‹ Du rôle historique de Bertrand de Born (1175-1200)Chapitre 13 sur 47 · LE SIR VENTE DE · texte numérisé non relu

LE SIR VENTE DE

comme protecteur de la jeune Ermengarde et de sa sœur, soit dans le dessein d*unir cette vicomte à son domaine. Mais , en 1143, ilTavait rendue à Ermengarde.

Nous ne savons rien du fait que Bertrand de Born rappelle dans le vers où il dit, en parlant du roi d'Aragon : « le roi qui a perdu Tarascon. » Peut-être doit-on Tinterpréter comme une forfanterie : a Le roi qui peut considérer Tarascon comme perdu. »

La lutte éclata vers le mois de juillet 1177. On pourrait croire, d'après un vers de la seconde strophe, que la pièce de Bertrand de Born est antérieure aux Rogations. Mais le vers contenant cette indication ne se trouve que dans deux manuscrits dont la leçon ne peut pas être maintenue.

L'intérêt principal de ce sirvente est de nous montrer quelle était l'autorité des troubadours au douzième siècle, et l'influence de leurs chants. Nous voyons en effet le comte de Toulouse envoyer à Bertrand de Born un messager spécial pour lui faire conter ses raisons et pour lui demander un sirvente en sa faveur. Ce n'est point là une commande faite à un poëte de profession , c'est presque un traité d'alliance , conclu d'égal à égal , entre celui qui fait la guerre et celui qui doit la chanter. Bertrand de Born, d'ailleurs, promettait de se joindre aux combattants ; si, par des vers ardents, il poussait les gens à la bataille, il savait aussi prendre sa part des coups.

La pièce est fort belle et des plus énergiques. Le comte de Toulouse demande une chanson telle « que mille boucliers en soient troués, que heaumes, hauberts, hoquetons et pourpoints en soient faussés et rompus. » Aussi la mêlée sera rude; on ne verra que Catalans et Aragonais tomber de toutes parts : « contre nos coups mal les soutiendront leurs arçons, tant nous frapperons dru. » Bientôt voleront vers le ciel les tronçons de lances : brocards et satins, cordes et pieux, tentes et pavillons joncheront la terre. « Tout le temps je veux que les puissants barons soient courroucés l'un contre l'autre. »

Totz temps vuelh que li rie baro Sion entre lor irascut.

Ces deux vers, par lesquels se termine la pièce, résument à merveille le caractère de Bertrand de Born.

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