Paul Mantz, Salon de 4847 , p. 4° sqq
3. Couture a livré toute la pauvreté de son âme orgueilleuse et envieuse dans son livre paru en 1867, Méthode et entretiens d'atelier.
4- Voir, par exemple, le commentaire d’Auguste Luchet dans La Réforme , | 27 avril 1847.
lion factice, théâtrale, inspirée de Y Antoine et Cléopâtre de Gigoux, à qui Couture a emprunté aussi le fameux groupe des philosophes ; les apparences de dessin sévère pour quelques-uns, de l’agrément pour d’autres, une magnifique scène d’opéra pour la foule. Mais tout ceci dit, et même en insistant sur ce qu’il y avait de spécieux, de creux dans cet art, de dangereux à tous égards comme exemple, on n'a pas expliqué que l’œuvre, malgré tout, demeure, qu’elle reste unique et que nul n’a su, depuis lors, reprendre les mêmes recettes pour les combiner avec un semblable bonheur. Nous ne sommes pas tenus d’être plus exigeant que Delacroix qui écrivait dans son Journal , le 7 mai 1847, avec équité et mesure. « Le tableau de Couture m’a fait plaisir; c’est un homme très complet dans son genre. Ce qui lui manque, je crois qu’il ne l’acquerra jamais ; en revanche, il est bien maître de ce qu’il sait1. »
Y — Les remarques que nous avons à exposer, à présent, sont d’importance médiocre ; nous n’avons pas cru néanmoins devoir les négliger.
On sait avec quelle violence les Davidiens avaient condamné le xviii0 siècle. La proscription avait été si absolue que le Romantisme, au début, 11e songea même pas à en appeler. L’idée de la décadence morale et esthétique du siècle de Louis XV continua à être tenue pour un fait incontestable : on le trouverait affirmé par les théoriciens romantiques comme par leurs adversaires.
En 1 836, A. de Musset assurait encore, dogmatique, que Watteau était « aux grands maîtres de la peinture ce qui est
1. Journal, t. I, p. 3io. Il conviendrait de rappeler que Couture fut aussi, dès cette période, un portraitiste expéditif et spécieux. Voir, au Musée Carnavalet, des portraits de Michelet et de George Sand ; dans la collection Moreau-Xélalon les portraits de Marie Simonet (i836) et d Adrien Moreau (i845).
à une statue antique une belle porcelaine de Saxe1 ».
Déjà, cependant, l’opinion commençait à se modifier et c’est, précisément, par Watteau, d’abord, que le xviii6 siècle rentrait en grâce. Un article anonyme de Y Artiste, en i8352, parlait du xviii6 siècle et de Watteau sur un ton nouveau. En 1839, le Musée des Familles ne craignait pas de faire graver un tableau de Boucher 3 * 5. Le mouvement allait s’accentuant \ En 1 84 1 9 dans Le National'6, H. Robert en faisait
la constatation : « La bonne compagnie qui était romantique, il y a dix ans, et, en cette qualité, aspirait à l’originalité et adorait la bizarrerie, commence à tourner au xviii0 siècle, de là provient une tendance à ressusciter les traditions de l’art sous la protection quasi royale de Mme de Pompadour. Watteau a des partisans enthousiastes et, qui pis est, des imitateurs. » En 1845, Bédouin ayant, dans un article de 144/'tiste, discuté le génie de Watteau, Arsène Houssaye croyait nécessaire de protester en faveur du peintre des fêtes galantes « grand par la couleur et par la fantaisie 6 ».
L’Exposition au profit des artistes, en 1847, *ut consacrée aux maîtres du xviii6 siècle, et je trouve, dans le Journal de Delacroix, à la date du 3 avril 1847, ceRe note : « Un Watteau magnifique, j’ai été frappé de l’admirable artifice de 1 cette peinture. La Flandre et Venise y sont réunies. »