‹ Du romantisme au réalismeChapitre 164 sur 268 · PAUL HUET. PAT' SAGE · texte numérisé non relu

PAUL HUET. PAT' SAGE

LE PAYSAGE

Entre Diaz, Dupré, Rousseau, de tempéraments par ailleurs si différents, un commun amour de la nature puissante et loin de l’homme, crée, malgré la divergence de leurs génies, comme une parenté.

Que les animaux domestiques, que les hommes apparaissent, par hasard, dans le paysage, ce ne sera pas pour le dominer mais pour s’y incorporer. Les êtres perdent leur individualité, ne sont plus que des taches et des masses parmi d’autres taches et d’autres masses. Quand Rousseau peint la Descente des vaches dans le Jura (ï835), les animaux se confondent avec les terrains, les arbres, les herbages L

Ce panthéisme n’est pas objectif. La personnalité de l’artiste déborde sur la nature. Le paysage devient une effusion lyrique. Tendance excellente et dangereuse. Par une pente insensible, les artistes déforment la nature pour mieux s’exprimer eux-mêmes. A leurs yeux, selon le mot de Fromentin, « un paysage qui n’est pas teinté fortement aux couleurs d’un homme est une œuvre manquée 2 ». Amiel a dégagé l’essence même de cet art romantique dans la formule célèbre : « un paysage est un état d’âme3. »

L’art tourmenté, inquiet de Rousseau dépasse le modèle qu’il a sous les yeux. Des additions, des retouches, des surcharges n’arrivent jamais à satisfaire sa fébrilité. Sa pensée s’interpose entre son regard et son œuvre. Ce n’est plus la nature qu’il cherche à peindre mais une philosophie cosmique. Thoré pressentait cet écueil, quand il écrivait à l’artiste, dans une lettre d’importance capitale : « Tu créais des mirages qui te trompaient souvent dans ta peinture sur la réalité des effets naturels. Tu te débattais ainsi par excès de

1 . Voir une lettre de Rousseau à Guizot vers i836, citée dans Sensier, op.

! cil., p. in.

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