Voir chapitre vi, p
4. Thoré, l'ami des Romantiques, dans un article parfois violent, conclut cependant qu’Ingres « n’en est pas moins l’un des premiers maîtres de ce temps-ci » ( Revue indépendante, juin 1842, p. 8o3). — Théophile Gautier oppose ou associe constamment Ingres et Delacroix.
5. Lettre à Gilibert, 2 octobre 1841 (Boyer d’Agen, op. cit., XXXIX).
DU ROMA.NTISME AU REALISME
nité : « Il est impossible, il est malgré tout impossible que le public ne finisse pas par me préférer à eux 1 ».
A vrai dire, aujourd’hui, quand nous contemplons les œuvres qu’Ingres a produites dans ces années où il fut porté au pinacle, même en y joignant le souvenir de ce qu’il avait fait jusque-là, nous sommes surpris de leur retentissement et de leur influence.
Tout d’abord nous sommes frappés par leur faible importance numérique, faiblesse qui paraît plus sensible à qui se rappelle la fécondité de Delacroix et de Decamps ou la verve d’Horace Vernet. En prés de vingt ans, Ingres n’a produit qu’une dizaine d’œuvres : une seule grande composition, Saint Symphorien ( 1 834) , une composition minuscule, la Stratonice (1840), la Vierge du tzar Nicolas (1840), Y Odalisque à l'esclave (1839), reprise avec variantes(i842), quelques portraits, ceux de Bertin aine ( 1 833) , de Mole ( 1 834), de Cherubini (1842), du duc d'Orléans (1842), de Madame d' Haussonville (1845), de Madame Reiset (1846)2. Il est vrai qu’on lui a su gré de cette stérilité relative, et du soin minutieux qu’il apportait à ses ouvrages, dans un moment où l’on reprochait aux Romantiques de bâcler et d’improviser.
Gardons-nous aussi d'interroger cet œuvre et de le juger selon notre sentiment : si les qualités éminentes qui nous frappent ont touché les contemporains, ils ont admiré aussi des traits qui nous choquent : ils ont vu, dans la tension, de la correction, dans la froideur, de la pureté. La couleur ingrate et la touche sèche ont été, pour eux, des témoignages d’une magistrale sobriété.