‹ Du romantisme au réalismeChapitre 38 sur 268 · L’Artiste, 1837, p · texte numérisé non relu

L’Artiste, 1837, p

« dans les inspirations de votre haute bienveillance pour les arts, penserez-vous, Sire, que vos royales intentions seraient mieux remplies si le jury recevait une plus grande extension, si Votre Majesté y appelait les artistes éminents qu’elle a elle-même signalés à l’admiration publique, si dans la composition de ce jury plus large, les principales catégories des Beaux-Arts étaient examinées par des juges spéciaux »

Déjà Prosper Mérimée analysant, sous un pseudonyme, le Salon de 1839 dans la Revue îles Deu.r Momies, avait esquissé un plan de réforme qui, depuis lors, a en partie triomphéi. * 3.

Clément de Bis, enfin, en publiait sur le Jury un

opuscule remarquable Après avoir fait ('historique île la question, il engageait les artistes a faire de l’association Taylor récemment fondée une organisation de combat et «à soutenir un projet qu’il résumait en ces termes : « Le jury sera composé de vingt membres élus chaque année par les artistes exposants, savoir dix parmi les quatre premières sections de l’Académie îles Beaux-Arts, et dix parmi les artistes exposants. Le jury sera appelé également dans le cours de l’Exposition à designer les ouvrages qu'il jugera dignes d être récompensés. «

Les conseils, on le voit, ne manquèrent pas au gouvernement qui, jusqu au bout, n’en tint aucun compte.

Les récriminations que suscitait le choix des récompenses ont, à nos yeux, peu d'importance ‘. La répartition des mé-

i. Cité par D. Laverdant Salon de 1844. ta Démocratie, pacifique, 3o mars 1844)-

s. L auteur anonyme du Salon de 1843 l Reçue Indépendante, i5 mars 1 843), réclamait 1 élection des juge? par les artistes et la spécialisation du Jury en catégories.

3. De l oppression dans les arts et de la composition d'un nouveau Jury d examen pour les ouvrages présentés au Salon de 1847. Paris. 1 847 -

4- 3 oir par exemple. A. Decamps. Le Musée. i834. p. QQ- — lé Artiste, i834, PP- 169 et 181.

dailles et des croix agit fort peu sur la marche de l’art. Nous n’insisterons donc pas sur ce point. Les réformateurs proposaient l’institution de prix décernés par les artistes eux-mêmes1. En i83i Louis-Philippe, reprenant la tradition de CharlesX, avait distribué solennellementles récompenses du Salon : mais la lecture du palmarès provoqua des murmures et des manifestations gênants pour le prestige royal. La cérémonie fut supprimée et, malgré de nombreuses requêtes, elle ne fut pas rétablie2.

Tandis que certains artistes éminents étaient écartés du Salon par l’Institut, d’autres cessaient volontairement d’y envoyer leurs œuvres. C’est Ingres qui leur donna l’exemple. Il avait toujours eu horreur de la foule et, dans une lettre de 1807, il annonçait déjà son intention de l’éviter. Son élève Amaury Duval, dans le livre qu’il a consacré à sa mémoire, a développé les théories qu’il proférait à ce sujet3. Les attaques vives que le Saint Symphorien subit, en 1 834, blessèrent définitivement sa susceptibilité. En dépit des éloges qui, d’autre part, lui avaient été prodigués, il annonça l’intention de ne plus exposer et il tint parole.

La presse jugea, avec une sévérité méritée, cette abstention 4 ; elle y vit non seulement l’effet d’une mauvaise humeur enfantine, mais l’oubli d’un véritable devoir. A la suite d’Ingres, Decamps, Isabey, Ary Scheffer, Delaroche, Louis Boulanger boudèrent fréquemment le Salon, sans s’obstiner, d’ailleurs, dans cette attitude. Ce fut, par instants, un entraînement, entrainement blâmé par les journaux, blâmé aussi par quelques artistes : « Moi, Horace Vernet »,

1. L. Peisse. Salon de 1841 ( Revue des Deux Mondes, ier avril 1841).

2. Pétition de la Société centrale des Amis des Arts ( Journal des Beaux- Arts et de la Littérature, 1e1' février 1 838) . — Duvantenet, Opinion exprimée au nom de la Société libre des Beaux-Arts au Salon de 1840, p. 18.

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