‹ Du rôle des mots composés dans les associations des états d'excitation du langageChapitre 34 sur 36 · AO SE · texte numérisé non relu

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avec du délire d'influence. Rohde de son côté, fait ressortir la présence constante de mots composés dans les états terminaux de la démence précoce. Que ce détail peut être d’une grande importance, on ne l’a pas encore assez relevé. Pour déc'arer le maniérisme comme signe typique de démence précoce dans chaque forme et à chaque moment, ôn a pris le point de départ de l'état final où l’on a trouvé constamment cette pararéaction du terrain moteur. D’après le même ordre d'idées, on peut considérer la formation de mots composés comme signe démentiel partout là où elle se mamfeste, et où elle n’est pas accompagnée de stupeur. Que ce signe soit absolument spécifique, nous n'allons pas jusqu'à prétendre ceci; car en psychiatre, tout aussi peu que dans les autres disciplines, les symptômes vraiment spécifiques et exclusivement réservés à une certaine affection n'existent pas et aucun signe n’est infaillible. Toutefois, on peut dire que, quand on constate des mots composés ou, la tendance, la vraisemblance est très forte. Nous trouvons des choses analogues dans les idées de grandeur de la paralysie générale ou la zoopsie des alcooliques. Nous savons bien qu'un maniaque simple peut à la rigueur parler de milliards, et nous savons que la zoopsie se voit aussi dans la démence sénile ou les psychoses cardio-vasculaires Malgré ces restrictions, on fera pourtant bien de songer en tout premier lieu, à la paralysie générale et à l'alcoolisme, quand on est en présence de symptômes que nous venons de citer. Il sera opportun de considérer les mots composés comme symptômes presque spécifiques de la schizophrénie. Nos deux cas, comme nous venons de dire, les produisent à l’état aigu déjà en très grand nombre. Nous en citons les suivants, les plus remarquables.

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A côté des mots composés usités (Blumenfest, Blumental, Sichenmeïlenstiefel, Gesichtsrose, Blumenrose, Hoh-Kônigsburg, Gertelbacher Wasserfälle, Wassertiere, Schü'es Eiermaccaroni, Gesundheïitsbrot, Honigverschleuderung, Kontinentalabsatz, Totenkopfhusaren, Muskelzuckungen, Gehirnhautentzündung,

Lungenschoner, Stampfasphalt und Gussasphalt,

Kupfertiefdruckbeilage , Lebellscher Doppelader, Reichstagssitzung der Ständekammer, Rumpfparlament, Farbenphotographie, Jodsilberplatte, Maul- und Fussalat, Maul- und Klauenseuche, Schraubenmutter, Homerule - Ulster, Ulsterpaletot, Vervielfaltigungsapparat, Schrapne'laufschlag), à côté de ces mots usités, M. produit des néoformations comme Nitroglyzerinmaschinengewehre, Kohinorumrisse, laterna imagication, Braunrussbriquettkohle.

Une composition de toute beauté est celle de Leukoplastfilmkamerachseura. La néoformation «Polterabendstern» a vraisemblablement son point de départ du chant de Tannhäuser: Oh, du mein holder Abendstern, et le mot Polterabend, ce qui veut dire veille de noce. Le même jour, il a encore formé Studentenschlagende Wetterlé, parlez lui en Frankentaler Zuckerfabrik, Netzhautmagen und Labsalmagen, Rundblickfernrohraufsatz. Nous pourrions multiplier l'énumération des mots composés, mais nous croyons leur nombre suffisant et leur caractère bien net. Pour le deuxième cas, ils sont moins nombreux et moins beaux. Citons quelques-uns, la plupart des mots usités: Krankenschwester, Assistenzarzt, Zahnarzt, Zahntechniker, Buchdruckerei, Buchdrucker, Buchhalter, Schreibmaschine, Photographieapparat, Federhalter, Füllblei, Vervielfältigungsmaschine, Vergrôsserungs-

apparat, Lôschpapier, Schreibmaschinenpapier, Füll-

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federhalter, Klebpapier, Dachdecker, Armbanduhr, Zahnschmelz, Zahnrachen. A la fin de l'observation R. fournit quelques belles compositions de mots: Opiumzigaretten, Pulsader, Krokodilwasser, Rôntgenapparat et d’autres. :

Tout ce phénomène des mots composés se voit dans la catatonie, comme on le constate en clinique. Il s’agit maintenant de démontrer la nature catatonique de ces produits.

Bleuler parle dans son livre sur l’idéation chez les schizophréniques de la minutie, la tendance aux interprétations des syllabes, l’épluchement de mots.

Le sens d’un mot joue un plus grand rôle chez le catatonique que chez le maniaque. En outre, l’expression est d’une originalité recherchée. Un bel exemple est le suivant où un malade donne comme définition du mot de médecin: «C’est un être instruit, employé et payé par l'Etat, destiné aux fins de la guérison de malades». Nous remarquons bien l’expression tortue dans de pareilles phrases et la tendance aux généralisations.

Dans certains cas, les productions peuvent être justes, dans d’autres, les malades emploient l’équivoque d’un terme et ainsi se forment des calembours pathologiques. Dans le langage du bien portant, qui veut faire part de quelque chose, le mot est choisi par l'idée directrice. Chez le schizophrénique le but manque et le mot lui-même devient idée directrice et, par l’équivoque, fait dérailler l’idéation, et l’on peut dire que c’est de l’ambivalence du sens des mots.

Kræpelin distingue les troubles du langage externe et interne où les idées sont traduites en des expressions du langage. Il compare ces troubles du

catatonique à ceux du rêve, avec cette différence cependant, que l'interprétation est plus difficile. Il distingue deux grandes formes de troubles paraphasiques, le déraillement pour trouver le mot, et la modification du langage cohérent. Parmi le premier groupe, il compte la mutilation simple, le changement, la fusion partielle de lieux communs. Le remplacement d’un mot par un autre qui lui ressemble par le son ou par le sens, joue aussi un certain rôle dans la paraphasie habituelle. Comme autre forme de la déviation paraphasique, Kræpelin cite la néoformation de mots où les partis isolés ont un sens ou bien où il y a une suite de syllabes sans sens. Il insiste encore spécialement sur ces formes de paraphasie où les malades sont incapables de donner la bonne réponse, tout en n’ayant pas de négativisme. Nous savons très bien qu’il existe parmi les productions du langage des symptômes catatoniques qui sont notamment des pararéactions. Ce qui nous importe ici c’est la prédominance des mots composés qui, au début, peut nous mettre sur la piste de la schizophrénie et qui mérite d’être plus relevée comme manifestation catatonique.

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Passagèrement, les catatoniques peuvent fournir des produits exclusivement maniaques, comme, par exemple, notre cas 3 où il n’y a par moment que des associations par assonance, des mots sans aucun sens parfois.

Vice-versa, des maniaco-dépressifs peuvent fournir des productions manquant de sens, comme l’a fait notre cas 4 (A.). Nous voyons ici presque là salade des mots. Mais les rimes, l’assonance, sont réservées À la manie et parlent en faveur ‘de la folie maniaque dépressive.

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Tout ceci prouve qu'une seule observation ne permet pas toujours de faire le diagnostic et que ce ne sont pas les symptômes isolés en eux-mêmes, mais bien leur groupement qui nous permet le diagnostic.

En somme, nous pouvons dire que les mots composés parlent pour l'existence d’une schizophrénie, mais les deux derniers exemples, le cas 3 et 4, que nous venons de donner, prouvent qu’il faut là aussi, comme partout, ne pas oublier que toute règle souffre des exceptions.

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