‹ Du rythme en françaisChapitre 32 sur 41 · APPAREILS D'ANALYSE · texte numérisé non relu

APPAREILS D'ANALYSE

87. En dépit de toutes les preuves apportées par M. Rousselot sur l'excellence des divers appareils d'analyse qu'il inventa ou perfectionna pour les découvertes de la phonétique, nombre de philologues et de phonéticiens, qui avaient leur siège fait, ont peu tenu compte jusqu'ici de la méthode expérimentale.

Les uns n'ont même pas essayé de l'éprouver, les autres se sont contentés d'un examen superficiel plus fâcheux qu'une méconnaissance absolue, d'où des confusions qui peuvent être très nuisibles pour les progrès à venir dans l'analyse physiologique et acoutisque de la parole.

88. La confusion la plus grave est celle qui est faite entre les appareils de sy/il/tèse (phonographe, gramophone, pathéphone, pathégraphe, etc.) et les apjxirei/s d'analyse dont le grand inscripteur Rousselot est le type complet pour les expériences d'un mouvement d'ensemble continu, le inanondire à eau, les ampoules exploralrlces, le palais arlljlclel, etc., servant aux analyses physiologiques locales, les diapasons, le résOnnaleur universel etc.. aux analyses acoustiques.

Les appareils de synthèse reproduisent la parole et tous les sons dans leurs groupements organisés ; ils se substituent aux organes producteurs pour que l'oreille retrouve les mêmes résultantes. Les appareils danalyse au contraire ne transcrivent les sons qu'en dissociant, en isolant leurs éléments constitutifs, nous mettant à même de les étudier en dehors des habitudes

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vicieuses personnelles, des suggestions de l'oreille et de l'esprit.

89. Le phonographe le plus perfectionné peut-il remplir ces dernières conditions ? En aucune manière, — même si l'on peut rendre visibles les courbes de l'inscription, unir ou superposer l'examen visuel à lexamen auditif, décomposer par conséquent à loisir, en dehors d'un temps fugace, les phénomènes du mouvement sonore.

Admettons que la reproduction et la transmission soient parfaites, qu'il n'y ait aucun bruit étranger, aucune différence de timbre, ni altérations par changements de vitesse, usure du disque, écarts ou sursauts de la pointe, etc. ; l'auditeur se trouve dans les mêmes conditions de partialité ou d'inaptitude à distinguer les sons qui ne lui sont pas habituels qu'avec un interlocuteur ordinaire. Et qu'il y ait plusieurs auditeurs, des divergences nombreuses se produiront entre eux sur les sons entendus.

Supposons maintenant qu'une invention nouvelle permette de voir dérouler sous nos yeux les sons du phonographe, de corriger ainsi visuellement nos erreurs, ce sera très intéressant, cela simplifiera quelques expériences, cela permettra un contrôle immédiat approximatif de la synthèse; mais cela restera tout à fait incomplet pour une analyse véritable des éléments.

En effet, lors de l'inscription : i" les sons auront été recueillis en partie à l'air libre : d'où déperdition de souille, et avec le souffle de vibrations, par conséquent perte dintensilc et de durée; 2" le souille nasal et le souille buccal auront été mêlés : d'où impossibilité de distinguer les nasalisations normales ou accidentelles, leurs points de départ, leurs prolongements, souvent en dehors du courant buccal ; l'absence des vibrations nasales aura été même complète, notamment pour les mi-occlusives Fi, //!, n, pendant l'occlusion des(juellcs aucune vibration ne se transmet par la voix ; o" l'inscription ne visant ([u'à concentrer sur un point, sur ime lij;nc ramassée, tous les phénomènes de la parole pour les reproduire s\nthéli(iucmcnt, l'expérience ne peut être variée et sériée par : a) l'inscription des mouvements respiratoires ; h) l'inscription des battements du cœur; c) l'inscription directe des vibrations laryngiennes; d)dvi souille vocal ; e) du souille

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nasal ; /) d'un diapason contrôleur de la durée - toutes à la fois au besoin, — synchroniquement sur le même cylindre ; g) par différentes membranes suivant qu'on recherche l'amplitude (membrane large et souple) ou la sonorité (membrane petite et rigide) des phonèmes, — l'une des deux d'ailleurs n'empê- *chant nullement de discerner dans leurs tracés affaiblis les résultats plus particulièrement expressifs avec l'autre.

Or tous ces synchronismes peuvent être nécessaires pour l'étude des rapports de la parole et de son rythme avec les mouvements de la respiration et du cœur, autant que pour la distinction des éléments phoniques sur des plans séparés. Et c'est ce que l'inscripteur Rousselot nous donne avec une perfection, une facilité remarquables dont aucun appareil actuellement n'approche et dont les résultats irréfutables forment une grande partie des 760 figures des Principes.

90. M. Théodore Rosset, maître de conférences à l'Université de Grenoble, prétend avoir inventé un nouvel appareil qui remplirait le but dont nous venons de parler d'une inscription phonographique rctranscrite en courbes visuelles ('). L'auteur l'a décrit dans une thèse (-] et M. Brunot en a présenté quelques vagues résultats au public lors de l'inauguration des Archives de la Parole à la Sorbonne. Nous n'avons pas eu l'occasion d'expérimenter cet appareil ; mais, d'après la description même, nous doutons qu'il réponde aux désirs de l'inventeur ('). M. Rosset est

(i) -M. Eugène Landry a imaginé un dispositif synchroniqiie analogue pour les éludes de sa thèse, La Théorie du Itylhme et le rythme du français déclamé (Honoré Cliampiori éd., 1911). Cet ouvrage malheureusement ne s'appuie pas sur des expériences assez diverses et assez fouillées. Du point de vue même de M. Landry, qui nesépare pas le rythme dynamique du rythme mélodique, la liauteur musicale eut dû toujours être donnée avec la durée, notée seule en général. Puis aucune planche des tracés ne nous est fournie. Les mesures relevées me paraissent souvent en contradiction avec tous les résultais des expériences qui me sont personnelles ou que je connais. Techniquement, les désaccords de l'auteur sont incessants entre les principes généraux qu'il tire lui-même de ses démonstrations et les applications de ses expériences pratiques individuelles. L'accenl, la durée, le numérismc, le syllabisme, \aL scansion, etc., sont enveloppés de continuelles incertitudes. Esthétiquement, l'auteur a des idées préconçues, très surannées.

(2) Recherches expérimentales pour l inscription de la voix parlée (Armand Colin, l'jii).

(3) Le troisième f.iicicule de la Revue de Phonétique nous ré\èle du reste que les meilleurs organes de l'appareil Rosset appartiennent à un autre appareil du constructeur, M. Lioret.

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