‹ Du romantisme au réalismeChapitre 209 sur 268 · POISSARD. EPISODE DE LA RETRAITE 1)E MOSCOU · texte numérisé non relu

POISSARD. EPISODE DE LA RETRAITE 1)E MOSCOU

VERS LE REALISME

l à peu près, rencontrèrent souvent en ce genre leurs plus heureuses inspirations. Ingres et ses disciples, les derniers davidiens1, les peintres du juste milieu et parfois même aussi les Romantiques démontrèrent, une fois de plus, qu’il n’était pas une figure, si ingrate, si irrégulière, si laide parût-elle, qui ne pût intéresser par quelque côté et qui fût indigne d’entrer dans une œuvre d’art ; ils prouvèrent que le costume contemporain avait son mérite spécifique. Tout cela, David, certes, en avait déjà amplement témoigné ; mais puisque la destinée de ces vérités est de rencontrer de perpétuels négateurs, il n’était pas indifférent que des preuves nouvelles en fussent apportées. Le portrait fut une excellente école de réalisme.

Les sujets officiels qui, eux aussi, suscitèrent de vives récriminations, concoururent également à assouplir la vision et la main. Les grands travaux qui furent commandés pour l’Hôtel de ville afin de commémorer les « trois glorieuses », ceux qui rappelèrent les épisodes mémorables du règne, distributions de drapeaux à la garde nationale, échange de visites avec la reine d’Angleterre, suscitèrent, à côté de toiles médiocres ou lamentables, quelques pages remarquables. Dans l’attique du château de Versailles où on les a, depuis peu, rassemblés, ces morceaux provoquent un plaisir qui n’est pas seulement historique'2. 11 n’était pas

1. Parmi ceux-ci, il conviendrait de mettre à partHeim qui, dans la lecture d'Andrieux (Galeries de Versailles), a essayé, avec beaucoup d’esprit, de restaurer le portrait groupé, gloire des Hollandais. Cfr. dans une conception analogue, Les sociétaires de la Comédie-Française (1841), par Geoffroy, au Foyer des artistes de la Comédie-Française.

2. Voir aussi Le combat h la porte Saint-Denis, le 28 juillet i83o et Le Combat de la rue de Rohan, le 29 juillet i83o (Salon de i83i), par Ilippolyte Lecomte. L' Erection de l'obélisque de Louqsor (Salon de 1837) Par F. Dubois, des œuvres de Péron, Roëhn, des esquisses de Heim, etc... au Musée Carnavalet. La pose de la première pierre du pont canal par le duc d’Orléans (Salon de 1844), par Court, au Musée d’Agen, un Episode des journées de i83o, par Signol, au Musée d’Arras, Louis-Philippe visitant le champ de bataille de Valmy, par Court, au Musée de Carcassonne.

indifférent, au reste, qu’un Romantique fût contraint, comme Devéria, de représenter le serment de Louis-Philippe à la Chambre des députés ou qu’on obligeât des artistes à traiter des scènes contemporaines dans les dimensions qu’ils réservaient volontiers à la peinture d’histoire.

L’étude que nous avons consacrée au paysage montre par quelle pente certaine il fut entraîné vers le réalisme. Par là, nous le savons, il préfigura l’évolution générale de la peinture. 11 n’en demeura pas isolé. Lorsqu'ils s’éloignèrent des forêts et des landes désertes pour se rapprocher des villages et renoncèrent à la nature sauvage pour célébrer la nature agreste, les paysagistes furent amenés à s’intéresser aux créatures qui animent les campagnes ou les abords des fermes. Les animaux et les hommes n’avaient été auparavant introduits dans leurs œuvres que parce qu’ils participaient aux harmonies totales et fournissaient des taches intéressantes ; désormais, on les observa davantage. Certains paysagistes, comme Troyon, devinrent des animaliers. Entre le paysage et la peinture des mœurs rustiques, la ligne de démarcation fut plus que jamais indécise, et c’est ainsi que les conquêtes faites par les paysagistes purent directement soutenir l’apparition du réalisme.

L’artiste, qui met dans un tableau une intention morale ou sociale, n’est pas obligé, pour le faire, de choisir un sujet contemporain. Une allégorie, une scène empruntée à l'histoire la plus reculée ou à la mythologie peuvent prendre une signification très apparente. Il n'en reste pas moins que la tendance prédicante amène l'artiste à se rapprocher de son public et qu elle se manifeste plus librement dans l’expression de la vie présente. Elle incline donc au réalisme et c’est pourquoi, il parait utile de rappeler qu elle s'est développée sous le nom de monarchie de Juillet. La rénovation de la peinture monumentale suscita un besoin d’action chez des maîtres qui y paraissaient le plus étrangers

VERS LE RÉALISME

•et nous avons cité cette assertion d'Ingres : « II faut que la peinture serve1 », assertion contre laquelle, en d’autres occasions, il aurait, sans doute, vivement protesté.

Cette prédisposition a dépassé la peinture monumentale. Elle domine l’esprit d’Orsel qui, écrivant en 1837, une dissertation sur ce sujet : « Les arts sont-ils utiles ? » se prononce sans restriction pour l’affirmative2. Ayant commencé un tableau sur Bethsabé , il ne l’achève qu’après lui avoir attribué le caractère d’une allégorie morale3. Ary Scheffer est également hanté par des idées morales et religieuses. Dans un groupe très différent, Robert Fleury pourra, à la fin de sa carrière, déclarer que « son seul mérite a consisté à montrer la nature dans ses expressions vraies, dans un choix de sujets inspirés par le fanatisme religieux 4 ».

A côté des passions religieuses et morales, les passions sociales. En 1 83 5 , Gleyre, près de Thèbes, médite le « plan d’un tableau en trois parties : Le Passé. Un roi et un prêtre signant un pacte d’alliance. Le Présent. Un bon bourgeois héritier des précédents, étendu mollement sur un divan recevant le produit de ses terres et usines. Son cabinet est décoré de tous les produits des sciences, des arts et de l’industrie; un trophée d’armes du moyen âge. L'Avenir. Le peuple recevant les comptes de tous ses employés 5 6. » Au Salon de 1843. Papety provoque de grandes discussions avec le Rêve du Bonheur 6 : « Sur un gazon semé de fleurs écla-

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