L'Artiste, i835, t. X, p
3. En 1844, Louis Feisse, conservateur du Musée de l’École des Beaux- Arts fut chargé par le ministre de l'Intérieur d’une mission pour visiter les musées ou collections publics d'objets d’art appartenant aux départements ou aux villes, d’en recueillir les catalogues et de les vérifier (Archives Nationales K 21 55g).
4. J. Garnier, Notice sur V École nationale des Beaux-Arts de Dijon (Dijon, 1881) ; — Henri Chabeuf, Notice sur Trutat (1887), pp. 8-1 3 .
5. Pariset, Les Beaux-Arts à Lyon ; — Alphonse Germain, Les artistes lyonnais des origines à nos jours. Lyon, 1910.
LES CONDITIONS SOCIALES 69
En août i83o, s’était fondée, à Nantes, une Société des Beaux-Arts. C’était la seule association provinciale d’artistes, mais il y avait une section artistique dans les Académies de Lyon, Dijon et Orléans. Quant aux Sociétés d’amis des arts, on en comptait cinq : trois dans le Nord, une à Toulouse, une à Bordeaux.
Sous la monarchie de Juillet, le mouvement se manifesta surtout par la formation de sociétés nouvelles et par l’organisation de nombreuses expositions provinciales. Les Sociétés des Amis des Arts en France ont été étudiées par Léon Lagrange, dans la Gazette des Beaux-Arts , en 1 86 1 , avec un soin qui me dispense de revenir sur leur histoire et leur organisation. Je me contente de rappeler que, fondées sur le principe des cotisations élevées, elles réunissaient un nombre toujours restreint d’adhérents. Celle de Lyon, la plus importante, comptait, au temps de sa plus grande prospérité, en 1845, 65o souscripteurs versant une cotisation annuelle de 5o francs. Leur objet était l’achat d’œuvres d’art réparties, par tirage au sort, entre les sociétaires, la commande de gravures offertes en prime à tous les membres. Leur action extérieure pouvait, exceptionnellement à Lyon, par exemple, soutenir les écoles d’art et les industries d’art locales. Le plus ordinairement, elle se bornait à provoquer des expositions.
L’organisation et les frais de ces expositions incombaient soit aux sociétés, soit aux municipalités. En aucun cas, d’ailleurs, l’appui des municipalités ne faisait défaut, et la presse parisienne ou locale intervenait, au besoin, pour rappeler aux autorités leur devoir.
Quelques expositions étaient réservées uniquement aux artistes de la région ; la plupart, au contraire, appelaient le concours des Parisiens. Strasbourg, en 1837, constitua, avec Darmstadt, Mannheim, Carlsruhe et Mayence, une Association rhénane qui devait se manifester par des expositions
transportées successivement dans chacune de ces villes.
Le relevé complet des expositions serait difficile et fastidieux1 2. Je me bornerai donc à quelques exemples. En 1 833, il y en eut neuf, en particulier à Arras, Douai, Grenoble, Lyon, Orléans et Valenciennes. En i834, il y en eut à Lille, Cambrai, Metz, Rouen, etc. Les expositions de Rouen et d’Angers, en 1 835 , furent purement régionales. En 1 83y , Mulh ouse, Montpellier, Amiens, Lyon, Grenoble, Moulins, Strasbourg, Nantes, Rouen, Lille, rivalisent d’activité ; à Angers est ouverte une exposition de peinture et sculpture ancienne, avec le concours des collectionneurs et châtelains du pays.
La valeur de ces exhibitions est très inégale ; mais, toutes, elles ont pour les contemporains de l’importance 2 ; l'Artiste ne dédaigne pas d’en donner d’amples comptes rendus dus à ses meilleurs collaborateurs : à Tlioré, Jules Janin, ou à Laviron ; il nous est donc possible d’en avoir une idée assez exacte. Dans certaines villes, les artistes locaux ou originaires du pays fournissent une contribution copieuse ou importante. A Lyon, en 1 836, Flandrin expose Dante dans le cercle des Indifférents, et deux autres tableaux; Orsel, Le Bien et le Mal; en 1840, Bonnefond, Duclaux, Saint-Jean soutiennent l’honneur de l’Ecole lyonnaise.
Les envois parisiens sont dus, le plus souvent, à des peintres de genre, mais les plus illustres maîtres ne dédaignent pas de fournir leur contribution. Delacroix envoie les Natchez à Moulins ( 1 836) et à Lyon (i83y).
Le Salon de Nantes, en 1839, peut donner idée d’une exposition brillante : Théodore Rousseau, Cabat, Dupré, Corot, Aligny, Paul Flandrin, Brascassat y figurent à côté de Dela-
1. La liste dressée par Maurice Duseigneur, dans son article de l'Artiste (1882, t. J, p. 547) est très incomplète.
2. Jules Janin, Sur les Expositions de province ( l'Artiste , 1840, 2e série, t. VI, p. 100).
LES CONDITIONS SOCIALES
croix, de Ziégler, de Robert-Fleury1, près des artistes locaux dont le plus connu est Charles Leroux. Rouen, en 1840, réunit, auprès de trente-deux artistes normands, des œuvres de Diaz, Flandrin, Gudin, Paul Huet, Loubon, Charlet et Champmartin2. Des achats importants suivent ces fêtes. La Société des Amis des arts de Lyon dépense, en 1 836, 3o 000 francs ; celle d’Amiens achète, la même année, 22 tableaux ou aquarelles. Sans doute, il y a tendance, dans ces sociétés où les œuvres acquises sont mises en loterie, à préférer le nombre à la qualité3 4, mais les villes ou les départements achètent à leur tour. Au musée de Lille, La mort cle l'Espion Morris de Roqueplan, les Paysans limousins de Jeanron. Y Intérieur d'atelier de MUe Cogniet rappellent l’exposition de i834; un paysage de Cabat est, à Grenoble, un souvenir de l’exposition de i845 ; à Nantes deux Delacroix commémorent 1839. Il convient, d’ailleurs, de remarquer que les musées, pendant cette période, se sont surtout enrichis par les envois de l’État.
Un jeune architecte et dessinateur, Achille Allier, intelligent, actif et enthousiaste, était parvenu à créer à Moulins un mouvement favorable à l’art et avait lancé, avec l’aide d’un éditeur entreprenant, Desrosiers, une publication somptueuse : Y Ancien Bourbonnais’' . Il imagina, en 1 835 , de grouper les artistes dispersés, en dehors de Paris, à travers le pays et, grâce à lui, Moulins devint comme une sorte de capitale de la France provinciale. Des expositions s’y ouvrirent où figuraient les peintres de toutes les régions.
1. Thoré, Exposition de Nantes ( l'Artiste , 3o juin 1839). — Cf. une lettre de Delacroix (Nouvelles Archives de l’art français, t. I, p. 872).