‹ Du romantisme politiqueChapitre 10 sur 11 · OTE ADRESSÉE PAR M. DE G AVOIR AU COMTE DE LAL'NAY · texte numérisé non relu

OTE ADRESSÉE PAR M. DE G AVOIR AU COMTE DE LAL'NAY

MLMSTRE SARDE A BERLIN (9 novcmbrc 1860).

« Monsieur le comte, « M. le comte Brassier de Saint-Simon m'a donné communication d'une dépêche datée de

Coblenlz, le 15 octobre dernier, dans laquelle M. le baron de Schleinitz, tout en témoignant le désir du cabinet de Berlin de maintenir de bons rapports avec la Sardaigne, nous fait connaître la divergence de vues qui existe entre le gouverne- ' ment du roi et celui du prince-régent dans l'appréciation des événements qui se sont accomplis en Italie.

« Le baron de Schleinitz, après avoir fait observer que la politique du gouvernement du roi, exposée dans le mémorandum du 12 septembre, se fonde sur le droit absolu des nationalités, s'empresse d'ajouter qu'il est loin de contester la haute valeur de l'idée nationale, idée qui est au contraire le mobile essentiel et hautement avoué de la politique prussienne en Allemagne.

« Mais à ses yeux ce principe ne doit pas se mettre en opposition avec les règles du droit des gens conventionnel, sous peine de troubler le repos de l'Europe et d'entraîner peuples et gouvernements dans la voie des révolutions.

« Nous sommes heureux de voir que le gouvernement du prince-régent, non-senlomml recon-

ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 'r.l

naît l'idée nationale comme un des éléments essentiels du droit public, mais qu'il s'honore d'être le noble représentant de cette idée en Allema<?ne. D'un autre côté, si nous devons regretter aujourd'hui de voir désapprouvée l'application nécessaire d'un principe qu'on respecte, il nous est cependant permis d'espérer que le cabinet de Berlin, mieux éclairé sur la véritable portée des événements, pourra un jour les envisager d'une manière plus bienveillante et plus équitable.

« Il y a un point qu'il importe de bien détinir, et sur lequel nous devons insister, c'est que la question des Marches, de l'Ombrie et des Deux- Siciles est une question purement italienne, et que comme telle elle n'affecte en rien les droits positifs des autres puissances.

« En effet, le droit public de tous les temps a reconnu à chaque nation la faculté de régler ses propres destinées, de se donner des institutions conformes à ses intérêts, de se constituer en un mot de la manière qu'elle juge la plus propre à sauvegarder la srcuiité et la prospérité u."» Ifjat.

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« Ce droit n'a jamais été dénoncé comme contraire aux lois internationales. Il en est même le fondement, car s'il était méconnu ou violé, il n'y aurait plus en Europe ni indépendance ni liberté.

« Mais on nous objecte : les divisions territoriales de l'Italie ont été sanctionnées par des traités solennels; l'Europe y a par conséquent une juridiction qu'elle ne saurait abdiquer sans renoncer en même temps à toutes les traditions du passé, sans exposer l'avenir à l'inconnu des révolutions et aux dangers des entraînements populaires.

« Je n'examinerai pas ici jusqu'à quel point les stipulations internationales auxquelles on fait allusion ont été dictées dans le véritable intérêt de l'Italie. Mais le fait en lui-même, c'est-à-dire les dispositions d'un traité peuvent-elles impliquer l'abdication complète et perpétuelle de la nation au règlement de sa constitution intérieure? Ce n'est certainement pas le cabinet de Berlin qui voudrait soutenir une telle doctrine.

« L'histoire des derniers quarante ans nous démontre que les conventions publiques sont desli-

nées à subir des modifications exigées par les temps, et que l'Europe ne doit pas se déjuger en respectant dabord et en reconnaissant plus lard les changements accomplis en dehors de son initiative.

« L'Europe avait depuis longtemps admis que la situation de l'Italie devait être modifiée dans l'intérêt de la paix et de Tordre. Le cabinet de Berlin, par ]"organe de M. le baron de Schleinitz, vous a plus d'une fois, monsieur le comte, parlé dans ce sens, et son langage était conforme à celui de la plupart des autres cabinets ; mais aujourd'hui, en présence de ce qui s'est passé dans les Marches et à Naples, on nous dit : Votre conduite n'a pas toujours été correcte ; tel acte est contraire aux maximes du droit, tel autre établit un précédent dangereux.

«Mais je crois qu'à noire tour nous avons le droit de demander : Est-ce bien à nous la faute si l'Italie a quitté la voie des réformes qui nous est recommandée par le gouvernement prussien et dont nous avons donné l'exemple pendant dix ans? 11 ne faut pas oubher les causes lorsqu'il

s'agit de juger les faits. Ce sont les petits États de l'Italie centrale, c'est le saint-siége et le gouvernement de Naples, qui, lorsqu'il en était temps, ont refusé tous les expédients de conciliation avec les populations aigries et opprimées. C'est l'Autriche qui, l'année dernière, en attaquant le Piémont, a précipité les événements; c'est elle qui a prouvé aux Italiens que la Péninsule n'aurait ni sécurité ni indépendance réelle tant qu'elle ne serait pas réunie en un même État.

« Nous n'insisterons pas davantage sur ce fait qui domine la situation tout entière, et no'us demandons quel est le grief qu'on a fait au gouvernement du roi. On Faccuse d'être venu en aide à des populations qui s'étaient affranchies de leur gouvernement, d'un gouvernement avec lequel elles étaient en lutte depuis quarante ans. Mais ce que nous avons fait dans des circonstances qui, à elles seules, justifieraient notre conduite, les différents États de l'Europe ne l'ont-ils pas fait en d'autres temps et dans des circonstances qui cependant étaient loin d'offrir la même justi'

fication? Est-ce que la France et l'Angle terre, lorsqu'elles prêtaient leur appui aux Flandics soulevées, foulaient aux pieds les lois internationales? Ces lois étaient-elles enfreintes par Louis XIV lorsqu'il donnait la main à l'insurrection hongroise, par les états-généraux lorsqu'ils soutenaient Guillaume d'Orange contre Jacques 11, par Louis XYI qui a si noblement concouru à l'affranchissement des États-Unis d'Amérique, par l'Europe chrétienne qui a soustrait la Grèce à la domination ottomane?

Nous ne pouvons en conséquence accepter le blâme que les derniers actes du gouvernement du roi ont encouru à Berlin, et qui se trouve exprimé dans la dépèche du 15 octobre. Nous sommes peines de voir aussi rigoureusement appréciée, par un cabinet libéral et conservateur, notre conduite qui s'est constamment inspirée àces deux principes. Nous en sommes peines, car l'Europe ne doit pas se méprendre à ce point sur les événements dont la Péninsule est le théâtre. L'Europe ne devrait pas perdre de vue que le gouvernement du roi est en Italie le seul pouvoir

conservateur capable d'opposer une digue à l'esprit vraiment révolutionnaire et de le dompter.

« Il n'est ni juste ni prudent de débiliter ce pouvoir en l'isolant et en le forçant pour ainsi dire à s'appuyer, dans des circonstances données, sur des éléments qui pourraient devenir dangereux. On devrait au contraire s'associer à ses efforts dans l'intérêt de l'ordre et de la paix, en l'aidant à surmonter les difficultés dont il est entouré.

« Nous n'avons rien à cacher, nous n'avons rien à dissimuler. Nous sommes l'Italie, nous agissons en son nom, mais nous sommes en même temps les modérateurs du mouvement national : nos efforts, nos soins les plus constants n'ont d'autre but que de le diriger, de le retenir dans les voies régulières et d'empêcher qu'il ne se dénature par des alliages impurs.

« Nous sommes les représentants du principe monarchique qui, en Italie, avait disparu des cœurs avant d'être renversé par la vengeance populaire. Ce principe, nous l'avons relevé, nous l'avons retrempé, nous lui avons donné une non-

vcUe consécration. Il fait notre force dans le présent, il sera notre bouclier dans l'avenir.

« Contiants dans la justice de la cause que nous défendons et dans la droiture de nos intentions, nous avons l'espoir de résoudre et de vaincre les difficultés de la situation. Et lorsque le royaume d'Italie sera constitué sur les bases inébranlables du droit national et du droit monarchique, nous sommes convaincus que l'Europe ne ratifiera pas le jugement sévère qu'on fait peser maintenant sur nous, etc.

« C. Cavouk. »

(Page 127.)

Voici, d'après la Gazette officielle de Turin, le texte de la dépêche adressée par le général La Marmora à M. Nigra, ministre d'Italie à Paris :

« Turin, le 7 novembre 1864.

c( Monsieur le ministre, « Votre dépêche télégraphique du 1*' novembre^ dont le texte a été autorisée par S. M. l'Empereur, établit la situation des deux gouvernements signataires delà convention du 13 septembre vis-à-vis l'un de l'autre, à l'égard de l'interprétation de

ÉCLAIHClî^SEMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES. 259 cet acte. Toutefois le contenu de la dépêche de M. Drouyn de Lliuys à M. le baron de Malaret, en date du 50 octobre, publiée dans le Moniteur du 5 novembre, rend indispensables de franches explications de la part du gouvernement du roi, qui tient à ce que rien de sa part, même son silence, ne puisse donner lieu à de nouveaux malentendus.

« Le ministère que j'ai l'honneur de présider, appelé au pouvoir par la confiance de S. M. le roi, n'a ni négocié ni signé les accords du 15 septembre ; mais les ayant trouvés conclus, après les avoir mûrement examinés cl en avoir calculé les conséquences, il n'a pas hésité à les accepter et à les soutenir.

« Le ministère a considéré en effet, en premier lieu, que le texte de la convention et de ses annexes est clair et précis, et ne peut donner lieu à aucune équivoque; en second lieu, le ministère, en interprétant le traité de la seule manière admissible, c'est-à-dire selon le sens littéral de sa teneur, a acquis la conviction que dans son ensemble il est avantageux pour l'Italie.

« Les ministres du roi ont donc la volonté, et ils savent qu'ils ont la force d'exécuter le traité scrupuleusement et dans son intégrité. Leur résolution à cet égard est dictée non-seulement par la loyauté qui exige que les engagements pris par un gouvernement soient tenus, et par la reconnaissance et l'amitié qui lient l'Italie à la France, mais encore par la conviction personnelle de chacun d'eux que la meilleure politique pour l'Italie consiste dans l'exécution complète de la convention du 15 septembre. Cet acte se fonde, en effet, sur le principe de non-intervention, principe fondamental de la politique des deux gouvernements, et que M. Drouyn de Lhuys a rappelé avec une parfaite opportunité dans la dépêche qu'il a adressée le 12 septembre dernier au représentant de la France à Rome.

« Le gouvernement du roi, en s'interdisant toute interprétation qui ne correspondrait pas ponctuellement au sens naturel du texte du traité, puisque une interprétation de ce genre ne serait permise à aucune des deux parties contractantes, se croit en devoir de réserver absolument

loute question autre que celle de la fidèle observation des accords stipulés.

« Ces déclarations précises me dispenseront d'entrer dans un long examen des sept propositions énoncées par S. Exe. M. le ministre impérial des affaires étrangères dans sa Noie du 50 octobre à M. le baron de Malaret. Il suffira, à mon avis, monsieur le ministre, des observations suivantes pour dissiper toute obscurité sur ce sujet :

« Le traité du 15 septembre pourvoit complètement aux exigences de la situation par rapport à la papauté, en donnant des assurances positives à la France et au monde catholique. Si par les engagements que l'Italie a pris, elle a renoncé à employer les moyens violents, à plus forte raison elle n'aura pas recours à ces voies souterraines dont j'ai vu, non sans peine, je dois l'avouer, la dépêche du ministre des affaires étrangères de l'Empereur faire mention, et dont nous repoussons jusqu'à la pensée. Mais il n'est pas moins vrai que l'Italie a une foi entière dans l'action de la civilisation et du progrès dont la seule puis-

sance suffira, nous en avons la confiance, pour

réaliser ses aspirations.

« Quelles pouront être les conséquences de cette action des éléments de civilisation et de progrès? Chacune des deux puissances contractantes peut avoir et maintenir à cet égard une opinion particulière; mais je ne saurais voir comment cette opinion pourrait former entre elles l'objet d'une discussion pratique, du moment où l'Italie déclare de la manière la plus explicite que , quand ses aspirations viendraient à se réaliser, ce ne serait certainement pas par le fait de la violation du traité de la part de son gouvernement.

« Quelles sont, en dehors de la question de la stricte observation de la convention, les aspirations nationales de l'Italie? M. Drouyn de Lhuys a entendu les définir et les préciser dans la dépêche que j'ai rappelée plus haut.

« Le gouvernement du roi se voit avec regret dans l'impossibilité de suivre sur ce terrain le ministre impérial des affaires étrangères. Les aspirations d'un pays sont un fait qui appartient à

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la conscience nationale, et qui ne peut, à notre avis, devenir à aucun titre le sujet d'un débat entre deux gouvernements, quels que soient les liens qui les unissent.

« Quant à la conciliation de Tltalie et de la papauté, c'est un but que le gouvernement du roi n'a jamais cessé de se proposer, et dont la convention du 15 septembre doit rendre la réalisation plus facile.

« En ce qui concerne la signification que le gouvernement du roi attache à la translation de la capitale, je n'ai, monsieur le ministre, qu'à laisser parler les faits eux-mêmes. Le gouvernement italien a préparé l'exécution de cette condition, qui est peut-être la plus grave et la plus délicate des obligations que nous avons assumées par les accords du 15 septembre.

« Sauf la délibération du Parlement, dans peu de mois Florence sera la capitale de l'Italie. Ce qui pourra arriver plus tard, par suite d'éventualités qui sont du domaine de l'avenir, ne peut être aujourd'hui l'objet des préoccupations des deux irouvernements. M. Drouvn de Luvs l'a dit

avec raison : C'est aux événements qu'il appartient de poser ce problème.

c< Je m'étendrai encore moins sur la cinquième et sur la septième des propositions énoncées par M. Drouyn de Lhuys; elles me paraissent avoir pour but , l'une de constater que nous nous sommes écartés du projet du comle de Cavour ; l'autre, d'exprimer le désir que nous restions fidèles à sa politique pour Tavenir.

« Les différences qui existent entre le projet du comte de Cavour et la convention actuelle ressortent clairement du rapport que vous avez adressé le 15 septembre dernier à mon honorable prédécesseur ; et, quant à la politique du comte de Cavour, telle qu'elle est exposée dans un discours célèbre que le ministre impérial des affaires étrangères a cité dans la dépêche dont je parle, il comprendra, je n'en doute pas, que nous tenions à honneur de continuer à la suivre.

« Il me reste à mentionner, monsieur le minis. tre, puisque S. Exe. M. Drouyn de Lhuys en a pris l'initiative, l'éventualité où une révolution éclaterait spontanément dans Rome et renverserait le

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pouvoir temporel du Saint-Père. Le ministre impérial des affaires étrangères réserve pour ce cas l'entière liberté d'action de la France ; l'Italie, do son côté, fait, comme de raison, la même réserve.

« Telles sont, monsieur le ministre, les vues et les convictions avec lesquelles le ministère se présente au Parlement pour soutenir devant lui la convention du 15 septembre. Cet acte international, convenu pour surmonter les difficultés d'une situation peut-être sans exemple , ouvre*, selon nous, aux deux gouvernements une voie nettement tracée, où le gouvernement du roi croit pouvoir compter sur l'appui des représentants de la nation pour rivaliser de loyauté avec la France.

« La publication, par le Moniteur, des deux Notes adressées par le ministre impérial des affaires étrangères à M. le baron de Malaret, nous fait un devoir, monsieur le ministre, de faire insérer sans retard, dans la Gazette officielle du royaume, la dépêche que je vous adresse en ce moment, et que je vous prie de vouloir bien faire

246 ÉCLAIRCISSEMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES, connaître officiellement à S. Exe. M. Drouyn de Lhuys .

« Veuillez agréer, etc.,

« Signé : Alp. l\ Marmora. »

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