CHAPITRE II
I. L’inspiration historique. — - II. L’inspiration religieuse. — III. L’exotisme. — IV. Influences littéraires . — Y. Influences étrangères anciennes. — VI. Influences étrangères contemporaines. — VII. La Pédagogie artistique. — VIII. Comparaison avec le mouvement général des esprits. — IX. Les grandes tendances.
J’ai essayé, dans un autre ouvrage1, d’exposer quelquesunes des raisons qui avaient, avant i83o, assuré le triomphe de l’individualisme. Mon intention n’est pas d’y revenir ici. Mais l’essor des tempéraments individuels reçut, sous la monarchie de Juillet, de nouveaux encourag’ements. Les objets capables d’inspirer un peintre se multiplièrent; des influences nouvelles vinrent s’ajouter, sans les détruire, aux influences anciennes. Tout conspira, malgréles répugnances de l’opinion, à accentuer la dispersion des forces artistiques. Je vais en tenter la démonstration.
I. — La Restauration avait donné peu d’aliments à la peinture militaire et supprimé, pour ainsi dire, l’histoire contemporaine nationale. Avec la monarchie de Juillet, les apologies de la Révolution redeviennent de mode : bien mieux, elles deviennent officielles. Par une aberration que l’avenir devait cruellement punir, Louis-Philippe, pour entretenir sa popularité, prétend rattacher à son trône les traditions révolutionnaires et impériales. La Séance clu jeu de Paume , la Fédéra-
i. L a peinture romantique , livre Ier, chap. vu.
tion, les Enrôlements volontaires deviennent des sujets de commandes ; Austerlitz , Iéna sont célébrés à leur tour.
Ces sujets, délaissés depuis quinze ans, fournissent naturellement un champ d’expérience nouveau aux artistes. Ils y apportent des préoccupations que n’ont pas connues David et ses élèves. Delacroix peint Boissy d'Anglas au premier prairial avec la fougue et les formules dramatiques qu’il a appliquées d’abord à interpréter les rêves des poètes ou les drames lointains de l’Orient. Horace Vernet interprète dans sa manière sèche et mince, les grandes batailles de l’Empire et raconte des anecdotes là où Gros ou môme Gérard concevaient des épopées. Les propres élèves de l'École ne reprennent plus la tradition de leurs prédécesseurs. Léon Cogniet, en décrivant 1 Armée d Egypte, s’éprend de pittoresque, et Couder, se réveillant du sommeil académique, trouve, pour célébrer la Fédération, une vivacité menue qu’on n’attendait guère de l’auteur massif du Lévite d'Ephraïm. Pendant un temps, les Salons ont un aspect tout belliqueux : « La bataille est dans tous les coins, sous tous les pinceaux, môme les plus inoffensifs et les moins accoutumés à ces allures guerrières1. » Ce sont les commandes pour la décoration de Versailles qui expliquent cet enthousiasme et l'Artiste constate, non sans ironie, qu’aucune époque « n’a vu surgir autant de peintres de batailles que celle de nos vingt années de paix 2 ».
S'il célèbre Napoléon, Louis-Philippe n'oublie pas sa propre gloire. L ouverture, au Palais de Versailles, des salles consacrées à cette époque, témoigne assez du soin qu'il prit de garder la mémoire des épisodes les moins marquants de son règne3. La réunion de ces pages officielles montre aussi que
i. Auguste Barbier, Salon de 1 836 . p. 9.