Sensier, Millet , p. 35 note 1 et p
5. Riat, Courbet, p. 11 — Castagnary, Fragments d'un livre sur Courbet [Gazette des Beaux-Arts, janvier 1911, p. 17).
6. Yvon (H. Jouin. Adopke Yvon, p. 12) a retracé la physionomie d'Ochard,
Enfin une classe particulièrement curieuse était celle des artistes itinérants. Champfleury, dans Les Noirau, nous en donne une image fantaisiste. Je dois à l’obligeance de mon distingué confrère, M. Charles Saunier, un exemple plus authentique. Son père, Charles Saunier, né en i8i5, élève d’Ingres, après avoir étudié à Paris et à Rome, tente fortune en province. Il se rend dans les villes où il peut être recommandé par quelque personne en vue et s’y installe tant que les clients donnent, restant ici quelques mois, là trois ou cinq années. En 1 84 3, il est à Dole, en 184a à Rethel où il se marie avec la fille d’un fonctionnaire chez lequel il a fait des portraits. Après un retour à Paris, il repart en 1847 à Lyon et à Vienne h D’autres élèves d'Ingres, des disciples dé David ou de Gros, menèrent une existence analogue.
L’importance de ce mouvement provincialiste ne doit pas être méconnue, non seulement il contribua à répandre le goût et favorisa l’essor des vocations, mais il eut, sur l’orientation de l’art même, une influence marquée 2. En étudiant l’évolution du paysage, la genèse du mouvement réaliste, nous aurons à le constater.
XIV. — Les critiques de la monarchie de Juillet prennent volontiers le ton chagrin ; mais ils le dépouillent dès qu’il s’agit de comparer la France aux nations voisines : « Par ennui de l'habitude », écrit Alfred de Musset dans son Salon
élève de Gros, établi au Havre, dont il fut l’élève en i834 '• « 11 faisait, hélas, tout ce que peut faire un artiste égaré dans une ville de commerce : des portraits de bourgeois, quelques petits tableaux et donnait force leçons. Pour moi c était un héros. » Yvon fait une description très intéressante de l’atelier d Ochard dont la vue l’impressionna et lui inspira le respect de 1 art.
t. Les pérégrinations de Charles Saunier continuèrent encore longtemps ; en 1849 à Saint-Etiennne, en i85o à Orléans, en i856 à Nantes. Il s’installa définitivement à Paris en 1862.
2. Voir dans Labande, Jules Laurens, pp. 20-21, un tableau très curieux de la vie artistique à Montpellier vers 1840.
LES CONDITIONS SOCIALES
de 1836 , « on médit des siens; mais quand on passe la frontière on apprend ce que vaut la France. Il est certain qu’aucune nation maintenant n’a le pas sur elle. En matière d’art, comme en d’autres matières, l’avenir lui appartiendra. » Balzac célèbre « les œuvres de la plus prodigue peinture, celle de l’Ecole française., aujourd’hui héritière de l’Italie, de l’Espagne et des Flandres, où le talent est devenu si commun que tous les yeux, tous les cœurs fatigués de talent appellent à grands cris le génie1 » « L’art », dit de son côté Théophile Gautier 2, « n’a jamais été en meilleur point qu’aujourd’hui... C’est la France qui tient aujourd’hui sans conteste le sceptre de la peinture. »
La seule Ecole étrangère que l’on consente alors à opposer à l’Ecole française, c’est l’Ecole de Munich, l'Ecole allemande renouvelée par Cornélius et Overbeck3 4. On manifeste par contre un mépris et une inintelligence singulière de l’Ecole anglaise contemporaine.
L’Europe semble accepter la supériorité de la France. Des Belges, de Keyser, de Braekelaer, Gallait, Henri Leys, Verbœckhoven, Slingenayer, Wiertz ; des Allemands, Overbeck, Lessing, Schnorr de Karolsfeld, Bendemann, Schadow; des Anglais, Martynn, Lewis, Armytage, Madox Brown ; des Espagnols même, Madrazo ; des Suisses, Ilornung ; un Russe, Bruloff l, viennent se faire connaître chez nous.