Journal des Artistes, 8 mars i83i
5. Ou attribua, en octobre i83o, à Horace Vernet un projet de suppression de l’Ecole de Rome à laquelle on aurait substitué des pensions temporaires accordées aux artistes après concours. La proposition était d autant plus piquante que A ernet était alors directeur de lÉcole. Il démentit ces bruits dans une lettre au Journal des Débats. L'École de Rome, attaquée par Paul Huet (b Artiste, i83i, t. I. livraison 4. P- 5i , fut parfois menacée par la suite (voir, aux Archives Nationales FJi 33c, et 5 60, un échange de notes à propos du budget de 1 83 3 , entre le rapporteur du budget et un employé du ministère — lire aussi J Artiste, 1840, ae série, t. 6, p. 24b,.
6. Parmi les rédacteurs de la Liberté se remarquaient Pelrus Borel. Üidron, Alfred Pommier, Laviron. Galbaccio. Jeanron.
LES CONDITIONS SOCIALES
tembre i83o, au moment de la période héroïque, il avait, comme ministre de l’Intérieur, institué un triple concours pour la décoration de la Chambre des députés. Les jurys de ces concours furent constitués d’une façon très compliquée et fort libérale : l’administration désignait sept membres, les concurrents eux-mêmes en élisaient huit et ces quinze premiers juges en choisissaient à leur tour six derniers, ce qui portait le nombre total des jurés à vingt et un. Cet essai donna des résultats décevants : les trois concours furent très brillants, les choix des jurys furent très médiocres. Pour commémorer le Serment royal de Louis-Philippe, le jury préféra Coutan à Eugène Devéria dont le musée de Versailles conserve la chaude et séduisante esquisse, à Champmartin, à Ary Scheffer. 11 désigna N. -A. Hesse pour Mirabeau et Dreux-Brézé , éliminant Delacroix. Enfin, pour Boissy d'Anglas au Pr Prairial, il donna la palme à Vinchon et méconnut l’incomparable chef-d’œuvre que proposait Delacroix.
L’administration n’aurait certainement pu faire des choix plus fâcheux. Par cette expérience d’ailleurs le système des concours se trouva condamné. Delacroix prononça contre eux un réquisitoire demeuré célèbre '. Un rapport remarquable d’Edouard Bertin, arrivait à des conclusions analogues 1 2 et
1. Lettre sur les concours dans Y Artiste, i83i, t. I, 4e livraison, p. 49-
2. Rapport du 27 avril i83i sur les tableaux de la Chambre des députés (Archives Nationales F21 584). « En mettant ces tableaux au concours », écrit Bertin, « la précédente administration avait cédé au vœu émis à cette époque par un grand nombre d’artistes, qui dans plusieurs pétitions adressées à M. le ministre de l’Intérieur, avaient demandé avec instance que ce mode fût désormais employé pour les travaux importants commandés par le gouvernement. Sans être parfaitement convaincue de l’excellence de ce moyen et de la bonté des arguments par lesquels cette demande était appuyée, l’administration avait cependant pensé avec raison, peut-être, qu’un essai pouvait au moins avoir cela de bon qu’il tendrait à éclairer, par ses résultats, le public, les artistes et le gouvernement lui-même sur les avantages et les inconvénients des concours. Cette nouvelle tentative d’un moyen déjà essayé plusieurs fois et presque toujours sans succès et auquel l’expérience avait fait renoncer depuis longtemps n’a pas été plus heureuse que les autres. Son
l’administration se refusa désormais à renouveler une tentative malheureuse.
111 — Les artistes demeuraient en tutelle, mais ils ne savaient pas encore exactement de quelle autorité ils allaient relever. Sous la Restauration, le roi disposait d'une action effective par ses achats personnels; le directeur des Musées, le ministre de l’Intérieur répartissaient le< fonds du budget; la quatrième classe de l’Institut, l’Académie des Beaux- Arts distribuait des récompenses, gouvernait l’Ecole des Beaux-Arts et l’Ecole de Rome. 11 y avait donc- trois autorités parallèles, partant des tiraillements po>>ibles ou de l’incohérence.
Les artistes avaient réclamé l’unilieation île la direction des Beaux-Arts. Ils avaient subi un premier échec, puisque l’Institut conservait ses droits. Restait à savoir si le roi renoncerait au mécénat au prolit du ministère. De vifs débats s’engagèrent à ce sujet à la Chambre des députés, le 4 et le 5 janvier i8.5?., lors de la discussion du budget et des attributions de la liste civile. Ouclques députés' protestèrent contre la prétention de réserver au roi la clientèle et le gouvernement des artistes : « Sous I’Em-
résultat définitif a été de faire tomber entre les mains d hommes de mérite sans doute, mais d’un mérite qui ne s élève point au-dessus du médiocre (et leurs nombreux ouvrages antérieurs ne pouvaient là-dessus laisser aucun doute) les ouvrages les plus importants peut-être que le gouvernement eût eu à taire exécuter depuis longtemps. Parmi les artistes distingués deux ou trois à peine oui paru dans ce concours et n’y ont point été assez heureux pour être tentés de recommencer. Ceux dont on aurait été le plus en droit d attendre de bons ouvrages, tels que MM Gros, Ingres, Gérard, Guérin, Hersent. Delaroehe. Schnetz, Coguiet. Drolling, Sigalon. Steuben etc., n’ont pas cru devoir y prendre part. » Un rapport de 1837 du chef de 3e division du ministère de l’Intérieur (même dossier) maintient le même avis. Lire aussi la discussion, à la Chambre des députés, le iS décembre i83a, à propos du projet de monument de la place de la Bastille.
1 Corcelle, Marchai. Lherbette et surtout Dubois (de la Loire-Inférieure), le 5 janvier, dans un discours remarquable où il fit l’apologie de la Révolution protectrice des arts et critiqua l’action artistique de Charles X.
pire, dit l'un d’eux, l’art fut courtisan, sous la Restauration, il devint à la fois courtisan et dévot. Ne serait-il pas temps qu’il fût national, qu’il se consacrât à la véritable gloire de la France, au culte des grands hommes, aux progrès de l’humanité ?» Deux ministres, MM. de Montalivetet d’Argout, plusieurs députés, vinrent soutenir la cause de Louis-Philippe. Ils firent valoir la personnalité du Prince, annoncèrent ses intentions sur le château de Versailles, insistèrent sur la sécurité qu’offrirait aux artistes la continuité de la liste civile et sur l’impossibilité de soumettre de grandes entreprises à la merci des budgets annuels. Ils triomphèrent non sans peine. L’action royale put donc être étendue; elle échappa au contrôle de la Chambre. Le budget comporta pourtant un chapitre des Beaux-Arts qui se trouva rattaché d’abord au ministère du Commerce et des Travaux publics. La division dont on s’était plaint sous Charles X se trouva donc perpétuée.
Il ne semble pas qu’il y ait lieu de le regretter. Sans préjuger de l’influence de Louis-Philippe, que nous examinerons bientôt, sans discuter les actes de l’administration des Beaux-Arts, il y aurait eu grand péril, pour les artistes, à dépendre uniquement de la bonne volonté des députés. J’en tirerai la preuve de quelques épisodes caractéristiques. Le 27 février i832, la Chambre refusa de voter une augmentation de crédit de 20 000 francs réclamée par Alexandre de Laborde soutenu par Thiers1. L’année suivante, il est vrai, elle se montra plus généreuse ’2.
En i834, l’architecte de la Chambre, De Joly, avait confié
1. Thiers, qui était alors ministre du Commerce et des Travaux publics, avait pourtant fait remarquer que le crédit pour les tableaux et statues ne s’élevait qu’à 54 000 francs et qu’il restait encore io3 000 francs à payer, sur des commandes de la Restauration.
2. Vatout fit porter, le 14 mars i833, le crédit destiné aux encouragements aux Beaux-Arts de 89 5oo à i35ooo francs.
à Évariste Fragonard le plafond de la salle des séances, mais il avait négligé de demander l’approbation ministérielle ; Thiers, alors ministre, vit les travaux commencés, s indigna de leur médiocrité et les fit suspendre. Il demanda à la Chambre un crédit complémentaire de ooooo francs pour effacer l’esquisse de Fragonard et obtenir d un autre artiste — il pensait à Ingres, — un plafond « qui serait un des plus beaux du monde ». Mais il eut beau s emporter, déclarer, à la tribune, que l’œuvre commencée était mauvaise et <« déshonorerait tout à fait le bâtiment », la Chambre relusa île le suivre. Aux applaudissements de la majorité, un certain Dumellet s’écria : « que les art> étaient une bien belle chose; mais (pie dans un moment où Ion était géné de toutes parts sous le rapport de uo> linances, il (allait cependant savoir l’arrêter 1 * »
IV. — Louis-Philippe s’était, coinim' duc d t hdoans, créé la réputation d’un amateur libéral, affable et généreux. Aux Salons, scs achats avaient toujours été importants. La galerie du Palais-Loyal avait une notoriété méritée : on y voyait le (jus lave Vasa d Hersent, «les œuvres «le N ernet, de Delaroehe, de Delacroix. 11 adcctail d être I ami «les artistes.
Devenu roi, il conserva les mêmes allures Sa complaisance à poser était proverbiale3. Quand Ingres revint de Rome en i S4 ° - il lui lit les honneurs de Versailles et 1 invita à Neuilly à un concert dont le programme avait été composé pour plaire aux goûts de l'artiste’. Il reçut Cornélius, en i SAS, comme une puissance. Sa familiarité avec les peintres avait donné prétexte à quelques anecdotes malignes
i. Séance du a.} février 1 834 -
■i. J. Janin. Salon de 1839 [YArlisle. 17 mars 1839. P .