‹ Du romantisme au réalismeChapitre 238 sur 268 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le numéro du 27 février-5 mars 1848 de Y Artiste débute par des déclamations enthousiastes et se poursuit sur un ton d’exaltation extraordinaire. La Révolution de Février vient de s’accomplir : elle provoque de magnifiques espérances. Ces espérances seront de faible durée. Bientôt se multiplieront les difficultés politiques et sociales ; les néfastes journées de Juin feront succéder la défiance aux élans généreux et prépareront la réaction suivie de la dictature.

Pour les artistes, le bouleversement, les illusions et les déceptions ne seront pas moindres. L’effondrement d’un jury caduc, la cohue ardente du Salon de 1848, le triomphe de Millet et de Courbet, l’affirmation du Réalisme seront suivis, immédiatement, d’un retour aux formules anodines et timorées. Des convenances sucrées envelopperont la peinture, sous le Second Empire, avant de susciter des révoltes nouvelles.

11 ne peut entrer dans notre pensée d’aborder, ici, l’examen d’une période si complexe, si différente des années qui la précèdent. Notre livre trouve, dans la Révolution de 1848, sa limite naturelle.

Que si nous essayons, à présent, de jeter un coup d’œil en arrière et d’embrasser le travail accompli dans les dix-huit années où s’est appliquée notre analyse, nous éprouverons, une dernière fois, un sentiment d’embarras pour préciser

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la physionomie et l’apport d’nne époque qui fut féconde et trouble.

A l'examiner de près, elle offre une confusion quasi inextricable de velléités, de forces, d’affirmations, de négations tumultueuses, contradictoires. Nous apercevons, cependant, qu’elle a produit des œuvres admirables, qu’elle a agrandi la conception du paysage, de l’art monumental, enrichi la technique de bénéfices durables. A l’envisager de plus loin, l’impression de chaos et d’anarchie tend à s’effacer et nous reconnaissons, sous la multiplicité des faits, le choc de quelques conceptions essentielles réfractées par des tempéraments divers.

Dans l’ordre de l’inspiration, les uns ont affirmé la suprématie de l’intellect et les autres celle du sentiment; le souffle épique a été opposé au lyrisme, le culte des impressions intimes au respect des réalités objectives. Dans l’ordre plastique, nous avons vu l’antagonisme de la beauté et du caractère, du dessin et de la couleur. Dans l’ordre social enfin, la liberté de l’art affranchi de toute préoccupation étrangère a été revendiquée contre la doctrine des fins humaines de l'art.

Classicisme et Romantisme, art pour l'art et art social ont lutté avec intransigeance ; mais il ne nous est pas apparu qu'aucune de ces formules renfermât, en elle, la vérité absolue. En chacune d'elles, nous avons trouvé une part de vérité relative, selon les circonstances et selon les esprits.

Les circonstances, après avoir favorisé l’art pour 1 art, ont préparé progressivement une conception moins étrangère à l’humanité ; les esprits, après avoir été entraînés à la fantaisie individuelle et lyrique, se sont soumis à une discipline logique et abstraite ou se sont inclinés devant la réalité ; dans cette succession de tendances rien que de contingent ou d'accidentel.

Si l’examen d’une période brève autorise des conclusions

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