L’Artiste, i836, p
3. Vaudoyer et Alfassa, Les salles de la monarchie de Juillet au musée de Versailles ( Revue de l art ancien et moderne, juillet et août 1910).
des thèmes en apparence insignifiants, comme le voyage de la reine Victoria à Eu ou la réception de Louis-Philippe en Angleterre, offrirent en réalité aux artistes une riche matière pittoresque.
L’histoire contemporaine réintégrée, les sujets historiques ne disparaissent pas. Versailles oblige les peintres à parcourir, sans négliger aucune période, l’histoire nationale, de Clovis à la Révolution. La mode oscille à travers « ce qu’on appelait alors le moyen âge, à défaut d’une meilleure définition, mais ce qui s’entendait suffisamment, c’est-à-dire ce qui n’était ni grec ni romain, et prenait place entre le xne et le xvie siècle 1 ». La faveur passe des troubadours et des chevaliers à panache au xvie siècle puis à la Régence2 sans que les enthousiasmes nouveaux fassent tort aux engouements passés. Les funérailles de Duguesclin peuvent coexister avec une Scène de la Saint-Barthélémy ; Y Abdication de Ckarles-Quint avec une anecdote sur Jean-Jacques Rousseau.
Quel que soit, au reste, le sujet, la conception historique ne cesse guère d’être frivole ; l’anecdote, le fait divers inspirent presque seuls les artistes. Leur philosophie de l’histoire est sommaire : chaque époque leur apparaît sous des
i. Théophile Gautier, Célestin Nanieuil ( Histoire du romantisme, p. 56). — Laviron remarquait, dans son Salon de i833, p. 119, « l’immense signification du mot moyen âge qui embrasse maintenant toute l’histoire moderne depuis Charlemagne jusqu’à Louis-Philippe inclusivement. »
1. « Nous avançons vite de nos jours dans le développement des idées et des études, autrefois si lentes et si graduées. La chevalerie et le moyen âge détrônaient, il y a quelques années, l’histoire grecque et romaine, et déjà nous voici arrivés à l’époque de la ligue ; Luther succède à Léon X ; voici les Huguenots, la lutte du protestantisme et du catholicisme, c’est l’histoire du jour, le thème à étudier et à traduire » (A. Decamps, Le musée, 1 834, p. 47). — Gruyer ( La peinture au château de Chantilly, p. 422) fait remarquer, à propos de l’Assassinat du duc de Guise de Delaroche, que la mode du xvie siècle fut provoquée par la littérature (Vitet, Les Barricades, 1826, Les Etats de Blois, 1827, La mort de Henri III, 1829 ; Mérimée, Chronique du règne de Charles IX, 1829) et qu’elle se manifesta aussi dans la musique (Hérold, le Pré-aux-Clercs, i832 ; Meyerbeer, les Huguenots joués en 1 836, commandés par l’Opéra dès i833).
couleurs simplifiées : le moyen âge est sentimental et épique; le xvi® siècle grandiose et sombre ; le xviii® brillant et léger. Conceptions superficielles que traduisent des toiles héroïques, philosophiques ou élégantes.
Pour le décor et le costume, les artistes, malgré des prétentions à l’exactitude, n'ont recherché jusqu’alors qu’une convenance approximative et le caractère pittoresque. Le progrès général des études historiques, de nombreuses publications archéologiques1 2, l’installation au Louvre du Musée Charles X, l’influence des peintres de Lyon, l’ouverture au public, depuis 1 833, des collections réunies par Du Sommerard à l’hôtel de Cluny, déterminent un souci nouveau de précision, de documentation. Cette idée apparaît que l'on peutcomter les boutons de l'habit de Diderot tout ainsi que Vernet compte les boutons des uniformes de l’armée française. A la conception fantaisiste ou pittoresque s’oppose une conception archéologique de l’histoire.
Cette préoccupation nouvelle s’étend à l’étude de l’antiquité. Car les critiques se trompent quand ils affirment « que le moyen âge a décidément détrôné la Grèce et Rome " ». En réalité, l’antiquité et même la mythologie reprennent bientôt de la popularité ; leur vitalité s’affirme par les formes
1 . Citons seulement, sur l'antiquité, la publication capitale de la traduction du Nouveau manuel complet d archéologie d’Ottfried Müller (1841), les Monuments inédits d’ antiquité figurée de Raoul-Rochette ( 1 833) , le premier volume de 1 Elite des monuments iconographiques de Ch. Lenormant et J. de Witte ( 1 844) . la Un de la publication des Ruines de Pompéi de Mazois (i838), les ouvrages sur Pompéi de Raoul-Rochette (1840 et 1844) ; — sur l’archéologie chrétienne et médiévale, le Discours sur... l'art du Christianisme de Raoul-Rochette (1 834) , Bulletin monumental de Caumont (à partir de 182g), Y Archéologie chrétienne de Bourassé (1844), le premier volume des Mélanges d' archéologie de Cahier et Martin (1847), les monographies de Notre-Dame de Brou par Didron (1842) de Notre-Dame de Noyon par Dantier et par Yitct (i845) de Saint-Savin par Mérimée (i845), les recueils de documents ligures de Moret (1837-1839) et de Poltier (i83g), les Monuments des arts libéraux d’Alexandre Lenoir (1840), la publication, à partir de i844> des Annales archéologiques de Didron.