‹ Du rôle des microzoaires et des microphytes dans la genèse, l'évolution et la propagation des maladiesChapitre 2 sur 2 · RÉSUMÉ ET CONCLUSION · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSION

Les considérations que nous avons développées dans le cours de ce travail touchent à tant de questions qu’il nous paraît indispensable d’en donner en terminant une courte synthèse. Nous allons donc les résumer brièvement.

La doctrine de la pathologie animée a’une origine ancienne. Dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, les effluves étaient considérés comme de la vapeur d’eau tenant en suspension des animalcules imperceptibles. Mais la doctrine a été surtout formulée, vers le milieu du dix-septième siècle, par Aug. Hauptmann, et le P. Athanase Kircher qui rapportait la cause de la plupart des maladies à la présence de vers invisibles exerçant une action pernicieuse sur l’organisme.

succédanés? L’eau froide appliquée à l’extérieur aurait-elle la propriété de tuer les microzoaires ou les microphytes circulant dans le sang et les humeurs, tout comme un poison qui, en pénétrant dans le torrent circulatoire, viendrait au contact immédiat, de ces petits organismes? Ce n’est pas soutenable.

Le mercure, toujours d’après la doctrine de la pathologie animée, agirait dans le traitement de la syphilis comme parasiticide; est-ce en vertu de la même propriété qu’on le prescrit contre les maladies inflammatoires, telles que le phlegmon, la péritonite, la méningite, etc.? Evidemment non. On ne peut donc rien conclure de son mode d’action contre la syphilis, mode d’action qui a été dans ces derniers temps l’objet d’un profond débat, et qui reste encore néanmoins parfaitemeut inconnu.

Celte doctrine a eu un grand retenlissemenl, principalement en Allemagne et en Italie, et elle a régné jusqu’au commencement de notre siècle, époque à laquelle elle est tombée dans le discrédit devant la classilication nosologique de Sauvages, de Pinel, et suitout devant la révolution opérée par le chef de l école physiologique.

M. Raspail a tenté en vain de la relever il y a vingt ou trente ans.

Aujourd’hui, elle se présente comme rajeunie et fortifiée par les recherches et les découvertes récentes du microscope dans ses applications à la chimie et à la biologie.

Les principes qui l’établissent peuvent se résumer ainsi ;

Les ferments sont des êtres vivants ;

La fermentation est le résultat de l’évolution et de la reproduction de ces êtres ;

Les effluves, les miasmes et les virus sont des ferments, c’est-àdire des êtres ou des germes d’êtres vivants; en pénétrant dans l’organisme, ces êtres ou ces germes s’y développent, s’y reproduisent, s’y multiplient et deviennent ainsi l’origine de phénomènes analogues à ceux de la fermentation, d’où résulte la maladie.

En assimilant les effluves, les miasmes et les virus aux ferments, la doctrine de la pathologie animée reproduit sous une autre forme la théorie de Van Helmont qui faisait présider les ferments à tous les actes de la vie.

Il existe plusieurs hypothèses sur la nature et le mode d’action des ferments ; théorie de la catalyse (Berzélius, Robin), théorie mécanique (Liebig), théorie biologique (Cagniard-Latour, Turpin, Schultze, Shwann, etc.), théories mixtes (Pasteur, Berthelot, Béchamp, etc.).

Suivant l’une ou l’autre de ces théories, il existe deux classes de ferments, ferments solubles et ferments insolubles ou figurés (Monoyer), ou une seule classe qui se compose' exclusivement de ferments figurés (Pasteur, J. Lemaire, de Vauréal, etc.), ou de ferments solubles (Robin, Berthelot, Béchamp, etc.).

La théorie à laquelle nous donnons la préférence est celle de M. Béchamp. Il n’y a que des ferments solubles ou zymases. Les microzoaires et les microphytes n’agissent pas dans les fermentations en décomposant directement la matière fermentescible; ils la transforment isomériquement par une zymasc qu’ils sécrètent, ils en font

ensuite leur nourriture, ils l’absorbent, ils assimilent ce qui leur est nécessaire, rejettent ce qui leur est inutile, et ce sont les produits de cette désassimilation que l’on considère à tort comme les produits de décomposition de la matière fermentescible. *

Il est vrai de dire, d’une manière générale, que chaque fermentation est produite, sinon exclusivement, du moins plus spécialement par un ferment particulier.

L’origine des organismes que l’on rencontre dans les fermentations a donné lieu à deux doctrines qui sont toujours en présence et en lutte : la panspermie et l'hétérogénie. Les recherches de MM. Béchamp, Estor et le Ricque de Monchy sur les granulations moléculaires ou microzymas ont modifié le champ du débat en montrant que les organismes-ferments ne sont pas toujours fournis par les milieux extérieurs, mais qu’ils peuvent provenir directement de la matière organisée (transformation des granulations en bactéries).

Ces mômes recherches donnent un puissant appui à l’opinion , très-généralement répandue de nos jours, qui reconnaît et proclame l’indépendance et l’autonomie des éléments anatomiques (polyzoïsme).

Les partisans de la doctrine de la pathologie animée, adoptant pour la fermentation la théorie biologique pure de Turpin, ont dû, pour démontrer l’assimilation qu’ils établissent entre les ferments d’un côté, de l’autre les effluves, les miasmes et les virus, rechercher dans ces derniers agents la présence d’êtres vivants microscopiques. Cette assimilation doit être examinée au triple point de vue de la constitution même des agents, de leur mode d’action ou de leurs effets, de la manière dont ils se comportent en présence de certains réactifs.

La constitution des effluves, des miasmes et des virus est complexe. On y trouve des matières solubles et des corps figurés , corpuscules, granules, granulations moléculaires, microzymas, bactéries, etc. Ces corps figurés peuvent être des œufs de microzoaires, des spores de microphytes ou des éléments anatomiques. Ces derniers éléments prédominent dans les miasmes contagifères émanés d’individus malades et dans les virus.

Cette complexité dans la constitution des effluves, des miasmes

et des virus a pour conséquence une complexité corrélative dans leur mode d’action et leurs efTets.

Les matières solubles qu’ils renferment peuvent être inactives ou bien agir tantôt comme des poisons, tantôt comme des zymases (ferments solubles).

Les microzoaires et les microphytes peuvent se comporter comme de véritables parasites, c’est-à-dire causer tous les accidents par leur seule présence, leur développement, leur pullulation (c’est le seul mode admis à l’exclusion de tout autre dans la doctrine de la pathologie animée), ou bien agir par les matières qu’ils sécrètent, auquel cas ces matières peuvent être elle-mômes ou des poisons ou des zymases.

Enfin les éléments anatomiques, en se greffant sur un organisme dont ils feront désormais partie intégrante, peuvent transmettre à cet organisme, par contagion ou infection d’élément à élément, la maladie de l’organisme d’où ils proviennent.

Si de ces données générales on passe à l’examen du mode d’action de chaque ordre d’agent en particulier, en tenant compte concurremment de l’évolution naturelle de la maladie à laquelle il donne naissance, il est difficile et sonvent même impossible, dans l’état actuel de la science, de faire la part exacte qui revient à chacun des éléments qui le constituent.

Ainsi les effluves peuvent agir également, ou comme poison, ou comme ferment, soit par les matières volatiles ou solubles, soit par les microphytes qu’ils renferment. Nons avons donné les raisons qui nous portent à lenr attribuer de préférence une influence toxique, mais ce n’est là qu’une hypothèse.

Les maladies infectieuses (miasmatiques ou virulentes) se développent spontanément ou sont le résultat du transport d’un coniagium quelconque d’un organisme malade dans un organisme sain.

Dans le premier cas, les miasmes agissent de la manière la plus complexe, et il est probable que la maladie résulte à la fois de l’action combinée des éléments qui les constituent et de l’activité ou des dispositions propres à l’organisme qui subit leur influence.

Dans le second cas, les miasmes elles virus, bien que de constitution toujours complexe, paraissent agir principalement et même essentiellement par les éléments anatomiques qu'ils renferment.

éléments anatomiques malades, plus ou moins altérés, mais ayant conservé assez de vitalité pour se grell'er et vivre dans le nouvel organisme qui les reçoit et auquel ils transmettent la maladie.

L’action thérapeutique des médicaments est rarement simple et s’adresse encore plus rarement à la cause primitive des maladies. Il est donc impossible, pour rechercher et démontrer la nature des agents qui donnent naissance aux maladies infectieuses, de s’appuyer sur les propriétés antiseptiques ou parasiticides des substances qui, dans le traitement de ces maladies, semblent donner les meilleurs résultats.

La conclusion la plus générale qui ressort de l’étude précédente c’est que, dans la genèse, l’évolution et la propagation des maladies, le rôle des microzoaires et des microphytes, au lieu d'être capital, essentiel, comme le professe la doctrine de la pathologie animée, est secondaire, accessoire, et qu’on ne saurait, à l’instar de cette doctrine, considérer comme de nature parasitaire les maladies d’origine efQuvique, miasmatique ou virulente.

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