessaires pour résoudre cette question; car il faudrait aussi savoir ce que devient le ferment, ou quel changement il subit par la fermentation. »

Berzélius est encore moins affirmatif sur la nature des phénomènes qui se passent dans les fermentations spontanées ou putréfactions. 11 ne fait que signaler, sans en rechercher la cause, le développement de microzoaires dans les infusions. «Très-souvent, dit-il, la réaction commence par la production d’animalcules microscopiques vivants et doués de mouvement, qui ont reçu le nom d’ammaux infusoires. Au commencement de la putréfaction, plusieurs générations de ces animaux se succèdent, meurent et disparaissent, tandis que leurs éléments concourent aux phénomènes de la putréfaction. »

L’hypothèse qui attribue aux ferments une action purement catalytique, a été surtout nettement formulée par M. Ch. Robin. Le savant professeur distingue trois ordres de phénomènes catalytiques ; 1» les catalyses proprement dites, qui ont pour résultat des combinaisons ou un dédoublement, et qui se passent dans des composés cristallisables d’origine organiqne et quelquefois entre corps d’origine minérale ; 2° les fermentations, qui ont pour résultat un dédoublement avec production de chaleur et dégagement de gaz, et qui se passent toujours dans des composés cristallisables d’origine organique ; 3“ les putréfactions, qui offrent la réunion des catalyses et des fermentations, donnent lieu à un dégagement de gaz fétides, et ne se passent que dans les substances organiques ou corps coagulables qui ne cristallisent pas. Dans tous ces phénomènes, les corps catalytiques ou les ferments ne prêtent rien et n’empruntent rien àlasub-

stiincc qui subit lu catalyse ou la fenueiitation. Si on les examine en eux-mêmes, ils ne présentent rien d’analogue à ce que montrent les animaux ou les végétaux dans leurs actes élémentaires de nutrition. Quand ils ne sont pas des corps organisés, on peut les retirer intacts des liquides où ils ont opéré la catalyse, si toutefois il n’existe pas de conditions favorables à une altération plus avancée, auquel cas ils pourrissent. Si ces ferments sont des corps organisés, ils agissent, non par les microphytes ou les microzoaires qu’ils renferment, mais par les substances interposées entre les individus microscopiques. Le développement de ces êtres doués de vie a, d’après cela, un simple rapport de coïncidence avec les phénomènes de la fermentation.

M. Liebig est l’auteur de la seconde hypothèse, dont nous avons trouvé l’idée première dans la citation que nous avons rapportée de VVillis. Invoquant ce principe de mécanique formulé par Laplace et Berthollet « qu’une molécule, étant mise en mouvement par une force quelconque, peut communiquer ce mouvement à une autre molécule qui se trouve en contact avec elle, » le savant chimiste allemand admet, comme cause de la fermentation, le mouvement qu’un corps en décomposition communique à d’autres matières dans lesquelles les éléments sont maintenus dans une très-faible affinité. Toute substance azotée capable d’être modifiée par l’action de l’air, et de transmettre son mouvement moléculaire à d’autres substances avec lesquelles elle est en contact, peut être considérée comme un ferment.

La troisième hypothèse remonte à la découverte, par Cagniard-Latour, de la nature organisée de la levûre de bière. Les travaux de Shwann, de Schultze, de Kützing, de Turpin, de Mitscberlich, de M. Pasteur, etc., etc., ont contribué à l’édifier. Les ferments sont des êtres vivants, et la fermentation résulte de l’évolution et de la reproduction de ces êtres ; telle est sa formule la plus simple. C’est là aussi la base, ainsi que nous l’avons vu plus haut, de la pathologie animée.

La présence d’organismes vivants dans les substances qui sont en fermentation, n’est mise en doute par personne. Lorsque, sous l’influence de l’air et de l’eau, des matières albuminoïdes se décomposent, et que, mélangées à une solution sucrée, elles en déterminent la fermentation, il se forme un dépôt de globules qui présentent les caractères des globules organisés de la levûre de bière.

Des globules plus ou moins analogues naissent dans d’autres fermentations, comme dans la transformation du glycose en gomme, ou dans la fermentation visqueuse des vins. La transformation de l’alcool et de l’acide acétique en acide carbonique s’accompagne du développement du mycoderma vint, et l’acétification de celui du mycoderma aceli. De môme M. Pasteur a signalé des vibrions comme les agents de la fermentation butyrique et de celle du tartrate de chaux. Enfin il n’y a qu'à rappeler les myriades d’animalcules et de microphytes, vibrions, bactéries, monades, mucédinées, etc., qui naissent dans les infusions, dans toutes les décompositions spontanées de substances organisées, et dout les générations successives semblent correspondre à des conditions ou à des phases diverses de ces décompositions. Voilà les faits : reste à les interpréter.

Quelle est la relation exacte entre l’évolution de tous ces petits êtres et les phénomènes de la fermentation? Est-il prouvé que ce rapport soit de cause à effet et non une simple concomitance? comment agissent les animalcules ou les microphytes pour provoquer ou entretenir le travail de fermentation? quelle part prennent-ils aux diverses réactions dont se compose ce travail? d’où viennent-ils et quelles sont pour chaque espèce les conditions de naissance, de développement et de mort? la diversité de ces conditions entraîiie-telle une variété correspondante dans les fermentations, ou en d’autres termes, y a-t-il pour chaque fermentation un ferment spécial? Telles sont, entre beaucoup d’autres, les questions qui ont vivement occupé les chimistes et les physiologistes, et qu’il nous importe de passer en revue, puisque d’après la doctrine de la pathoLogie animée les maladies dont nous recherchons la pathogénie ne sont que des fermentations.

Avant de chercher à déterminer le rôle des organismes microscopiques dans les phénomènes de la fermentation, il est un point qui demande à être élucidé, c’est celui de savoir si toute fermentation s’accompagne nécessairement du développement de ces organismes. Nous verrons plus tard cette question acquérir une grande importance quand il s’agira d’apprécier l’analogie qu’on a voulu établir entre l’action des miasmes ou des virus et celle des ferments, et les

conséquences qu’on a déduites de cette analogie relativement à la

palhogénie des maladies zymotiques.

Les anciens ne connaissaient que trois sortes de fermentation ; la fermentation vineuse, la fermentation acide et la fermentation putride. Mais avec les progrès de la chimie moderne, le nombre des fermentations connues s’est considérablement accru, et il serait même difficile de les énumérer toutes. 11 est un premier fait qui frappe les expérimentateurs, c’est que, parmi les substances qui jouent le rôle de ferments, les unes sont figurées et insolubles, les autres amorphes et solubles. Suit-il de là qu’on doive établir une distinction radicale entre ces deux ordres de substances, et le nom de ferments doit-il être réservé aux unes à l’exclusion des autres? Ici les opinions divergent suivant la théorie que l’on adopte pour expliquer les phénomènes de la fermentation.

Ceux qui ne reconnaissent aux ferments qu’une action purement catalytique ont peu à se préoccuper de la nature figurée ou amorphe de ces agents, car d’après leur hypothèse ce n’est pas, ainsi que nous l’avons vu, les organismes microscopiques des ferments figurés qui représentent le corps catalytique, mais bien la substance interposée entre ces organismes. Dans tous les cas le ferment est donc une substance amorphe.

Les partisans de la théorie de M. Liebig n’ont pas à tenir un plus grand compte de la distinction établie plus haut. En effet, tout corps en voie d’altération pouvant être un ferment, il suffit, pour que la fermentation se produise, que ce corps subisse l’action décomposante de l’oxygène de l’air; l’équilibre moléculaire est détruit, et le mouvement se transmet ensuite par ce seul fait de molécule à molécule dans la matière fermentescible. Les organismes-ferments se comportent à cet égard de la même manière que les substances albuminoïdes; ils doivent subir un commencement de décomposition pour manifester leur propriété. Quand ils se développent pendant le travail de la fermentation, c’est par pure coïncidence, et parce qu’ils ont trouvé des conditions de milieu favorables à leur développement.

La question touche de plus près ceux qui regardent l’évolution des organismes-ferments comme le primum movens et la condition essentielle des fermentations, et il faut bien reconnaître qu’elle ne laisse pas de leur causer quelque embarras. 11 en est qui ont tourné la difficulté en refusant le nom de ferments aux substances solubles

qui, à l’exemple delà cliaslase, dolapectase,ûelasynaptase,etc., produisent la transformation isomérique ou le dédoublement d’autres substances. C’est ainsi que M. Lemaire les considère comme des agents chimiques comparables aux oxydes minéraux qui décomposent l’eau par leur seule présence, c’est-à-dire qu’il leur reconnaît une action purement catalytique. De son côté, M. de Vauréal regarde ces mômes substances comme de simples dissolvants, et pour lui les transformations qu’elles produisent sont des digestions, non des fermentations. D’autres auteurs ont cherché à concilier les deux ordres de phénomènes en s’efforçant d’identifier les agents qui leur donnent naissance. Après avoir montré que les ferments solubles possèdent les caractères assignés par M. Robin à la substance organisée, M. Monoyer ajoute : « Si le ferment soluble est une substance organisée, il ne saurait répugner à l’esprit d’admettre que cette substance jouit de la propriété vitale la plus simple, celle qui consiste dans un double mouvement d’assimilation et de désassimilation, c’est-à-dire de combinaison et de décombinaison, la nutrition, en un mot. Dès lors il ne resterait plus qu’une seule différence entre les fermentations à ferment insoluble et celles à ferment soluble : les premières seraient déterminées par des êtres organisés, les secondes par de lasubstance organisée; mais, dans les deux cas, on pourrait dire que la cause première de la fermentation est un acte vital. » L’hypothèse sur laquelle M. Monoyer s’appuie est trop hardie et trop contestable pour qu’on puisse admettre sa conclusion.

Les auteurs qui séparent radicalement les transformations opérées par les ferments solubles de celles que produisent les organismesferments, se fondent, pour établir cette division, sur les dissemblances que présentent ces deux ordres d’agents, mais ils tiennent trop peu de compte de leurs analogies. Prenons, pour bien fixer les idées, la levûre comme type des organismes-ferments, la synaptase ou émulsine comme type des ferments solubles, et comparons rapidement les propriétés décomposantes de l’une à celles de l’autre.

La levûre, mêlée à une solution sucrée, décompose le sucre en alcool et en acide carbonique (nous négligeons les produits secondaires de la fermentation); la synaptase en contact avec une solution d’amygdaline décompose celle-ci en glycose et en essence damandes amères, composée d’hydrure de benzoile et d acide cyanhydrique.

Une irès-petite quantité lie' l’une cl l'autre substance sulllt pour décomposer une grande quantité du corps fermentescible.

La levfire, portée à une température humide de 100°, perd son action fermentative. 11 en est de môme de la synaplase qui, à Texemple des organismes inférieurs, ne peut supporter celte température qu’à l’état sec.

La température la plus favor able à la fei-mentation alcoolique est de ?0 à 25°, mais elle peut vaiâer de 2 à 50”; la décomposition déter’miuée par l’éraulsine trouve ses meilleui'es conditions dans une température moyenne de 35°.

Un milieu légèrement acide ou alcalin n’empôche pas, mais retarde l’action de la synaptase comme celle de la levure.

Certes il nous semble que voilà de nombreuses analogies dans les propriétés des deux sortes de fei’meuls. On pourrait peut-être nous reprocher d’avoir choisi, comme type des ferments insolubles, la synaptase, dont on a vu l’action décomposante sur la salicine s’accompagner de la production de globules organisés et vivants, et dont par conséquent la nature et le mode d’action restent douteux. M. de Vauréal n’admet-il pas, par exemple, que les petits granules animés du mouvement brownien qu’on aperçoit au microscope dans une goutte d’émulsion d’amandes, doivent être considérés comme des corpuscules vivants, et comme les séminules du ferment? Mais à côté des analogies que nous venons de rappeler, la synaptase et la levùre présentent des différences qui ne permettent pas de les identifier au point de vue de l’organisation. Ainsi toutes les substances toxiques qui font périr les animaux ou les végétaux font perdre à la levùre ses propriétés fermentatives, mais n'arrêtent pas l’action de la synaptase.

En résumé nous voyons deux substances, dont l'une est organisée et vivante, l’autre simplement organique, produire des décompositions exactement comparables, et ne présenter dans la mise en action de cette propriété que les différences inhérentes à leur propre nature. Nous en concluons nécessairement que ces deux substances méritent au même litre le nom de ferments, et que par conséquent il peut y avoir fermentation sans intervention d’aucun organisme vivant.

Celte conclusion ne préjuge en rien du mode d’action des infusoires ou des microphytes dans les fermentations où apparaissent ces êtres miscroscopiques. Nous avons maintenant à étudier ce point et, pour ne pas nous égarer dans des généralités, nous prendrons pour exeni

IS

pie l’acliüii de la levùre de bière dans la i'ermenlalion alcoolique. Nous n’avons pas ici à nous occuper du développement et de la reproduction de la levùre en tant que cryptogame; tout le monde admet qu’elle jouit des propriétés inhérentes à la vie, à savoir : de naître, de se nourrir, de se reproduire, de mourir. La question est de chercher auquel de ces actes fondamentaux elle doit son pouvoir fermentatif, ou si elle les accomplit au milieu d’une solution sucrée en fermentation sans participer, comme cause efficiente, aux phénomènes de décomposition qui l’entourent. L’expérience suivante de M. Pasteur a jeté une vive lumière sur ce point.

Le savant chimiste place dans une solution de sucre candi pur un sel d’ammoniaque, de la matière minérale qui entre dans la composition de la levùre, et enfin quelques globules de levùre fraîche. La température étant à un degré convenable, les globules se développent, se reproduisent, se multiplient; la matière minérale se dissout, le sel d’ammoniaque perd sa base, le sucre est décomposé : en un mot il s’établit une véritable travail de fermentation. Si l’on néglige de mettre dans la préparation, ou un sel d’ammoniaque, ou de la matière minérale, les globules de levùre ne se multiplient pas, et la solution sucrée n’est pas altérée. M. Pasteur a conclu de cette expérience que c’est bien le développement de la levùre qui est la cause et la source de la fermentation; la base du sel ammoniacal et la matière minérale lui serviraient d’aliments ; elle puiserait dans la première l’azote nécessaire à la substance albuminoïde qui entre dans sa composition, dans la seconde ses minéraux, et le sucre lui fournirait le carbone.

Il résulterait encore de là que, lorsque la fermentation se produit dans une solution sucrée renfermant des matières albuminoïdes, le rôle de celles-ci se bornerait à servir d’aliment à la levùre et que, par conséquent, elles ne seraient point, parleur altération, la cause de la fermentation. Généralisant le résultat de cette expérience et en déduisant le mécanisme du travail de la fermentation, M. Pasteur admet que les organismes-ferments empruntent au corps fermentescible une partie des éléments nécessaires à leur nutrition, d’où une rupture d’équilibre dans les molécules de ce dernier corps qui sont en contact avec celles du ferment. C’est là, comme on voit, une théorie mixte entre la théorie mécanique de M. Liebig et celle des vitalistes purs qui se résume dans cet aphorisme de Turpin : « Fermentation comme efTot, et végétation comme cause, sont deux choses

iiisêparablos ilans l'acle de la décomposition du sucre. » Que l'on substitue, en elTet, dans riiypolhèse de M. Liebig, l'action vitale des organismes-ferments à l’action chimique de l’oxygène sur les matières albumino'ides, et l’on a la théorie de M. Pasteur. On arrive d’un autre côté è cette môme théorie si, dans la formule vitaliste, on cherche à exprimer par quel mécanisme la cause et l’effet, c’est-à-dire la végétation et la fermentation, sont enchaînées l’une à l’autre, et si l’on trouve ce mécanisme dans la transmission d’un mouvement moléculaire.

Cette manière de comprendre, en dehors d’un vitalisctie exclusif, l’action des êtres microscopiques dans les phénomènes de la fermentation, confirme les réflexions que nous avons développées plus haut au sujet des ferments solubles. Mais il est une autre théorie qui, tout en faisant la part de l’influenee de la vie dont jouissent les organismes-ferments, identifie et généralise le mode d’action de tous les ferments, qu’ils soient organisés ou amorphes, c’est celle de M.Berthelot. Suivant ce chimiste, le rôle qui incombe aux microzoaires et aux microphytes, c’est de sécréter le ferment comme l’orge germée sécrète la diastase ; ce ferment agit ensuite, pour produire la fermentation, comme la diastase dans la transformation de l’amidon en sucre, comme la synaptase dans la décomposition de l’amygdaline, c’est-à-dire par sa seule présence, et indépendamment de toute action vitale ultérieure. On a objecté à cette théorie la difficulté de constater l’existence du ferment sécrété, et la nécessité d’admettre dés lors qu’il se détruit à mesure qu’il produit la fermentation. Nous n’en reconnaissons pas moins qu’elle est séduisante par la manière dont elle permet de généraliser l’action de tous les ferments. Nous ajouterons qu’elle trouve, sinon une justification, du moins une sorte de raison d’être, fondée sur l’analogie, dans l’existence de cet autre ferment que M. Berthelot a découvert dans la partie soluble de la levûre de bière, et qui a pour propriété d’intervertir le sucre de canne avant que celui-ci ne subisse la fermentation alcoolique.

Nous n’insisterons pas davantage sur l’examen des théories imaginées pour expliquer les phénomènes de la fermentation ; nous n’avons pas 1 intention d’en faire ici une étude spéciale; nous avons voulu simplement, en rappelant les principales(l), établir des données

(1) Nous mentionnerons encore la lliéorio de M. Durand (de Lunel)

'Il

<{ui nous serviront à la disrussion des tiypotlièses qu’embrasse la doctrine de la paihologîe animée. Mais avant de quitter cette partie de notre sujet, nous nous arrêterons un instant à deux autres questions que nous aurons plus tard à nous poser de nouveau à l’occasion des pennes morbides: il s’agit de la spécificité et de l’origine des organismes-ferments.

La spécificité de la levûre de bière est généralement admise; elle est formulée dans la proposition suivante de M. Pasteur : « Jamais le sucre n’éprouve la fermentation alcoolique sans que des globules de levûre soient présents et vivants, et réciproquement il ne se forme de globules de levûre de bière sans qu’il y ait présence de sucre ou d’une matière hydrocarbonée, et sans qu’il y ait fermentation de ces matières. » Cette spécificité cependant ne paraît pas absolue. En effet, en opérant en vase clos, M. Berthelot a pu produire la transformation du sucre en alcool et en acide carbonique sans qu’il se soit déposé, comme dans la fermentation à l’air libre, des globules de levûre. D’un autre côté, M. Pasteur lui-même aurait pu déterminer la fermentation alcoolique avec la fleur de vin {mycoderma vini). Ailleurs, nous voyons les matières albuminoïdes, la levûre, la diastase, les acides étendus jouir, à un degré plus ou moins considérable, de la propriété de transformer l’amidon en glycose. M. Lemaire surtout s’est élevé contre la spécificité des ferments : « J’ai démontré, dit-il, qu’il n’existe point de ferment spécial pour chaque espèce de fermentation ; que l’on peut faire de l’alcool, de l’acide acétique et sans doute beaucoup d’autres corps avec des microphytes, des bacteriums, des vibrions, des spirillum et des monades; que la présence de ces petits êtres dans tel ou tel liquide est une question de milieu ; que la composition de la substance est la cause de leur ordre d’apparition ; que l’on peut à volonté changer l’ordre de leurs développements. Par exemple, en plaçant une matière animale dans de l’eau contenant un ou deux centièmes d’acide tartrique, citrique, lactique ou mucique, ce ne sont plus des

qui attribue le rôle le plus important, dans les phénomènes de la fermentation, à l’électricité développée par la décomposition des molécules organiques. (Voir Gazette médicale, année 1869, n"* 3, 4, G et 8.)

bacteriums, des vibrions, etc., qui apparaissent, maisdes inicrophylts, et quand ceux-ci ont transformé la plus grande partie de l’acide, les bacteriums et les vibrions se développent dans ce même liquide. On a une fermentation putride qui a commencé avec un ferment végétal, qui se continue avec lui, et plus tard avec des ferments animaux. Réciproquement, en saturant l'acide d’une substance végétale dans laquelle des mycodermes se développent, on voit apparaître des animalcules, et lorsque ceux-ci ont rendu la liqueur acide, des microphytes apparaissent. »

Quoi qu’il en soit des faits précédents, on est obligé de reconnaître que, d’une manière générale, chaque fermentation est produite, sinon exclusivement, du moins plus spécialement par un ferment particulier. Par exemple, si l’on prend trois solutions sucrées contenant des matières albumino'ides et qu’on introduise dans la première de la levûre de bière, dans la seconde du ferment lactique, dans la troisième des vibrions, on produit séparément les trois sortes de fermentations qui correspondent aux ferments employés, à savoir ; dans le premier cas la fermentation alcoolique, dans le second la fermentation lactique, dans le troisième la fermentation butyrique. On voit de même, parmi les ferments solubles, la diastase être sans action sur les matières albumino'ides, comme la pepsine sur les matières amylacées, la myrosine ne pas plus agir sur l’amygdaline que la synaptase sur le myronate de potasse, etc. Enfin, si l’on examine ce qui se passe dans les fermentations complexes, comme la décomposition spontanée des matières organiques, nous croyons bien avec M. Lemaire que l’ordre d’apparition des microphytes et des microzoaires dépend des conditions du milieu; mais on peut admettre que ces petits êtres n’en provoquent pas moins, durant la phase de leur développement, un travail de décomposition spécial à chacune de leurs espèces.

Nous arrivons à la dernière question que nous nous sommes posée ; quelle est l’origine de ces êtres microscopiques, d’où viennent-ils, comment prennent-ils naissance? Question des plus anciennes et toujours nouvelle, car elle n’est pas encore résolue; nuestion aussi des plus grandes, car elle intéresse à la fois et au même degré le théologien, le philosophe, le naturaliste, le chimiste, le médecin; question enfin de celles qui passionnent le plus, ainsi qu’on eu peut juger par les luttes qu’à différentes époques elle a soulevées. Les plus profonds peu-

aeurs, Iüs plus grands naturalistes ont pris part à ces luttes, arborant les uns le drapeau de l’hétérogénie, les autres celui de la panspermie. Dans le premier camp nous trouvons, à différents siècles de distance, Leucippe, l’auteur du système des atomes; Epicure, Aristote, Pline, Lucrèce, Diodore de Sicile, Kircher, Buffbn, Needham, Gleiclien.O.F. Muller, Rudolphi, Bremser, Cabanis, Lamarck, Bory Saint-Yincent, frevirannus, ïiedmann, Burdach, Carus, Dujardin , et de nos jours MM. Pouchet, Joly, Musset, Mantegazza, etc. L’autre camp n’offre pas des noms moins imposants; tels sont ceux de Leeuwenlioek, de Redi, tjui au dix-septième siècle porta les premiers et les plus rudes coups à l’hypothèse alors populaire de la génération spontanée, Vallisneri son élève, Swammerdam, Réaumur,Spallanzani,Bonnet,Virey, Ehrenberg, et de nos jours MM. Schultze, Schwann, Floureus, Milne-Edwards. Pasteur, de Quatrefages, etc.

La lutte à laquelle nous avons assisté entre les deux premiers champions de l’une et l’autre doctrine, nous avons nommé MM. Pasteur et Pouchet, rappelle exactement celle qui a eu lieu, à la fin du siècle dernier, entre Spallanzani etBonuet d’uiie part, Needham et Buffon de l’autre : l’importance des expériences, la valeur des arguments, et l’on peut ajouter l’ardeur des adversaires ont été les mêmes, « Encore un mot sur vos Infusions, écrivait eu 1771 Bonnet à Spallanzani : voilà ce pauvre épigénésiste (Needham) réduit en poudre impalpable ; vous n’avez pas moins pulvérisé son ami de Buffon. Je n’avais rien lu sur les vers spermatiques qui m’eût autant satisfait ni à beaucoup près. Je me félicite de vous avoir excité à les observer. Vos observations ont un grand prix à mes yeux; elles sont à la fois neuves et exactes. Je voudrais ressusciter le bon Leeuwenhoeck : quel plaisir n’aurait-il pas à se voir si bien vengé des attaques de M. de Buffon ! J’espère que celui-ci sera assez galant homme pour convenir qu’il n’avait pas été bien servi par ses microscopes, et pour se rendre à vos preuves. »

Les expériences entreprises par MM. Pasteur et Pouchet sont trop connues pour que nous cherchions ici à les résumer. On sait que les mêmes expériences, faites, en apparence du moins, dans les mêmes conditions, ont souvent donné entre leurs mains des résultats différents, et qu’ils en ont ainsi déduit des conséquences en rapport avec, la théorie qu’ils défendaient. En dehors de ces faits il est un argument, invoqué par les hétérogénistes, qui frappe vivement l’esprit en mon-

traul les coiiséQueuccs de la üissérniüaliun acrieiHie des geiiiies des proto-organismes admise par les panspermistes comme la source principale de ces germes : « L’expérience vient démontrer ptesquc mathématiquement, dit M. Pouchet, que si la dissémination aérienne était réelle, il faudrait que chaque millimètre cubique de l’atmosphère contînt immensément plus d’œufs qu’il n’y a d’habitants sur le globe. Si l’on admet que chaque goutte recèle 500 millions de monades, en représentant celle-ci par 8 millimètres cubes, il en résultera que chaque millimètre contiendra 62,500,000 animalcules. En supposant seulement que l’atmosphère offre en suspension cent espèces de microzoaires ou de cryptogames, pour fournir aux exigences de la dissémination, il faudrait donc, que chacun de ses millimètres cubiques renfermât 6,250,000,000 d’œufs en disponibilité. El alors l’air dans

lequel nous vivons aurait presque la densité du fer. »

M. Pouchet, comme histologiste, appartient à l’école française; il admet que les élémen ts anatomiques se forment, par une sorte de génération nouvelle et indépendante des autres éléments préexistants, dans un blastème sécrété par ces derniers. Les ovules naissent de la même manière au milieu d’un fluide granuleux sécrété par l’ovaire, et sans avoir aucune connexion avec l’appareil dans lequel ils se forment. « Ce n’est donc, ajoute-t-il, qu’un produit qui, par sa propre force plastique, s’est organisé au milieu d’un fluide, ainsi que l’aüinité chimique produit un cristal dans une solution saline. Cette force organique est si bien inhérente aux ovules que ceux qui cheminent dans un long oviducte grossissent souvent dans le trajet avant d’être pondus, et avant l’annexion de leurs enveloppes advenlives. Or si la production d’un ovule, dans la génération normale, est indépendante de la mère et dérive des réactions d’un simple fluide sécrété, on ne voit pas pourquoi certaines macérations abondantes en molécules organiques ne pourraient pas aussi produire des protozoaires. «

C’est en partant de ces principes que M. Pouchet admet que la genèse des ovules des protozoaires dans la pellicule qui se forme à la surface des infusions, et qu’il décrit sous le nom de pellicule proligère, est absolument analogue à celle de l’ovule normal dans l’ovaire. 11 n’est cependantpas suivi dans cettevoie parle chef de l’école micrographique de Paris. M. Robin, en effet, ne regarde pas comme impossible, mais n’admet pas encore comme démontrée, la naissance spontanée d éléments anatomiques quelconques hors de l'économie, à

plus fortü raison celle d’organismes vivants, quelque simples d’ailleurs qu’ils soient. D’un autre côté, si l’on passe à l’école allemande, on voit que l'aphorisme de M. Virchow, omnis cellula è cellulâ, est tout autant en opposition avec l’hétérogénie que l’ancien aphorisme foi'mulé par Harvey ; omne vivum ex ovo.

Ce qui, dans ces derniers temps, paraît avoir surtout préoccupé l'esprit des investigateurs, c’est la recherche des germes mêmes des organismes-ferments et de leur mode d’évolution. .lusqu’à présent les panspermistes qui sont, il faut bien le reconnaître, en majorité, avaient invoqué la dissémination des germes dans les milieux où les animaux et les plantes trouvent la vie, mais cette notion était plutôt une déduction logique de leur principe que le résultat d’une démonstration directe et positive. On constatait en effet, dans les matières en fermentation, l’apparition de microzoairesctde microphytes, mais on n’avait pas isolé leurs larves ou leurs germes, et on n’avait pas suivi l’évolution ou les transformations de ces derniers.

M. Lemaire, un des premiers, a cherché à combler cette lacune. Dans un travail qu’il a communiqué eu 1867 à l’Académie des sciences, il a montré que la vapeur d’eau contenue dans l’air confiné d’une caserne ou d’une casemate, et condensée par le froid, renferme de petits corps sphériques, ovoïdes ou cylindriques, dont le nombre diminue à mesure que celui des infusoires qui se développent augmente, et qu’on doit, par conséquent, considérer comme les germes de ces mêmes infusoires. Des expériences précédentes faites avec la vapeur d’eau condensée de l’atmosphère qui règne sur les marécages de la Sologne, avaient conduit le même observateur à des résultats identiques. Mais l’air n’est pas le seul réceptacle ni le seul véhicule des germes zymotiques; les liquides et les solides, organiques ou inorganiques, peuvent en contenir, et c est là quil s agissait de les trouver, de démontrer leur présence, de déterminer le rôle qui leur incombe; tel a été l’objet des principales recherches dont nous avons maintenant à parler.

On sait qu’il existe dans les corps organisés et dans les substances organiques de petits corpuscules désignées sous le nom générique de granulations moléculaires. Ces granulations sont animées du mouvement brownien, mouvement qui a été diversement expliqué, mais qu’on regarde généralement comme un phénomène d’ordre purement physique. Or ce sont ces granulations, appelées microzynuis par

M. Bécliamp, qui seraient les germes des organismes-ferments. Elles existent chez les êtres vivants à l’état normal; on en trouve dans la sève des végétaux, dans les utricules polliniques, dans les tissus des animaux, dans les liquides organiques qui baignent ces tissus, etc. Leur présence semble être en rapport avec l’exercice de telle ou telle fonction. C’est ainsi que, d’après M. le Ricque de Moncby, elles concourent dans les plantes à la maturité des fruits, et que, chez les animaux comme chez les végétaux, elles ont pour mission d’élaborer certaines matières propres à la régénération incessante des éléments organiques.

Les microzymas du foie ont été principalement étudiés parMM.Béchamp et Estor. La matière glycogène sécrétée par cette glande est une fécule dans un état particulier de solubilité. Ces auteurs ont cherché quel était le ferment soluble ou la zymase qui pouvait saccharifier cette fécule. A cet effet, ils ont isolé les granulations qui constituent un des éléments constants des cellules hépatiques. Ces granulations (microzymas) sont, comme toutes les autres, animées du mouvement brownien ; elles sont imputrescibles ; leur insolubilité dans l’acide acétique et dans la potasse caustique montre qu’elles ne sont un produit ni graisseux ni albumineux. MM. Estor et Béchamp ont mis ces microzymas en présence d’une certaine quantité d’empois de fécule ; l’empois s’est fluidifié, mais il n’y a pas eu transformation de la fécule en glycose. En faisant agir au contraire sur l’empois des portions de foie réduites en pulpe, la saccharification de la fécule a eu lieu. Il en résulte, selon eux, que cette saccharification est due, non aux microzymas, mais à la zymase qu’ils produisent avec les matières albumineuses des cellules hépatiques. Voilà comment la présence de ces granulations concourrait à la fonction glycogénique du foie.

Les microzymas n’auraient pas seulement la propriété ou la mission d’assurer l’exercice de certaines fonctions; ils contribueraient encore dans des circonstances données au développement ou à la transmission de certaines maladies. C’est ce qu’on voit dans une maladie particulière des vers à soie, dans laquelle les œufs qui contiennent des microzymas produisent les morts-flats. 11 résulte des recherches faites dans ce sens par M. Béchamp que les mici'ozyrnas ont leurs maladies, et qu’ils peuvent transmettre ces maladies aux organismes dont ils font partie ou à ceux clans lesquels ils pénètrent.

Le iiesl pas exclusivement dans le règne organique qu’un trouve des microzymas et qu’on observe la manifestation des pliènomènes que provoque leur présence; on en constate aussi dans le régne minéral; la craie, en effet, d’aprèsM.Béchamp, et le bicarbonate de soude du commerce, d’après M. le Ricque de Monchy, contiennent de ces corpuscules. Ces mêmes microzymas ont la propriété, dans certaines fermentations, de réduire les nitrates et les sulfates. C’est pour ce motif que l’on trouve des sulfures dans les boues des grandes villes.

Voilà, certes de nombreuses fonctions attribuées aux microzymas. 11 reste, pour compléter leur histoire, deux points à résoudre ; 1* comment accomplissent-ils ces fonctions; 2° sont-ils véritablement des germes d’infusoires, et a-t-on suivi leurs transformations jusqu’au développement complet du microzoaire ou du microphyteV

Relativement au premier point, les expériences semblent abonder pour démontrer que les microzymas agissent comme des fennenls.

M. le Ricque de Monchy a fait agir les microzymas du bicarbonate de soude du commerce sur du sucre de canne et de la fécule ; la transformation du sucre et la saccharification de la fécule ont eu lieu.

M. Béchamp a obtenu la fermentation caproïque en mettant en présence de l’alcool éthylique, de la craie de Sens renfermant des microzymas et de la viande lavée.

Le même observateur et M. Donné, après avoir brouillé le blanc et le Jaune d’un œuf, en laissant la coquille intacte, ont remarqué que l’œuf subit la fermentation alcoolique et la fermentation acétique. M. Béchamp s’est assuré que cette fermentation spontanée s’est produite sous l’influence des microzymas du jaune de l’œuf.

M. le Ricque de Monchy, dans d’autres expériences, a obtenu la transformation du sucre de canne et la dissolution ou la saccharification de la fécule avec des microzymas pris dans les utricules polliniques, dans des œufs de papillon, dans le liquide organique de quelques insectes, comme des chenilles et des araignées, à la face pigmentaire de la choroïde d’yeux de bœuf, etc.

On voit par tous ces exemples que les microzymas agissent comme de véritables ferments à l’égard des substances analogues à celles avec lesquelles ils sont en contact dans leur milieu naturel. Il semble permis d’en conclure qu’ils se comportent de la même manière quand ils restent dans ce milieu, et par conséquent que les phénomènes immédiats qu’ils provoquent ne sont autre rhoso qiu* dos forniontations.

Nous arrivons au second poiiil, sans contredit le plus important pour le sujet qui nous occupe : les inicrozymas sont-ils des germes d’infusoires?

L’examen microscopique de la vapeur d eau condensée de 1 air observé dans les casernes, les casemates ou au-dessus des marais, a permis àM. Lemaire de suivre, non point tout à fait pas à pas, mais du moins dans leurs formes principales, la transformation en bactéries ou en vibrions des corps sphériques, ovoïdes ou cylindriques qui en ont été considérées par lui comme les germes. MM. Béchamp et Ester ont institué des expériences dans lesquelles ils ont pu suivre également les transformations successives des microzymas en bactéries. A cet effet, ils ont observé des foies qu’ils ont abandonnés à l’air ou qu’ils ont mis en contact avec une solution sucrée ou de l’empois d’amidon additionné de créosote, et ils ont vu qu’au centre même des corps en expérience, par conséquent sans l’influence d’aucun germe extérieur, les microzymas perdent leur forme, s’associent en chapelet et s’allongent de manière à présenter en définitive des bactéries isolées ou associées.

De sou côté, M. Davaine, en inoculant des bactéries à des plantes grasses où la reproduction de ces protozoaires trouve des conditions extrêmement favorables, a observé toutes les formes qu’elles peuvent revêtir, depuis l’apparence de granulations jusqu’à l’aspect de filaments longs à deux ou trois segments. Les corpuscules jouissent d’une vitalité plus grande que les infusoires adultes. A l’état de poussière, ils constituent des germes dépourvus de tout caractère morphologique propre à révéler leur nature organisée ; mais ils n’en sont pas moins aptes, quand on les replace dans des milieux convenables, à se développer et à reproduire ainsi les bactéries les plus parfaites.

Pendant que les observateurs que nous venons de mentionner cherchaient ainsi les germes des ferments et les trouvaient dans les granulations moléculaires répandues dans tous les corps vivants et dans les matières organiques, d’autres entreprenaient des recherches semblables sur les virus, et arrivaient à des résultats identiques. MM. Coze et Feltz, dans leurs remarquables expériences sur la présence des infusoires et l'étal du sang dans les maladies infectieuses, ont établi en effet que ce sont les éléments moléculaires des liquides putrides, et non les liquides eux-mémes, qui sont septiques. M. Chauveau a constaté également que l’élément actif dos virus réside, non

dans la partie liquide, mais dans les corpuscules qu’ils rcnfemieut, et il est parti de cette donnée pour clierclier à expliquer les dilTérences qui existent entre certaines maladies virulentes relativement à leur transmissibilité par infection. Mais nous aurons à examiner plus loin les questions afférentes à ce sujet; revenons à celles qui concernent plus spécialement l’origine des ferments.

Il résulte de l’analyse rapide que nous venons de faire des derniers travaux publiés sur ce point, qu’il existerait normalement chez tous les êtres vivants des germes d’organismes-ferments, et que ces germes sont représentés par les corpnscules, granulations moléculaires ou microzymas.

Ces corpuscules se comporteraient eux-mêmes comme des ferments, qu’ils agissent sur des substances faisant encore partie intégrante de l’être vivant ou surl’une des matières qui en sont séparées.

Les microzymas ne présentent pas de caractère morphologique qui révèle leur nature organisée ou qui permette de les distinguer les uns des autres; ils se différencient entre eux par les fonctions qu’ils remplissent.

A. l’état physiologique ils conserveraient leur forme, qui est celle d’une sphère; mais dès que le milieu où ils se trouvent deviendrait favorable à leur évolution, ils ne tarderaient pas à se développer. C’est ainsi qu’à l’état pathologique, ou dans les parties isolées de l’être vivant, ils subiraient une série de transformations à la suite desquelles, sans l’influence d’aucun germe étranger, ils représenteraient des bactéries, ou d’autres infusoires semblables, à l’état complet de développement.

Ce fait présente la plus grande importance, tant sous le rapport des nombreuses expériences qui ont été faites pour éclairer la question des générations spontanées, qu’au point de vue de la pathogénie des maladies zymotiques. Si en effet, pour ce qui concerne ce dernier point, il existe véritablement à l’état physiologique, 'chez les êtres vivants, des germes qui, par leur développement anormal, peuvent produire ou plutôt constituer les organismes-ferments ou infusoires qu’on trouve, après certaines afl’ections, dans le sang ou dan s les autres liquides de l’individu malade, on ne pourra plus affirmer que l’affection observée a eu pour origine et pour cause l’introduction dans l’organisme et l’action consécutive de germes étrangers. De plus, la présence des infusoires dans les produits pathologiques pouria

tuul aussi bien élru considérée comme l’eflél que comme la cause de la maladie.

La question ainsi posée devient beaucoup plus complexe quelle ne l’est pour ceux qui admettent que tous les germes zymotiques viennent de l’extérieur. Il y a en effet à tenir compte, non-seulement des rapports de l’introduction de ces germes daus 1 organisme avec l’évolution de la maladie, mais encore des rapports de la maladie, une fois produite, avec le développement des germes intérieurs. Ces divers éléments doivent combiner leur action de manières différentes, et dans le résultat final, il faut nécessairement, pour ne rien omettre, faire la part (Je chacun d eux.

Quoi qu’il en soit, pour tous les auteurs dont nous venons de passer en revue les travaux, que les germes viennent du dehors ou qu’ils soient fournis par l’être vivant iui-môme, leur nature et leur mode d’action sont identiques ; ce sout des organismes-ferments, et les phénomènes qu’ils produisent, en accomplissant leurs fonctions, sont des phénomènes de fermentation. 11 est donc permis de dire que ces travaux donnent une nouvelle impulsion à la pathologie animée. Il n’est plus question, il est vrai, d’archée ni de principe vital; mais après plus de deux siècles de distance on revient en définitive à la doctrine des ferments physiologiques et des ferments morbides de Van Helmont. On a dit avec raison que la science, dans son mouvement ascendant, ne suit pas une ligne droite, mais une spirale dont les tours plus ou moins serrés ramènent celui qui les suit plus ou moins en regard de points déjà parcourus.

Nous avons dit que les recherches relatives à la transformation des microzymas en infusoires offrent une grande importance au point de vue de la question des générations spontanées. Cette question touche elle-même de trop près à celle qui nous occupe pour que nous ii’y consacrions pas quelques nouveaux développements. Nous n’avons nullement l’intention de nous départir sur ce point de la réserve que nous nous sommes imposée jusqu’ici; nous croyons seulement que les derniers travaux dont les microzymas ont été l’objet sont appelés à modifier certaines idées, tant dans le camp des pan-permistes que dans celui des hétérogénistes, et à mettre à décou-

vert LUI tornüii uii les uns et les autres puiirraieiiL se rencontrer sans se heurter aussi violemment qu’ils l’ont fait jusqu’à ce jour. Ce n’est pas que nous rêvions une conciliation entre les deux partis; toute conciliation suppose des concessions réciproques, et en science la vérité n’en saurait faire à l'erreur. Mais il arrive souvent qu’une discussion se perpétue, parce que la véritable inconnue du problème n’a pas été nettement déga<îée; or c’est cette inconnue que, dans le débat relatif à l'hétérogénie, l’étude des microzymasetdu rôle qu’ils remplissent pourra peut-être, dans un avenir plus ou moins prochain, finir par bien déterminer. Dans tous les cas, cette étude ouvre des aperçus nouveaux qu’il importe de faire ressortir.

Et d’abord il ne sera pas sans intérêt de rappeler deux ordres de faits qui semblent corroborer ceux que nous avons fait connaître, et qui ont l’avantage de présenter, sous un point de vue encore plus général, les résultats observés par les savants expérimentateurs de Montpellier.

Le premier se rapporte aux phénomènes qui se passent dans les vaisseaux laticifères de diverses plantes soumises à la putréfaction. M. Trécul a observé que le suc contenu dans ces vaisseaux est remplacé peu à peu par un liquide tenant en suspension une grande quantité de granules dont quelques-uns, de forme elliptique, s’allongent, germent et poussent une tigelle à l’une de leurs extrémités. Quelle est l’origine de ces microphytes? sont-ils nés de germes venus de l’extérieur, ou résultent-ils d’une modiflcation des éléments propres du latex? M. Trécul démontre l’impossibilité d’admettre la première hypothèse et conclut par conséquent à la transformation en microphytes des granulations contenues dans les vaisseaux lati--' cifères (1).

(1) Dans itne note ultérieure présentée à l’Académie des sciences, M. le Ricque de Monchy rend compte de nouvelles recherches qu’il a faites sur la formation des granulations moléculaires et leurs transformations dans les tissus et les liquides organiques. Il a vu les granulations du cambium et de la sève s’allonger et pousser une tigelle à l’une de leurs extrémités, quelquefois aux deux opposées; un bâtonnet doué d’un mouvement oscillatoire et ressemblant à une bactérie se forme; mais ces granulations moléculaires ne se transforment pas en

Dans le secoiui onlre de tails, il s'agit d'observations laites sur une substance animale. M. Henri Liouville examine les transformations qui s’opèrent dans de la sérosité provenant d’un vésicatoire ou d'une brûlure, et abandonnée à lair. 11 remaïque tout d abord des granulations douées de mouvements et se présentant sous la forme de granules extrêmement iins, ou de corpuscules irréguliers, ou de vésicules avec un point noir central. Puis ces granulations s’associent, s’allongent, se fragmentent, et deviennent de véritables bactéries, à l’état libre ou associé.

Les observations de Iil. Trécul et de M. Liouville sont donc confirmatives de celles de MM. Bécliamp, Estor et le Ricque de Monchy. Mais que sont en définitive ces granulations qui subissent des transformations si remarquables? quelle est leur nature, leur composition chimique? Sur ce point il y a peu d’entente parmi les histologistes.

On sait que M. Robin reconnaît quatre espèces de granulations ; ries granulations graisseuses, solubles dans l’étber, insolubles dans l’acide acétique et dans l’acide gallique; 2" des granulations plus ou moins semblables aux précédentes, mais solubles dans les deux acides qui vienneut d’être nommés; 3“ des granulations grises, ou poussière organique, ayant un pouvoir réfringent faible, ne présen-

bacléries, car ces dernières, les vibrions et les végétau.x d’un ordre inférieur, sont insolubles dans la potasse. Or, les granulations moléculaires et les bâtonnets du cambium et de la sève disparaissent instantanément dans une solution concentrée de potasse.

Ces granulations, observées dans une solution créosotée de sucre, se transforment plus tard en vésicules à point noir central, d’un diamètre relativement grand, et en cellules à noyau avec ou sans nucléole. Ces éléments se retrouvent normalement dans la sève des parties du bois voisines de la moelle. Ils diffèrent par leurs propriétés des granulations d’où ils émanent : ils sont en effet insolubles dans la potasse.

M. le Ricque de Monchy conclut de ses recherches que les granulations moléculaires qui ont servi à ses expériences ne sont pas des germes (le bactéries ou de vibrions, mais des cellules vivant d’une vie qui leur est propre, puisqu'elles se développent, des ferments organisés existant à 1 état normal dans les liquides organiques des végétaux, des insectes et des autres animaux, et, ce qui est à remarquer, subissant, bien que ü origines différentes, la môme transformation.

luMl pas comme les deux ijremières espèces uii coiilour foncé et un centre brillant jaunâtre, solubles dans l’acide acétique, la potasse, la soude, etc.; 4° des granulations pigmentaires.

Les microzymas observés yjar MM. Béchau]p et Ester ne peuvent être rapportés à aucune de ces espèces de granulations; ils sont en eflèl insolubles dans l’acide acétique et dans la potasse (t).

La description que M. Liouville donne des corpuscules qu’il a observés dans la sérosité des vésicatoires ou des brûlures au second degré, s’éloigne aussi de celle que M. Robin faitdes diiïéren tes sortes de granulations.

Dans les observations de M. Trécul sur les transformations du latex, ce sont des éléments amylacés qui paraissent avoir constitué les spores des nouveaux microphytes.

Enfin voici comment M. Deschamps décrit les cellules ovulaires simples, ou cellules germinatives, nom par lequel il désigne les granulations que M. Béchamp a appelées microzymas ; « Isolées, dit-il, elles sont ovales, allongées ou cylindriques, rondes, hyalines, avec ou sans nucléole apparent, variables de volume; elles acquièrent une extrême mobilité dès que leur captivité se termine : les unes s’élèvent à la surface des liquides pour se solidifier; les autres, toujours agitées, restent dans la liqueur. »

Un peu plus, loin le même auteur se demande si les globules du sang et ceux de la sève ne sont pas des cellules ovulaires en circulation : « Les globules de la sève, ajoute-t-il, n’ont pas le caractère précis de la cellule ovulaire; ils sont pleins, opaques et arrondis; les cellules se distinguent par leur transparence, leur forme elliptique ou ovale et le nucléole. En plongeant les globules sanguins dans une solution iodée, j’ai vu se dessiner assez bien les caractères de la cellule germinative à l’état naissant. »

On voit quelle obscurité règne encore sur les différentes espèces de granulations, en particulier sur celles qui, nommées par les uns microzymas, par les autres cellules ovulaires ou germinatives, constitueraient, d’après les travaux mentionnés plus haut, les œufs des

(1) On a vu dans la noie de la page précédente que, suivant M. le Ricque de Monchy, les granulations sont, avant leurs transformations, solubles dans la polassc.

inicTOzoairos ou les spores des niicrnpliyles. On ne. peut donc que convier les observateurs à de nouvelles recherches.

Il est un autre point qui demande à Être élucidô, c’est celui de l’origine ou du mode deformation des microzymas. Il semble résulter des observations de MM. Béchamp, Ester, le Ricque de Monchy, que les microzymas existent à l’état normal dans les êtres vivants. Mais on sait que dans les humeurs pathologiques, de môme que dans celles d’un animal qui vient de mourir, on voit apparaître une grande quantité de granulations, alors que précédemment il en existait peu ou point. Les éléments figurés eux-mêmes, qui sur le vivant renferment très-peu de granulations, paraissent très-granuleux après la mort. Enfin, dans les observations de M. Trécul, les granulations semblent s’être formées également dans le latex après que la plaute a eu cessé de vivre.

M. Robin attribue la formation des granulations après la mort à la coagulation des humeurs, coagulation qui contribue aussi à la production de la rigidité cadavérique. Mais sur le vivant il est un fait très-remarquable et qu’il importe beaucoup ici de noter, c’est que si l’on trouve des granulations dans une humeur pathologique ou dans un liquide d’excrétion, il s’en développe aussi dans un blastème qui commence à s’organiser. En d’autres termes, et pour parler le langage moderne, que l’on observe uu travail de métamorphose progressive ou de métamorphose régressive, le premier phénomène que l’on constate, c’est l’apparition de granulations. Elles semblent ainsi constituer la phase initiale de l’organisation, comme celle de la décomposition. Dans le premier cas elles deviendraient en quelque sorte la matrice des éléments anatomiques destinés à l’accroissement ou à l’entretien de l’être vivant; dans le second elles seraient les germes mêmes, œufs ou sporules, des microzoaires ou des micropbytes destinés à produire les transformations ultimes de l’être organisé qui a cessé de vivre.

Ces réflexions trouveront sans doute une certaine opposition dans l’esprit de ceux qui n’admettent, pour la génération des éléments anatomiques, que le mode de multiplication ou de prolifération cellulaire. Mais nous ferons observer qu’ils n’ont pas déterminé le rôle physiologique des granulations moléculaires mieux que ceux qui admettent la génération spontanée des éléments anatomiques au sein d’un blastème : cette partie de la physiologie générale reste encore

l’une lies plus obscures. Nous ajouterons d’ailleurs que, même en acceptant les idées doctrinales qui ont cours surtout en Allemagne, il est possible de se rendre compte des faits précédents, mais alors en considérant certaines granulations comme des éléments proliférés de cellules préexistantes. Nous trouvons une justification de cette manière de voir dans le passage suivant de M. Virchow : « Dans une autre série de néoplasies, dit-il, le développement procède aussi par la division des éléments; mais la segmentation se fait avec une grande rapidité et produit des éléments de plus en plus petits, au point qu’il est quelquefois impossible de les reconnaître pour des cellules, à cause de leurs divisions fort minimes. La multiplication des cellules peut cesser en ce point, les éléments nouveaux recommencent à croître et à augmenter de volume, et, suivant les circonstances, il peut se reformer une production semblable à celle par où avait commencé le développement. Mais tel n’est point le cas ordinaire : généralement les éléments jeunes et de petit volume prennent une autre voie de développement qui conduit à l’hétérologie. » [Pathologie cellulaire.)

Quoi qu’il en soit des doctrines et des explications qu’elles peuvent donner du fait, ce fait n’en paraît pas moins réel : les tissus et les humeurs des êtres vivants renferment des granulations ou des corpuscules qui, à l’état pathologique ou après la mort, se transforment en microzoaires et en microphytes, agents principaux de la décomposition putride.

Le champ du débat entre panspermistes et hétérogénistes se trouve dès lors déplacé. L’air atmosphérique ne doit plus être considéré par les premiers comme le grand réceptacle des germes ; il en contient sans doute, mais il les emprunte à la matière organisée ; c’est celle-ci qui les renferme de première source, c’est l’être vivant qui est en quelque sorte le fabricant de ces germes. De leur côté les hétérogénistes ne peuvent plus invoquer en faveur de leur doctrine les expériences où ils ont vu des infusoires se développer dans une atmosphère pure de tout germe ; ils ne peuvent pas davantage affirmer que dans une macératiou l’œuf du microzoaire ou la spore du microphyte résultent du rapprochement fortuit de granulations organiques , ces gianulations, en effet, peuvent constituer elles-mêmes l’œuf ou la spore. Or si tout porte à croire qu’elles se sont développées dans l’être vivant par genèse hOTuogénigue, il reste à démontrer qu elles peuvent se dé-

velopper également dans un liquide putrescible par genèse hété7'ogé~ nique.

Les nouvelles recherches à entreprendre devront donc avoir pour but, d’abord de multiplier les observations analogues à celles de MM. Béchamp, Ester, Le Ricque de Monchy,Trécul, Liouville, etc. (1) ; ensuite, si les faits constatés par ces observateurs sont confirmés, de déterminer la résistance vitale des granulations moléculaires qui doivent se transformer en infusoires.

Sans doute de nombreuses expériences ont été déjà faites à cet égard, mais elles restent désormais insuffisantes, car on a opéré généralement ou sur des infusoires adultes, ou sur des germes en quelque sorte virtuels qu’on supposait exister dans la substance organi-

(1) M. Pennetier, dans son ouvrage sur Vorigine de la vie, rapporte l’expérience suivante de M. Mantegazza ;

« Il (le professeur de Milan) prit, dit-il, un tube de verre à parois très-minces, aplati et fermé à l’une de ses extrémités; il y introduisit un peu d’eau, un peu d’air et quelques fragments de tissu cellulaire végétal; il le ferma alors à la lampe, et le plaçant sous le microscope horizontal de Chevalier, grossissant 400 fois environ, il observa ce qui suit. Au bout de deux heures, il aperçut un amas de fines granulations provenant de la désorganisation du tissu végétal, et, peu à peu, il vit se détacher, sur les bords irréguliers de cet amas granuleux, de petites excroissances transparentes et immobiles. C’est le bacterium tei'mo en voie de formation. Trois ou quatre heures après, les excroissances, devenues libres, entrèrent en mouvement, oscillèrent lentement d’abord et comme si elles s’essayaient à l’existence, puis s’élancèrent avec la rapidité d’un trait au sein du liquide. Leur nombre augmenta insensiblement et devint si énorme qu’au bout de dix heures le liquide était devenu trouble. »

Cette expérience est entièrement conforme, à en juger par la description des phénomènes, aux observations plus récentes que nous avons mentionnées. Dans l’esprit du savant professeur de Milan, comme dans celui de M. Pennetier, elle semble démontrer la génération spontanée des bactéries; mais en concevant le problème comme nous l’avons posé, il reste à résoudre la question de savoir si les granulations qui apparaissent dans les deux premières heures préexistent ou non, comme éléments constituants, dans le tissu végétal, et d’un autre côté si les bactéries sont ou ne sont pas de simples transformations do ces mêmes granulations parvenues à un degré plus avancé de développement.

que. Or on posséderait mainlenaiil (le véritables germes qu’on pourrait isoler. D’un autre côté si, de l’avis de tous les observateurs, les protozoaires les plus petits, les plus simples, résistent mieux aux agents physico-chimiques que ceux qui ont une organisation plus avancée ou plus complexe, il est permis de conclure que les œufs ou les spores offrent une résistance plus grande que les infusoires adultes. Enfin, avant que les granulations ne soient dissociées dans une infusion portée à l’ébullition, il en est qui, par leur situation au milieu de beaucoup d’autres, sont protégées par celles-ci contre les effets du calorique, et qui par conséquent peuvent résister assez longtemps à une température élevée. C’est d’ailleurs ce que M. Pouchet a observé lui-même sur des semences du medicago du Brésil, qui ont pu germer après avoir supporté une ébullition de quatre heures de durée. Le savant physiologiste a constaté que grâce à une disposition organique particulière, les graines qui avaient germé étaient restées impénétrables à l’eau.

Il est probable, d’après cela, que le mode sous lequel la matière organisée est soumise à l’expérience doit avoir une assez grande influence sur la résistance vitale des granulations. Si celles-ci sont disséminées, comme dans une substance miscible à 1 eau , cette résistance à l’action du calorique sera moindre; si au contraire elles sont encore à l’état d’association, comme dans des infusions vé- «étales celles qui se trouveront au centre des tiges de la plante seront dans des conditions semblables à celles des graines de medicago qui ont germé. C’est sans doute ainsi qu’il faut expliquer la divereence de"’s résultats obtenus par les panspermistes et les hétérogé-

nistes Les premiers emploient d’ordinaire un liquide légèrement putrescible et prolongent longtemps l’ébullition ; les seconds choisissent un liquide plus riche en matières putrescibles et ne prolongent que peu de temps l’action de la chaleur. Ceux-ci accusent leurs aciver- Lres d’enlever à la substance organisée ou organique toute vertu e transformation ; il est plus probable que dans le premier cas orgauisation de cette substance est complètement détruite, tandis que dans le second une assez grande quantité de granulations a pu échappe

" c'eluo?c,tor^ sur le degré de résislance à la chaleur

des crranulations moléculaires que devront porter principa emen

e:;?rces'lliveeauxgéuéralionsspouta„ées.leshélérogéms.es

devront démontrer, d’une manière irréfutable, que tous les germes sont détruits dans la matière sur laquelle ils opèrent. Il est d’ailleurs pour eux un moyen de remporter une éclatante victoire : ils ont vu des infusoires se développer dans un air artificiel, dans de l’eau distillée ou résultant de la combinaison de l’hydrogène avec l’oxygène; qu’ils emploient concurremment une matière organique obtenue par des procédés chimiques, et si leur expérience réussit, avec toutes les précautions nécessaires pour éviter l’introduction de germes étrangers, la panspermie aura reçu un coup dont elle ne pourra plus se relever. Avec de la matière de provenance exclusivement inorganique, on aura en effet obtenu cette cellule vivante qu’on a mis les hétérogénistes au défi de produire.

Le rôle qui paraît incomber aux microzymas ouvre de nouveaux aperçus dans un ordre d’idées non moins élevé que celui des générations spontanées. Il est une opinion aujourd’hui très-généralement répandue d’aprè.s laquelle les êtres vivants, vertébrés ou invertébrés, ne constituent pas une unité organique, mais un agrégat, une société,, une colonie de petits organismes ayant leur autonomie propre et réunis les uns aux autres par une sorte de lien fédératif. Chaque élément anatomique, chaque cellule jouit, avec une indépendance relative, de tous les attributs de la vie;» elle naît, elle se nourrit, s’accroît, se reproduit et meurt. Elle constitue en un mot une individualité distincte qui a sa manière d’être, ses attributs, sa fonction, et jusqu’à ses. maladies. Les expériences si curieuses de greflé végétale et de greffe animale ont démontré cette autonomie de la cellule. Nous devons ajouter que la solidarité entre les divers éléments primordiaux est d’autant plus étroite que l’être auquel ils appartiennent est plus élevé dans la hiérarchie zoologique. En vertu de cette solidarité, chaque élément concourt par une fonction spéciale au maintien de la vie fédérative. Quand le lien qui unit tous ces éléments les uns aux autres est rompu, ils retournent à l’état inorganique d’où ils sont sortis. Ür c’est alors que commencerait le rôle des granulations dont l’activité fonctionnelle, pendant la vie de l’animal ou de la plante, serait restée à 1 état latent : elles auraient en effet, en se développant, pour but et pour résultat de ramener la substance organisée à l’état de matière inorganique.

L’étre vivant porterait ainsi en lui-même des éléments de vie, de mort et de destruction. A l’état physiologique, les premiers seuls par-

courraient les diverses phases de leur évolution, tandis que les autres sommeilleraient en quelque sorte. A l’état pathologique, quelques-uns de ceux-ci, trouvant un milieu favorable, se développeraient à leur tour, et il y aurait comme une sorte de lutte entre eux et les premiers. Enfin, après la mort, une dernière classe d’éléments entrerait à son tour en activité. Ce qui veut dire qu’il n’y aurait pas, à proprement parler, mort, mais simplement transformation d’une vie collective en une foule de vies libres et isolées. Et le résultat de cette transformation serait le retour à l’état primitif de la matière inorganique, empruntée, modifiée, assimilée par l’être organisé vivant. Ainsi s’accomplirait, par l’action incessante de la vie, le mouvement circulaire de la matière de l’état inorganique à l’état organisé, et de celui-ci à l’état inorganique.

Mais laissons là ces idées par trop spéculatives. Notre digression est déjà bien longue; revenons vite à notre sujet, et tâchons d’appliquer les considérations que nous avons développées jusqu’à présent à la solution de quelques points que soulève l’étude des maladies zymotiques.

Le programme que nous nous sommes tracé nous conduit à examiner l’assimilation qu’on a voulu établir, soit dans leur nature, soit dans leur mode d’action ou d’évolution, entre les ferments d’un côté, et de l’antre les miasmes et les virus. Or il est une question qui se pose tout d’abord à l’esprit, et dont la solution négative dispenserait nécessairement de cet examen, c’est celle de savoir si des phénomènes de fermentation peuvent se développer et s’accomplir dans 1 être vivant. La réponse à cette question est facile , elle ressort même tout naturellement des considérations qui précèdent; mais pour ne pas paraître tomber dans une sorte de pétition de principe, nous rappellerons quelques notions de physiologie et de pathologie.

M. Claude Bernard injecte séparément dans les veines de lapins de l’amygdaline ou de l’émulsine ; les animaux n’en paraissent nullement souffrir. Puis sur un même lapin il injecte dans une veine de l’araygdaliue, dans une seconde veine de l’émulsine, et l’animal ne tarde pas à succomber avec tous les symptômes de l’empoisonnement par l’acide cyanhydrique. La fermentation amygdalique s’est donc

produite dans le sang dès que l’éniulsiiie, matière fermentescible, s’est trouvée en contact avec son ferment.

Dans une autre série d’expériences, M. Claude Bernard injecte dans les deux veines jugulaires d’un chien une solution de sucre et de la levûre de bière. L’animal succombe en deux ou trois jours à des symptômes adynamiques; l’autopsie révèle des lésions analogues ù, celles de l’infection putride. Ici encore l’altération primitive du sang n’a pu être que le résultat de la fermentation du sucre sous 1 influence de la levûre. Nous ne savons si, dans cette circonstance, l'examen microscopique du sang a été fait; il y aurait grand intérêt à savoir si le ferment cérévisique s’est développé, et à contrôler ainsi l’induction précédente par l’observation directe.

Les expériences entreprises par MM. Coze et Feltz sur les effets de l’injection de matières putrides dans le sang présentent, sous ce dernier rapport, une importance considérable. Ces habiles expérimentateurs ont constaté, en effet, la multiplication dans le sang des infusoires dont le développement accompagne la fermentation putride, et qui étaient contenus dans les matières injectées. « Nous sommes tentés d’admettre, disent-ils, qu’il y a un rapport direct entre les accidents de l’infection et les petits organismes étrangers qui viennent jouer dans le sang le rôle de ferments et se reproduire. Le sang d’ailleurs est un milieu parfaitement préparé pour un acte fermeutatif : réaction alcaline, température, matière fermentescible. »

Nous devons ajouter que les mêmes auteurs établissent une petite restriction relativement aux phases que peut parcourir la fermentation putride dans le sang des animaux vivants. « La fermentation toutefois, disent-ils, ne nous paraît pas complète; l’absence d’odeur putride très-prononcée, la nature des ferments, bactéries, qui ont pour mission de récolter l’oxygène, la rapidité de la mort et la facilité avec laquelle le sang préparé ainsi à la putréfaction se putréfie après la mort, sont autant de faits qui nous font penser qu’il ne se produit dans l’organisme que le travail tout initial de la fermentation dévolu aux bactéries, et que l’organisme, brusquement envahi, succombe rapidement à ces désordres avant d’arriver à la fermentation putride complète. »

Ainsi, d’après MM. Coze et Feltz, la fermentation putride commencerait pendant la vie pour se continuer ensuite sans interruption; la mort de l’animal, quoique la conséquence de ce travail, ne serait

en quelque sorte qu’un accident qui n’en entraverait en rien la marche.

Les exemples qui précèdent suffisent pour montrer que l’être vivant peut être le siège de fermentations. Nous aurions pu invoquer dès le principe les fermentations physiologiques d’où résultent les transformations et l’assimilation des substances alimentaires; mais on sait que pour certains auteurs ce sont là des pseudo-fermentations. Pour nous, qui avons admis des ferments, insolubles et des ferments solubles, et qui n’avons môme pas caché nos tendances pour la théorie deM. Berthelet, nous admettons naturellement que la transformation des féculents en glycose par ladiastase salivaire, des aliments azotés en peptone par le suc gastrique, la saccharification de la matière glycogène du foie par la zymase que forment les microzymas avec les produits de sécrétion des cellules hépatiques, etc., constituent autant de phénomènes de l’ordre des fermentations. Nous avouons même que cela nous est plus facile que d’attribuer le rôle de ferments aux hématies dans la composition du sang ou les actes de calorification, aux spermatozoïdes dans le phénomène de la fécondation, etc.

Dans l’ordre pathologique, en dehors de toute influence miasmatique ou infectieuse, on peut dire que la fermentation putride ne tarde pas à se manifester dans toute partie, exposée à l’air, qui a cessé de participer à la vie organique. La putridité du pus à la surface des plaies, dans les abcès qui communiquent avec l’air ou dans ceux qui avoisinent des cavités naturelles; la putréfaction du fœtus dans le sein de la mère après la rupture de la poche des eaux ; la fétidité que contractent souvent des produits de sécrétion ; les altérations consécutives à la gangrène ou au sphacèle, etc. : tous ces phénomènes sont du même ordre et justifient notre proposition.

Il est donc bien démontré que l’être vivant, à l’état physiologique, comme à l’état pathologique, est le siège de divers phénomènes de fermentation ; il reste à savoir si le mode d’action des miasmes et des virus se traduit par des phénomènes de môme ordre, et ainsi jusqu’à quel point ils peuvent être assimilés aux ferments. Cette assimilation a ôté faite et doit être examinée au triple point de vue : l- de la composition ou de la constitution des agents; 2° de leurs eflets, 3-’ de la manière dont ils se comportent en présence de certains réactifs. Il ne faut pas oublier qu'elle repose en principe sur ce fait

que les ferments sont constituôs par îles organismes vivants ; aussi la plupart des recherches que nous passerons rapidement en revue ont pour but de montrer que les agents dont nous nous occupons renferment, comme éléments essentiels, des œufs de microzoaires ou des spores de microphytes.

Les niots effluves, miasmes, virus servent à désigner trois sortes de principes morbigènes sur lesquels tous les auteurs ne sont pas entièrement d’accord. Ainsi, taudis que pour M. Robin les deux preinieis termes sont à peu près synonymes, le miasme n’étant que 1 effluve qui exerce une action dangereuse sur l’économie animale, M. Bouchut établit entre ces deux agents une différence plus radicale en regardant les effluves comme produits par la décomposition de matières végétales et les miasmes par les émanations de l’organisme vivant ou de matières animales en putréfaction. Au point de vue de leur rôle pathogénique, les effluves donneraient lieu aux maladies intermittentes avec hydrémie ou leucémie, les miasmes aux affections typhoïdes, pestilentielles et septicémiques.

On ne s’entend pas mieux sur la distinction à établir entre les miasmes et les virus. Pour certains auteurs il n’y en a aucune, le miasme n’étant qu’un virus volatil ou un virus extrêmement divisé dont les particules sont transportées et disséminées par la vapeur d’eau atmosphérique. «Entre les virus et les miasmes, ditM. deVauréal, il n’y a donc qu’une différence, c’est le mode de transport, et cette différence disparaît souvent, puisque les miasmes peuvent engendrer des maladies virulentes. » Monneret, au contraire, établit une ligne (le démarcation tranchée entre les virus et les miasmes, en donnant comme caractères spécifiques des premiers la fixité etl’inoculabililé. La môme manière de voir semble ressortir de la définition que MM. Hardy et Eéhier donnent des virus ; « Un virus, disent-ils, est un élément morbide, inconnu dans sa nature, mais pouvant se transmettre par f inoculation d’un liquide qui est fourni par l’économie infectée et qui parait en quelque sorte le produit d’une élaboration morbide particulière. »

Mais quoi qu’on fasse, il nous parait impossible de séparer radicalement les miasmes des virus ; les virus volatils que M. Bouchut désigne heureusement par l’expression de miasmes virulents, établissent entre ces deux ordres d’agents la plus étroite analogie. Aussi il est facile d'établir une chaîne non interrompue depuis les effluves

les plus légers et les moins nuisibles qui constituent les émanations jusqu’aux virus les plus fixes et les plus actifs, comme celui de la rage ou de la syphilis.

En conservant au mot effluve le sens que lui a donné Lancisi et qu’a maintenu M. Bouchut, on peut comprendre sous cette dénomination l’ensemble des particules organiques qui émanent de. la décomposition des végétaux. Que si, dans les marais où cette décomposition a lieu, se trouvent également des débris d’animaux en voie de putréfaction, on aura une émanation mixte tenant à la fois de l’effluve et du miasme, et qui servira de transition de l’un à l’autre. Aussi tandis que dans le premier cas on n’observait que des fièvres intermittentes plus ou moins graves, s’accompagnant d’une cachexie plus ou moins profonde, dans le second on rencontre des fièvres continues et des maladies pestilentielles. C’est dans ces conditions que se développent la dysenterie grave des pays chauds, le choléra, la peste, la fièvre jaune, etc.

Les miasmes servent comme de trait d’union entre les effluves et les virus, entre les infectieux et les contages. On peut les diviser en trois classes suivant qu’ils émanent d’animaux sains, d’animaux malades ou d’animaux morts et en voie de décomposition. Ces derniers confinent, comme nous venons de le voir, aux effluves avec lesquels ils combinent souvent leurs effets. Quand ils agissent isolément, ils produisent des effets spéciaux qu’on peut appeler ■putrides. Tous les hommes qui ont disséqué connaissent la diarrhée et les flatuosités fétides qui résultent souvent d’une première visite ou d’un travail trop prolongé dans les amphithéâtres. Il est même des jeunes gens qui n’ont pu s’acclimater à l’influence de ces miasmes, et qui ont'dù renoncer à la carrière médicale.

Les miasmes qui émanent des animaux sains, soit par la transpiration cutanée, soit par l’exhalation pulmonaire, deviennent, lorsqu’il y a encombrement, la source et l’origine des affections typhiques. C’est ici qu’a lieu la transition des maladies infectieuses aux maladies contagieuses, car ce miasme qui, par exemple, a engendré primitivement le typhus, sera capable, après avoir subi dans l’organisme malade une sorte d’élaboration, de reproduire le typhus chez un individu éloigné du foyer infectieux. C’est ce qu’il a été donné de voir dans la guerre de Crimée; ou a soigné du typhus, à l'hôpital du Valde-Grâce, des soldats qui n’étaient pas allés en Orient et qui ne pou-

valent tenir les germes du mal que de camarades venus du foyer même de l’épidémie.

Nous venons de parler d’une élaboration subie par le miasme typhique dans l'organisme de l’individu malade ; en quoi consiste cette élaboration qui accroît considérablement son activité? G est ce qu on ignore. Tout malade, dit-on, devient un centre d’infection, et dégage des miasmes qui reproduisent chez un autre la maladie dont il était atteint. Mais ces miasmes sont-ils identiques à ceux qui ont produit primitivement l’affection, ou en diffèrent-ils? Monneret était disposé à admettre qu’il se forme en pareil cas, dans 1 organisme malade, un agent spécifique nouveau qui possède la propriété de se transmettre par l’intermédiaire de l’air. C’est là un point qui demande de nouvelles recherches.

Parmi les miasmes qui se dégagent des êtres vivants malades, il en est qui résultent, comme dans le cas précédent, de l’encombrement et dont les effets varient suivant les conditions hygiéniques où se trouvent les malades et le genre d’affection dont ils sont atteints. 'Ici encore ces miasmes peuvent franchir l’enceinte où ils se sont développés, et communiquer la maladie à des personnes placées en dehors du foyer infectieux. C’est ainsi que naissent et se développent, dans les hôpitaux, les épidémies d’érysipèle, de pourriture d’hôpital, d’infection purulente, de fièvre puerpérale, etc.

A côté de ces miasmes se placent ceux que M. Bouchut appelle miasmes virulents^ et qui reproduisent toujours chez lïndividu qui subit leur action la maladie de celui d’où ils émanent ; ce sont les virus volatils de M. Peter, virus de la rougeole, de la scarlatine, de la variole, de la clavelée, etc. Ces deux derniers virus nous font passer naturellement des miasmes aux virus fixes, dernier anneau de la chaîne que nous voulions parcourir. Cela nous a permis d’indiquer rapidement les diverses affections qui, par suite du rapprochement qu’on établirait entre les ferments, les effluves, les miasmes et les virus, devraient constituer une seule et môme classe de maladies sous le nom de maladies zymotiques. Examinons maintenant chacun de ces agents en particulier.

L’influence pernicieuse des effluves sur réconoinie animale est

connue de la plus haute antiquité; il suflit de rappeler que le père de la médecine y a consacré un chapitre important de son traité de IMiV, de l’Eati et des Lieux. Il est donc naturel qu’on se soit préoccupé d’en rechercher la composition ou la nature. L’idée qu’on s’en est faite a varié, à différentes époques, suivant les doctrines régnantes et aussi suivant le degré de précision des instruments dont on a pu disposer pour cet examen.

Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, et jusqu’au dix-septième siècle, les effluves étaient considérés comme de la vapeur d’eau tenant en suspension des animalcules imperceptibles.

Puis les chimistes sont intervenus et les ont analysés. Les uns (Wollaston, Paul Savi, etc.) y ont découvert des gaz, tels que l’azote, l’acide carbonique, l'hydrogène protocarboné, l’acide sulfhydrique, et ont attribué à la présence de ces gaz l’action délétère de l’effluve.

D’autres, parmi lesquels on doit citer Moscati, Rigaud de Plsle, VaU|Çiuelin, M. Boussingault, etc., ont extrait delà vapeur condensée des marais nne matière végétale se présentant sous forme de flocons albumineux et éminemment putrescible. Cette matière, d’après les recherches plus récentes de M. Becchi qui a analysé l’air des maremmes de la Toscane, comme M. Boussingault avait analysé celui des marécages de l’Amérique, aurait pour caractère propre de précipiter en rouge foncé en présence du nitrate d’argent. 11 va sans dire que, dans l’esprit des chimistes que nous venons de nommer, c’est elle qui constituerait le principe actif de l’effluve.

M. Boudin a émis une autre opinion. Partant de ce double fait que la matière organique décomposée semble plus propre à faire naître des affections typhoïdes que des fièvres intermittentes, et d’un autre côté qu’il n’est pas rare d’observer ces dernières dans des localités où l’investigation la plus rigoureuse ne rencontre souvent aucune trace actuelle d’eau croupissante, il est disposé à croire que l’effluve n’est que l’émanation d’une végétation spéciale, caractéristique en quelque sorte des contrées marécageuses, et que pour cette raison il appelle végétation paludéenne. La chara vulgaris. le rhizophore, le calanius, V anihoxantum odoralum, etc., appartiendraient à cette / flore particulière. « D’après cette opinion, ajoute M. Boudin, la stagnation de l’eau et la matière végétale décomposée joueraient encore un rôle très-important dans la paihogénésie des fièvres do marais; seulement au lieu de produire ces dernières directement et de toutes

pièces, elles ne leur donneraient naissance que d’une manière médiate, c’est-à-dire en favorisant le développement d’une végétation spéciale dont les émanations seraient les causes réelles et directe» de l’intoxication des marais. »

L’observation microscopique semble avoir conlirmé, en les faisant mieu.x. connaître, quelques-uns des résultats qui précèdent.

M. Gigot-Suard fait passer les effluves des eaux marécageuses dans un tube rempli d’acide sulfurique afin de retenir les matières organiques qu’ils renferment, et le microscope lui montre que ces matières sont constituées par des corpuscules très-nombreux et trèsvariés; il y découvre, en effet, des fragments de végétaux, des grains de pollen, des débris d’insectes ou de microzoaires, des infusoires entiers, etc., le tout plus ou moins altéré.

De son côté, M. J. Lemaire examine au microscope de la vapeur d’eau qu’il a recueillie au-dessus des marais de la Sologne. Au moment de la condensation, le liquide contient des spores sphériques, ovoïdales, fusiformes, un grand nombre de cellules pâles de diverses dimensions; de très-petits corps sphériques, ovoïdaux, cylindriques, réguliers ou irréguliers (œufs de microzoaires); d’autres corps bruns d’origine végétale, des grains d’amidon, de la poussière, des cristaux cubiques de sel marin, etc. Deux jours après, la liqueur devenue trouble renferme, outre des spores et des cellules isolées et bijuguées, d'autres cellules en chapelet (algues), des tubes ramifiés (champignons), des bactéries, des vibrions, des spirilles, des monades, en un mot, et pour nous servir de Texpression de l’auteur, tout un monde de microzoaires et de microphytes. Voilà donc l’opinion de Kircher remise en lumière. Celle des chimistes qui sont venus après est elle-même jusqu’à un certain point confirmée; car pour M. Lemaire la matière organique qu’ils ont isolée de la vapeur condensée des effluves n’est autre chose qu’une agglomération de cadavres de microzoaires et de microphytes.

Les recherches de M. Salisbury, de Newarck (Ohio), sont sans contredit les plus curieuses, les plus intéressantes et resteront les plus fécondes, si les résultats auxquels il est arrivé reçoivent une pleine confirmation. Ce médecin examine au microscope les produits de l’expectoration, de la transpiration et les urines chez un très-grand nombre de malades atteints de fièvre intermittente. Parmi des corpuscules extrêmement variables dans leur forme, leur nombre, leur

développement, il trouve, d’une manière constante et en grande quantité, de petites cellules oblongues séparées ou réunies, formées par un nucléus très-distinct entouré d’une membrane lisse avec un intervalle transparent et comme vide entre celle-ci et le nucléus. Ces cellules lui paraissent appartenir au type algoïde et présenter les caractères du genre palme lia.

Après avoir constaté ce fait, le médecin américain s’est occupé de rechercher la source ou l’origine de ce microphyte, et à cet effet il a analysé d’un côté les vapeurs qui se dégagent des marais situés aux environs de Lancastre, dans l’Ohio, et d’un autre côté des incrustations blanchâtres, d’apparence saline, trouvées dans les terrains tourbeux et marécageux qu’il a eu à traverser. Or ces incrustations n’étaient qu’une agrégation de cellules analogues à celles dont on a constaté la présence dans la vapeur d’eau condensée, dans l’urine et dans l’expectoration des fébricitants, de l’observateur lui-même, et toutes ces cellules out été reconnues pour des corpuscules provenant du même genre d’algues, les palmellées.

M. Salisbury, en condensant les vapeurs marécageuses à différentes hauteurs, a pu déterminer jusqu’à quelle zone s’élèvent les spores ou les corpuscules de ces cryptogames. C’est surtout pendant la nuit que ces petits corps, tenus en suspension par les vapeurs froides, s’élèvent au-dessus du sol; le jour, après le lever du soleil, les vapeurs moins denses les laissent retomber, et l’air en est alors presque complètement exempt. On se rend compte ainsi de ce fait bien connu que l’influence des marais est surtout redoutable pour ceux qui passent la nuit daus leur voisinage. Les expériences de M. Salisbury expliquent aussi la disparition des fièvres dans les lieux situés à une certaine hauteur au-dessus des terrains marécageux. Les spores et les corpuscules des cryptogames fébrigènes ne s’élèvent en effet qu’à des hauteurs qui varient avec la latitude, mais qui ne semblent, guère dépasser 60 ou 100 pieds au-dessus des terrains les plus bas; or, au-dessus de la hauteur maxima qu’ils peuvent atteindre, les lièvres, d’après la théorie de l’impaludisme professée par le médecin américain, doivent disparaître.

Suivant cette théorie, c’est l’introduction dans l’organisme des spores ou des corpuscules des palmellées qui constituerait la cause des fièvres intermittentes. Partout où ces algues germent M. Salisbury a observé des fièvres, et réciproquement partout où il a observé

des lk>vres, il a chcrclk* et trouvé les palmellécs parmi les plantes composant la llore du pays. On retrouve donc ici la théorie de M. Boudin : le nom seul des plantes fébrigènes ou réputées telles a été changé. Cependant M. Salisbury est allé plus loin que l’auteur du

Traité des fièores inlermiUenles.i:o\im\Oïi M. Boudin, en effet,

ne reposait que sur une induction; pour lui les émanations végétales fébrigènes étaient gazeuses; absorbées par l’organisme, elles produisaient une intoxication du sang; mais il n’avait montré ce qu’on pourrait appeler le corps du délit ni dans l’atmosphère marécageuse ni dans le sang ou les autres humeurs des fébricitants. M. Salisbury, au contraire, isole le principe actif des effluves, et nonseulement il en démontre la présence dans tous les terrains à malaria, mais encore il le cherche, le poursuit, le découvre enfin dans les produits d’excrétion chez les individus que cette malaria a atteints. Ce n’est pas tout ; après l’observation est venue l’expérience qui la contrôle, et c’est cette expérience, ou plutôt ce sont ces expériences qui accroissent d’une manière considérable l’intérêt et l’importance des recherches du médecin américain.

M. Salisbury recueille dans des caisses de la terre prise sur un sol marécageux et entièrement recouverte de palmellées ; il transporte ces caisses dans une localité où la fièvre intermittente ne s’est jamais montrée, et les attache à un second étage devant une fenêtre qui reste ouverte. Une lame de verre suspendue pendant la nuit au-dessus des caisses se couvre de spores et de cellules de palmella. La chambre qui recevait le jour de la fenêtre était habitée par deux jeunes gens; ils sont pris l’un et l’autre de fièvre intermittente, le premier au douzième, le second au quatorzième jour.

Dans une autre expérience semblable, un jeune homme et deux enfants ont été soumis aux émanations des palmellées; les deux enfants ont été pris de fièvre, le jeune homme s’est montré réfractaire.

L’analyse que nous avons sous les yeux du travail de M. Salisbury ne dit pas si, chez ces quatre fébricitants, l’examen microscopique a fait découvrir des spores et des cellules de palmella dans les produits d’excrétion ; la chose est probable, mais il vaudrait mieux qu’elle fût explicitement exprimée.

Nous ne dirons rien d’autres cryptogames appartenant aux genres torula, pénicillium, aspergillus, spliærollieca, etc., qu’on trouve parfois dans l’urine des fébricitants. M. Salisbury considère leur pré-

/iS

Roncü comme acciilenlelle et comme l (;(lel plutôt que comme la cause d’un état patliologique quelconque. Pour lui c’est le Renre puimella qui possèdevéritablemeritet exclusivement lespropriétés l'ébrigènes.

Il y a à considérer, dans les recherclies de M. Salisbury, deux ordres de faits, l’un général, l’autre spécial; le premier est relatif à l’introduction et aux migrations des spores et des corpuscules dans l’organisme; le second se rapporte à la pathogénie des fièvres intermittentes.

La physiologie explique la pénétration des corps figurés, comme celle des particules inorganiques insolubles, à travers les tissus vivants; nous n avons donc pas à nous préoccuper de celle des spores et des corpuscules des cryptogames. Il est probable que cette pénétration se fait par toutes les voies d’absorption, ou pour parler plus exactement, par toutes les suifaces qui peuvent être eu contact avec l’atmosphère palustre, c’est-à-dire la surface cutanée, la surface pulmonaire et la surface digestive. L’ardeur et la sécheresse de la gorge qu’au dire de M. Salisbury on éprouverait en respirant les émanations de plantes fébrigènes, justifient l’opinion que la surface respiratoire est la principale voie d’introduction de l’effluve. D’après M. Boudin, la grande perméabilité de la peau chez la femme et chez l’enfant rendrait compte, en facilitant la pénétration de l’effluve, de la gravité que revêtent chez cette classe de sujets les fièvres de l’Algérie. Le même auteur signale des faits très-intéressants qui témoignent de l’introduction de la matière paludéenne par la surface digestive.

Mais c’est moins sur la pénétration des corpuscules effluviques que sur leur migration dans l’organisme que nous voulons insister. Il est en effet extrêmement intéressant de voir les spores de palraella circuler avec le sang, passer à travers les membranes vasculaires, à travers le crible des glandes et se retrouver en définitive dans les produits d’excrétion ou d’élimination, ni plus ni moins que les sels métalliques les plus solubles. M. J. Richardson a entrepris des expériences dans le but de contrôler cette partie de la théorie de M. Salisbury. Il a d’abord constaté que les vibrions vivent parfaitement et se développent dans le milieu sanguin. A cet effet il a mêlé à une goutte de sang un peu d’eau qui était restée pendant quatre jours sur des morceaux de bœuf, et mettant le mélange sous le champ du microscope, il a vu les vibrions très-agiles et ne paraissant nullement souffrir du changement de milieu.

Après celte expérience préliminaire, iM. J. Ricliarason boit île l’eau clans laquelle ont macéré des fragments de bœuf et qui est plus ou moins riche en infusoires, et il examine une goutte de son sang a une, deux et trois heures d’intervalle. Ce sang contient des organismes vivants qui paraissent appartenir au genre vibrio bacillus. Le nombre de ces infusoires semble être en rapport direct avec celui des organismes qui ont été ingérés, et diminuer à mesure que le travail d’élimination se fait dans l’organisme. De pareils résultats conürmeraient donc, au point de vue physiologique, les conclusions de M. Salisbury sur la pathogénie des fièvres intermittentes.

Nous devons ajouter que M. Richardson ne dit pas avoir été incommodé par la présence des vibrions dans son sang; or dans une expérience il n’évalue pas à moins de 27 milliards le nombre d’infusoires qu’il a ingérés. Sans doute beaucoup sont morts dans les voies digestives, mais il a dû en passer beaucoup aussi dans le sang, puisque M. Richardson a pu eu observer plusieurs dans une seule goutte de ce liquide. Ce fait est intéressant à noter à côté des doses in/iuitésimales de virus charbonneux ou du nombre exigu de bactéridies qui, d’après M. Davaine, suffiraient pour développer rapidement dans le corps d’un animal un nombre incalculable de ces petits organismes qui causeraient sa mort en vingt-quatre ou quarantehuit heures. Il est vrai que des" expériences de MM. Salisbury et Richardson il semblerait résulter que la pullulation des infusoires dans le sang ne constitue pas un phénomène très-actif; ces petits corps y trouveraient des conditions propres à leur existence , mais ils ne feraient que passer, entraînés, comme toutes les autres molécules étrangères, par un travail d’élimination. Leur action pathogénésique dépendrait donc moins des phénomènes inhérents à leur multiplication ou à leur développement que de leur nature propre ; il existerait, en d’autres termes, des infusoires qui ne sont pas nuisibles et des infusoires vénéneux. Les spores et les cellules dû genre palmella rentreraient dans cette dernière catégorie.

Si nous résumons les considérations qui précèdent, nous voyons que les effluves, étudiés en eux-mèmes, peuvent être considérés ou comme des poisons organiques ou comme des ferments. Les gaz délétères, les émanations végétales, la matière organique, les infusoires vivants qu’ils renferment se prêtent également à l’une et à l’autre de ces deux interprétations. La présence de gaz et d’émanations vola-

liles s’accorde mieux avec l’idée d’une action toxique, mais on ne peut faire abstraction des matières solides que les vapeurs marécageuses tiennent en suspension. Si ces matières étaient exclusivement constituées par une substance azotée en voie de décomposition, on conçoit que cette substance, par les principes solubles et insolubles qu’elle renferme, pourrait agir au même titre ou comme poison ou ( omme ferment. La présence d’organismes microscopiques semblerait i-ôsoudre la question en faveur de la nature zymotique des eflluves.; mais nous venons de voir qu’en partant des expériences mômes qui autoriseraient le mieux cette interprétation, on peut être conduit à considérer certains de ces organismes comme des agents vénéneux, et par suite à attribuer à leur présence dans l’économie vivante une action purement toxique. Jusqu’à présent donc nous devons rester dans le doute; nous verrons plus loin si l’étude des symptômes consécutifs à l’introduction des effluves et la connaissance de la manière dont ils se comportent en présence des agents destinés à combattre leurs effets, permettent de se prononcer délinitivcment sur la question que nous venons déposer.

Nous avons vu plus haut que les miasmes servent de transition entre les effluves et les virus, et nous en avons distingué plusieurs sortes suivant qu’ils émanent d’animaux morts ou vivants, d’organismes sains ou malades. Nous avons dit que les marais renferment fréquemment des matières animales en voie de décomposition, et nue les émanations auxquelles ils donnent lieu tiennent alors a la fois de l’effluve et du miasme. C’est par cet ordre d’agents mixtes

nue nous poursuivrons notre étude.

Les émanations végéto-animales sont extrêmement répandues; ce sont elles qui, dans certaines conditions climatériques ou saisonnières paraissent être Tune des causes principales de ces maladies P'iilenliclles qui par la facilité de leur propagation, 1 étendue des '::raü"ît pTu;eut envahir, la rapidité et la gravité des syntpfénies qu’elles provoquent, sont à juste titre comptées au nombre des néaux les plus redoutables de l’humanité : nous avons ulni? la peste, le choléra, la lièvre jaune, la dysenter.e, etc. ha

connaissance de la uatuie de ces miasmes est donc de la plus haute importance, (ju’il s’agisse de neutraliser leurs eirets, ou, ce (jui serait encore mieux, de s’opposer à leur production. Nous verrons que sur ce point les hypothèses abondent plus que les notions véritablement positives. Cela tient, d’abord à ce qu’on s’est plus préoccupé d’étudier les miasmes dans leurs effets qu’en eux-mêmes, ensuite à ce que les auteurs qui ont entrepris de les étudier en eux-mêmes n’ont pas abordé toutes les inconnues que renferme le problème.

La recberebe de ce problème serait, pour d’autres auteurs, un acte puéril, car les miasmes, tels que nous les comprenons, n’existent pas; le développement des maladies infectieuses ou infecto-contagieuses est dû, selon eux, à un quid divinumqm nos moyens d’investigation n’atteindront jamais. Nous n’admettons pas qu’on oppose une semblable barrière à la curiosité scientifique ; dût-on poursuivre une chimère, les efforts tentés ne resteraient pas stériles. C’est en cherchant la pierre philosophale que les alchimistes ont posé les fondements de la chimie moderne. Mais la question qui nous occupe échappe à tout rapprochement de ce genre. Ce que nous avnns dit des effluves suffit à en démontrer l’existence, et démontre solidairement celle des miasmes. Nous en verrons plus loin d’autres preuves directes et matérielles; si l’air, en effet, charrie le pollen des plantes, les microphytes de la teigne, des globules de pus, etc., il peut évidemment servir de véhicule à des agents qui se déroberont ou non à nos moyens d’analyse, mais dont la réalité ne saurait être mise en doute en présence des effets par lesquels ils se manifestent. Ajoutons immédiatement que ce résuUat, de pure induction, laisse toute liberté relativement à l’idée qu’on doit se faire de la nature même de chacun de ces miasmes.

La séparation qu’après Lancisi et M. Bouchut nous avons maintenue entre les effluves et les miasmes est admise implicitement par tous les auteurs qui ont écrit sur les maladies infectieuses.

« On ne saurait dire exactement, dit M. Griesinger, quel est le rôle joué par les matières organiques de provenance animale dans la pro-’ duction du miasme palustre, mais on peut faire remarquer que les maladies développées sous l’inlluence de la putréfaction des matières organiques uniquement animales n’offrent pas la plus légère ressemblance avec les maladies des marais. »

Plus loin le même auteur établit une distinction radicale entre le

miasme palusire et celui de la flùvro jaiiiic. MM. Dutrouleauol Sainl- Vel ont la même manière de voir. Dans les pays où les fièvres paludéennes régnent concurremment, soit avec la fièvre jaune, soitavec la dysenterie, ils admettent que ces affections, bien que pouvant se compliquer réciproquement, sont produites chacune par un miasme spécial. « Je considère, dit M. Dutrouleau, que la fièvre jaune recon- Tiait pour cause essentielle et primitive un infectieux propre à certaines localités maritimes, un miasme spécifique, et pour cause générale et secondaire la météorologie des pays chauds. » Si l’on remarque, avec M. Griesinger, que la fièvre jaune est une maladie des villes maritimes, tandis que la fièvre paludéenne est une maladie des plaines, ou admettra sans doute que le miasme qui donne naissance à la première doit contenir des matières organiques d’origine animale.

Le miasme dysentérique ne sévit pas toujours dans les pays marécageux, ce qui le distingue déjà du miasme palustre. M. Dutrouleau tire de ce fait une autre conséquence qui nous semble peu légitime, c’est que ce miasme est plutôt végétal qu’animal; « ce qui ne veut pas dire, ajoute-t-il heureusement comme correctif, que la dysenterie ne reconnaisse pas pour cause, dans bien des cas, le miasme animal ou produit par les matières animales putréfiées, de même que celui qui £e dégage des grandes réunions d’hommes dans les camps, les prisons, les bagnes, les navires à la mer. C’est la cause qui décimait les cargaisons de nègres, du temps de la traite ; c’est celle qui fournit encore le plus d’accidents à bord des navires qui transportent tes travailleurs libres des côtes d’Afrique et de l’Inde dans nos colonies, malgré les soins médicaux dont ils sont entourés. » Ces faits seuls suffiraient à démontrer que le miasme dysentérique est une émanation végéto -animale.

L’étiologie assez bien connue de la peste et sa disparition dans les pays où elle était endémique, laissent peu de prise au doute sur la nature animale du miasme qui lui donne naissance. Dans la basse Égypte, le pays originaire de cette terrible affection, on n’enterrait pas les cadavres, on les déposait sur le sol et on les couvrait de détritus. De là des émanations putrides dont les effets ne tardaient pas 'à se faire sentir. On a vu une épidémie de peste se déclarer dans le voisinage d’un cimetière dont la terre avait été récemment remuée. Une autre épidémie a été observée au Caire, après la démolition d’une maison, dans le temps où l’on enterrait les morts dans l’intérieur

môme des maisons, soit dans le sous-sol, soit dans l’épaisseur des murailles. Depuis les nouvelles mesures sanitaires, ces coutumes, si contraires à l’hygiène, ont disparu et l’on n’a plus observé d’épidémie de peste. M. Griesinger, qui insiste sur ces faits, ajoute : « On ne saurait prouver et on est encore moins en droit de dire que la peste, maladie spécifique et contagieuse, n’est qu’un empoisonnement putride; mais une certaine vraisemblance nous porte à admettre que la cause spécifique de la peste est analogue, dans sa nature, au poison des cadavres et qu’elle trouve, dans la décomposition putride des corps, des circonstances qui favorisent son développement ou lui permettent de subsister et de se prolonger (i). »

Les détritus d’animaux et de végétaux que laissent dans l’Inde les inondations des grands fleuves, la coutume indienne de confier à ces fleuves les cadavres humains, autorisent à penser que le miasme qui donne primitivement lieu à l’explosion des épidémies cholériques est constitué par des émanations végéto-animales. Cette opinion acquiert plus de crédit encore si l’on admet, avec M. Griesinger, que ce miasme a pour véhicule, dans la propagation de la maladie, les évacuations des individus atteints de choléra ou de diarrhée cholérique. Le fait suivant, que nous tirons du même auteur, tout en confirmant cette manière de voir, montre en même temps que, contrairement à la doc trine lapins généralement admise, il peut se réaliser dans nos climats des conditions analogues à celles du climat indien et capables ainsi de développer le choléra épidémique. Le fait dont il est question a été cité par Searle et observé à Londres en 1829. « Un égout rempli

(1) Il résulte de documents fournis par M. Tholozan que la peste régnerait depuis une dizaine d’années à Bagdad et dans l'Irak-Arabi, pays très-marécageux, mais réputé assez sain. Jusqu’en 1867 on n'aurait ob- .servé que des cas sporadiques, mais dans le courant de cette année la maladie aurait reçu comme une nouvelle impulsion et revêtu le caractère épidémique. M. Duthieul, médecin sanitaire à Bagdad, et d’autres médecins ont décrit les symptômes que revêt généralement l’épidémie. Mais là ne doit pas se borner leur mission, car le gouvernement turc paraît disposé à rassurer quand môme les esprits. C'est donc à ces ho^ norables confrères qu’appartient le devoir de rechercher et de signaler à 1 attention publique les causes du fléau et les moyens de prévenir son extension.

d’un limon putride fut vidd dans une école d’enfants; le contenu, d’une odeur fétide, fut déposé dans le jardin ; sur les trente élèves, vingt furent atteints de choléra deux jours après, deux moururent et l’un olfrit ù, l’autopsie des lésions cadavériques tout à fait semblables à celles du choléra asiatique. » Que l'on suppose un égout ou des égouts d’une plus vaste étendue vidés au centre d’une population serrée : en quoi l’épidémie de choléra dit sporadique qui se fût développée sur une plus grande échelle eût-elle différé d’une épidémie de choléra asiatique?

11 nous semble démontré, par ce qui précède, que les miasmes producteurs des maladies infectieuses dont il vient d’être parlé, agissent surtout par l’élément organique d’origine animale qu’ils renferment. Mais il faut reconnaître que cette notion est bien insufflsante pour se faire une idée exacte de leur nature propre et de leur mode d’action. Dire, avec M. Griesinger, que « si l’hypothèse d’un miasme animé est admissible dans quelques maladies, c’est assurément bien dans la fièvre jaune, et que la chose paraît d’autant plus probable en raison de la limitation de la maladie à certaines contrées particulières de l’hémisphère occidental, » ou « assimiler la cause du choléra à une matière toxique, se reproduisant par les évacuations, se disséminant dans l’air à cet état de développement, selon toutes les directions, jusqu'à ce qu’enfin elle se perde dans l’atmosphère et finisse par devenir inactive, » c’est évidemment émettre des hypothèses et montrer le peu d’étendue de nos connaissances sur tous ces points.

Cependant il ne faut pas croire qu’on n’ait pas cherché à sonder les causes qui produisent les grandes épidémies. Le miasme cholérique en particulier a été l’objet de nombreuses recherches sur lesquelles nous ne saurions garder le silence, car elles rentrent dans le programme d’étude que nous nous sommes tracé. Ces recherches peuvent être divisées en deux ordres, suivant qu’elles ont eu pour but d’étudier expérimentalement l’action du miasme cholérique sur les animaux, ou d’isoler l’élément actif de ce miasme.

Dans le premier ordre d’études rentrent les expériences de M. Namias, de Magendie, de MM. G. Schmidt, Lauder Lindsay, Thiersch, Stich, Legros et Goujon, etc. Ges diverses expériences ont donné souvent des résultats contradictoires; c’est ainsi que, d’après M. Thiersch, l’ingestion chez un animal de selles cholériques fraîches resterait inoffensive et que l’animal succomberait à des accidents cholériformes

après qu’on lui aurait ingéré des sellés desséchées cl vieilles de plusieurs jours, tandis que MM. Legros et Goujon ont constaté le phénomène inverse. En injectant sous la peau le liquide récent constitué par la transsudation intestinale ou par le sérum d’un cholérique, ils outreproduit chez des animaux des symptômes cholériformes; mais en se servant de matières anciennes et décomposées-, ils n’ont produit que des phénomènes d’infection putride.

Ce n’est pas seulement en ingérant dans les voies digestives d’un animal ou en lui injectant dans les veines, dans la trachée, dans le tissu cellulaire sous-cutané des matières liquides provenant d’un cholérique, qu’on a pu voir se développer des symptômes cholériformes; M. Lauder Liudsay a obtenu le même résultat en soumettant des animaux, préalablement alTaiblis,^ aux émanations des matières fécales ou du sang des cholériques, et même à celles qui provenaient de vêtements trempés de leur sueur. MM. Legros et Goujon semblent aussi avoir provoqué des phénomènes cholériformes en injectant sous la peau ou dans la trachée d’un animal la vapeur condensée recueillie dans une salle de cholériques.

Il résulterait de ces expériences que le miasme cholérique se dégage du liquide sanguin et des produits de sécrétion des malades atteints de choléra, de leurs déjections surtout, qu’il a l’air pour véhicule, qu’il pénètre dans les organismes sains par toutes les voies d’absorption, enfin qu’il est assimilable à un ferment. Soit en effet que les matières cholériques aient besoin pour être actives d’avoir subi un certain degré de décomposition, comme le pensent MM. Thiersch et Pettenkofer, soit qu’elles agissent plus sûrement et plus énergiquement quand elles sont fraîches, ainsi qu’il résulte des expériences de MM. Legros et Goujon, on peut admettre qu’elles se comportent ou comme un ferment, ou comme un poison. Mais un poison qui, introduit dans un organisme, s’y reproduit de manière à pouvoir atteindre d’autres organismes, ressemble beaucoup à un ferment. D’un autre côté, les derniers expérimentateurs que nous venons de citer, en injectant de la diastase végétale dans les veines d’un animal, ont donné lieu à des phénomènes cholériformes, d’où ils ont conclu que le choléra est dû à la présence de la diastase dans le sang. Sans admettre cette conclusion qui paraît un peu prématurée, bien qu’elle soit appuyée par l’analyse chimique que M. Baudrimont a faite du sang des cholériques, il semble permis de penser

que le principe du choléra, quand il a pénétré dans un organisme, agit à la manière des ferments. Voyons maintenant si les tentatives faites pour isoler ce principe confirment une semblable induction.

Dès 1849, des recherches entreprises sur Tinstigation de la Société médicale de Bristol conduisirent certains observateurs à la découverte, dans les déjections et sur la muqueuse intestinale des cholériques, dans l’eau des quartiers infectés, dans l’air des salles occupées par des malades atteints de choléra, de corpuscules arrondis trèsréfringents, ayant l’apparence d’un anneau et offrant des dimensions inégales, les plus petits étant gros comme les globules sanguins, les plus grands, colorés souvent en gris jaune, renfermant des granulations plus petites. Ces corpuscules reçurent différents noms; ils furent appelés corps annulaires par M. Brittan, cholera-cells par M. Swayne, choiera- fungi 'par M. Budd, etc. Les résultats constatés par ces observateurs furent combattus par MM. Baly et Gull dans un rapport fait au Collège des médecins de Londres, mais ils trouvèrent un défenseur en M. Bush, président de la Société microscopique de Londres, qui considéra les corpuscules en question comme une variété à'uredo. De son côté, M. Williams avança que le mucus contenu dans les selles cholériques est un ferment composé principalement de cellules et de corpuscules discoïdes. Les cellules, après s’être gonllées par endosmose, émettraient les corpuscules ou granules qu’elles renferment et qui constitueraient la majeure partie des flocons des selles riziformes.

Plus récemment les observations deM. Williams ont été confirmées par M. Hallier. Ce savant micrographe a vu, lui aussi, les cellules ou cystes se rompre et mettre en liberté les spores quelles contenaient, celles-ci se gonfler à leur tour et se résoudre, après la résorption de leur enveloppe, en un nombre considérable de granulations ou de sporules, qu’il nomme micrococcus et qui se développent aux dépens des éléments organiques au milieu desquels elles sont placées. M. Tbomé a observé de semblables sporules, cultivé et décrit, sous le nom de cylinclrotænium, le micropbyte aujiuel elles appartiennent. Ces sporules, réunies en masse par une substance hyaline, qui est un produit de leur activité, forment à la surface de la muqueuse intestinale des plaques blanches qui ressemblent à du mucus. M. Pacini, qui ne s’est pas trompé sur la nature de ces pla-

ques cl des clénienls qui les constilueiit, les a considérées comme le ferment cholérique. M. Klob, qui partage la môme opinion, les a décrites sous le nom de zooglea.

D’aprôs M. Wieger, qui fonde sa manière de voir sur les recherches de nombreux observateurs, les sporules punctiformes dont il vient d’être parlé, non-seulement détruisent l’épithélium intestinal, mais encore peuvent envahir l’organisme tout entier et exercer leur action malfaisante sur tous les éléments avec lesquels elles se trouvent en contact. Elles seraient dans l’air et dans l’eau des foyers d’infection cholérique, ainsi qu’il résulterait d’analyses de MM. Thompson et Raincy.

Les selles cholériques renferment d’autres microphytes, entre autres des lepiotlii’ix et des cryptococcus. Ces microphytes peuvent dériver des sporules de micrococcus, du moins suivant M. Hallier, qui admet qu’une espèce de microphyte comprend différentes sortes ou variétés pouvant procéder les unes des autres et présenter des générations régulièrement ou irrégulièrement alternantes. La forme ou la variété produite par une culture dépend dès lors et de la spore semée et du terrain où la semence a eu lieu. C’est ainsi, par exemple, que le type pénicillium peut revêtir les formes micrococcus, cryptococcus, leptothrix, oïdium.

Partant de ces données, M. Hallier, déjà précédé dans cette voie, mais avec moins de succès, par MM. Klob et Thomé, a tenté de cultiver les sporules de micrococcus que renferment les selles cholériques, et d’obtenir la série de transformations que présentent les variétés se rattachant à un même type. On avait émis l’idée, dès 1833, que la cause du choléra dans l’Inde réside dans la consomniàtion du riz vicié par une maladie analogue à celle qu’on observe dans nos climats sur les céréales et qui tient à la présence d’un microphyte, Yurocysiis occulta. M. Hallier s’est demandé si la mucédinée du choléra ne proviendrait pas d’un semblable parasite éclos sur le riz, et, pour trouver expérimentalement une réponse à cette question, il a semé du riz qu’il a arrosé avec des selles de cholériques. Les filaments de rnicrococcus ont pénétré dans le germe des plantes qui se sont développées péniblement et ont été envahies pai- le mycélium. Il s’est formé descystes, contenant des spores, et'en tout semblables aux cystes des déjections cholériques. Avec les spores on a obtenu, sur un sol en bouillie et très-azoté, du micrococcus qui, sur d’autres terrains, a

produit successivement le pcnicilliu7n, du mucor et du lilleiia. ün a eu ainsi une s6rie analogue à celle que nous avons mentionude un peu plus haut.

Les résultats qui précèdent auraient une grande importance si M. Ilallier les avait complétés et contrôlés en cherchant si les variétés du microphyte ainsi obtenues par la culture pouvaient, transportées dans un organisme vivant, y reproduire’ les cystes et les sporules de micrococcus en donnant lieu concurremment aux symptômes que développe l’ingestion de matières cholériques. Malheureusement cette contre-expérience n’a pas été faite, et il n’est dès lors permis de rien conclure.

La nature du miasme cholérique, de même que celle des autres miasmes d’origine végéto-auimale que nous venons de passer en revue, reste donc, comme nous l’avons dit, à l’état de problème. Ces miasmes sont-ils des poisons, sont-ils des ferments, et, dans ce cas, a-t-on affaire à des ferments solubles (expériences de MM. Legros et Goujon) ou à des ferments organisés? S’ils sont constitués par des ferments organisés, quels sont les caractères d’espèce ou de race, l’origine première, le véhicule, les conditions de développement de ces organismes? Nous avons dû noter en passant les principaux travaux que ces grandes et intéressantes questions ont inspirés; en présence du faible résultat obtenu, on ne peut que faire appel à de nouvelles expériences, à de nouvelles recherches.

La distinction que nous avons établie entre les miasmes d’origine animale, suivant qu’ils proviennent d’animaux morts, sains ou malades, est parfaitement fondée en principe. Cependant il est bon de remarquer que les miasmes fournis par les êtres vivants n agissent souvent que lorsque les particules organiques qui les constituent ont subi un certain degré d’altération , ce qui diminue la distance qui les sépare des miasmes provenant de matières animales en voie de décomposition. De là un air de parenté entre les maladies qui reconnaissent pour cause l’action de ces différents miasmes. C’est ainsi que M. Griesinger, après avoir dit que le poison de la peste « présente avec le poison des cadavres de nombreuses analogies dans son mode

d’actioQ et peut-ûlrc aussi dans son développement, » range celle afl’eclion au nombre des maladies typhicpies. D un autre côté, ne voyons-nous pas des chirurgiens assimiler à ces mômes maladies les accidents septiques consécutifs aux plaies et donner à l’infection purulente le nom de typlnis traumatique ou chirurgical? Or peste, typhus, infection purulente représentent précisément les effets des trois ordres de miasmes.

Il est rare du reste que, dans la pathogénie des maladies infectieuses auxquelles ils donnent naissance, ces miasmes exercent une action isolée; ils combinent le plus souvent leur influence, mais dans des proportions variées. Par exemple, tout le monde s’accorde à considérer l’encombrement comme la cause principale et pour ainsi dire fondamentale du typhus. Or doit-on admettre que les miasmes qui se dégagent d’une agglomération d’individus en parfait état de santé peuvent créer de toutes pièces le typhus, ou n’est-il pas plus probable que l’action de ces miasmes a besoin, pour produire ses effets, de circonstances adjuvantes, parmi lesquelles les maladies antérieures ou actuelles des individus réunis, entassés, jouent un rôle considérable? La plupart des médecins qui ont observé des épidémies de typhus partagent cette dernière manière de voir. Ces épidémies, en effet, ne se développent qu’au milieu d’agglomérations d’individus qui ont souffert de la faim, de la misère, de privations de toutes sortes, qui souvent ont déjà payé un tribut à des maladies graves engendrées par toutes ces mauvaises conditions. C’est ainsi que, pendant la guerre de Crimée, le scorbut fut le précurseur du typhus. De même, dans un travail inédit qui paraîtra prochainement dans la Gazette médicale, notre savant collaborateur M. le docteur .Iules Arnould attribue à des affections suppurantes internes et externes une large part dans la pathogénie de l’épidémie typhique qu’il a observée en 1868 en Algérie.

Ce n’est pas tout. Quand des populations souffrent ainsi de la famine, ou quand des troupes en campement ont à supportera la fois des privations et des travaux excessifs, toutes les règles de l’hygiène sont violées, et à la malpropreté des individus, source d’exhalaisons malsaines, se joint la décomposition de leurs déjections et de détritus organiques de toutes sortes qu’on ne songe pas à enfouir sous le sol, et qui deviennent la source de miasmes également très-délétères. On voit par là comment tous ces miasmes se combinent, ainsi que

♦'jü

nous le disions plus haut, cl SC renforcent pour ainsi dire les uns les autres pour produire en définitive une résultante commune, le typhus. Le fait que nous exprimons ici a pour appui l’expérience d’un homme compétent, de M. Griesinger : « Tout le monde est d’accord, dit-il, sur ce point que la simple et courte agglomération d’hommes sains ne produit point la maladie; son développement est surtout possible lors de conditions antihygiéniques simultanées, lorsque des hommes malades, épuisés par la fatigue, le froid et les privations, sont eu même temps couverts d’enduits malpropres. »

C’est sans doute dans ces combinaisons, en proportions différentes, des divers miasmes d’origine animale qu’il faut chercher la raison des variétés de formes sous lesquelles se présente le typhus. D’après M. Murchison, les causes qui exerceraient la plus grande influence seraient : dans la fièvre récurrente ou typhus à rechutes, la misère, l’insuffisance de l’alimentation et probablement les maladies qu'elle engendre directement; dans le typhus exanthématique, l’encombrement, les agglomérations fortement pressées; dans le typhus abdominal, les miasmes provenant des cloaques, des égouts, des prdduits d’excrétion, en un mot de tous les détritus organiques. Nous n’avons pas ici à discuter cette manière de voir. Si nous la rappelons, et si nous sommes entré dans quelques détails relativement à l’étiologie des affections typhiques, c’est surtout pour montrer que des miasmes d’origine animale, par la diversité de la source d’où ils proviennent et par leurs combinaisons d’action, continuent sans aucune solution la chaîne que nous avons établie entre les émanations- efïluviques les plus légères et les virus les plus fixes. Examinons maintenant de plus près la constitution de ces miasmes.

Ceux qui se dégagent de l’homme sain ont été particulièrement étudiés par M. J. Lemaire. (Voyez Gazette wéuicâle, année 1867, n'’‘ 39 et 43.) Notre savant confrère a examiné comparativement au microscope de la vapeur d’eau condensée dans la chambre à coucher d’une caserne habitée par vingt soldats, dans une casemate renfermant trente-huit lits dont dix-sept occupés, et à l’air extérieur sur un point dont la hauteur était à peu près celle de la casemate. Cette casemate était moins encombrée et mieux ventilée que la chambre de la caserne.

Le liquide provenant de la chambre, d’une odeur désagréable, d’une saveur légèrement piciuante, a présenlé au microscope de

Gl

poli Is corps diaphanes, sphdriques, ovoidaux ou cylindriques, dont le uoiubre s’est accru considérablement dans les premières heures pour diminuer ensuite, à mesure qu’on constatait la présence de bacterium termo et punctatum, de vibrions baguettes, de monades ovoïdes, de spores sphériques ou ovoidales, etc. Les petits corps diaphanes n’étaient que les germes de tous ces petits organismes.

Dans la vapeur condensée de la casemate le microscope a montré les mêmes corps ovoïdes, les mêmes organismes, les mêmes spores, mais en nombre beaucoup moins considérable. Le nombre a diminué encore dans l’eau fournie par la condensation de la vapeur de l’air extérieur, et les quelques organismes qu’on y a rencontrés ont mis beaucoup plus de temps à se développer. Il y a donc dans les résultats observés, eu égard à la richesse en infusoires ou eu germes d’infusoires de l’eau condensée, une véritable progression croissante de l’air extérieur à l’air de la casemate et à celui de la caserne, ou en d’autres termes de l’air libre à l’air le plus confiné.

M. Lemaire ne s’est pas borné à constater ces faits extrêmement intéressants; il a cherché quelles sont les parties du corps de l’homme' qui fournissent la source la plus abondante de ces microzoaires , de ces microphytes ou de leurs germes. Il a examiné à ce sujet les différents produits de sécrétion ou d’excrétion de la peau et des muqueuses , ceux de l’expiration pulmonaire , et il a trouvé qu’à l’état sain, ni le mucus ni les produits expiratoires ne renferment de petits organismes. C'est de la transpiration cutanée, de la crasse qui s’amasse dans certaines régions, de la matière pultacée des dents cariées, des débris alimentaires qui restent dans la bouche, que proviennent tous les germes qui vicient l’air et qu’on retrouve dans la vapeur condensée.

Nous ferons remarquer en passant que M. Lemaire a examiné du mucus nouvellement sécrété. Il n’est pas douteux, en effet, que le mucus qui, par défaut de soins de propreté, resterait plus ou moins longtemps adhérent à une muqueuse et au contact de l’air, no tarderait pas à s’altérer et à contenir des microzoaires et des microphytes. Tous les produits d’excrétion suivent la même loi. Les conditions de transpiration et d’humidité fournies par le corps humain sont des plus favorables à la fermentation putride, et ces divers produits, ne faisant plus partie de l’économie, doivent se décomposer comme toute matière animale dépourvue de vie. C’est ainsi qu’il faut corn-

preiulre, et que du reste M. Lemaire a pariaitement compris, cominent les individus sains peuvent devenir la source de miasmes morbigènes. L’air qui rèni’erme en plus ou moins grande quantité des particules organiques en voie de décomposition, des germes d’infusoires, des spores de micropliytes, doit être, môme à Tpriori, aussi malsain à respirer que celui où les proportions relatives normales d’oxygène, d’azote et d’acide carbonique ont été interverties.

Mais quelles maladies ces miasmes pourront-ils engendrer, ou, pour mieux fixer les idées, quel rapport y a-t-il entre leur dissémination dans l’air et le développement des maladies typhiques dans la pathogénie desquelles on leur attribue une si grande influence? Le typhus se déclarera-t-il quand ces miasmes, en raison de l’encombrement, auront acquis un certain degré de densité, ou bien faudrat-il des conditions particulières qui, parmi les différents petits organismes pouvant les constituer, auront favorisé le développement de tel microzoaire ou de tel microphyte de préférence à tout autre? En d’autres termes, en supposant, avec M. Lemaire, ces miasmes animés, la pathogénie du typhus tient-elle à une question de quantité ou de qualité? Et s’il s’agit d’une question de qualité ou de spécificité, quelle est la faune ou la flore microscopique qui, répandue dans l’atmosphère, peut donner naissance au typhus au même titre que, suivant les recherches de M. Salisbury, analysées plus haut, les spores des palmelldes produiraient, en pénétrant dans l’économie, les fièvres intermittentes?

Pour pouvoir répondre à ces différentes questions, il faudrait qu’on eût analysé et examiné au microscope la vapeur condensée de Pair au moment même où les premiers cas de typhus se sont déclarés, sans qu’on puisse invoquer l’importation, dans un camp, dans une prison, dans un hôpital, dans un lieu quelconque. Or nous ne saclions pas qu’un semblable travail ait été fait. Pourrait-on du moins tirer quelques renseignements de l’étude anatomo-pathologique du typhus, des expériences d’inoculation faites sur les animaux, des tentatives de culture entreprises avec les microphytes réputés causes de la maladie? C’est ce que nous allons passer rapidement en revue.

Depuis Fuclis qui, en 1848, signala la présence de bactéries dans certaines maladies septiques des animaux, on s’est complu à examiner le sang et les produits physiologiques ou pathologiques des indi-

vidus atteints de maladies infectieuses, et presque tous les observateurs y ont reconnu la présence de microzoaires ou de microphytes. En 1864, M. Tigri (de Sienne) trouve des bactéries dans le sang d’un homme mort de la lièvre typhoïde. MM. Coze et Feltz, deux années plus tard, constatent le môme fait. M. Rallier trouve constamment chez les typhiques les micrococcus de deux sortes de champignons du rhizopus nigricans d’Ehrenherg, et du pénicillium cruslaceum, les premiers principalement dans les intestins, les seconds dans le sang. Le pénicillium crustaceum a généralement manqué dans le typhus de la faim.

Jusqu’ici les résultats de ces recherches n’éclairent que bien médiocrement la solution du problème, car rien ne dit que tous ces organismes microscopiques ne soient engendrés par la maladie, au lieu de jouer eux-mêmes un rôle pathogénique quelconque. Voyons si les expériences si intéressantes de MM. Coze et Feltz nous apportent sous ce rapport des données plus certaines.

Ces savants confrères inoculent du sang typhoïde à des lapins : ces animaux succombent au bout de quelques jours, après avoir présenté des symptômes analogues à ceux de l’affection thyphique. Leur sang contient une grande quantité de bactéries du même genre, mais plus petites que celles qu’on rencontre dans l’infection putride. Inoculé à d’autres lapins il leur transmet la maladie et les expérimentateurs obtiennent ainsi, par une série d’inoculations, des générations successives de bactéries dont l’activité paraîtrait s’accroître en passant à travers plusieurs organismes, fait qui, par parenthèse, serait en contradiction avec la loi ou la prétendue loi de la dégénérescence des virus.

Certes, voilà des expériences très-précises d’où l’on semble autorisé à induire tout d’abord que les bactéries constituent véritablement l’agent infectieux, et que c’est en se reproduisant, en repullulant qu’elles engendrent la maladie chez les animaux inoculés. Cette conclusion serait d’autant plus légitime que, pour expliquer les résultats fournis par l’analyse du sang de ces animaux, analyse qui montre une augmentation dans la quantité d’acide carbonique hors de proportion avec celle de l’urée et des matières extractives, on est obligé d’invoquer une autre raison, ou si l’on veut un autre facteur que les combustions organiques. MM. Coze et Feltz placent ce facteur dans une fermentation interne dans laquelle les bactéries

jouent un rôle évident, mais ils ne se prononcent pas sur la question do savoir si ce rôle est celui de cause ou celui d’ellct.

Nous applaudissons, pour notre part, à cette sage réserve. À côté des expériences que nous venons de rappeler, il en est d’autres, en effet, entreprises d’ailleurs par les mômes observateurs, dont les résultats doivent sur toutes ces questions, et jusqu’à nouvel ordre, inspirer un doute prudent. Ainsi en recherchant comparativement quelles sont les voies d’absorption les plus favorables à la pénétration dans l’économie des agents infectieux, MM. Coze et Feltz ont trouvé que la surface pulmonaire occupe le dernier rang. En injectant dans la trachée de différents animaux des liquides putrides renfermant des infusoires, ils n’ont rien produit; les animaux ont paru à peine souffrir. Les expérimentateurs en ont même conclu, sous forme d’hypothèse, il est vrai, que l’épithélium pulmonaire, « quoique absorbant la partie liquide, est une barrière pour les infusoires et que, d’un autre côté, ce n’est pas la partie liquide des matières putrides qui en constitue la partie toxique. »

Or la surface pulmonaire, de l’aveu de tout le monde, joue le rôle capital dans l’absorption des miasmes, et par suite dans le développement des maladies miasmatiques ou infectieuses. MM. Coze et Feltz nous eu fournissent eux-mêmes un exemple très-remarquable. Ils placent vingt-quatre lapins dans une écurie où l’année précédente ils avaient mis les lapins qui avaient servi à leurs expériences sur l’inoculation du sang typhique et du sang variolique. Douze de ces animaux succombent en présentant à l’autopsie les mêmes lésions que ceux qui étaient morts une année auparavant par suite de l’inoculation; leur sang contenait des bactéries.

L’infection n’a pu se faire chez ces lapins que par deux ordres de voies, les voies pulmonaires ou les voies digestives. Il est peu probable que les aliments, portés du dehors, aient pu s’imprégner suffisamment de l’agent miasmatique pour lui servir d’introducteurs. Les recherches de MM. Coze et Feltz ont montré que les voies digestives elles-mêmes, les supérieures surtout, sont peu favorables à l’absorption du principe infectieux. En outre celui-ci, pénétrant avec les aliments, aurait été sans doute détruit par le travail de la digestion . C’est donc par les poumons que, chez nos lapins, le miasme a pu s’introduire dans l’organisme. Mais d’après les expériences rappelées plus haut, si ce miasme renfermait dos bactéries, celles-ci

oiiUlû ùlre rolonucs par l’ôpiUiélium pulmonaire et n’ont pu ainsi pénétrer dans la circulation. Celles qu’on a trouvées dans le saii^ dos animaux ne descendent donc pas des premières, elles ont une autre origine; et ce défaut de lien, de liliation entre ces petits organismes montre qu’on ne saurait les considérer comme l’élément actif de l’agent miasmatique.

Mais admettons que l'épithélium pulmonaire n’oppose pas une barrière aussi absolue à la pénétration des inlusoires, et qu’on puisse ainsi établir la filiation précédente : il est d’autres considérations qui commandent également la réserve. Ainsi, sur les vingt-quatre lapins dont il vient d’être question, il en est douze qui, transportés dans un local sain, ont pu se remettre, et dont quelques-uns ont servi plus tard à des expériences d’inoculation avec du sang provenant d’individus atteints de maladies communes, telles que la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, etc. Ces animaux ont succombé en présentant diverses lésions, et lenr sang contenait des bactéries. D'autres expériences contradictoires ont démontré que le sang des pneumoniques, des rhumatisants, etc., inoculé à des lapins sans antécédent infectieux, ne les rend pas sérieusement malades. Si, dans les premières, les lapins ont succombé, c’est qu’ils étaient encore sous l'inlluence de l’infection miasmatique, et c’est à cette circonstance, en effet, que MM. Coze et Feltz rattachent la présence des bactéries dans le sang de ces animaux. Or ces bactéries, dont la pénétration dab^ du séjour des lapins dans l’écurie infectée, ont pu vivre, peut-être su reproduire dans le sang des lapins, sans causer l’infectiou et la mort , il a fallu le concours d’une opération reconnue légère pour provoquer l’explosion des accidents. Ce fait se comprend assez bien si l’on admet que la présence des bactéries n’était qu’un épiphénomène d’un état morbide général dont la marche aurait reçu comme un coup du fouet par suite de l’inoculation secondaire. Il est difficile, au contraire, de s’en rendre compte en considérant les bactéries comme le. principe et la cause de l’infection. On pourrait dire peut-être que l’introduction de matières étrangères dans la circulation des lapins a modilié leur sang et en a fait un milieu plus favorable à la vitalité et à la repullulation des bactéries. Mais il faut observer que, au moment où ils ont été retirés de l’écurie infectée, les lapins étaient malades, que les bactéries avaient en quelque sorte élu domicile dans leurs buineurs, qu elles y avaient trouvé par conséquent un milieu

propre à leur développement, qu’elles s’y étaient en elTet reproduite?, qu'elles s’y reproduisaient encore, et que les animaux n’en marchaient pas moins vers la guérison.

Ailleurs nous voyons d’autres infusoires, introduits dans un organisme, rester inactifs. MM. Coze et Feltz inoculent à des lapins du sang pris sur de jeunes chevaux atteints de la maladie typhoïde qui leur est propre. Le sang est riche en bactéridies. Les lapins présentent quelques phénomènes peu graves et ne lardent pas à se remettre. La maladie des jeunes chevaux n’est donc pas inoculable à ces 'rongeurs. Est-ce parce que les bactéridies ne rencontrent pas dans 'leurs humeurs un milieu qui leur soit favorable? Nous regrettons •que MM, Coze et Feltz n’aient pas examiné leur sang au microscope. Il faudrait alors que ces bactéridies fussent différentes de celles que l’on trouve dans le sang charbonneux; car on sait que celles-ci se reproduisent parfaitement chez les lapins. Que si ces mêmes bactéridies se sont développées chez les animaux en expérience sans les infecter, on ne peut les considérer comme le principe actif du miasme typhique des jeunes chevaux. Nous signalons en passant l’utilité qu’il y a, dans toutes les expériences semblables à celles de MM. Coze et Feltz, à examiner au microscope le sang de tous les animaux inoculés, qu’ils succombent ou non, ou même qu’ils ne présentent aucun symptôme morbide.

Si, malgré ces quelques lacunes, nous avons insisté un peu longuement sur les recherches des deux savants expérimentateurs de Strasbourg, c’est qu’elles nous paraissent inflniment intéressantes. Nous avons voulu aussi, à l’encontre des partisans de la pathologie animée, montrer combien les conclusions qu’ils sont portés à tirer de ces expériences sont encore hasardées et prématurées. Un seul fait reste démontré : c’est la présence de bactéries dans le sang typhique. Quant à leur rôle, il est impossible actuellement de se prononcer. Ajoutons d’ailleurs que les recherches que nous venons d’analyser auraient pu tout au plus éclairer le mode de propagation des affections typhiques, mais non leur développement spontané. Celles dont nous allons parler auraient la prétention d atteindre ce dernier résultat; mais nous allons voir qu’elles ne conduisent encore qu’à des hypothèses.

M. Rallier a appliqué à l’étude des produits de toutes les maladies infectieuses, en particulier du typhus, la méthode que nous l’avons

vu suivre clans scs rcclierches relatives au choléra. Cette méthode est, avons-nous dit, fondée sur deux ordres de faits adoptés ou établis par le professeur d'Iéna : cVabord l’existence chez les végétaux microscopiques d’une génération alternante en vertu de laquelle un môme type de micropliyte peut présenter, suivant le terrain où il est semé et les conditions ambiantes, les formes ou variétés micrococcus, cryptococcus, arlhrococcus^ leptotkrix, acliorion ou oïdium (l); ensuite la possibilité d’obtenir sur des terrains appropriés un ensemencement fécond des cellules ou des spores des micropbytes que le microscope fait découvrir dans les produits pathologiques. M. Hallier adonc semé les micrococcus qu’il a trouvés dans le sang ou dans les intestins des typhiques; ces spores ont germé et ont reproduit, comme nous l’avons indiqué plus haut, deux espèces de microphytes, le rhizopiis nigricans d’Ehrenberg et le pénicillium crustaceum. Le premier de ces microphytes se trouve sur les pommes de terre pourries; le second constitue les moisissures qu’on rencontre sur les fruits conOts, le pain humide, et en général toutes les substances végétales dans des conditions particulières d’humidité.

La disette est avec l’encombrement l’une des conditions dont il faut tenir le plus de compte dans la palhogénie du typhus. Elle parait m.ème souvent la dominer, ainsi que l’indique la dénomination de typhus de la faim ûonuée k certaines épidémies. Dans les contrées où l’on observe le plus souvent ces épidémies, comme l’Irlande, la haute Silésie, la Prusse orientale, etc., les pommes de terre constituent la principale nourriture des individus de la classe pauvre; or c’est quand elles ont peu rendu, ou qu’elles ont été malades, qu’on voit se développer le typhus. L’épidémie irlandaise de 1846-48 éclata après une disette de pommes de terre. Vers la môme époque une épidémie sévit dans les Flandres et dans la haute Silésie.

« En 1846, dit M. Virchow [Conférence sur le typhus famélique), la récolte de pommes de terre se perdit entièrement dans les Flandres. La moisson fut des plus médiocres. La misère devint telle

(1) Cette Ibéoriede polymorphisme ou de génération alternante chez certains cryptogames, a été développée et défendue en France par les frères Tulasne.

qu’ea bien des endroits les iialntants se trouvaient rdduils, pour toute nourriture, à des navets gâtés, des pissenlits, des feuilles de choux, des carottes, des pommes de terre avariées, un peu de pain noir, et encore bien des familles ne pouvaient sc procurer ces aliments tous les jours. Alors éclata l’épidémie. »

« Dans la haute Silésie, écrit le même auteur, la récolte des pommes de terre avait été mauvaise... La provision de choux, nourriture favorite du bas peuple, s’épuisa. Il ne resta que des pommes de, terre malades et pourries, du chiendent, du trèlle vert et des fruits à peine mangeables. L’été de 1847 avait d’abord fait naître de grandes espérances; mais des pluies torrentielles et des inondations survinrent; les pommes de terre furent de nouveau malades; la récolte manqua complètement; alors survint l’épidémie. »

En rapprochant ces faits des analyses microscopiques et des ensemencements deM. Hallier, on se demande si les microphytes qui se développent sur les aliments avariés ne jouent pas un rôle important dans la genèse du typhus. On semble d’autant plus autorisé use poser cette question et à la résoudre par l’aiTirmative que précisément dans le typhus de la faim, cette forme épidémique qui a sévi plus particuliètement dans les pays où le peuple fait sa principale nourriture de pommes de terres, M. Hallier n'a trouvé que les spores du parasite propre aux maladies de la précieuse solanée, le rhizopus vigricans. 11 existerait dès lors une flore spéciale pour le typhus, comme nous avons vu M. Salisbury chercher à en déterminer une pour les fièvres intermittentes et M. Hallier lui-même pour le choléra. Et de même que les spores des palmelLées constitueraient les éléments actifs du miasme palustre, les spores de ïurocysiis occulta ceux du miasme cholérique, les spores du rhizopus nigricans ou du pénicillium cruslciceuvi ceux du miasme typhique, il existerait probablement pour chaque miasme un raicrophyte ou des microphytes dans les spores ou les cellules desquels résiderait le principe morbigène. En un mot toutes les maladies infectieuses ou épidémiques seraient dues à l’action sur les êtres vivants de parasites \égétaux, et à telle flore correspondrait telle épidémie.

Cette hypothèse, déjà formulée il y a longtemps, mais qui trouve dans les recherches de M. Hallier un appui qu’elle n’a jamais eu, jouit d’un certain crédit par delà le Rhin. Elle est admise, en principe du moins, par M. F. de Niemeyer. Voici, en ell'et, comment le

?avant professeur de Tubingiie comprend la palhogénie des fièvres inlermittentos et celle des maladies infccto-conlagieuses :

« Je n'hésite pas, dit-il, d’avancer que le miasme paludéen, la malaria, doit consister en végétaux d'une organisation inférieure, dont le développement est surtout favorisé par la putréfaction des substances végétales. On ii’a pas encore pu donner, il est vrai, la preuve directe de l’existence de ces organismes inférieurs; personue n’a vu le champignon de la malaria (l’auteur ne pouvait encore connaître les recherches de M. Salisbury); mais les faits indiqués plus haut, de même que beaucoup d’autres raisons, nous forcent d’admettre que les substances délétères qu’exhalent les marécages sont constituées par des êtres organisés, vivants, tout comme le virus (jui environne un malade atteint de rougeole. Cependant il existe une diiférence capitale entre le miasme vivant, qui est la cause spécilique de la lièvre intermittente, et le contagium vivant au moyen duquel se propagent les exanthèmes aigus, le typhus exanthématique et d’autres maladies contagieuses. Le contagium se reproduit <lans l’organisme infecté; la malaria, au contraire, ne se reproduit pas dans le corps des malades affectés de fièvre intermittente (1). Elle ne rencontre pas dans l’organisme humain un terrain favorable à sa multiplication. »

Nous devons ajouter, puisque nous étudions en ce moment la pathogénie des alfections typhiques, que M. de Niemeyer, outre leur propagation par un contagium, admet leur développement spontané. « Une hypothèse, dit-il, qui n’est nullement réfutée, est celle qui admet qu à côté des maladies purement miasmatiques, dont les germes se développent en dehors de l’organisme et ne se reproduisent pas dans le corps du malade qui en est infecté , il y a aussi des maladies miasmatiques et contagieuses dont les germes se développent en dehors de l’organisme, mais se reproduisent dans le corps

de l’individu qui en est infecté, et quelquefois dans ses déjections

Si la supposition mentionnée plus haut, d’après laquelle le germe du choléra se développerait primitivement sur du riz desséché , ve-

(1) D’après M. Lemaire, on aurait constaté plusieurs faits de transmission do la fièvre intermittente d’un individu à un autre, ce qui infimerait la proposition précédente de M. de Niemeyer et établirait une analogie plus grande entre le miasme palustre et le miasme typhique.

nait à se confirmer, il deviendrait ('‘gaiement plus vraisemblable que le germe du typhus exanthématique pût se développer en dehors du corps humain sur des matières animales en putréfaction, et se multiplier à des époques où il trouve des conditions particuhéreinent favorables à son développement, au point de devenir dangereux pour l’humanité. » {Traité de pathologie interne et de thérapeutique, 11' volume, 2' partie.)

L’hypotlièse de la nature cryptogamique du miasme typhique, que nous avons tenu à présenter dans toute son étendue et avec toutes les circonstances qui plaident en sa faveur, soulève de nombreuses objections. Et d’abord, si la viciation des aliments Joue un rôle considérable dans un grand nombre d'épidémies de typhus, ce rôle n’est ni constant ni exclusif. Toutes les fois que des populations sont aux prises avec la famine, les substances dont elles se nourrissent sont à peu près les mêmes et sont également avariées. A ce titre la famine devrait toujours engendrer le typhus, ce qui n’est pas. « Plus d’une fois, dans l’histoire des souffrances humaines, dit M. Virchow, nous voyons la famine régner sans le typhus. J’ai déjà cité, à ce propos, la grande famine du Bengale, en 1770. En Irlande, rapporte Kennedy, la famine régna de 1725 à 1727, sans lièvre épidémique. En 1852 je fus chargé par le gouvernement bavarois d’une mission dans le Spessart, alors éprouvé par une cruelle misère : il n’y avait pas de typhus. » Or l’auteur ajoute plus loiu : « La plupart des habitants se nourrissaient d’orge ou de raves hachées ou séchées. Ils en faisaient une infusion en lieu de café; ils mangeaient le marc à leurs repas. Les pommes de terre, récoltées malades, ne s’étaient heureusement pas gâtées davantage dans les caves. Leur altération était limitée à certaines parties, qui semblaient desséchées. »

Nous concluons de là, avec M. Virchow, « que les causes du typhus ne peuvent être rapportées, comme celles de l’ergotisme et du scorbut, à l’altération des aliments ou à la disette. » Ainsi que nous l’avons vu plus haut, cette étiologie est beaucoup plus complexe, et la théorie de M. Rallier subit par cela même un premier échec.

Mais voici une autre circonstance qui ne permet d’accepter que sous bénéfice d’inventaire les résultats que le savant professeur d’iéna dit avoir obtenus par ses cultures. MM. Coze et Feltz, de concert avec M. Engel, ont cherché, eux aussi, à cultiver les germes des organismes

niicroscopi(ju6S quïls ont observés dans les liquides infectieux, et leurs semences sont restées stériles. Placés dans un milieu sucré, les corpuscules mobiles et les bactéries qui, suivant la théorie de M. Huilier, ne sont que des formes transitoires de micropbytes, aa lieu de poursuivre leur développement, ont simplement dépéri sans subir de changement, et n’ont donné lieu à aucun phénomène de fermentation. Les expérimentateurs de Strasbourg en ont conclu, contrairement au professeur d’Iéna, que les points mobiles, les bactéries et bactéridies qu’on rencontre dans le sang infectieux sont, non des champignons plus ou moins développés, mais des infusoires qui né trouvent pas dans les liquides sucrés les conditions nécessaires à leur développement ultérieur.

Admettons d’ailleurs que les résultats accusés par M.Hallier soient exacts et que le sang typhique ait pour caractéristique de renfermer des spores qui, cultivées convenablement, produisent le rhizopus ni- (jricans ou le pénicillium crustaceum : pour être autorisé à dire que ces spores constituent l’élément actifdu miasme typhique, il resterait à démontrer que celles qui proviennent d’une semblable culture sont capables d’engendrer le typhus chez l’individu dans l’organisme duquel on les introduit. Cette démonstration ne saurait sans doute avoir lieu sur l’homme, mais elle pourrait se faire sur les animaux au même titre que les expériences poursuivies par MM. Coze et Feltz. Pas plus pour le typhus que pour le choléra, M. Hallier n’a comblé cette immense lacune.

Allons plus loin encore, et supposons que notre confrère d’Iéna ait répondu à tous ces desiderata : la question est-elle jugée? De nouvelles objections se présentent, par exemple celles que nous avons développées à l’occasion des intéressantes recherches de M. Salisbury sur le miasme palustre, et que nous ne croyons pas devoir ici reproduire.

Pour résumer les considérations qui précédent, nous dirons que dans toute agglomération d’êtres vivants et sains il se dégagedes particules organiques qui se répandent dans Pair où, suivant les conditions de température et d’humidité, elles subissent plus ou, moins rapidement la décomposition putride. En les amassant dans de la vapeur deau condensée, on doit dès lors y rencontrer, à un état plus ou moins avancé de développement, les microzoaires et les micropbytes qui accompagnent la putréfaction de toute suh-

stance organique. L’atmosphère ainsi viciée est délétère pour les individus qui y vivent, au même titre que celle qui est chargée d’eftluves palustres ou de miasmes putrides venus d’une source extérieure. Cette altération de l’air est-elle sulïisante, à l’exclusion de toute autre cause, pour développer le typhus? C’est peu probable, et la multiplicité des causes de la maladie contredit la spécilicité du miasme qui lui donne primitivement naissance. Plus tard, quand un ou plusieurs cas de typhus dit sponlanése sont produits, cette spécilicitè du miasme paraît acquise, puisqu’il peut transporter l’affec-

tion plus ou moins loin du lieu où l’épidémie a débuté; chaque individu malade devient à son tour comme un foyer où le miasme semble se régénérer et se vivilier. Quel est alors l’élément spécifique, l’agent de la transmission? Y eu a-t-il un spécial à chaque forme de

typhus? Est-ce un microzoaire ou un microphyte? Nous reviendrons plus loin, sur ces questions, quand nous étudierons le mode de propagation des maladies transmissibles.

Les miasmes qui se produisent dans un lieu occupé par des individus malades se divisent naturellement en deux classes. Les uns, comme ceux que nous avons déjà étudiés, n’ont primitivement rien de spécifique; les autres reproduisent chez les personnes saines qui séjournent dans le milieu infecté la maladie de l’individu d’où ils é nanent. Les premiers d’ailleurs, ainsi qu’on l’observe pour le miasme typhique, peuventacquérirles propriétés transmissibles des seconds. La dilférence entre les deux sortes de miasmes n’existe donc qu’à leur origine et réside dans leur mode primitif de développement.

Nous venons de voir que, dans la pathogénie complexe du typhus, il faudrait, suivant certains auteurs, tenir compte des maladies diverses dont les individus agglomérés, entassés peuvent être déjà atteints. Il en est de même lorsqu’on veut rechercher l’origine des accidents infectieux et des épidémies qui font, à juste raison, le désespoir de la pratique nosocomiale. On peut dire que l’atmosphère d’une salle d’hôpital mal ventilée, remplie de blessés dont les plaies suppurent en plus ou moins grande abondance et fournissent un pus de plus ou moins bonne ou mauvaise nature, est en'quelque sorte saturée de miasmes. L’analyse chimique montre dans la vapeur d’eau

runüonsée de cette atmosphère une quantité considérable de matière or-ïanique; le microscope y découvre tous les microzoaires et les inicrophytes qui accompagnent la décomposition putride, il n est ])rübablement pas dillicile, à l’exemple de M. Eiseld, de constater, au moyen de l’aéroscope, la présence de globules de pus transportés par les courants d’air ou la vapeur d’eau, ün sait, en ellet, que notre confrère de Prague, recherchant les causes de la contagion dans une épidémie de conjonctivite purulente, plaça un aôroscope dans une salle qui contenait trente-huit malades, et recueillit ainsi sur la plaque de verre enduite de glycérine des corpuscules de différentes sortes, parmi lesquels le microscope fit reconnaître des globules de pus.

Les miasmes dont nous nous occupons en ce moment n’ont pas Oté suffisamment étudiés pour qu’on puisse déterminer leurs caractères différentiels, suivant le genre d’infectiou qu’ils produisent. La nature des maladies préexistantes, l’état actuel des malades, le degré de l’encombrement, de l’insalubrité de la salle ou de l’hôpital, de la température, de l’humidité de l’air, la constitution saisonnière, etc,, etc., contribuent sansdoute, d’une manière plus ou moins inégale, <à leur donner leurs propriétés particulières, leur spécialité d'action ; et c’est la résultante de toutes ces causes, suivant que l’une ou l’autre est prépondérante, qui fait que l’on observe à l’origine ici l’infection purulente ou l’infection puerpérale, là l’infection putride ou gangréneuse, ailleurs des érysipèles, plus loin la pourriture d’hôpital, etc. Quand le genre de la maladie infectieuse s'est ainsi caractérisé, elle se transmet ensuite dans la salle ou dans l’hôpital de malade à malade. Un élément nouveau, un agent spécifique semble dès lors se surajouter au miasme primitif. Quel est-il et en quoi consiste-t-il? Est-ce un microzoaire ou un niicrophyte? Personne ne l’a découvert, ^^ous reviendrons bientôt sur ce point en parlant des miasmes virulents. La question de l’infection purulente, a laquelle nous touchons en ce moment, et qui est actuellement débattue, est trop importante pour que nous ne nous y arrêtions pas un instant.

L origine miasmatique de la pyohémie est admise par les uns, rejetée par les autres. La question est encore à l’ordre du jour devant l’Académie de médecine, question comple.xe qui doit par cela môme diviser les opinions, chaque chirurgien attachant une plus ou moins

grande importance à telle considération, à toi ordre de faits (l).

Quand on songe que l’infection purulente s’observe surtout dans les salles d’hôpital, c’est-à-dire là où il y a encombrement de blessés, ventilation le plus souvent insuffisante, viciation de l’air parles particules organiques s’exhalant de toutes les plaies, etc., on est disposé à admettre qu’elle a pour cause principale une influence miasmatique. Nous disons cause principale et non exclusive, parce qu’il faut compter aussi avec la nature de la blessure et l’état du blessé.

Mais d’un autre côté, si l’on réfléchit que dans cette salle d’hôpital où règne l’infection purulente, les accidents infectieux ne compliquent, ainsi que l’a fait observer M. Chassaignac, que les traumatismes récents et épargnent généralement les plaies anciennes; que d’ailleurs ces mêmes accidents s’observent quelquefois chez des malades isolés, à la campagne, loin de tout encombrement, dans de bonnes conditions d’aération, on est porté, sinon à nier d’une manière absolue, du moins à réduire considérablement l’intluence miasmatique, à la mettre au second rang et à accorder une plus grande importance aux conditions qui dépendent de l’état local de la plaie ou de la constitution du blessé.

L’intervention d’une influence miasmatique a aussi plus ou moins de raison d’être suivant l’idée qu’on se fait de l’infection purulente. Elle est surtout en rapport avec l’opinion de ceux qui séparent la pyohémie de la septicémie et admettent, dans la première, une infection primitive du sang. Cette intervention devient moins nécessaire, plus douteuse, et partant d’un moindre intérêt, si l’on admet au contraire que l’infection du sang est consécutive aux modifications observées dans l’état de la plaie, et surtout si, à l’exemple de M. Verneuil, on confond dans un même genre d’accidents, ne différant les uns des autres que par le degré ou l’ordre d’évolution, la fièvre traumatique, la fièvre inflammatoire secondaire, la septicémie et la pyohémie. Si, en effet, les liquides qui exsudent à la surface d’une plaie s’altèrent d’autant plus rapidement qu’ils sont en contact avec une atmosphère chargée de particules organiques déjà putréfiées, leur décomposition n’en est pas moins assurée dans un air pur, et peut trouver alors dans le siège, la nature de la plaie, dans

(1) Voir Gazette médicale, année 1869, n"*, 24, 25 et 26.

la constitution des malades, des conditions qui remplacent, pour l activer, l'innuence qu’auraient exercée les miasmes.

Nous avons développé ailleurs (Gazette médicale, année 1869.

24) les raisons qui nous portent à considérer, avec MM. SédiUot et Billrotli, l’infection purulente comme distincte de l’infection putride. Outre que la symptomatologie de la pyohémie est caractéristique, il ne faut pas oublier qu’en injectant dans les veines ou dans le tissu cellulaire d’un animal des liquides septiques, on a toujours produit la septicémie et jamais l’infection purulente. Il est permis d’en conclure que le blessé qui présente cette grave complication, a subi une autre influence que celle de l’absorption par la plaie de liquides septiques; cette influence est extérieure au malade et tout fait supposer qu’elle est due à un miasme qui vicie l'atmosphère. C’est l’opinion que M. Alphonse Guérin défend depuis longtemps; c’est aussi celle de Billrotli : « Je veux bien admettre l’origine miasmatique de la pyohémie, dit le chirurgien de Vienne, si l’on entend par miasme, dans ce cas et dans beaucoup d’autres, des matières purulentes, desséchées, pulvérulentes, et peut-être aussi des organismes vivants, microscopiques, qui s’y trouvent mêlés, matières qui sont suspendues dans l'air lorsque les salles sont mal aérées, et qui adhérent aux draps, au linge à pansement, aux instruments mal entretenus. Ces corpuscules diffèrent entre eux peut-être sous bien des rapports; possédant, pour la plupart, des propriétés phlogogènes, et tous des propriétés pyrogènes lorsqu’ils arrivent dans le sang, ils s’accumulent naturellement en plus grand nombre là où les conditions de formation et de séjour sont le plus favorables, par conséquent dans des salles d’hôpital mal ventilées, lorsque la propreté laisse à désirer, lorsque les malades sont soignés à la légère, restent constamment dans les mêmes salles. »

M. Billroth a une grande tendance à admettre la nature animée du miasme pyohémique. « Il est probable, dit-il, que le pus, qu’il soit sec ou humide, acquiert des qualités particulièrement nuisibles quand il s’y développe certaines organisations microscopiques de nature animale ou végétale. Les recherches de Lücke sur la suppuration bleue ont fourni des données remarquables sur la manière d’étre très-particulière de semblables petits organismes. Ces derniers, qui colorent en bleu la suppuration sans lui donner de qua-

lit^'S nuisibles, ne se iléveloppent ni sur les Krannlalions, ni dans leur intôrieur (le pus n’est pas bleu au moment où il se forme sur la surface bourgeonnante), mais se forment principalement dans la charpie et sur les compresses qui absorbent le pus. 11 faut donc qu’il y ait concours d’un certain nombre de circonstances pour qu’ils puissent se montrer en très-grande quantité. 11 pourrait en être de même des conditions favorables au développement d’un pus, soit humide, soit sec, à force infectante intense. Mais nous marchons ici complètement sur le terrain des hypothèses ; même en admettant la coopération de ces petits organismes au développement de la pyohémie, il restera toujours une question à résoudre : de quelle manière agissent-ils? Peut-êfre produisent-ils une espèce de fermentation dans le pus, ou l’inflammation et la fonte des granulations ; peut-être traversent-ils les granulations et même la peau et les muqueuses; peut-être leur présence dans le sang lui-même n’offre pas un grand danger, et ne font-ils que tracer la voie au pus : tout autant de choses inconnues. »

Nous avons reproduit ces deux citations de M. Billroth, quoique un peu longues, parce qu’elles expriment parfaitemeut l’état de la question. A défaut d’une solution qui, avec nos connaissances actuelles, est impossible, l’auteur indique les problèmes dont il faut poursuivre la recherche. L’un des premiers points .qu’il sera utile d’élucider est celui de savoir si le miasme pyohémique pénètre dans l’économie par toutes les voies d’absorption et produit une altération primitive du sang, ou s’il s’introduit surtout par la plaie dont les modifications précèdent, l’iufeclion générale. Dans cette seconde manière de voir, les objections que l’on a adressées à la théorie miasmatique de la pyohémie. sont plus faciles à réfuter. Si, en effet, le miasme agit primitivement sur la plaie, on comprend que les personnes exemptes de toute blessure n’en subissent pas l’influence. D’un autre côté, les plaies anciennes, qui suppurent depuis longtemps, sont mieux protégées que les plaies récentes par la couche plus épaisse et mieux organisée des bourgeons charnus ; ainsi s’expliquerait la rareté relative de la pyohémie dans les cas mentionnés par M. Chassaignac.

Reste une dernière objection, celle tirée du développement de la pyohémie chezdes individus isolés. 11 s’agit à cet égard de bien s entendre sur le mot encombrement et sur scs conséquences. Foui nous

il y a encombremciU toutes les fois que le nombre des personnes liabitant un appartement, une salle, une pièce quelconque d’une maison, d’un établissement, d’un hôpital, d une prison, etc., est supérieur à celui que doit comporter, suivant les règles de Tliygiène, l’espace nécessaire à chaque individu. Cette délinition exprime simplement un rappport et ne préjuge rien, d’une manière absolue, concernant le nombre des personnes assemblées ou 1 étendue du local. Il est bon de remarquer cependant que la ventilation d’une salle est d’autant plus difficile que cette salle est plus vaste ; de la, toutes choses étant égales, l'avantage, dans les hôpitaux, de salles contenant un petit nombre de malades. Mais que l’on suppose une chambre ne renfermant qu’un lit : .si elle est mal ventilée et ne renferme pas l’espace nécessaire au jeu régulier des fonctions de la personne qui l’habite, cette personne sera exposée à'ious les dangers de l’encombrement, c’est-à-dire à l’influence délétère de l’air confiné, à la fois modifié dans sa constitution physique et vicié par les exhalations que le corps de l’individu fournit. S'il s’agit d’un blessé, il pourra ainsi, en quelque sorte, s’infecter lui-même, et pour peu que sa constitution, le siège ou la nature do la plaie y soieut favorables, des accidents pyohémiques pourront se développer.

Ainsi les mots encombrement, isolement, sont relatifs ; c’est surtout le degré de ventilation et par suite de pureté de l’air qu’il faut considérer. Le typhus ne se déclare pas toujours dans les grands établissements où un nombre plus ou moins considérable de personnes sont entassées; il envahit parfois de prime abord des habitations isolées dans la campagne. « Le développement du miasme typho’ide, dit M. Virchow, dans un espace clos, est d’autant plus rapide que l’air est moins renouvelé et que la ventilation est plus imparfaite. Que cet espace clos soit une cellule de prison ou une chambre de malade, un entrepont de navire ou une casemate, cela importe peu. » Aussi l’auteur parle-t-il plus loiu d’épidémies limitées qu’il appelle typhus des maisons, typhus des chambres. Or ce qui a lieu pour le typhus peut se présenter de même pour l’infection purulente : de là des cas de pyohémie observés dans la pratique de la ville et même dans la pratique rurale. Ces cas n’infirmeraient donc pas autant qu’on le pense la théorie miasmatique de ce genre de complication des plaies.

Nous avons supposé, dans les considéralions qui précèdent, que le

miasme pyoli6mique agit cl’abonl sur la plaie. C’est ce que nous sommes disposé à admettre, mais sans pouvoir en fournir la démonstration. 11 se peut, en elTot, ainsi que le pensent bon nombre d’auteurs, entre autres de Ilaen, Tessier, Malgaigne, MM. Robin, Alph. Guérin, etc., que l’infection générale précède les modilications locales de la plaie. Dés lors, une nouvelle objection se présente : si l’infection générale est primitive et que le miasme pénètre, comme c’est probable, par les dilférentes voies d’absorption, toutes les personnes qui vivent dans une salle infectée doivent, blessées ou non, ressentir l’influence du miasme. Or on n’a vu, dit-on, d’infection purulente que sur des individus qui ont subi un traumatisme accidentel ou une opération.

A cela on peut répondre que l’infection, tout en étant générale, peut concentrer son action au point qui est le siège d’une blessure, et que les désordres locaux qui en résultent réagissent à leur tour sur l’état général pour en accroître la gravité. L’influence miasmatique passerait ainsi en quelque sorte inaperçue chez les personnes exemptes de toute plaie. Mais en est-il toujours ainsi? C’est encore un point qui a besoin d’être éclairci. Nous lisons en elfet dans Billroth, auquel nous avons dû faire de nombreux emprunts : « Enlin je dois encore citer ce qu’on appelle la pyohémie spontanée. Il y a des cas dans lesquels se montrent des abcès multiples dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou bien des thromboses veineuses avec abcès emboliques métastatiques, sans qu’on puisse découvrir un foyer purulent primitif; ces cas, surtout quand ils prennent une marche aiguë, sont appelés pyohémie spontanée. »

D’un autre côté, n’a-t-on pas cité de nombreux faits de cette forme d’infection purulente qui sévit chez les femmes en couches, nous voulons parler de la fièvre puerpérale, dans lesquels les premiers phénomènes infectieux avaient manifestement précédé l’accouchement, c’est-à-dire la production du traumatisme utérin? Un excellent observateur, M. Peter, nous en a communiqué un cas qui ne parait laisser sur ce point aucun doute, et qu’il a, croyons-nous, publié dans la Gazette des hôpitaux.

Nous concluons de tous ces développements, déjà bien longs, que la théorie miasmatique de l’infection purulente est celle qui, dans l’état actuel de la science, parait le mieux rendre compte de la pathogénie de cette terrible complication des plaies. 11 est probable que

les modificalions locales de la plaie prdcddent les pliénoniÔDes géndrauXy mais ce n’est pas entièretnent démontré. La conotitution du miasme pyohémique est encore inconnue, et ne peut être 1 objet que d’hypothèses; le rôle des petits organismes ou des corpuscules qu’il renferme n’est pas déterminé. On ne peut, avec M. Billrotli, qu’appeler sur toutes ces questions l’attention et les recherches des observateurs.

L’étude des miasmes qui reproduisent chez des personnes saines la maladie des individus d’où ils émanent doit se confondre, au point de vue qui nous occupe, avec celle des virus. Si l’on envisage la question sous le rapport clinique, il peut être utile, surtout pour la prophylaxie, de distinguer les maladies transmissibles suivant que la transmission se fait par le contact ou à distance. Mais les agents de cette transmission, qu’ils aient pour véhicule des solides, des liquides, des vapeurs ou des gaz, doivent présenter les mêmes caractères généraux et former ainsi un groupe naturel, chaque agent en particulier ne différant des autres que par des caractères secondaires et les propriétés morbigènes qu’il doit à l’organisme malade d’où il provient. Si l’on prend, par exemple, la variole, l’élément contagifère peut être contenu dans des croûtes, dans du pus, ou être transporté par la vapeur d’eau et l’air atmosphérique ; il est évident qu’il reste toujours le même. Or, dans ces différentes conditions, il est assimilable aux agents de transmission de telle ou telle autre maladie transmissible, et il suffit ainsi à établir, entre ces divers agents, un trait d’union, un lien de famille. Nous étudierons donc en même temps les miasmes contagifères et les virus.

D’après les partisans de la pathologie animée, tous ces agents seraient constitués par des microzoaires ou des microphytes; il n’est, en effet, aucun de leurs produits dans lesquels on n’ait constaté la présence de quelque organisme microscopique. Nous ne croyons pas devoir rappeler toutes les recherches qui ont été faites à cet égard ni les résultats qu’elles ont dounés et dont nous avons, chemin faisant, enregistré les principaux. Nous nous bornerons à résumer les derniers travaux de M. Hallier, dont M. Zundel (de Mulhouse) s’est fait en France le traducteur et l’interprète.

Lo savnnt profos?eur (Vléna a appliqui'* sa môllioclc de niltiiro à l’iHuclc tlos orgaiiismos ou îles spores qu’il a trouvas dans les produits virulents. Ainsi il a constaté, dans le pus variolique, la présence constante d’un inicrococcus qu’il a cru crabord appartenir à Veurotium kerbaruni^ mais qu’il a reconnu ensuite, être un état allotropique de la tondu refuscens, cliampignon qui croît d’habitude sur des fumiers ou des excréments desséchés. MM. Ilallier et Znrn ont trouvé le micrococcus de ce même champignon dans la lymphe vaccinale. Ce fait, en montrant l’identité de nature de la variole et de la vaccine, expliquerait assez bien l’antagonisme réciproque des deux affections et confirmerait histologiquement une doctrine qui compte encore un défenseur au moins à l’Académie de médecine. Malheureusement il est en opposition avec les expériences de la commission instituée en 1865 par la Société des sciences médicales de Lyon, expériences qui démontrent que, malgré leurs liens de parenté, la variole et la vaccine restent toujours distinctes chez les animaux comme chez l'homme, et ne se transforment jamais l’une dans l'autre, quel que soit le terrain sur lequel on sème ou l’on cueille la matière virulente.

La clavelée est considérée par tout le monde comme la variole des moutons. On comprendrait dès lorsque les deux maladies fussent dues à l’action d’un même microphyte. Ici la théorie parasitaire serait d’accord avec les principes de la pathologie comparée; mais nous avons encore à enregistrer une contradiction. Ce n’est pas en effet la tondu refuscens, mais la pleosporu herburum que MM. Zurn et Hallier ont trouvée dans le liquide claveleux. Ce dernier champignon, assez analogue à la nielle, se rencontre de préférence sur le bois de la vigne, sur les pommes, les prunes, etc.

Voici un autre résultat qui semblerait confirmer une ancienne théorie relative à l’origine de la syphilis, théorie qui a été dernièrement battue eu brèche par M. Auzias-Turenne : M. Hallier, en cultivant les micrococcus ou les bactéries trouvés dans les produits de la morve et dans ceux de la syphilis, a obtenu dans 1 un et 1 autre cas un môme champignon qu’il désigne sous le nom de conioiliecîum syplnliiicum. Aujourd’hui l’origine morveuse de la syphilis compte bien peu de partisans, s’il eu existe encore, et malgré l’appui que les recherches de M. Hallier apporteraient à certaines analogies constatées depuis longtemps entre les deux affections, dans leursymptomatologie

e-l surtout dans rexameii microscopique des lésions qu’elles produisent, il est douteux que la doctrine en question fasse de nouveaux adeptes.

Il e.'t permis d’exprimer le même doute relativement à l’analogie que M. Tliomsons avait entrevue entre la rougeole de .l'homme et la péripneumonie contagieuse des bêtes bovines, analogie qui serait encore confirmée par les travaux de M. Huilier. Celui-ci, en effet, aurait trouvé dans le sang et les crachats d’enfants malades de la rougeole, comme dans les mucosités et les exsudais bronchiques on pulmonaires d’animaux atteints de péripneumonie, des rnicrococcus et des bactéries qui, parla culture, ont donné le même champignon, le mucor mucedo, sorte de moisissure qu’on rencontre sur les excréments. Or s’il fallait, dans la pathologie humaine, chercher une maladie dont on pût rapprocher, plus que de tout autre, la péripneumonie bovine, on songerait bien plutôt, avec M. Peter, à la grippe et surtout à la diplithérite qu'à la rougeole.

Il est bou de rappeler ici que, suivant M. Salisbury, la rougeole, ou du moins une variété de rougeole, serait due à l’action d’un autre microphyte, qu’il appelle alga morbiUi, et qui se développe sur les céréales, particulièrement sur le blé. Le même auteur attribue la syphilis au développement d’une algue, qu’il appelle crypta syphiliiica (il ne dit pas si elle est semblable à celle qui produirait la morve), et la blennorrhagie à une autre algue, la crypta gonorrhœa. Celle-ci ne se rencontrerait que dans le tissu épithélial, tandis qu’on trouverait la crypta sypidlitica dans le pus des chancres, dans le sang, le tissu conjonctif, le tissu cartilagineux et même le tissu osseux des individus atteints de syphilis constitutionnelle.

Nous avons déjà eu occasion de dire qu’on a trouvé des bactéries, ou des organismes plus ou moins semblables et d’un développement plus ou moins avancé, dans le sang et les produits pathologiques de tous les individus, hommes ou animaux, atteints d’affections miasmatiques ou virulentes (variole, clavelée, scarlatine, rougeole, coqueluche, morve, enarbon, syphilis, typhus, fièvre purulente,' fièvre

puerpérate,septicémie,diphthérile,péripneumoniebovine,etc.,etc.).

Les détails dans lesquels nous venons d’entrer,'et que nous croyons inutile de prolonger, montrent quelles sont les tendances de l’école à laquelle appartiennent MM. Salisbury et Rallier. Suivant ce dernier auteur, tous ces corpuscules, toutes ces spores, ces microccocus, ces

bncléries ne sont que des niicropliylcs à telle ou telle période de leur évolution, et leur présence dans les humeurs ou dans les organes des êtres vivants est la cause des alTections dont ces êtres sont atteints. Quel que soit le degré de développement de ces petits organismes, on peut, par une culture appropriée, les faire évoluer et déterminer ainsi l’espèce à laquelle ils appartiennent. Chaque affection a naturellement son parasite producteur, et « M. Hallier est tellement sûr de sa découverte et de ses moyens, dit M. Zundel, qu’avec le virus du règne animal il reconstruit un parasite du règne végétal qu’il n’a pas encore vu, mais qu’il est certain de trouver un jour. »

Nous répéterons ici l’objection que nous avons déjà adressée aux travaux de M. Hallier. En admettant que tous les résultats de ses recherches soient exacts, il est impossible de dire si les microphytes dont il trouve les spores ou des formes transitoires dans les produits pathologiques, sont cause ou effet de la maladie, car aucune de ses expériences n’a subi le contrôle de la contre-épreuve. Il n’a pas cherché, en soumettant un animal à l’influence du cryptogame morhifère, à reproduire l’affection de l’individu malade qui a fourni les micrococcus de ce môme cryptogame. Toute discussion relative au rôle pathogénique de ces microphytes et fondée sur les cultures de M. Hallier doit donc être ajournée.

Mais ce contrôle que nous cherchons en vain dans les travaux du professeur dléna semble avoir été fourni par d’autres expérimentateurs; c’est ainsi que les partisans de la pathologie animée invoquent les expériences de MM. Davaine, Signol, Tigri, etc., sur l’inoculation des affections charbonneuses; celles de MM. Coze et Feltz sur la présence des infusoires et l’état du sang dans les maladies infectieuses; les recherches de M. Chauveau sur la nature des virus et la contagion médiate ou miasmatique, etc. Toutes ces expériences sont parfaitement connues dé nos lecteurs. Nous ne nous y arrêterons que pour bien déterminer la part de lumière qu’elles peuvent apporter dans la solution du problème si complexe qui est à l’étude.

M. Davaine est l’auteur qui a insisté le plus sur la nature animée du virus charbonneux. D’après lui, les bactéridies qu il a rencontrées dans le sang de tous les .animaux atteints de charbon, consti tuent l’agent spécifique, l’élément virulent. Transportées dans 1 organisme°d’un animal sain, ces bactéridies se développent, se

inultiplienl et deviennent ainsi la cause proniiùre. et immédiate des phénomènes et des lésions qui caractérisent l’affection charbonneuse. Cette manière de voir a eu ses partisans et ses adversaires. Parmi les premiers on trouve MM. Tigri, Signol, Raimbert, Lulon, etc.; au nombre de§ seconds on compte MM. Leplat, Jaillard, Sanson, etc. Nous avons déjà eu l’occasion d’examiner les arguments invoqués dans les deux camps (Gazette médicale, 1869, n° 8); il nous sera donc permis de passer très-brièvement sur ce sujet.

II est bon de dire tout d’abord que les expérimentateurs n’ont pas toujours fait leurs recherches dans les mômes conditions, ce qui sullirait seul à expliquer les dissentiments qui les divisent. Ainsi les uns ont pris le sang charbonneux destiné aux inoculations sur un animal encore vivant, les autres sur des animaux déjà morts et plus ou moins atteints par la décomposition putride; ceux-ci ont opéré sur des ruminants, ceux-là sur des rongeurs. Or en physiologie comme en physique et en chimie, pour que deux expériences puissent se contrôler réciproquement, il faut que substances, réactifs, conditions ambiantes, tout soit égal de part et d’autre.

Dans une première série d’expériences, MM. Leplat et Jaillard injectent, dans les veines ou dans le tissu cellulaire de divers animaux, des liquides provenant d’infusions végétales ou chargés de matières animales en voie de décomposition et contenant ainsi un très-grand nombre de bactéries de différentes sortes : la plupart des animaux ne présentent aucun symptôme morbide; il n’y a que. ceux chez Icsquel.s on a injecté des matières putrides eu assez grande quantité qui tombent malades et meurent de septicémie. Les bactéries seules, non accompagnées d’agents septiques, paraissent donc n’exercer aucune action délétère sur les animaux dans le sang desquels on les a introduites.

Mais, fait observer avec raison M. Davaine, on ne peut conclure de ces bactéries aux bactéridies du virus charbonneux; chaque espèce d’infusoire ou de cryptogame peut et doit, eu effet, posséder des propriétés spéciales. MM. Leplat et Jaillard expérimentent donc sur des matières provenant d’animaux charbonneux. Ces matières, riches en bactéridies et inoculées à des lapins, leur communiquent la maladie charbonneuse, et ces animaux servent à leur tour à en inoculer d’autres qui succombent après avoir présenté les mêmes

symptômes : dans le sang d’aucun d’eux on ne trouve de bactéridies. Le sang examiné et inoculé a été, dans tous res cas, pris sur des animaux vivants à une période peut-être trop peu avancée pour que les bactéridies se soient développées (1); mais dès lors, comme L'effet ne précède jamais la cause, ainsi que le font observer judicieusement MM. Leplat et Jaillard, les bactéridies sont un épiphénomène et non la cause du cliarbon.

Les résultats de ces deux observateurs ont été confirmés parles expériences de la commission de l’Auvergne dont M. Sanson a été l’interprète devant l’Académie des sciences. L’une des conclusions que la commission a cru pouvoir tirer de ses travaux est la suivante : « Le sang des lapins morts à la suite de l’inoculation du charbon contient toujours des bactéries, quaud bien même le liquide inoculé n’en contenait pas; tandis que chez les ruminants, veaux ou moutons, morts dans les mêmes conditions ou à la suite de la maladie contractée naturellement , la présence des bactéries dans le sang examiné après la mort n’est pas constante : tantôt on en trouve, tantôt il n’en existe pas, et, dans ce dernier cas, la virulence du sang essayé par l’inoculation ne se montre pas moins active. »

M. Davaine refuse encore de reconnaître dans les bactéries dont il vient d’être question les bactéridies qu'il a décrites. Les premières se rencontrent dans tout liquide putride; les secondes seulement et exclusivement dans les matières charbonneuses. Les bactéries sont mobiles ; l’immobilité est au contraire le caractère spécifique des bactéridies. Il existerait donc entre les deux variétés d’infusoires une profonde ligne de démarcation. M. Sanson n’est pas de cet avis et croit que l’état de mobilité ou d’immobilité des bactéries ou bactéridies dépend surtout de la densité du liquide où on les observe (2).

(î) D’après M. Davaine, les bactéridies ne se développent que quelques heures avant la mort de l’animal inocule, et alors elles se propagent avec un© extrême rapidité.

(2) Dans une lettre adressée au Directeur de la Gazette hebdomadaire sur la composition et la conservation du vaccin, M. Hénoque confirme cette manière de voir. En observant au microscope de la lymphe vaccinale, il y constate la présence de bactéries immobiles ou se mouvant avec difficulté. L'addition d’eau distillée détermine ou accélère les mou-

Quoi qu’il en soit et malgré les desiderata que nous avons signalés plus haut dans la contre-épreuve dont les expériences de M. Davaiiie ont été l’objet, il est impossible, jusqu’à nouvel ordre du moins, d,’accepter sa docti'ine. Il est plus que probable, contrairement à l’assimilation qu’on a voulu établir entre les deux maladies, que le charbon est distinct de la septicémie et qu’il constitue ainsi une atrection virulente, spécifique; mais il est aussi plus que douteux que le sang ou les produits charbonneux doivent leur virulence à la présence de bactéridies.

Nous avons vu que MM. Coze et Feltz, dans leurs expériences sur l’inoculation de produits infectieux, ne se sont aventurés à rien conclure relativement au rôle pathogénique des infusoires qu’ils ont observés dans tous ces produits. Nous ferons simplement remarquer que, contrairement à MM. Leplat, Jaillard et Davaine, les deux expérimentateurs de Strasbourg sont parvenus à obtenir des inoculations successives de matières septiques produisant, chez tous les animaux inoculés, des phénomènes et des lésions identiques, avec développement de bactéries. En d’autres termes, ces matières septiques se sont comportées comme des virus. Nous n’en tirons aucune conclusion; notre remarque n’a d’autre but que de faire ressortir une contradiction expérimeutale, dont les recherches que nous analysons en ce moment donnent de trop nombreux exemples. C’est pour ce motif que nous ne cessons de conseiller et de mettre en pratique pour notre propre compte, sur toutes ces questions, la plus grande réserve.

L’application que M. Chauveau a faite du phénomène de dilution à l’analyse des matières virulentes est extrêmement ingénieuse. Il a pu ainsi séparer les trois principaux éléments qui constituent ces matières ; plasma renfermant les substances solubles, leucocytes et granulations moléculaires. Cette séparation, qu’on n’avait pu encore obtenir, a permis de rechercher expérimentalement dans lequel de ces éléments réside l’activité de la matière virulente.

Les virus (M. Chauveau a expérimenté sur ceux delà vaccine, de

vements; l’addition de glycérine, au contraire, les ralentit et les arrête. Une nouvelle addition d’eau les fait réapparaître et l’on peut ainsi, à plusieurs heures d’intervalle, obtenir une série d’expériences et de contre-expériences.

la variole et de la clavelée), privés des leucocytes qu’ils renferment à l’état normal, continuent à être parfaitement inoculables, ce qui prouve que la virulence n’a pas pour substratum cet ordre d’éléments.

Restent le plasma, les matières qu’il tient dissoutes et les corpuscules solides qui y sont en suspension. On a émis l’opinion que le principe virulent est constitué par un ferment soluble, plus ou moins analogue à la diastase, et M. Mialbe, qui s’est fait le promoteur ou le défenseur de cette manière devoir, dit même avoir isolé l’un de ces ferments, celui de la vaccine, qu’il nomme vaccinuse et dont il ludique les principaux caractères.

Les recherches de M. Chauveau ont donné des résultats tout opposés. L’inoculation du plasma reste stérile; celle des corpuscules figurés fait éclore la maladie virulente. C’est donc dans ces corpuscules qu’il faut chercher le principe actif des virus.

On a adressé des objections à la méthode suivie par le physiologiste de Lyon. Ainsi, d’après M. Colin, on n’obtiendrait pas, par la dialyse, la séparation des éléments de la matière virulente d’une manière aussi complète que l’afhrme M. Chauveau, et le temps nécessaire à cette séparation suffirait aussi à l’altération par l’eau des éléments virulents. Ces objections sont sérieuses; aussi M. Chauveau a-t-il dû étayer sa théorie sur d’autres considérations que celles tirées des phénomènes purement dialytiques. Yoici en quelques mots le raisonnement qui l’a guidé.

Si l’on suppose que la partie active de l’humeur virulente est constituée par les substances dissoutes dans le plasma, le principe virulent est également réparti dans tous les points de cette humeur; par des dilutions successives on ne change 'rien à la régularité de cette répartition, mais l’activité du principe virulent diminue progressivement de telle façon que, par des inoculations avec de la matière de plus en plus diluée, on doit obtenir des effets de plus eu plus atténués.

Mais si, au contraire, on place dans les corpuscules solides qui sont en suspension dans le plasma, l’activité du virus, comme un simple mélange n’établit jamais dans un liquide qu’une dispersion irrégulière des particules insolubles, on obtiendra des effets complètement positifs ou négatifs, suivant que la lancette trempée dans le liquide virulent aura ou non rencontré et amené quelques-unes

de ces particules; ou ne constatera pas des effets allénués, comme dans l’hypotliôsc précédente.

Les expériences de M. Chauveau ont donné raison à la seconde sup position. De plus, il les a contrôlées en montrant que rinjection eu masse dans les veines d’une substance virulente très-diluée, dont les inoculations par la lancette sont tantôt stériles, tantôt fécondes, est suivie du développement de la maladie, absolument comme lorsqu’on emploie du virus dans toute sa pureté et dans toute son énergie. Une forte dilution n’atténue donc pas et ne détruit pas 1 activité des éléments virulents; elle ne fait que les séparer, les disperser pins ou moins et les rendre ainsi plus ou moins accessibles à l'instrument qui doit servir à l’inoculation.

On sait que M. Chauveau a tiré d’autres conclusions de ses expériences, et qu’il a cherché à s’appuyer sur les résultats par lui obtenus pour expliquer le mécanisme de la contagion médiate ou infection. En analysant, par le procédé que nous venons de rapporter, le virus vaccin, le virus varioljque et le virus claveleux, il a trouvé que ces virus sont inégalement riches en corpuscules virulents. Il a observé en outre une semblable inégalité dans la quantité d’humeur virulente fournie par les trois maladies qu’engendrent ces mêmes virus. 11 a conclu de cette double observation que les individus atteints par ces maladies cèdent au milieu qui les entoure une quantité très-inégale de corpuscules virulents, et c’est par cette inégalité, résultat des deux autres, qu’il explique la fixité ou la transmisibilité à distance d’un virus.

Le vaccin est pauvre en corpuscules; le nombre des pustules vaccinales est très-réduit; aussi les individus vaccinés ne peuvent exhaler dans l’air assez de corpuscules pour propager la maladie, et la vaccine ne se transmet que par le contact, par l’inoculation. 11 en est sans doute de même pour la syphilis et la rage.

Le virus claveleux, au contraire, est très-riche en corpuscules; de nombreuses lésions cutanées et pulmonaires fournissent en abondance de la matière virulente. Les animaux malades répandent dans l’atmosphère qui les entoure une quantité considérable de corpuscules actifs qui vont transmettre à d’autres la maladie dont ils sont atteints. C’est de la môme manière que la variole serait à la fois inoculable et transmissible à distance.

Comme vérification expérimentale de ces faits, M. Chauveau est

parvenu à recueillir assez de vaccin pour transniellre la vaccine à des animaux par les voies pulmonaires ou les voies digestives. Il a, par contre, avec du virus claveleux affaibli, atténué, appauvri, constaté les mômes insuccès qu’avec le vaccin.

En résumé, la transmissibilité à distance ou, pour emprunter l’expression de M. Chauveau, la propriété infectieuse ne serait pas propre exclusivement à tel ou tel virus; ils la posséderaient tous au même degré dans chacun de leurs éléments actifs : la quantité seule de ces agents expliquerait leur mode particulier de transmission; suivant les termes mêmes de Fauteur, il ne s'agirait là que d’une question de poids et de mesure.

On vient de voir de quelle manière les malades répandent dans l’atmosphère ambiante des corpuscules virulents. Comment ces éléments impressionnent-ils les individus qui vivent dans le milieu infecté ? Suivant M. Chauveau ils pénètrent dans l’organisme par toutes les surfaces qui sont en rapport avec le monde extérieur, en particulier par les surfaces pulmonaire et digestive. A l’aide du mouvement brownien dont ils sont animés, ils peuvent, à l’exemple des leucocytes doués de mouvements amibo'ides, traverser les membranes et s’enfoncer à une plus ou moins grande profondeur. Une vérification extrêmement importante manque ici à la théorie de M. Chauveau. L’habile physiologiste a négligé, en effet, de suivre dans leur pérégrination les corpuscules virulents et, en condensant la vapeur d’un des milieux infectés, de montrer que ces corpuscules existent dans l’atmosphère tels qu’on les trouve dans les produits virulents eux-mêmes. M. Chauveau a peut-être déjà comblé, ou comblera certainement bientôt cette lacune.

Mais ce n’est pas tout que de suivre ainsi d’un individu malade à un individu sain, à travers le milieu dans lequel ils vivent, l’agent qui transmet la maladie de l’un à l’autre ; en quoi consiste cet agent? Quel est-il en lui-même? Quelle est sa nature? Est-iLorganisé? Est-il vivant? Comment se comporte-t-il? Autant de questions que nous avons déjà dû nous poser bien des fois, car elles constitue'nt l’objet même de notre travail. Maintenant que nous avons à peu près parcouru tout le cadre des maladies auxquelles on attribue une origine zymotique, nous pouvons embrasser toutes ces questions d’un coup d’œil général, résume^ les considérations que nous avons eu occasion de développer, en montrer et en discuter les conséquences.

Peut-être dans cet examen aurons-nous l’occasion d’avancer uousméme quelque hypothèse : nous le ferons avec réserve. N’oublions pas d’ailleurs que l’hypothèse constitue, dans la méthode expérimentale, la première phase par laquelle passent toutes les vérités qui ne s’imposent pas à l’esprit comme des axiomes.

Si l’on rapproche les unes des autres les recherches de MM. Chauveau, Coze et Feltz, Estor, Béchamp, le Ricque de Monchy, Liouville, Davaine, Lemaire, Salisbury, Rallier, etc., recherches dont nous n’avons présenté l’analyse que pour éclairer la synthèse à laquelle nous sommes arrivé, on est conduit, en acceptant sans discussion les.résullats annoncés par ces divers expérimentateurs, à formuler les propositions suivantes ; '

{'■ Les produits morbides recueillis chez les individus atteints de maladies dites zymotiques (maladiesinfectieusesouvirulentes) renferment, en quantité plus ou moins grande, des corpuscules élémentaires (granules oscillants, granulations moléculaires, microzymas, etc.).

2° Ces corpuscules se transforment en bactéries dans le sang et les humeurs des individus malades, soit pendant la vie, soit après la mort.

3° Corpuscules et bactéries constituent le principe actif des virus et des miasmes.

4“ Transportés par inoculation où par l’intermédiaire de l’air respiré, des aliments, des boissons, dans l’organisme d’un individu sain, ils s’y développent, s’y multiplient et engendrent la maladie virulente ou miasmatique de l’individu d’où ils proviennent.

5® Les bactéries ne représentent qu’une première phase du développement des corpuscules. Placées dans des conditions favorables, elles se transforment à leur tour, et donnent, suivant le terrain où on les cultive, d'autres formes transitoires d’un champignon dont l’espèce, à l’état parfait, est en rapport avec le produit morbide qui a fourni les corpuscules et lés bactéries.

6" A chaque virus, à chaque miasme, correspond une variété, une espèce de champignon.

7° Les corpuscules paraîtraient dès lors n’être que les spores de ces champignons.

Le mot paraUraienl, que nous avons souligné à dessein, indique une lacune que nous avons déjà signalée dans les expériences de M. Hallier, lacune qui entraîne un défaut d’enchaînement dans les propositions précédentes, et ne permet pas de compléter le cercle eu remontant de la dernière à la première. Il aurait fallu, ainsi que nous l’avons dit, démontrer que l’air infecté contient des spores identiques à celles des champignons obtenus par la culture des bactéries, et que ces mêmes spores sont en tout semblables aux corpuscules élémentaires contenus dans les produits morbides. Les recherches de M. Chauveau présentent le même desideratum. Celles de M. Salisbury sur la nature des miasmes palustres sont beaucoup plus complètes, mais dans de semblables questions le témoignage d’un seul expérimentateur est insufiisant ; il faut le contrôle de plusieurs.

Il est donc impossible d’établir, du moins jusqu’à nouvel ordre, une parenté, une filiation directe entre les corpuscules de M. Chauveau ou les microzymas de M. Béchamp et les formes allotropiques des champignons de M. Hallier. Aussi croyons-nous pouvoir nous dispenser de nous arrêter aux trois dernières propositions, et limiter aux quatre premières les réflexions que nous avons à présenter.

Il nous paraît difficile de contester le rôle important qui, dans la transmission des maladies miasmatiques ou virulentes, revient aux corpuscules ou granulations moléculaires et aux bactéries qui semblent en dériver. Le débat doit donc porter principalement sur deux points : 1° la nature et l’origine de ces petits corps; 2" leur mode d’action.

Bien que nous ayons éliminé de la discussion les résultats de M. Hallier, le nombre des auteurs qui' regardent les corpuscules comme des œufs de microzoaires ou des spores de microphytes est trop considérable pour que nous n’ayons tout d’abord à compter avec cette manière de voir. Elle semble d'ailleurs d’autant plus probable que les expériences, relatées plus haut, de MM. Béchamp, Ester, le Ricque de Monchy, Liouville, Trécul, Lemaire, etc., nous ont fait, pour ainsi dire, assister à la transformation des granulations moléculaires en bactéries, et que la nature animée de?:elles-ci paiaît acceptée par la généralité des observateurs. H s’agit de savoii si l’on ne s’est trop hâté d’accorder un brevet d’animalité ou de \égé-

talité à cet ordre d’élément?. Mais ici nous touchons à l une des questions les plus importantes de I histoire naturelle, question dont l’intérêt s’est accru depuis les conquêtes du microscope: nous voulons parler do la limite qui sépare un infusoire ou un microphyte d’un élément anatomique appartenant à un organisme supérieur.

Cette limite, il faut bien le reconnaître, est loin dèlre nette et tranchée; on trouve, en effet, dans plusieurs éléments anatomiques tous les attributs, toutes les propriétés qu’on rencontre dans certains infusoires, et il en est même parmi les premiers dont la structure est certainement plus complexe que celle des seconds. Un spermatozoïde présente tout aussi bien les caractères de l’animalité qu’une monade ou une cercomonade, et un leucocyte offre les mêmes expansions sarcodiques qu’un amibe. Aussi ny a-t-il pas- lieu d’être étonné que certains naturalistes aient tendance à ranger les spermatozoïdes et les leucocytes au nombre des microzoaires.

On est allé plus loin, et nous avons tracé plus haut (p. 37) l’esquisse d’une doctrine qui, proclamant l’autonomie de la cellule ou de l’élément anatomique, considère tout être vivant comme une colonie, un agrégat de petits organismes jouissant d’une indépendance relative et unis les uns aux autres par un lien fédératif. Chacun de ces petits organismes a sa vie propre, son individualité et sa fonction par laquelle il concourt à l’entretien de la vie de l’organisme plus complexe dont il fait partie.

Cette doctrine, dont on trouve la première idée dans la théorie des molécules organiques de Buffon, tend de plus en plus à se généraliser, à quelque école d’ailleurs qu’on appartienne. « Chaque animal, dit M. Yircbow, représente une somme d’unités vitales qui portent chacune en elles-mêmes les caractères complets de la vie. Ce n’est pas dans un point limité d’une organisation supérieure, dans le cerveau de l’homme par exemple, que l’on peut trouver le caractère de l’unité de la vie; on le trouve bien plutôt dans l’arrangement régulier, constantde l’élément distinct. Ou voit donc que l’organisme élevé, que l’individu résulte toujours d’une espèce d’organisation sociale, de la réunion de plusieurs éléments mis en commun : c’est une masse d’existences individuelles dépendantes les unes des autres; mais cette dépendance est d'une nature telle que chaque élément a son activité propre, et même lorsque d’autres parties impriment à l’élément une impulsion, une excitation quelconque, la

fonction n’en émane pas moins de l’élément lui-rnéine et ne lui en est pas moins personnelle. » [Paih. cellulaire.)

Si de l’école qui fait tout dériver de la cellule on passe à celle qui admet la genèse spontanée des éléments anatomiques au sein d’uii blastème, l’opinion relative à l’indépendance de ces éléments reste la même. « Pour les parties directement actives en nous, dit M. Robin, c’est-à-dire pour les éléments anatomiques, le milieu qui se prête à l’accomplissement de la nutrition est le plasma sanguin, véritable milieu intérieur dans lequel les éléments anatomiques, ces facteurs individuels des phénomènes complexes de l’économie, prennent des principes immédiats selon ce que permet leur composition et rejettent ceux dont la présence tend à changer les rapports moléculaires de leurs parties constitutives. En un mot, chaque élément anatomique se comporte à l’égard du sang comme l’organisme entier par rapport aux milieux ambiants, où il puise ses aliments et où il rejette ses excrétions. {Bibliothèque des sciences naturelles.)

Bien avant les deux auteurs que nous venons de citer, de Mirbel avait dit « que les cellules ou utricules qui composent le végétal sont autant d’individus vivants, jouissant chacun de la propriété de croître, de se multiplier, de se modifier dans certaines limites, travaillant en commun à l’édification de la plante dont ils deviennent eux-mêmes les matériaux constituants. La plante est donc un être collectif. » {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1839-.)

Cette collectivité est surtout remarquable dans certaines espèces animales. « Dans presque tous les animaux invertébrés, ce qu’on appelle ordinairement un individu n’est autre chose qu’une réunion, une colonie de petits individus plus ou moins distincts, désignés par le nom général de zoonites. Pour former l’être complexe, ces zoonites s’assemblent, soit en série linéaire, soit en masse^ selon deux ou trois dimensions.

« ... Dans les groupes d’animaux inférieurs où la spécialisation des parties est peu marquée, chaque zoonite semble se suffire à luimême ; ainsi tous les anneaux d’un ténia sont munis d’organes de reproduction, de systèmes digestifs plus ou moins complètement isolés, etc.

«... Les siphonophores, ou acalèphes hydrostatiques, êtres aussi élégants que singuliers, présentent des colonies très-curieuses par leur composition. Leurs zoonites se spécialisent d’une façon toute

particulière; certains d’entre eux, sous la forme de filaments allongés terminés par des ventouses ou par des espèces de harpons, sont les

xoonitespêcheursiilssaislssenllesalimenlsetlesdonpentauxzoonites

digérants, formés chacun d’une simple cavité vésiculaire ou trompe gastrique. D’autres zoonites servent à la locomotion... Enfin des zoonites spéciaux ont pour fonction de donner naissance à des individus nouveaux. (Lacaze-Duthiers, Revue des çpuis scientifiques,

M. Durand (de Gros), dont l’important ouvrage intitulé Essai de physiologie pathologique » nousa lourni Incitation précédente, y trouve un argument puissant en faveur de l’opinion qu’il défend contre M. Lacaze-Duthiers lui-mème : « ÎS^ous soutenons, dit-il, et notre dessein ici est de prouver que l’organisme vertébré est, lui aussi, une association de zoonites, et qu’il ne diffère de l’organisme invertébré que comme l’organisme invertébré des plus hautes espèces diffère lui-même de l’organisme invertébré des plus basses espèces; c’est-à-dire qu’il en diffère par une divisiou du travail vital poussée plus loin, par une spécialisation fonctionnelle des parties plus minutieuse et plus stricte, par une plus rigoureuse centralisation de tous les services de l’économie sous une direction suprême, par une hiérarchie plus compliquée, paruueuuité et une solidarité statique et dynamique plus parfaites. »

Le même ordre d’idées est adopté et exprimé dans les termes suivants par M. Gl. Bernard : « Les éléments organiques sont de véritables organismes élémentaires, et ce sont ces organismes élémentaires qui, par leur réunion et leurs groupements, sont ensuite appelés à constituer un organisme total, d’autant plus élevé dans l’organisation que la variété physiologique de ses éléments se montre plus grande. Nous pouvons donc considérer que notre corps est composé par des millions de milliards de petits êtres ou individus vivants et d’espèce différeute. Il en est qui sont libres comme les globules du sang; mais la plupart sont unis ou soudés. Ils s’unis.sent et restent distincts comme des hommes qui se donneraient la main ; chaque espèce d’éléments représente ainsi une véritable espèce d’individus qui dépend d’un tout auquel il est associé, mais qui a toujours son indépendance et sa vie propres, qui a sa manière particulière de se mouvoir et d’être excité, qui a ses poisons spéciaux et sa manière spéciale de mourir. » [Revue des Deux-Mondes, 1864.)

Aprt's avoir rapporté un grand nombre d’expériences de grefle animale ou do restauration de parties séparées du reste du corps, M. Vulpian écrit à son tour: « Les diverses expériences dont je viens de vous entretenir peuvent servir d’arguments pour mettre dans tout son jour l’autonomie physiologique des éléments anatomiques, et nous font voir que chacun d’eux possède et transporte avec lui les énergies spécifiques dont on a voulu faire les attributs du prétendu principe vital. » {Leçons sur la physiologie (jénérale cl comparée du système nerveux.)

Toutes ces citations, que nous croyons inutile de multiplier davantage, montrent quelles sont actuellement les tendances générales des biologistes. M, Gavarret les exprime et les résume en disant; « Dans le règne végéta!, comme dans le règne animal, chaque élément histologique jouit d’une activité propre qui commande la nature des réactions réciproques de cet élément et du milieu ambiant.» {Les Phénomènes physiques de la vie.)

On voit que, par leur activité, leur autonomie, leur indépendance relative, les éléments anatomiques se rapprochent beaucoup des protozoaires et des protophytes parasites. Si l’on prend à la limite ceux qui se présentent sous la forme la plus simple, la forme unicellulaire, l’analogie est encore plus grande. Sous le champ du microscope, un leucocyte d’animal à sang froid se comporte exactement comme un amibe, ayant les mêmes expansions sarcodiques, se déplaçant de même, introduisant de la même manière dans sou intérieur les particules étrangères qui sont en contact avec les expansions ou prolongements de protoplasma, etc. Il est vrai d’ajouter que, suivant M. Robin, les mouvements amiboides ne constitueraient nullement un caractère d’animalité, puisqu’on les observe dans des corps d’origine organique, mais non organisés. « La production, dit-il, par certains extraits graisseux mêlés à des corps albuminoïdes, de mouvements et de corps ayant physiquement un certain nombre des caractères des éléments anatomiques, l’exsudation par des éléments en voie d’altération cadavérique de corps demi-liquides doués des mêmes propriétés que les précédents, l’analogie de ces phénomènes avec ceux que présentent les globules d’exsudation sarcodique dont la production conduit à la diffluence des éléments qui en sont lé siège, l’analogie des exsudations, dos resserrements, etc., offerts par ces globules avec ceux que présentent soit les corps de provenance végétale aussi bien

qu’animale appelés amibes, soit les leucocytes, soit le vitellus de l’ovule de beaucoup d’animaux dans diverses conditions, etc., tous ces faits montrent que les mouvements de ces corps ne sauraient être assimilés à l’un quelconque des modes de la contraction musculaire caractéristique de l’animalité. Ils ne lui sont pas plus assimilables et ne prouvent pas plus la nature animale des phénomènes précédents que ne lui sont assimilables les phénomènes de segmentation et de gemmation du vitellus et des cellules qui s accomplissent d’une manière identique sur les plantes et sur les animaux. Il en est de môme, du reste, à cet égard du mouvement des cils des cellules épithéliales et des spermatozoïdes ou des zoospores appartenant tous aux éléments qui possèdent au plus haut degré les propriétés végétatives de nutrition, développement et génération. « {Bibliothèque des sciences naturelles.)

M. Robin conclut des considérations qu’il a développées relativement au point qui nous occupe, « que les amibes, au lieu d’être des animaux, seraient plutôt des parties séparées de l’utricule azoté d’éléments anatomiques végétaux , dans des conditions accidentelles, comme, dans des conditions normales, les spermatozoïdes des algues proviennent du contenu azoté de cellules végétales déterminées. >>

Ainsi, à la limite des organismes microscopiques, il est difficile de dire si le corps que l’on observe est une simple exsudation de matière organique, un élément anatomique, un protozoaire ou un protophyte (1). Ces difficultés expliquent comment tel organisme, la

(1) Depuis que nous avons écrit ces lignes a paru une intéressante publication de M. Léon Marchand sur la Reproduction des animaux infusoires. Après avoir reconnu comme démontrée l’existence, pour ces êtres microscopiques, de trois modes de reproduction (fissiparité, gemmiparité, génération sexuelle), l’auteur admet comme probable un quatrième mode qui consisterait dans une reproduction par masses sarcodiques, préexistant dans le corps d’êtres organisés, et mises en liberté après la mort de ces organismes. Pour M. Marchand, le sarcode ou proloplasma (c’est tout un) constitue l’élément anatomique général qui sert de base à toute organisation. « C’est cette substance, dit-il, qui existe seule dans les amibes, qui se complique davantage dans les paramésiens, les stentors, etc. C’est elle qui, dans le vitellus, devient le point de départ de la gemmation et de la segmentation, point de départ partant de l’être organisé... C’est par des complications succès-

bactérie, pur exemple, est classé par les uns clans le règne animal, par les autres dans le règne végétal, et pourquoi certains naturalistes, dans l’impossibilité d’une classification satisfaisante, admettent avec i\]. de Bary,sous le nom de myxomycètes, une catégorie d’ôires intermédiaires aux deux règnes.

Les détails qui précèdent montrent qu’il existe de môme, entre les éléments anatomiques et les protozoaires ou les protopliytes, uue ligne assez peu tranchée pour qu’on hésite à classer parmi les uns ou parmi les autres tel ou tel corps observé. L’examen histologique seul est insuffisant, et il faut faire appel à l’étude des propriétés physiologiques. Or cette étude montre encore de nombreuses analogies entre les corps que nous étudions. Eu effet, à l’exemple des animaux et de,s végétaux parasites, les éléments anatomiques peuvent, sans cesser de vivre, être transportés d’un individu dans l’or-

sives qu’elle forme tous les corps, et passe ainsi des êtres les plus simples à la cèllule d'abord et de là aux êtres les plus complexes. »

Le sarcode, dont les divers modes d’évolution dépendent essentiellement de l'influence des milieux, sert d’intermédiaire ou de filiation entre les animaux qui meurent et ceux qui se développent à leurs dépens, sans qu’il soit par conséquent nécessaire de rechercher les parents de ces derniers. « Puisque d’un côté, dit M. Marchand, l’on admet que les organismes végétaux et animaux ne sont que des composés d’infusoires qui, après la mort de l’être qu’ils servaient à constituer, peuvent reprendre leur vie et leur liberté première dans le liquide de nos infusions, on doit admettre, de l’autre, que, dans ce fait, il n’y a pas eu genèse spontanée- du sarcode ; il n’y a eu que de simples modalités d’évolution. En d’autres termes il n’y a pas eu hétérogénie, mais bien homogénie. »

Si l’on suppose, ce que d’ailleurs M. Léon Marchand lui-même parait disposé à admettre, que les granulations moléculaires ou raicrozymas de M. Béchamp sont constituées par des masses sarçodiques, on voit combien les idées de notre savant confrère se rapprochent de .celles que nous avons exposées dansle'cours de notre travail (y. p. 37 et .38). Nous ajouterons toutefois^, malgré l’in-terprétation contraire qü’on pourrait peut-être concevoir en relisant ce passage, que nous restreignons beaucoup plus que M. Marchand le champ d’évolution et de transformation à l’état isolé des éléments anatomiques, soit des animaux, soit des végétaux. C'est ce qui ressort, d’ailleurs, des développements qui suivent.

"anisrae d’un autre individu, pourvu que les conditions de milieu soienten rapportavec leur mode d’activité. C’est de cette importante propriété qu’on tire parti chaque jour dans la bouture ou la greffe des plantes, dans les expériences de greffe animale, dans les opérations d’autoplastie, de transfusion du sang, etc.

Transportés dans un liquide fermentescible, certains éléments ■ anatomiques, les granulations ou microzymas, par exemple, se comportent exactement comme les microphytes et les microzoaires, c’est-à-dire qu’ils vivent, ou en d’autres termes assimilent et désassimilent, et donnent lieu ainsi à de nouveaux produits aux dépens de la matière dont ils se nourrissent. Ici, toutefois, il serait peutêtre permis d’établir une différence entre les deux ordres d’organismes. Les microzoaires et les microphytes, qui jouent le rôle d’organismes-ferments,ne se bornent pas à se développer, à se nourrir ; ils se reproduisent. En est-il de même des éléments anatomiques, en particulier des granulations qui, à ce point de vue, ont été le mieux étudiées? C’est là une question qui n’est pas encore entièrement résolue. On a bien vu ces granulations se développer et se transformer en bactéries, mais on ne dit pas si, à leur tour, ces bactéries se transforment ou se reproduisent.

Suivant M. Béchamp, l’inoculation des bactéries à des êtres vivants aurait pour effet, non la pullulation de ces petits organismes, mais une modification du milieu qui favoriserait l’évolution eu bactéries des microzymas normaux de l’animal ou du végétal auquel l’inoculation aurait été pratiquée. Ainsi les bactéries, du moins celles qui proviennent de la transformation des microzymas, ne se reproduiraient pas, et comme M. Béchamp ne les a pas vues davaïuage se transformer, elles constitueraient comme une forme ultime des granulations moléculaires.

Par contre, M. le Ricque de Monchy aurait constaté la reproduction des granules oscillants du cambium de certains végétaux, et peut-être même de ceux du sang. Il est vrai que, dans son expé- ■ rience, il n’y a pas eu transformation des granules en bactéries; ils se seraient reproduits sous leur propre forme par scissiparité.

La question que nous venons de poser est d’une grande importance. Si, en effet, les transformations et la reproduction en dehors de l’économie vivante des granulations moléculaires étaient définitivement démontrées, si cet ordre d’éléments faisait souche, pour

ainsi dire, et se perpétuait par des générations successives, il nV aurait plus de démarcation possible entre les éléments anatomiques et les protorganismes animaux ou végétaux, et c’est alors qu’on pourrait véritablement dire, sans forcer les idées ni le langage, que tout être vivant, même le plus parfait, est un agrégat de zoonites. Déplus, en tenant compte à la fois de la variété des granulations qui existent normalement chez les êtres vivants, de l’influence si considérable des milieux sur le développement des organismes microscopiques et des générations alternantes dont ils paraissent doués, on expliquerait facilement, par une série de transformations des éléments anatomiques, la genèse d’un grand nombre de microzoaires ou de micropbytes, en particulier de ceux qu’on trouve dans les produits pathologiques ou dans les matières organiques en voie de décomposition. Nous avons montré ailleurs quelques conséquences d’une semblable hypothèse. Nous ajouterons simplement que, si elle se confirmait, le rôle des infiniment petits, dans les maladies miasmatiques ou virulentes, serait celui, non de cause, mais d’effet.

Si, contrairement aux faits qui donneraient lieu à cette hypothèse, il reste démontré que les éléments anatomiques, en vertu de leur vitalité inégale, peuvent vivre plus ou moins longtemps en dehors de l’organisme dont ils faisaient partie, se développer, subir môme quelques transformations, mais non se reproduire ni devenir directement la source et l’origine d’une lignée d’êtres vivants isolés, on possède là un caractère assez important et assez tranché pour les séparer des microzoaires et des microptiytes, malgré les nombreuses analogies, rappelées plus haut, qu’ils présentent avec ces petits organismes.

Quoi qu’il en soit, il existe une différence considérable entre les éléments anatomiques et les petits animaux ou végétaux parasites dans la manière dont les uns et les autres se comportent à l’égard de l’individu sur ou dans lequel ils vivent. De la part de l’élément anatomique il y a, si l’on peut s’exprimer ainsi, réciprocité de service, car il fait partie intégrante de l’individu, et par la contribution qu’il apporte à la vie collective, il rend ce qu’il a emprunté. Le parasite, au contraire, entièrement indépendant, vit en égoïste; tout pour lui ; il emprunte toujours et ne rend jamais, car ses excrétions ne font qu’accroître les désordres causés par sa présence.

Quand une branche est entée sur un arbre, elle fait bientôt corps avec lui, et lui rend, par la respiration de ses propres fouilles et de

ses parties vertes, l'équivalent de ce qu’elle a reçu de 1 arbre par les sucs nutritifs.

De même, quand on transfuse dans les vaisseaux d’un animal qu'on a rendu exsangue, et qui est sur le point de mourir, le sang d’un autre animal, les hématies trouvent dans l’appareil circulatoire du premier des conditions qui leur permettent de continuer a vivre, mais elles contribuent à leur tour à rappeler et à maintenir la vie chez l’animal lui-même.

Que l’on sème au contraire des spores du botrytis hassiana sur un ver à soie, ces spores ne tarderont pas à pénétrer dans le corps de l’animal, où bientôt elles germeront, se développeront, pousseront des rameaux qui fructifieront. Mais cette germination, cette végétation se fera, sans compensation, aux dépens du ver dont les organes seront comprimés, refoulés, dont les fonctions seront troublées, anéanties, et qui à un moment donné mourra subitement.

Le caractère d’individualité qu’on accorde aux éléments anatomiques, et les analogies qu’ils présentent avec les protozoaires et les protophytes nous semblent justifier les développements dans lesquels nous venons d’entrer pour bien faire saisir la différence qu’il est permis d’établir entre ces ordres d’organismes. On verra bientôt que nous n’avons pas obéi en cela à des idées purement spéculatives, et l’on nous comprendra mieux maintenant quand nous dirons que les coipuscules, microzymas ou granulations moléculaires et des bactéries qui constituent les miasmes et les virus sont des organismes, eu tant que composés de matière organisée et doués d’activité, mais que ces organismes ne sont, pour la plupart du moins, dans les maladies transmissibles, ni des microzoaires ni des microphytes : ce sont de simples éléments anatomiques.

Les recherches si intéressantes de MM. Bécbamp, Estor et le Ricquo de Monchy sur les granulations moléculaires ont montré que la physiologie de cette forme de la matière organisée est à peine ébauchée. Dans la théorie cellulaire le rôle exclusif qu’on accorde à la cellule absorbe celui qui revient aux granulations. La théorie des.blastcmes distingue celles-ci physiquement et chimiquement, mais elle confond leurs propriétés avec celles des matières amorphes. Or il est permis de croire, avec les auteurs que nous venons de citer, que les granulations ont à remplir dans l’être vivant des fonctions extrêmement importantes.

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l.os mi^mes rocliorches des savants expérimentateurs de Montpellier révèlent encore une lacune très-grande dans la science relativenientau degré de vitalité des ditlérentes' espèces d’éléments anatomiques. On sait parfaitement que lorsqu’un individu cesse de vivre, tous les éléments anatomiques ne meurent pas en même temps, mais on n’a pas étudié les conditions qui peuvent faire varier pour chacun d’eux la durée de leur activité. Ceci est vrai surtout pour les granulations, dont l’apparition et le développement sur d’autres éléments sont généralement regardés, dans les conditions que nous supposons, comme un mode ou une phase de dégénérescence ou de décomposition, mais dont les propres transformations sont restées inconnues. Nous laissons aux physiologistes et aux histologistes le soin de résoudre expérimentalement ces ardus problèmes ; nous nous bornerons à tirer quelques inductions des remarquables expériences de MM. Béchamp, Estor'et leRicque de Monchy.

La granulation représente la forme la plus élémentaire de la matière organisée et figurée, c’est-à-dire l’élément anatomique le plus simple ; d’apr-ès les expériences que nous venons de rappeler, on est autorisé à penser que la vitalité de cet élément est plus grande que celle d’aucun autre. On rencontre ici quelque chose d’analogue à ce qui a lieu chez les microzoaires et les microphytes ; les œufs -des premiers et les spores des seconds ont aussi une vitalité plus grande que les êtres eux-mêmes à l’état adulte.

Cette vitalité des granulations moléculaires leur permet sans doute, non-seulement de résister plus longtemps aux causes de mort ou de destruction, mais encore de vivre dans des milieux plus ou moins dilférents de leur milieu naturel et môme de s’y développer, avec des modilications dans leur développement en rapport avec ces mêmes milieux. C’est ainsi, par suite d’un développement anormal, et en quelque sorte tératologique, qu’on peut s’expliquer la transformation des granulations en bactéries, constatée par les expérimentateurs de Montpellier, sans t]u on soit obligé par cela môme de considérer les bactéries comme des éléments anatomiques normaux.

Les granulations, en voie de développement anormal et reportées dans leur milieu naturel, continuent à vivre, mais de leur vie anormale. Elles deviennent partie intégt;ante de l’individu qui les a nvçues, mais dans l’échange réciproque qui se fait entre celui-ci et

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elles, elles reiiiplisseiil mal les IbncUoilfequi leur soûl dévolues; de là une rupture d’équilibre dans les fonctions, l’alléralion consécutive d’autres éléments anatomiques, et liiialement l’état de maladie de l'organisme tout entier. U est permis d’ailleurs de supposer que, dans 1^ sphère d’activité de deux éléments, l’élément normal reçoit l’impression morbide de l’élément altéré, et la communique ensuite a un troisième. Celte sorte de contamination d’élément à élément, soit directe, soit plutôt par l'intermédiaire des produits de sécrétion, se généraliserait bientôt dans tout l’organisme, en portant peut-être, plus spécialement sur les éléments similaires. Ou s expliquerait ainsi comment un élément peut porter avec lui et transmettre à un individu sain la maladie de l’individu d’où il provient.

Ce fait de contamination d’un élément par un élément voisin n’a

rien de nouveau et est admis dans d’autres circonstances, par exemple lorsqu’on veut se rendre compte de l’infection ou de la repullulalion sur place des tumeurs. » Quand on examine au microscope, dit M. Virchow, une tumeur en voie de prolifération, composée d’éléments cellulaires, on voit que les tissus environnants sont malades dans une étendue de 3 à 5 lignes au delà de la limite apparente de la tumeur, et sont, par conséquent, disposés à former une nouvelle zone autour de cette dernière. Cette disposition est la cause principale des récidives locales après l’extirpation. Dès que les obstacles au développement de la tumeur ont disparu, on voit le tissu malade réellement, mais dont on ne peut apprécier l’altéralion à l'œil nu, recommencer à sedévelopper et à repulluler. Il neseforme pas ici de petits dépôts formés par du sang épanché; ce sont les germes de nouvelle formation qui se trouvent déjà préformés dans les tissus voisins, et qui continuent leur développement comme si la tumeur n’avait pas été enlevée, et il faut le dire, ce développement est quelquefois plus rapide après l’opération. Cette observation a, d’après moi, une importance fort grande ; elle nous montre que toutes ces formations onitme tendance a la contagion.. .L'iniection est transportée immédiatement par les sucs malades du foyer d’altération aux élémeuts voisins, qui sont liés avec lui par des anastomoses sans l’intermédiaire des nerfs et des vaisseaux. »

Le phènoniène reste évidernmeutle même, que les éléments altérés proviennent du dehors ou dé l’intérieur môme de l’organisme, qu’ils soient isolés ou agglomérés, qu’ils fournissent une quantité micros-

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copique de produits de sécrdlion ou une grande abondance de sucs, Notre manière de voir relative à l’action sur l’organisme sain des corpuscules contenus dans la matière miasmatique ou virulente se trouve ainsi justiliée.

Les analogies de compositiou, déformé, de propriétés que nous venons de voir exister entre les éléments anatomiques et les protozoaires ou les protophytes entraînent des analogies semblables da,ns les substances qu’ils contribuent les uns et les autres à former r nous voulons parler des ferments organisés, des effluves, des miasmes et des virus. Les expériences de MM. Bécbamp, Estor et le Ricque de Monchy tendent à prouver, en outre, que les granulations moléculaires ou microzyraas se comportent comme des organismes-ferments, soit dans les liqueurs fermentescibles où on les place, soit à l’état physiologique ou pathologique dans le corps de l’individu dont elles font partie intégrante. Est-ce à dire que de ces analogies on doive conclure à une identité complète entre ces différents ordres d’agents, et qu’il faille accepter la formule de la pathologie animée, telle que nous avons eu plusieurs fois dans ce travail l’occasion de la présenter ? Nous ne le pensons pas, et c’est ce que nous espérons faire ressortir clairement en traitant de la seconde partie de notre programme, c’est-à-dire du mode d’action de ces agents, comparé à l’évolution naturelle des maladies dites zymotiques. Les développements dans lesquels nous sommes entré jusqu’ici nous permettront de passer assez rapidement sur cette question.

L’opinion la plus généralement répandue sur la nature et le mode d’action des ferments figurés consiste, ainsi qu’on l’a vu au commencement de ce travail, à les considérer comme de petits organismes qui vivent aux dépens des éléments constitutifs de la matière fermentescible. La relation qui existe entre la nutrition et la reproduction de ces organismes d’un côté, et de l’autre la décomposition de la matière fermentescible, est diversement interprétée. Les uns se bornent à constater cette relation sans en approfondir le mystère. D’autres, avec M. Pasteur, associent la théorie vitaliste pure de Turpin à la théorie mécanique de Liebig. M. Berlhelot attribue les propriétés fermentatives non aux organismes eux-mêmes, mais

à uii fonnenl soluble qu’ils sécrètent, ce qui couduirail ù n’admettre qu’une seule classe de ferments. Dans toutes ces théories, les produits de fermentation résultent directement de la décomposition de la matière fermentescible, que celle-ci ait d abord été atteinte par le ferment et que le mouvement se soit ensuite communiqué de molécule à molécule (Liebig, Pasteur), ou que le ferment n ait agi que par sa présence, en vertu d’une action catalytique (Robin, Berthelot). M. Béchamp est l’auteur d’une autre théorie, qu’il a nommée, avec M. Estor, Théorie physiologique de la fermentation, qui nous paraît, mieux que les précédentes, rendre compte de tous les faits et qui, nous n’en doutons pas, contribuera puissamment aux progrès de la physiologie et par suite de la pathologie.

D’après cette théorie, les organismes-ferments sécrètent une substance albuminoïde que M, Béchamp appelle zymase, qui est analogue à la diastase, à la pepsine, àla paucréatine, à la synaptase, etc., et qui jouit, comme ces dernières, de la propriété de transformer isomériquement ou chimiquement les matières propres à la nutrition de ces organismes. Les matières ainsi préparées sont absorbées, assimilées par les organismes-ferments qui, à l’exemple des organismes supérieurs, excrètent ensuite des produits de désassimilation. Or ce sont ces produits de désassimilation que, dans les diverses théories rappelées plus hautj ou prend pour les produits de décomposition de la matière fermentescible. Par exemple dans la fermentation alcoolique, l’alcool, l’acide carbonique, l’acide succinique, la glycérine, etc., sont considérés comme provenant exclusivement de la décomposition du sucre. Suivant la théorie de M. Béchamp, le sucre, transformé eu glucose par la zymase que sécrète le Torulu cerimsiæ, est absorbé, digéré par ce cryptogame qui, après avoir assimilé ce qui lui est nécessaire, rend à l’extérieur, sous forme d’alcool, ce qui ne peut plus être utilisé.

On voit par là que le mot de fermentation, s’il doit être conservé, ne doit plus être appliqué à désigner les phénomènes qui se passent dans un milieu où vivent des microzoaires et des mycrophytes, puisque ce sont des phénomènes non de décomposition directe, mais de nutrition, complètement analogues à ceux dont les êtres supérieurs sont le théâtre. Ce mot doit être réservé, du moins jusqu’à nouvel ordre, pour exprimer les transformations isomériques ou chimiques opérées par his substances albuminoïdes solubles que M. Bé-

champ nomme zymases. Il n’y a donc plus des organismes-ferments dans l’acception du mot usité dans les anciennes théories; il n’y a que des êtres, d’une structure plus ou moins élémentaire, qui naissent, se nourrissent, c’est-à-dire assimilent et désassimilent, se développent, se reproduisent et meurent.

Les éléments anatomiques, doués, ainsi que nous l’avons vu plus haut, d’une vie relativement indépendante, doivent, sous le rappoi t qui nous occupe, se comporter comme les microzoaires et les microphytes dans les milieux intérieurs ou extérieurs où leur activité peut se manifester. C’est en effet ce que M. Béchamp et ses collègues ont démontré ; en prenant des granulations sur des animaux ou sur des plantes et en les mettant en contact avec une liqueur sucrée ou de l’empois d’amidon, ils ont obtenu la transformation du sucre et la saccharification de la fécule. Des phénomènes analogues se passent dans les tissus et dans les liquides des êtres vivants. Partout, en effet, principalement dans les organes glandulaires où les transformations des matières d’assimilation et de désassimilation sont le plus actives, les expérimentateurs de Montpellier ont trouvé des matières albuminoïdes solubles qui constituent les zymases. C’est ainsi qu’outre les zymases de la salive (diastase salivaire), du suc gastrique (pepsine), du suc pancréatique (pancréatrine ou pancrédiastase), de l’orge germée (diastase), des amandes (synaptase), etc., etc., qui toutes étaient connues, M. Béchamp a découvert les zymases de l’urine (néfrozymase), la zymase du foie, la zymase du tubercule, la zymase des fleurs et des parties colorées non vertes des végétaux (antliozymase), etc., etc. Toutes ces zymases sont un produit de sécrétion des granulations ou microzymas 'répandus dans tous les tissus, dans toutes les humeurs, y compris le sang lui-même, dont la fibrine ne serait, d’après le professeur de Montpellier, qu’une fausse membrane formée par les microzymas associés au moyen d’une substance qu’ils sécrètent.

On a ainsi une idée du rôle immense qui serait dévolu aux microzymas; ils seraient en effet, par les zymases qu’ils sécrètent, les principaux agents de toutes les transformations qui s’opèrent dans l’économie vivan te, que ces transformations soient normales ou anormales, c’est-à-dire physiologiques ou pathologiques. Sous une influence morbide, ces microzymas subiraient des modifications dans leur dé-

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veloppement, leur évolution (transformation eu bactéries), leurs sécrétions, peut-être dans leur composition et leur structure ; d’où une perturbation dans les fonctions plus complexes de 1 économie. G est ce qui arriverait, par exemple, par suite de l introduction et d une sorte de greffe dans l’organisme, de microzymas malades, ou plus ou moins altérés, venus du dehors.

Notons, eu passant, que les zymases dont il vient d’être question peuvent être considérées comme de véritables ferments solubles, d’où il suivrait que les actes de nutrition qui se passent dans l’intimité des organes des êtres vivants sont des phénomènes de fermentation. 11 ne faut pas oublier toutefois que ce mot désigne ici principalement de simples transformations isomériques, et non des phénomènes de décomposition qu’on attribue à tort, ainsi qu’on vient de le voir un peu plus haut, aux organismes-ferments. Nous insistons de nouveau et à dessein sur cette distinction, parce qu’elle montre que s’il est une classe de maladies auxquelles on puisse appliquer le nom de zyrnotiques, c’est uniquement et exclusivement à celles qui résultent de l’introduction dans l’organisme d’une zymase ou ferment soluble. Les maladies causées par la présence de microzoaires ou de microphytes doivent être rangées parmi les maladies parasitaires.

Il résulte de tout ce qui précède que les maladies dont nous éludions la pathogénie peuvent être produites ou par un ferment soluble, ou par les éléments anatomiques altérés, ou par des organismes parasites. 11 faut ajouter un quatrième mode étiologique, l’intoxication ; les matières solubles, au lieu d’agir comme ferments, agiraient comme poisons. Cette manière de voir, d’ailleurs, n’est nullement incompatible avec la présence d’organismes microscopiques; de même, en effet, qu’on rencontre un venin mortel chez des animaux supérieurs et des poisons non moins énergiques dans les sucs de certaines plantes, de même on comprend que certains microzoaires ou microphytes soient nuisibles moins par leur propre présence que par les propriétés de la substance qui les constitue ou plutôt des produits qu’ils sécrètent, en un mot qu’ils agissent comme de véritables principes toxiques. Nous avons donc à examiner si, dans leur mode d’action, les effluves, les miasmes et les virus se comportent comme des ferments solubles, des éléments anatomiques malades qui se grefferaient sur un organisme sain, des parasites ou des poisons. Pour traiter ces différentes questiops d’une manièi'e

complète, il l'audrail suivre toutes les malaüies dites ou prétendues zymotiques dans leur développement, leur marche, leur terminaison,.leurs manifestations anatomo-pathologiques; mais une semblable étude nous entraînerait bien au delà des limites de ce travail. Nous grouperons donc ces maladies d’après le type de l’agent auquel il est permis d’attribuer leur origine (effluves, miasmes, virus) et nous ne nous arrêterons qu’aux points les plus importants de leur évolution.

Nous trouvons tout d’abord, les maladies d’origine eflluvique. Nous avons vu qu’il résulte des expériences entreprises par M. Richardson sur lui-même que des infusoires peuvent être introduits et se développer en grand nombre dans le sang et dans les organes sans causer même du malaise, et qu’ils sont éliminés comme le sont des particules inorganiques. M. Salisbury lui-même, en analysant les produits de sécrétion des fébricitants, y trouve, avec les spores des palmellées auxquelles il attribue l’origine des lièvres intermittentes, d’autres cryptogames en parfait état de développement, mais dont il considère la présence comme accidentelle et dépourvue de toute nocuité. Nous avons conclu de ces faits que si les spores de palmellées constituent véritablement la cause des fièvres palustres, elles agissent moins comme organismes-ferments, ou, pour nous conformer à la théorie des fermentations de M. Béchamp, par leurs propriétés biologiques que par une action vénéneuse ou toxique.

La durée de l’incubation des fièvres paludéennes est généralement de quelques jours, mais elle peut, dans certaines circonstances, être très-courte : il suffit parfois de séjourner quelques heures dans le voisinage d’un marais pour être pris d’un accès de fièvre. Cette rapidité d’action des effluves s’accommoderait assez mal avec l’hypothèse qu’ils agissent par un ferment soluble ou par suite du développement et de la pullulation de parasites microscopiques. Il est vrai qu’on peut rétorquer l-’argumeut eu invoquant les cas où l’on constate une incubation de plusieurs jours. La constitution des effluves par des microphytes doués de propriétés vénéneuses rendrait mieux compte de tous ces faits : il suffirait d’admettre, pour comprendre les premiers cas supposés, que de grandes quantités de

spores de ces cryptogames pénètrent siiuultaiiéiiient dans 1 économie, et, pour les seconds, que les spores ainsi introduites mettent plus ou moins de temps à se développer, suivant la nature du milieu qui

leur est offert par chaque individu.

Peut-être pourrait-on expliquer de la môme manière les différences que l'on observe dans l’intensité des accès fébriles, depuis les lièvres les moins graves jusqu’à ces fièvres pernicieuses qui tuent le plus souvent au second accès, quelquefois môme au premier. La prompte formation en pareil cas des granulations pigmentaires qu’on rencontre principalement dans les vaisseaux de la rate, du foie, du cerveau, et qui résultent de la désagrégation de la matière colorante des globules sanguins consécutivement à leur altération, s’accorderait assez bien àvec l’hypothèse d’une substance toxique agissant directement sur ces éléments du sang.

Notons bien que toutes les conditions d’un véritable empoisonnement se trouvent ici réalisées. Ce qui, d’après M. Robin, sépare les poisons des miasmes ou des virus, c’est que dans les humeurs altérées par ces derniers agents, on ne les retrouve pas eux-mêmes. « Quand l’économie est en souffrance, dit ce professeur, le miasme qui l’a causée n’y est plus ; c’est l’altération des humeurs et des tissus consécutivement qu’il a causés qui existe. » Les poisons, au contraire, se combinent de molécule à molécule avec les principes immédiats des tissus ou des éléments dont ils modifient la constitution ou qu’ils décomposent, et on les retrouve dans les produits de décomposition. Or dans notre hypothèse on retrouve dans le sang et dans les humeurs le poison, ou plutôt l’organisme qui le fabrique incessamment, la spore vivante d’un cryptogame. La matière toxique serait donc mise en contact, molécule à molécule, avec les éléments du sang, comme cela a lieu pour les poisons organiques ou inorganiques. Ce qui distinguerait ce mode d’intoxication des autres empoisonnements c’est que dans ceux-ci, quand le poison a été une fois introduit, la quantité qui est absorbée reste invariable, tandis que dans l’intoxication paludéenne le poison continue à se former dans l’organisme et se renouvelle sans cesse tant que le cryptogame qui le produit vit ou n’est pas élinainé.

Ce que nous venons de dire à propos de l’incubation des fièvres intermittentes et des formes pernicieuses, nous pourrions le répéter à l’occasion des fièvres larvées et des récidives, à un plus ou

moins long terme, des fièvres paludéennes après qu’on a cessé d’éire exposé à l’influence maremmatique. En général, ce qui caractérise essentiellement les maladies d’origine effluvique, c’est la diversité des formes, que l’on considère le type, l'intensité, la gravité, ou la marche de l’afléction. Or cette diversité, jointe au caractère intermittent des fièvres palustres, nous paraît incompatible avec le mode d’agir d’un ferment soluble ou celui de microphytes qui agiraient simplement comme parasites, c’est-à-dire par leur développement et leur multiplication (1). 11 nous semble donc plus conforme

(1) Dans une note insérée il n’y a pas longtemps dans I’Unios médicale (n° 130), M. Le Diberder (de Lorient) formule de la manière suivante la théorie parasitaire de la pathogénie des fièvres palustres : « Il est facile d’imaginer que l’élément ou le principe essentiel contenu dans l’eau ou dans l’atmosphère des marais consiste en des animalcules ou en leurs ovules, analogues à ceux de la famille des éphémères. Ceux-ci pénètrent dans la masse sanguine, soit par les voies digestives, soit par les voies respiratoires ; ils s’y fixent et subissent la loi de leurs transformations.

« Ils s’y multiplient par ponte, après laquelle ils succombent. Après un nombre suffisant d’éclosions, ils deviennent assez nombreux pour troubler l’économie. Le frisson de l’accès a lieu au moment de l’éclosion d’une ponte suffisamment abondante.

«Ils absorbent rapidement l’hématosine; ilsse repaissentdes globules rouges du sang, puis ils meurent dès le début de la réaction et, au moment de leur fin, ils déposent leurs ovules.

« L’intervalle qui sépare les accès est occupé par l’incubation.

a C’est au moment d’une éclosion nouvelle que commence le nouvel accès.

« L’intensité de l’accès est en raison du nombre des animalcules éclos. Si ce nombre est très-considérable, l’accès devient pernicieux.

« Les récidives des fièvres sont dues à ce que le fébrifuge (qui agit comme parasiticide), n’a pas atteint tous les animalcules ou tous les ovules ; ceux qui ont résisté à son action se multiplient par de nouvelles pontes et les accès recommencent. »

M. Le Diberder n’a pas vu et isolé les animalcules dont il parle. Sa théorie, dit-il. « n’a de valeur, si elle en a, que comme guide dans les recherches à faire, » Et il trace en effet un programme d expérimentation propre à rechercher et à trouver dans les effluves, s il en ejislc,

à l’observation des faits d’attribuer aux effluves une action toxique , que ce poison, comme le supposait Boudin, soit volatil ou dissous dans les vapeurs qui se dégagent des marais, ou qu il soit sécrété par de petits organismes vivants, des spores de microphytes, tenus en suspension par ces mêmes vapeurs. Mais ce ne sont encore là que des hypothèses, qui montrent l’insuffisance de nos connaissances et la nécessité de nouvelles recherches. Il est à désirer qu’elles se multiplient de tous côtés, surtout dans la direction suivie par M. Salisbury(l).

des animalcules ou des parasites quelconques. Notre confrère paraît ignorer sur ce point les expériences de M. Salisbury.

La réserve pleine de sagesse avec laquelle M. Le Diberder présente son hypothèse nous dispense ici de la discuter. Nous dirons simplement que les êtres microscopiques doivent présenter comme les animaux supérieurs un degré de vitalité variable d’un individu à l’autre, et qu’il est par conséquent difficile de comprendre que ceux qui donneraient naissance à la fièvre palustre naissent, pondent et meurent tous au même instant pour produire le type intermittent et régulièrement périodique de la maladie.

(1) D'après une nouvelle traduction qui a été donnée dernièrement des travaux de M. Salisbury dans la Revue des cours scientifiques, le professeur de l’École de médecine de Cleveland attribuerait comme nous, aux spores des palmellées, une action toxique. Il précise même les tMéments anatomiques qui subiraient les premiers l’influence du poison. « La cause excitante de la fièvre, dit-il, respirée, introduite dans l'organisme par les aliments et les boissons, absorbée par la peau et les surfaces muqueuses, arrive en contact immédiat avec les cellules épithéliales répandues à la fois à la surface interne et à la surface externe du corps, en résumé partout où il existe quelques voies d’introduction des corps étrangers dans l’économie. Les cellules épithéliales sont donc le premier tissu de l’organisme avec lequel ces corps empoisonnés se mettent en rapport; et après leur passage à travers ces cellules, ils peuvent pénétrer dans le système circulatoire et atteindre les tissus vasculaires. Mais en passant dans l’intérieur des cellules épilhéliales, les corps toxiques en altèrent et empoisonnent les produits qu’ils désorganisent; de cette façon les autres tissus, comprenant les systèmes ganglionnaire et cérébro-spinal, sont soumis aussi à l’influence miasmatique. Comme les cellules épithéliales des glandes, et particulièrement celles de la rate, du mésentère et du foie, jouent le

ilû

Oq a Yu que les miasmes, quoique d’origine différente, suivant qu’ils proviennent d’organismes morts, sains ou'malades, agissent rarement à l’état isolé, et qu’ils combinent le plus souvent leur action. Comme les particules organiques qui les constituent ont généralement subi un degré plus ou moins avancé de décomposition, ils ont un élément commun, l’élément putride. De là, avons-nous dit, un air de parenté entre les diverses maladies infectieuses. Cette parenté se manifeste symptomatologiquement par ce qu’on est convenu d’appeler l’état typhoïde, et anatomiquement par une altération du sang et des humeurs, altération que les expériences de MM. Coze et Feltz ont surtout mise en relief, et qui s’accuse par la présence, dans ces liquides, des infusoires ou des éléments caractéristiques de la fermentation putride. Nous nous servons ici à dessein du mot fermentation. Nous avons admis en principe, et le fait a d’ailleurs été démontré expérimentalement, que des ferments venus du dehors peuvent provoquer dans le sang et les humeurs d’êtres vivants des phénomènes de fermentation. Il est donc parfaitement possible que des matières animales, en voie de fermentation putride, puissent communiquer le travail dont elles sont le siège aux humeurs de l’individu dans la circulation duquel elles pénètrent. Nous laissons ici de côté la question de savoir si le ferment est soluble et dissous dans les matières altérées, ou s’il est sécrété par les petits organismes microscopiques qu’elles renferment.

Mais, outre l’élément commun dont nous venons de parler, les

rôle le plus important dans l’organisation des produits destinés à la nutrition des autres tissus, ces glandes sont les plus fortement atteintes et sont les premières à ressentir vivement les effets des pabnelliS toxiques; aussi est-ce dans ces viscères que nous rencontrons si souvent de graves altérations.

« Quand les tissus ont été intoxiqués jusqu'à un certain degré, il se fait une réaction dans l’organisme, il se produit un effort de la nature qui a pour but d’éliminer les produits septiques contenus dans l’économie. Cet effort est l’accès qui constitue ce que nous appelons la maladie. » (Pev. des c. SC., n° 49.)

maladies infectieuses ont des caractères spèciaux qui les distinguent les unes des autres. On est ainsi conduit à la spécificité des miasmes qui leur donne naissance. Quel est donc 1 agent de cette spéciGcité?

Pour ne pas nous exposer à des répétitions, tious confondrons dans les détails qui vont suivre les miasmes et les virus. Les maladies virulentes, comme les maladies miasmatiques peuvent, certaines du moins, avoir deux origines ; elles se développent d’une manière dite spontanée, ou elles sont consécutives à l’introduction dans l’économie d’un roniflÊfium quelconque provenant d’un individu malade. Nous en trouvons des exemples, parmi les maladies miasmatiques, dans la peste, le typhus, etc.; parmi les maladies virulentes, dans la morve, la rage, etc. Cette distinction, au point de vue qui nous occupe, est capitale, car elle fournit l’objection la plus puissante qu’on puisse opposer à la doctrine de la pathologie animée, telle qu’elle ressortirait des recherches de MM. Salisbury, Hallier, etc.

Suivant cette doctrine, en effet, chaque miasme, chaque virus étant représenté essentiellement par un genre ou une espèce de microzoaire ou de microphyte, il ne saurait y avoir de développement spontané d’une maladie miasmatique ou virulente. Par conséquent, lorsqu’un cas d’une semblable maladie se produit loin de tout foyer épidémique ou contagieux, il faut admettre que les microzoaires ou les microphytes générateurs de la maladie ont trouvé des conditions favorables à leur développement, à leur multiplication, et qu’ils ont pénétré dans le corps de l’individu malade, soit avec l’air respiré, soit avec les aliments ou les boissons, soit à travers le tégument externe, en un mot par une voie quelconque. Et suivant qu’on sera hétérogéniste ou panspermiste, ces microzoaires ou ces microphytes se seront développés spontanément ou auront été transportés par l’atmosphère. Dans le premier cas, on comprend aussi bien la spontanéité d’une maladie que la génération spontanée d’un animalcule ou d’un cryptogame. Dans le second on a, au contraire, de la peine à admettre que l’atmosphère charrie sans cesse les germes ou les spores des organismes qui seraient l’origine de toutes les maladies infectieuses qu’on observe simultanément dans la plupart des grandes villes.

L’étiologie des maladies miasmatiques ou virulentes qui ne procèdent pas directement d’un contagUnn est très-complexe; leur

spécilicité ue lient pas à une cause unique, mais ù îles circonstances multiples, étrangères ou particulières à l’individu qui les contracte. Personne ne met en doute que le degré de réceptivité pour tel ou tel virus ne varie d’une personne à l’autre. Nous sommes disposé à croire que, jusqu’à un certain point, il en est ainsi, eu égard à l’espèce ou à la variété de la maladie contractée, de différentes personnes soumises à une même influence miasmatique, lorsque, toutefois, il ne s’agit pas d’un miasme émané d’un individu malade, et qui possède alors tous les caractères de la spécificité. C’est ainsi que, dans un hôpital où les règles de l’hygiène sont violées, on observera simultanément, sous les mômes influences d’insalubrité, ici un érysipèle, là l’infection putride, plus loin l’infection purulente, à côté la lièvre puerpérale. Chaque malade manifeste, suivant l’état de sa constitution, le siège ou la nature de sa blessure, l’impression miasmatique qu’il subit. Ailleurs ou verra, sous l’action d’une même cause, sous l’influence d’une même constitution, se produire à côté les unes des autres les trois formes d’affections typhiques, typhus exanthématique, fièvre typhoïde, typhus à rechutes, bien que ces formes ne procèdent pas les unes des autres, et soient considérées par la plupart des auteurs comme spécifiquement distinctes.

Il faut admettre, dans tous ces cas, ou que l'atmosphère est chargée de microzoaires, de microphytes propres à chaque variété de maladie et que chaque individu a une aflinité particulière pour telle ou telle espèce de ces organismes, ou que les différences pathologiques présentées par les malades tiennent à la manière dont, suivant leur disposition spéciale, ils ont réagi coutre l’influence miasmatique. L’espèce ou plutôt la variété morbide n’est donc pas en rapport avec le développement et la multiplication d’un parasite déterminé; elle est plutôt la résultante de toutes les circonstances extérieures et du mode d’activité propre à 1 organisation de chaque individu.

Mais comment, en définitive, agit le miasme? se comporte-t-il comme un ferment ou comme un poison? quel est le lôle des petits organismes qu’on y rencontre? On ne peut, dans 1 état actuel de la science, répondre à ces questions que par des hypothèses.

Pour les miasmes d’origine végéto-animale, il est possible qu’à l’élément commun de putridité propre à tous les miasmes s’ajoute, comme élément spécifique, une substance toxique particulière d ori-

pimi vég^'lnle. Gomme dans les oflluves, le poison pourrait être dissous dans la matière miasmatique ou être sécrété par des micropliytes.

Les miasmes provenant d’animaux morts agiraient peut-être à la fois comme poisons et comme ferments. Les matières complètement putréfiées constituent un véritable poison. L’infection putride est plutôt une intoxication que le résultat d’un travail de fermentation. Lorsque le pus se décompose au fond d’un foyer, les accidents qui s’étaient produits cessent dès qu’on a facilité l’écoulement des liquides fétides et qu’on a modifié l’état local de la plaie. Le poison, dont la quantité était insuffisante pour tuer le malade, cesse d’être produit; il est éliminé et les symptômes s’amendent. Il n’en serait pas ainsi si les matières putrides avaient agi principalement comme ferment : leur action eût persisté davantage.

Cette action directement toxique des matières putrides est admise par 0. Weber. Cet auteur croit, suivant Billrotb, à la possibilité de l’action infectante d’un liquide ichoreux, microscopiquement pur de tout élément moléculaire et pouvant traverser les parois des capillaires et des veines. Billrotb lui-même, tout en considérant ce fait comme rare, ne se refuse pas à l’admettre. Lorsque les matières sont plutôt en voie de décomposition que complètement putréfiées, les éléments moléculaires (éléments anatomiques, œufs de niicrozoaires, spores de micropliytes) s’y trouvent en plus grande abondance et, par leurs sécrétions, peuvent agir comme ferments. Ils accroissent ainsi l’activité de la partie toxique des matières putrides.

Il est bon de noter ici que les expériences de MM. Goze et Feltz, en démontrant la transmissibilité des accidents produits par l’inoculation à des animaux d'une matière septique, ne prouvent nullement que cette matière se renouvelle comme un véritable ferment et qu’elle ne saurait ainsi agir primitivement comme un poison. On comprend très-bien qu’une substance toxique produise chez un animal une infection générale, une altération particulière des éléments anatomiques, et que ces éléments, en passant et en se greffant dans le corps d’un autre animal, trausmetlent aux éléments voisins, et par suite à l’organisme tout entier de ce second animal, le processus morbide dont ils sont eux-mêmes atteints. G’est ainsi qu’on pourrait 6 expliquer l’activité de plus en plus grande des produits inoculés, lorsque, à l'exemple de MM. Goze et Feltz, on pratique des inoculations successives à des animaux dont le premier a subi l’inoculation

d’une matière septique. Ce ii’est pas cette matière, nous le répétons, qui se renouvellerait à l'instar des organismes-ferments ou des parasites, et qui, en se renouvelant, deviendrait plus active. C’est plutôt la maladie causée par son introduction sur le premier animal, qui s’accentuerait, se caractériserait, se spécialiserait davantage en s’élaborant dans des organismes de même espèce, et deviendrait ainsi, par l’intermédiaire des éléments anatomiques altérés, d’une transmissibilité plus prompte, plus facile, plus énergique.

Cette intervention d’éléments anatomiques malades concourt aussi sans doute à spécialiser l’action des miasmes provenant d’animaux sains ou malades. On a vu, relativement aux premiers, que la préexistence de maladies diverses favorise considérablement, si même elle n’est indispensable, l’éclosion du typhus. De même dans les salles d’hôpital où se développent des cas d’érysipèle, d’infection purulente, etc., le miasme doit renfermer, outre les éléments putrides, d’autres éléments plus ou moins altérés fournis par tous les individus malades. Il est donc permis de concevoir que, dans ce qu’on appelle le développement spontané des maladies infectieuses résultant de l’encombrement d’individus sains ou malades, la part d’influence qui revient aux miasmes est très-complexe, et qu’on ne saurait l’attribuer exclusivement à l’action de microzoaires ou de micro- . phytes.

On peut aller plus loin et se demander si le développement spontané d’une maladie qui devient ensuite transmissible, suppose nécessairement l’action préalable d’une substance miasmatique ou virulente. La morve et tarage sont là pour répondre négativement. La première peut se développer sous la double influence d’un excès de travail et d’une alimentation insuflisante; les conditions étiologiques de la seconde sont inconnues, mais personue, que nous sachions, n'a songé à invoquer l’action d’un miasme. Ici donc l’organisme animal fait tous les frais de la fabrication du virus, car, nous le répétons, on ne saurait admettre que l’atmosphère est constamment infectée par des germes d’infusoires ou de microphytes qui n’attendent pour éclore que de rencontrer un terrain favorable. C’est du reste à ceux qui partent de cette hypothèse, comme d’un principe, de la justilier en montrant ces germes dans l’air et en les différenciant anatomiquement et physiologiquement. Jusqu’à ce que cette démonstration ait été donnée, on doit admettre que, dans le

développement spontané des maladies infectieuses, miasmatiques ou virulentes, l’activité propre de l’organisme joue un rôle extrêmement important. Quant à celui qui revient aux miasmes eux-mêmes, il est complexe et ils agissent probablement à la fois par les éléments divers qui les constituent : poisons, ferments septiques, mici'ozoaires, microphytes, éléments anatomiques altérés. Il est actuellement impossible de faire la part spéciale à chacun de ces éléments.

La même complexité s’observe dans le développement de ces mêmes maladies par suite de transmission, que la transmission ait eu pour mode l’infection ou la contagion. Mais ici nous n’hésitons pas à attribuer l’influence la plus grande aux éléments anatomiques malades que contient la matière miasmatique ou virulente. Ces éléments, nous n’avons pas besoin de le rappeler, seraient principalement constitués par les granulations moléculaires, les corpuscules ou microzymas et les bactéries dans lesquelles ils se transforment; transportés dans un organisme sain, ils s’y grefferaient, y participeraient à la vie commune, mais apporteraient avec eux le principe de la maladie de l’individu qui les aurait fournis.

Cette hypothèse est, avons-nous dit, parfaitement justiliée par la physiologie. Comment, par exemple, doit se faire la transfusion du sang pour produire ses effets les plus sûrs, les plus immédiats et tes plus durables ? Les physiologistes répondent qu’il ne faut pas pratiquer l’opération de bras à bras, parce qu’on injecte ainsi du sang veineux, et que la fibrine expose à des embolies; qu’il est préférable de recueillir le sang, de le battre à l’air pour le défibriner et l’oxygéner, et de l’injecter ensuite au moyen d’une simple seringue, le plus loin possible du cœur. La température du sang a pu varier dans une limite assez large sans que le succès de l’opération ait été compromis. Il n’est pas non plus nécessaire de prendre le sang sur un animal de la môme espèce que celui auquel on pratique la transfusion. M. Brown-Séquard a ranimé des chiens avec du sang de batraciens, d’anguilles, de pigeons, et il pense que le sang de mouton conviendrait parfaitement à l’homme.

Ainsi voilà du sang qui est resté plus ou moins de temps hors des voies naturelles; qui a été modifié dans sa constitution, puisqu’on lui a enlevé l’un de ses éléments, la fibrine; qui a subi des variations notables de température; qui est injecté dans les veines d’un

animal non-seulement d’espèce, mais d’ordre dilTérent de celui qui l’a fourni; et ce sang ou les éléments qui le constituent continuent à vivre dans leur nouveau milieu et ramènent avec eux la vie là où elle étpit près de s’éteindre. Si le sang a été pris sur un animal sain, il transmet a la fois la vie et la santé; s’il a été pris sur un animal malade, il devra transmettre l’affection en même temps qu’il ramène la vie. Dans tous les cas ses- éléments se sont greffés en quelque sorte sur l’organisme dans lequel ils ont pénétré.

Bien que les éléments anatomiques soient de véritables organismes vivants, en tout comparables à des microzoaires ou à des microphytes, l’hypothèse que nous proposons pour expliquer ta transmission des maladies s’éloigne considérablement de la pathologie animée. Celle-ci, en effet, attribue à l’organisme animal un rôle complètement passif : il sert simplement de terrain et en quelque sorte de nourriture à des parasites. Ges parasites, mis en liberté par les excrétions ou la mort de l’organisme dans lequel ils ont vécu et se sont multipliés, sont repris eux ou leurs germes par les eaux ou par la vapeur atmosphérique d’où ils passent, avec l’air respiré, les aliments, les boissons, dans un autre organisme. S’il s’agit d’un virus fixe, c’est la matière virulente qui leur sert de véhicule.

Dans notre hypothèse, l’activité propre de l’organisme vivant joue un rôle considérable. Cette activité suffit seule parfois à produire la maladie transmissible. D’autres fois elle se combine avec l’influence des agents extérieurs, effluves, miasmes, virus, modifications atmosphériques, et alors môme que la transmission d’une maladie se fait directement par l’importation d’un miasme ou d’un virus, cette activité ne cesse pas de s’exercer, car les éléments anatomiques altérés qui constituent la partie essentielle de ce miasme ou de ce virus participent, quand ils se sont greff’és, à la vie commune, d’où un échange et une influence réciproques entre ces éléments nouveaux (itceux qui existaient antérieurement.

On comprend mieux ainsi l’état réfractaire que certaines personnes présentent à tel miasme ou à tel virus. Les milieux intérieurs d’individus d’une même espèce présentent à l’état normal trop peu de différence pour admettre que les mêmes parasites trouveront ici un terrain favorable, là des conditions impropres à leur développement. Si l’on joint à cela la passivité de l’organisme, conséquence forcée de la doctrine que nous examinons, on s’explique

difficilemeiU l’inégalité de la résistance individuelle à l’action des miasmes ou des virus. Au contraire avec notre hypothèse, on peut admettre que l’activité propre à chaque organisme rend plus ou moins facile la greffe des éléments altérés venus du dehors, et une fois cette greffe produite, contribue plus ou moins, par l échange fonctioniiel dont nous avons parlé, à en atténuer les effets.

Il est également une foule de points de 1 évolution des maladies miasmatiques ou virulentes qui trouvent diflicilement une explication dans la doctrine de la pathologie animée ; par exemple l’incubation inégale et quelquefois très-longue de la rage, la marche chronique et le développement à long terme de certains accidents de la syphilis, la transmission héréditaire de certaines maladies, etc., etc. Relativement à ce dernier point, la doctrine donne lieu à de flagrantes contradictions. Nous avons vu que, suivant MM. Coze et Feltz, l’épithélium pulmonaire arrêterait les bactéries. 11 en serait de même, d’après M. Davaine, du placenta, si bien que les bactéridies qu’on rencontrerait chez une femelle d’animal atteinte du charbon ne passeraient pas dans le foetus. Or si le principe actif de la variole réside, comme celui des affections charbonneuses, dans la présence d’un microzoaire ou d’un microphyte, l’hypothèse de M. Davaine est complètement infirmée, car on connaît des cas assez nombreux où le fœtus a eu la variole dans le sein de sa mère, et, ce qui est bien plus remarquable, alors même que la mère, vaccinée ou ayant eu antérieurement la variole, ne présentait aucune trace récente de la maladie. Ce que nous disons de la variole s’applique aussi à la syphilis, lorsque la mère infecte le fœtus en contractant la maladie après l’époque de la conception ou , ce qui à la vérité pourrait être contesté, mais ce qui cependant est admis par nombre d’auteurs, lorsque le fœtus, infecté par le père, transmet la maladie à la mère.

Nous n’insisterons pas davantage pour montrer les nombreuses lacunes que laisserait la doctrine de la pathologie animée dans lapathogénie des maladies transmissibles. Ce n’est pas que nous refusions toute influence aux microzoaires et aux microphytes que l’on rencontre dans les matières miasmatiques et virulentes; mais outre que ces organismes, alors qu’ils se présentent sous la forme de corpuscules ou de bactéries, peuvent être pris, comme nous l’avons vu, pour des éléments anatomiques, leur présence paraît jouer un

rôle secondaire, et celui d’eiïet bien plus souvent que celui de cause. La plupart de ces organismes sont, en effet, ceux de la décomposition putride. Or comme dans toutes les maladies infectieuses il est des éléments qui, en bien plus grand nombre qu’à l’état normal, cessent devivre, et que pour ce motif leur élimination ne se fait pas au fur et à mesure que leur mortification se produit, ces éléments, au contact des gaz dissous dans le sang ou contenus dans le tube digestif, s’altèrent et subissent un commencement de décomposition putride ; de là, dans le sang ou dans les produits d’excrétion, les éléments simplement organiques ou organisés de cette décomposition.

Outre ces éléments, nous ne refusons pas d’ailleurs d’admettre, dans certaines conditions, la présence dans les produits pathologiques d’autres genres de microzoaires et de raicrophytes, pas plus que celle de ferments solubles ou de substances toxiques. Nous avons reconnu la complexité de la composition de ces produits, et partant celle des phénomènes qu’ils provoquent dans l’organisme où on les introduit. Mais, nous le répétons, l’influence de tous ces éléments est accessoire, elle constitue une simple complication; l’action essentielle réside dans l’existence, au milieu de ces produits, d’éléments anatomiques altérés qui, eu se greffant sur un organisme sain, lui communiquent l’affection d’un organisme malade.

Il nous resterait, pour compléter notre programme, à examiner les données que peut fournir l’étude de l’action thérapeutique de tel ou tel médicament. On sait que la doctrine du zymotisme qui règne en Italie, et qui a été surtout défendue et propagée par M.' Giovanni Polli (de Milan), a eu pour base l’action antiseptique des sulfites et des hyposulfites. Gomme ces agents ont la propriété d’arrêter toute fermentation, M. Polli, parti de l’hypothèse que les maladies infectieuses sont le résultat de l’action de ferments sur le sang et les humeurs de l’économie, a eu l’idée de les employer dans le traitement prophylactique ou curatif de ces maladies, et les résultats satisfaisants de ses expériences, contrôlés par un grand nombre de médecins italiens, l’ont confirmé dans son hypothèse.

Les nombreux travaux du professeur de Milan, qui ont trouvé chez nous un savant interprète dans notre confrère et ami M. Constantin Paul, ne laissent aucun doute sur les heureux effets qu’on peut obtenir de l’administration des sulfites et des hyposulfites dans le traitement d’un grand nombre de maladies infectieuses, telles que les fièvres palustres, la fièvre typhoïde, la dysenterie, l infection putride, l’infection purulente, la fièvre puerpérale, les fièvres éruptives, etc. Que ces effets soient dus aux propriétés antiseptiques des préparations sulfitées, c’est probable ; ou peut admettre que ces préparations arrêtent ou empêchent un travail quelconque de fermentation qui s’était ou se serait produit dans l’économie. Mais rien ne prouve que ce travail est primitif plutôt que secondaire, ou eu d’autres termes que l’agent véritablement producteur de la maladie soit un ferment. On comprend, par exemple, que sous l’influence d’une intoxication de l’organisme, des éléments anatomiques frappés de mort entrent en décomposition et deviennent la source de phénomènes de- fermentation putride. C’est sans doute à ces phénomènes qui constituent, ainsi que nous l’avons signalé, comme un fonds commun à toutes les maladies infectieuses, que s’attaquent les sulfites et les hyposulfites, et c’est déjà beaucoup qu’ils contribuent ainsi à éliminer une cause puissante d’aggravation de la maladie et de complication. Mais nous le répétons, on ne peut logiquement rien inférer de leurs effets thérapeutiques .relativement à la nature des effluves, des miasmes et des virus. Il faudrait démontrer auparavant qu’aucun ferment ne peut se produire secondairement dans l’organisme, et en second lieu que l’action antifer mentative des préparations sulfitées s’exerce dans l’économie à l’exclusion de toute autre propriété. Or nous ne sachions pas que cette double démonstration ait été donnée par M. Polli et les partisans de sa doctrine.

Ce que nous venons de dire des sulfites s’applique évidemment à tous les autres antiseptiques, tels que l’acide phénique, le permanganate de potasse, etc. (1). L’utilité de tous ces agents est incontes-

(1) D’après la théorie parasitaire de la production des fièvres palustres, le sulfate de quinine agirait comme parasiticide. Mais comment expliquer, dans cette théorie, l’action de l’hydrothérapie, qui est un antipyrétique non moins puissant que le sulfate de quinine et de ses

table, môme en réduisant leurs propriétés thérapeutiques à mie action antifermentative, puisque nous avons admis la possibilité de fermentations pathologiques dans l’organisme. Nous accorderons encore que les effets par eux produits peuvent aider à la recherche et au diagnostic de la cause génératrice de la maladie. Mais pour les motifs que nous venons de développer, nous croyons qu’il est plus que hardi de partir de ces effets et des analogies qu’ils présentent avec des phénomènes chimiques, pour poser les fondements de toute une doctrine.

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