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LE VERS ET LA STROPHE MÉTRIQUES DANS LA POÉTRIE FRANÇAISE

79. Nos citations des strophes métriques volontaires et libres de poètes contemporains, comme des incertaines de Musset ou des semi-conscientes de La Fontaine, doivent ouvrir une échappée nouvelle sur l'histoire de notre versification.

On pense vulgairement que l'accentuation temporelle et dynamique de nos vers, horsde l'hémistiche et de la rime, fut toujours variable et flottante. 11 y eut même des tentatiA^es modernes pour y remédier dont celles de Van llasselt (dès i83o), de Ducondut, (i856), de Clair Tisseur (iSgSj. Mais ces essais, entrepris du reste par des poètes timides, reposaient sur l'erreur de croire inorganiques des variétés de coupes sans symétrie. Ces poètes eurent la notion très nette du pied rythmique et, par son application raisonnée, du renouvellement du vers dans sa mesure syllabique traditionnelle. Leur but était de régulariser son rythme intérieur et d'obtenir avec cette régularitédes variétés, mais quieussent toujours été semblables dans la même pièce. Ils confondaient en somme le rythme elle mètre, et ils ne s'apercevaient pas que la prononciation vivante bousculait avec leur syllabisme graphique les symétries trop minutieuses de leurs variétés uniformes. Ce qu'il y a de singulier est qu'ils qualifiaient leurs essais métriques de rythmiques.

80. Dans le sens de la régularisation, Théophile Gautier nous a donné plusieurs exemples de combinaisons métriques :

LE VERS ET LA STKOPHE MÉÏKIQIES 85

Dans le bain, sur les dalles, A mon pied négligent J'aime à voir des sandales De cuir jaune et d'argent.

En quittant ma baignoire, 11 me plaît qu'une noire Fasse mordre à l'ivoire Mes cheveux, manteau brun.

Et versant l'eau de rose.

Sur mon sein qu'elle arrose, Comme l'aube et la rose Mêle perle et parfum.

Ga:hel.

Suivent deux autres strophes du mrme dessin. Trois strophes aussi répètent les figures que voici :

J'allais partir ; dona lîalbiiie Se lève et prend à sa bobine

Un long fil d'or ; A mon bouton elle le noue, Et puis médit, baisant ma joue,

— Restez encor !

J'allais partir.

Mais le mètre a fourché dans cl(le) le noue.

La petite pièce intitulée llllane/le est plus intéressante :

Quand viendra la saison nouvelle.

— w — ww — w —

Quand auront disparu les froids,

wv — ww — w —

Tous les deux nous irons ma belle.

Pour cueillir le muguet au bois.

Sous nos pieds égrenant les perles Que l'on voit au malin trembler, Nous irons écouler les merles {bis)

Sifner.

Le printemps est venu, ma belle,

C'est le mois des amants béni, w ^ — ww— w — Et l'oiseau satinant son aile,

Dit des vers au rebord du nid.

Oh I viens donc sur ce banc de mousse

Pour parler de nos beaux amours, Et dis-moi de la voix si douce : (bis) Toujours !

Loin, bien loin égarant nos courses,

— 1^ — VW — U' —

Faisons fuir le lapin caché,

Et le daim, au miroir des sources, Admirant son grand bois penché.

— — — wv — v — Puis chez nous, tout heureux, tout aises,

Au panier enlaçant nos doigts,

Revenons, rapportant des fraises (bis)

Des bois! (')

Berlioz a mis cette fausse villanelle en musique ; et chantée par M"'e Auguez de Montalant, j'en ai noté la prosodie ainsi.

Sauf pour le printemps avec une longue sur le, l'accord est parfait entre la prosodie du poète et celle du musicien, qui a su si bien mettre en valeur les longues au début de chaque strophe en accentuant des ^' crétiques >\

81. Gautier ne se doutait pas que ces combinaisons se retrouvent à travers toute notre versification française, depuis ce triolet du xiii'^ siècle d'Adam de la Halle, cité par Clair Tisseur (-) :

Hareu, 11 maus d'amer M'ochist :

Il me fait désirer ;

\j — •^ — w — Hareu, li maus d'amer

Par un douch regarder \j — Me prist.

(i) Théophile Gautier, Poésies complètes, a vol. (Charpentier, Editeur i88o).

(a) Modestes observations sur l'art de versifier, p. 3o5.

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