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6. L Artiste, 3o novembre 1846. — Cabrion décorait la porte de Rigolette d’amours « dans le goût de Watteau ». Eug. Sue, Les mystères de Paris, 3° p.,
1 ch. xxiv.
Les causes d’un revirement si total sont complexes. Sans doute, la disparition de préjugés esthétiques périmés y entre pour une large part. 11 y faut aussi voir l’influence d’une tendance sociale générale. Il y avait, chez le public bourgeois indifférent aux idées pures et aux doctrines, étranger aux grandes envolées, un besoin de beauté accessible, de joli, besoin que nous avons plusieurs fois signalé, auquel le xvme siècle parut donner satisfaction.
Quelques-uns des artistes qui se préoccupaient de plaire au public trouvèrent, dans le xviii' siècle plus ou moins travesti, des sujets séduisants. Roqucplan donna l’exemple, en 1 836, avec La Jeunesse de J.- J. Rousseau ou Les Cerises, toile pimpante qui eut un vif succès. « M. Roqueplan », écrivait-on dans /’ Artiste en 1 836, « fait revivre, avec des modifications qui résultent de sa nature, le talent de Watteau, de Lancret1. » Baron n’eut garde, dans ses évocations fantaisistes, d’oublier une époque aussi favorable. Eugène Giraud, par des moyens pareils, se faisait un nom et amusait le public, en 1 843 , avec ses Crêpes. D une façon plus directe, on se livra à de véritables pastiches de Watteau et de ses émules. Gavarni, en 1 835, crayonna, en ce genre, quelques caprices. D’autres se consacrèrent, par le crayon et le pinceau. à cet exercice et y acquirent une véritable notoriété. Le plus habile était Wattier, dont l’Artiste publia plusieurs fois des dessins, en les accompagnant de commentaires laudatifs, dont l’enthousiasme nous parait aujourd'hui fort exagéré. Ses tableaux ne sont dépourvus ni de grâce ni d’habileté. Pérèse, Besson cultivaient le même genre d une façon plus hésitante.
A ce moment, de jeunes artistes cherchaient, dans la vogue du jour, de maigres ressources. Troyon faisait, dans le genre de Watteau et de Boucher, des pastels que les mar-
i. L'Artiste, i836, p. 87.
chands lui payaient 60 francs pièce1; François Millet, en 1 838 , faisait, pour La Mode , de semblables pastiches 2, Millet, d’ailleurs, et nous y reviendrons3 4 5 ne faisait pas seulement du xvme siècle pour la vente. Il subissait un entraînement réel qui ne devait pas demeurer sans influence sur son génie.
En 1847, Paul Mantz réservait une des cinq catégories, entre lesquelles il divisait les peintres, aux : « enfants perdus de la fantaisie qui, dédaignant les traditions éternelles, se rattachent plus particulièrement aux peintres du règne de Louis XV \ »
VI. — Le souci de l’agrément, le besoin de vendre, entraînèrent-ils des artistes à des compromissions plus graves, certains peintres passèrent-ils parfois du joli à l’équivoque et même au licencieux ? On le pourrait supposer à lire les protestations qui se produisirent nombreuses, surtout dans la seconde moitié du règne de Louis-Philippe. A. Decamps flétrissait, en 1 838 , « toutes ces peintures sans nom, toutes ces images graveleuses de MM. Gibot, Franquelin, Destouches ou ces nudités lascives de MM. Court, Rioult et autres6. »
Prosper Ilaussard jette un cri d’alarme, en 1 8 4 3 : « Il serait bien temps, sans pruderie, de prendre en dégoût l’art licencieux, ces gravelures peu équivoques, cette pornographie légèrement gazée qui vient s’étaler au Louvre [qui] ressemble çà et là à un boudoir suspect. » Et il dénonce Juda et Thamar de H. Vernet, Putiphar et Dalila de Steu-
i. Dumesnil, Troyon, p. 53.
i. Sensier, Millet, p. 68.