RUE DE TOUR N ON
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A Monsieur Gabriel SÉAILLES
Hommage de déférente sympathie.
INTRODUCTION
Pour Madame G. R.
Les deux dates extrêmes entre lesquelles se renferme cet ouvrage sont empruntées à V histoire politique. Je ne les ai pourtant pas choisies cl’une façon arbitraire ou artificielle : elles se sont imposées à moi. La Révolution de 1830 a provoqué chez les peintres une émotion violente et modifié profondément les conditions de la vie artistique. La Révolution de 18h8 a déterminé un bouleversement plus marqué encore. Entre ces deux Révolutions qui V encadrent , la monarchie de Juillet avait créé une ambiance parmi laquelle la peinture a évolué sans secousse.
La Restauration avait vu naître le Romantisme , la seconde République sera marquée par V affirmation du Réalisme. Partagée entre les partisans et les adversaires du Romantisme, également incapables de la satisfaire , guidée par des aspirations confuses vers le réalisme dont elle ne vit pas l'avènement, la période de dix-huit ans que j'examine a été une ère de production intense, mais aussi de recherche , cV incertitude, de gestation ; elle emprunte ci cette fécondité et à cette inquiétude sa physionomie et son unité.
J^es Révolutions qui Vont ouverte et qui l'ont close , montrent avec quelle puissance et parfois avec quelle brutalité les événements publics peuvent agir sur V évolution de la peinture. Celle-ci, cl' ailleurs , n'est à aucun moment, indépendante de
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la vie générale. .4 mesure que je poursuivais mon étude , les correspondances mystérieuses qui unissent les faits de l'ordre en apparence le plus éloigné me sont apparues davantage.
Les passions politiques et sociales, les croyances philosophiques ou religieuses , ont eu un retentissement certain. Les différentes formes de l'activité intellectuelle ont agi sur la peinture ou ont été influencées par celle-ci ou encore elles ont paru entraînées avec elle à travers les mêmes voies par les mêmes forces irrésistibles. Littérature , sculpture , musique ont ainsi suivi des évolutions parallèles et il n’est pas jusqu'aux sciences qui n'aient paru, a certains moments , leur faire escorte. Il n était pas indifférent de rappeler que V Oreste fut sculpté par Simart , le poème de Psyché composé par Victor de Laprade , dans le temps ou Corot peignait Homère et les bergers et Ingres la Stratonice. Les recherches de Chèvre ul sur les couleurs sont parallèles aux recherches techniques de Delacroix ; les Mousquetaires de la Reine d'/falévy sont contemporains des toiles de Paul Delaroche. Toutes les fois que j'ai pu les découvrir f ai souligné des faits par lesquels s'affirme , si je ne me trompe, l'unité de plan de l'esprit humain.
Cette méthode, je le sais, ne rencontrera pas une approbation unanime. Les vues de Taine qui paraissait subordonner Le génie à V in fluence du milieu et les doctrines contraires qui subordonnaient le milieu à l'action dominante du surhomme, ont provoqué une réaction et celle-ci, selon une loi ordinaire , a été excessive. On ne s'est pas contente de protester contre des exagérations systématiques, on en est venu à négliger les rapports entre l'artiste et la vie générale et à étudier l'évolution de l'art comme si elle était indépendante de toute contingence extérieure. La formation et les modifications de la technique et des thèmes paraissent à quelques-uns les sujets uniques auxquels doive s' appliquer T investigation de l’historien de l'art Je ne prétends point combattre cette tendance par des arguments
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théoriques , il me suffit que mes investigations m'en aient perpétuellement marqué F étroitesse et l'insuffisance. L'admiration que nous inspirent les œuvres d’art ne sera pas amoindrie si , au lieu d' apporter à leur examen des préoccupations esthétiques exclusives , nous essayons de discerner la complexité des forces qui les ont déterminées. Bien au contraire, c'est contribuer à la gloire des œuvres que d'ajouter aux motifs esthétiques , les raisons humaines de les admirer.
Mon effort essentiel a été, dans cet ouvrage , de reconnaître et d'analyser ces grands courants qui dominent les artistes de talent et s' imposent même au génie. On ne trouvera point ici de biographies ni avouées ni déguisées. Je me suis appuyé sur les monographies, chaque jour plus nombreuses, sans chercher à les résumer ou à les doubler. Je n'ai point eu l'intention de rendre leur lecture inutile, j'espère, au contraire, apporter des vues d' ensemble qui permettront de les lire avec plus de fruit.
J'en ai usé pour les œuvres avec la même liberté. Je n'cd pas dressé de catalogue ; j'ai choisi, parmi des ouvrages analogues, ceux qui me paraissaient les plus caractéristiques. Des chefs-d'œuvre ont pu être l'objet de très brèves mentions ou même être passés sous silence lorsque, pour une démonstration, surabondaient les preuves illustres. Des toiles médiocres ont, à d'autres moments, bénéficié, par contre, de leur intérêt documentaire. Je pense, cependant, n'avoir jamais exagéré la valeur d'un travail secondaire ni dissimulé la valeur d'un tableau de premier ordre.
Je me suis, d’ailleurs, gardé de juger les peintres de la monarchie de Juillet d’après mon propre sentiment ou d’après l'estime qu’ils inspirent aujourd'hui. J'ai essayé de restituer à leurs œuvres la signification qu'elles eurent à leur apparition et c'est pourquoi j'ai constamment invoqué les témoignages contemporains .
Faut-il , à présent, m'excuser auprès des érudits de ne point
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apporter ici un recueil de documents ? Sans doute, au lieu de matériaux solides, je n offre au public qu’une construction hasardeuse. Mais pourquoi mettrait-on tant de patience et de perspicacité à découvrir des faits exacts s'il était interdit de chercher jamais a les mettre en œuvre? Tout le monde, aujourd'hui, si je ne me trompe, reconnaît l' utilité de synthèses même provisoires. Cest une de ces synthèses, précaires certes mais non pas vaines, que j'ai essayé de réaliser *.
i. Les divisions de mon ouvrage sont extrêmement simples. Les deux premiers chapitres sont consacrés, le premier, à examiner le milieu social dans lequel ont vécu les peintres, le second à déterminer la complexité des thèmes qui se sont proposés à leur imagination. C’est après cette enquête préliminaire que j'étudie les grandes directions de la peinture dans une suite de sept chapitres dont on verra, à la lin du second chapitre, annoncée l’économie.
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