Le Protestant, ior avril i
Heine, avec un sentiment tout contraire, proclamait : « le catholicisme n’est pas seulement éteint dans la France nouvelle; il n’a même pas d’influence réactionnaire sur l’art1 ».
En 1 83 1 , le Salon ne comptait pas trente tableaux religieux. En 1 833 , Ch. Lenormant constate que « les tableaux de dévotion font retraite2 » ; le public leur refuse, d’ailleurs, son attention3. Thiers déclare à la tribune, le 1 4 mars 1 833 : « Quant aux tableaux d’église, le gouvernement n’en commande plus ; le goût en est perdu parmi les artistes et ils les refusent presque tous4. »
Ces opinions concordantes devaient être rapidement démenties. Dès 1 835, de Saint-Chéron, dans un remarquable article5, pouvait affirmer que le christianisme n’était pas mort et escompter son influence sur les arts. La foi n’était pas éteinte en France : bien au contraire, sous l’indifférence en apparence générale, se faisait un travail dont l’intensité devait éclater en 1849 ma*s que l’on ne pouvait dès lors méconnaître.
Les générations nouvelles apportaient des sentiments inconnus aux hommes du début du siècle. Chenavard, dont le père était franc-maçon, est à quinze ans, en 1823, catholique fervent. « Enthousiasmé par la Vie des Saints et des Pères du Désert, il s’imposait en secret les plus dures mortifications : il jeûnait, passait des nuits couché sur le carreau de sa chambre6. » Elèves du païen Ingres, Hippolyte Fiandrin
1. Salon de 1 83 1 dans le livre de la France, 1 83 3, p. 327.