Isidore Gosse, Diogène au Salon de 1846. pp. 22 et
LES CONDITIONS SOCIALES
leurs protégés1. Ils réchauffaient leur popularité en obtenant des tableaux pour les églises 2 ou les musées de leur circonscription 3 4. Parfois se liaient des intrigues compliquées : en 1839, l'Urbain Grandier de Jouy promis à Lyon fut conquis, pour Bordeaux, de haute lutte par Dalos, député de la Gironde * ; la Justice de Trajan de Delacroix faillit prendre le même chemin et ne fut pas sans peine réservée à Rouen 5. La Tliétis d’Ingres, achetée en i834, fut donnée à la ville d’Aix par l’influence de Thiers malgré le désir de l’artiste qui désirait la voir à Toulouse 6 7.
Des artistes se trouvèrent lésés par ces marchandages. Hippolyte Flandrin réclamait pour Lyon, sa ville natale, le Christ et les enfants , son tableau de 1839, que le gouvernement lui avait acheté. Ce désir dicté par la reconnaissance, par un souci naturel de notoriété locale, était légitime. Mais Guizot désirait être agréable à ses électeurs de Lisieux, et c’est dans leur minuscule musée que l’œuvre de Flandrin fut enterrée \
La presse se plaignit souvent de « la dictature bureaucratique des commis d’une administration tracassière 8 », elle déplora l’incohérence administrative et la répartition détes-
1. A. DesbaroJles, Notes sur la vie d artiste dans le Bulletin de l'Ami des Arts, t. I, p. 294, sqq. — Une requête de Couder à M. d’Argout pour être chargé de peintures à la Chambre des députés, février i832, porte en marge la mention : particulièrement recommandé par M. Guizot (Archives Nationales F'21 584). On trouvera de nombreux exemples analogues au dossier F21 585.
2. « Nos églises, tant de ville que de campagne, se recommandent plus que jamais au bon vouloir de nos députés. » (Th. Burette, Salon de 1840 dans la Revue de Paris, avril 1840).
3. Voir aux Archives Nationales (F21 5) un dossier fort amusant au sujet de l’envoi de la Médée de Delacroix à Lille.