L’art en province, Moulins
2. Je l’ai analysé dans La Revue de l’art ancien et moderne , novembre 1910.
3. Essai sur l'organisatio7i des arts en vrovince, i85a, p. 63.
LES CONDITIONS SOCIALES
D’après l'Artiste l, il y aurait eu, en 1 835 , environ trois cents peintres provinciaux. Quelques-uns d’entre eux, et non les moindres, venaient de Paris, soit que les difficultés de la vie matérielle les eussent obligés à abandonner la capitale, comme Constant Dutilleux établi à Arras2, soit qu’ils eussent renoncé à une carrière brillante et précaire pour la tranquillité d’une situation fixe, tel Hippolyte Bellangé, conservateur du Musée de Piouen.
D’autres, au contraire, exposants des Salons de Paris3, attendaient l’heure favorable pour venir vers le centre et ne donnaient à leur province que les prémices de leurs talents. Le plus grand nombre, établis dans un pays qu’ils aimaient et où leurs familles étaient enracinées, goûtaient la joie de vivre parmi la sympathie et l’estime de ceux qui les entouraient. Quelques-uns, ignorés à cent lieues de leur séjour, jouissaient dans leur région d’une véritable autorité, tel Anatole Devosge à Dijon, Auguste Flandrin à Lyon, ou Raymond Bonheur à Bordeaux. D’aucuns ont échappé à l’oubli parce qu’ils eurent des élèves illustres, ainsi Bon Dumoucel dit Mouchel et Louis Langlois (1803-1846) maîtres à Cherbourg de Millet adolescent4, Flajoulot professeur à l’École de dessin de Besançon et maître de Courbet5. Tous ils avaient une clientèle assurée. Ils peignaient des paysages locaux, des scènes de genre, surtout des portraits, donnaient des leçons particulières ou dans les pensionnats et les collèges6.
i. L'Artiste, i835, t. X, p. 160.
i. Chesneau , Peintres et statuaires romantiques, p. 172.
3. Batissier, rendant compte du Salon de i836 dans l Art en Province, y relève les noms de 68 artistes provinciaux dont les plus notoires sont le peintre de marines Mayer de Brest, P. Alaux de Bordeaux, Guindrand et Legendre-Héral de Lyon.