Acte de I
lS par lequel CKarles [1, roi de Jérusalem, de Naples et d( : Provence, donne à Bérenger Catelan un droit annuel -
tendre sur l'ile Gernique, n
'm ., Cf. l'arrêt du Conseil du 8 mai 1861 , rendu a
^SïKl;c, Mtmairt peur Chhtoire naturelle dt la prir
'kvui, X.)
îles du Rhône.
•uedae, part. I,
370 SECONDE PARTIE. — CHAPLTRE NEUVIÈMtt
jargon qui tenait à la fois du provençal, du catalan, de l'italien, grec et de l'arabe, — singulier amalgame de mots sonores bariolés, a^lutinés ensemble comme des coquillages, Tamassésj hasard sur tous les rivages de la grande mer latine.
Aujourd'hui, la place est déserte. Les chemins de fer ont poiti un rude coup à la batellerie du Rhâne, et tué la plupart des andnu marchés. La foire de Beaucaire, dont l'époque était la grauV échéance commerciale du Midi de la France, n'existe plus quede nom; et c'est à peine si quelques saltimbanques viennent, peitdant une quinzaine de jours, amuser un public de plus en plsi rare sur le m^^nifique cours ombragé de platanes séculaires o4 venaient jadis se pavaner les grands seigneurs et les belles dans de toute la Provence, et s'étaler les produits du monde entier \i\-
De toutes les villes de la région du bas Rhâne, Arles est tainement celle qui a le plus décliné depuis les temps antique. C'était, après Rome , la première ville de l'Occident , la résidence préférée des empereurs, le port le plus fréquenté de la Gauk, bien supérieur même A ceux de Marseltlf, de Narbontie d Jt Fréjus, ^al peut-être à celui d'Ostie. Ce n'est plus aujourdlm qu'une énorme bourgade, à peu près oublieuse de son bistoiit, simple escale de la navigation du Rhône, presque sans commercei sans industrie, et n'ayant guère qu'un intérêt de souvenirs. Cette décadence est due en grande partie au changement qui s'est opW dans la nature de son territoire. Arles était, à l'époque romaiWi
(i) Nous prismes la roule de la Provence par cetl
e grande prairie de B-
lire, si célibte pour sa foite ; et le m*me jour nous v
smes de bonne beat
ParoLlre sur le bord du Rhosne
Ces murs pleins d'illuslces Bourgeois,
Glorieux d'avoir autrefois
Eu chei eux la Cour et le Ttûne
De trois ou quatre puissants Rois.
(Voyage de Ckapeu.e et Bachauhont, ap. cit.)
LA RBOION D'ARLES.
entourée de toutes parts par les eaux. C'était une viile tout à fait maritime. Comme Venise dans sa lagune, elle vivait de sa batellerie, l'une des plus puissantes et des plus variées de l'époque. Elle avait sous ses murs mêmes le Rhône et des étangs navigables ; et par ces étangs elle communiquait librement avec la mer.
L'ancienneté de la ville d'Arles a été ptndant longtemps un thïme inépuisable de discussions et de controverses. Aucun fait précis et un peu saillant ne marque l'époque précise de sa fondation. Quelques-uns des historiens et des géographes de l'époque dassique, Polybe, Tite-Live, Pline l'Ancien, Etienne de Byzance, Plularque enfin, qui a fait un récit détaillé de la célèbre campagne de Marius dans cette partie de la Gaule, ne mentionnent même pas Arles ; et ce silence a été souvent invoqué comme une preuve quela ville n'existait pas antérieurement au second siècle avant notre ère, ou tout au moins n'avait pas alors une sérieuse importance. César, Strabon, Ptolémée, Festus Avienus, Ausone, etc., en parlent, au contraire, comme d'une colonie puissante. Pomponius Mêla la désigne sous le nom de « colonie romaine des vétérans de la sixième légion », A relate Sextanorum. César y avait, en effet, établi une colonie militaire, co/em'a Julia Patcma (i); " mais il est certain qu'Arles était à cette époque, et probablement depuis longtemps déjà, une ville considérable; car on n'envoyait pas des colonies dans des bourgades, et ce fut, après Narbonne, 'a première ville des Gaules à laquelle cet honneur fut accordé (2) b. Si d'ailleurs on interroge le livre I" des m Commentaires sur la ÏUcne civile n, on voit que, tandis que son armée assiégeait Mar-
di Navei iangas Arelate numéro ditadiff:im facere iitstituit. (CaesaR, Belt. «■-.1.36.)
tlpàf iï T$ 'Poiôvui iif,niiivn dv |i.i)ipAv 'ApÉlciTi. (Strab. , Géogr., 1. V, ch. i, 5a.) 'Ap£)«ov ïOiÛYia... K^- (PtOL., Cfogr., II. ix, 15.)
fJthium qaaskabit (GalUa) opiilentissima suni . . . Sextanorum Arelala. (Pdhf. RLj,. Dr situ orbit, 1, II, ch. V.)
Pande duplex Arilale, tuas, blanda hospila, fortiis,
GallHla Roma, Arelas
(AUSOK., Declar. «ri.) (3) Anibekt, Mémoires kitforiques sur l'antienneté de la république d'Arles.
373 SECONDE PARTrE. — CHAPITRE NEUVIÈME.
aeille, César faisait construire à Arles douze vaisseaux de guerre, naves longa:. qui furent prêts et armés en trente jours; et, àU manière dont l'historien expose ce fait, il paraît que les soldats, déjà occupés aux travaux du siège , ne purent être employés à li construction des navires. Les ouvriers furent donc pris parmi les charpentiers d'Arles, ce qui suppose la population et l'industrie d'une grande cité (i). Mais, en ce qui concerne la physionomie ancienne, et surtout l'époque à peu près exacte de la fondation de la ville, tous les textes rapprochés et discutés n'ont pas beaucoup éclairé la critique ; et, à la vérité, it est assez difficile d'avoir des notions à peu près historiques sur les événements de ces temps sans histoire dont les traits se perdent dans la nuit du passé.
La connaissance exacte de la topographie du sol est , sans contredit, le meilleur moyen de projeter un certain jour sur l'obscurité qui enveloppe ces époques éloignées. Cette reconstitutioB géf^raphique des temps anciens, auxiliaire indispensable et guide sûr de l'histoire dans le sens élevé et scientifique du mot, est souvent une œuvre délicate et difficile. Ce n'est pas toutefois sans charme que l'on voit peu à peu se dissiper les ténèbres de «s horizons lointains et se dégager lentement de leur ombre les contours altérés et effacés des populations primitives. Sans doute, ce n'est pas la lumière nette et vive de la critique et de la science; mais cependant une sorte de demi-teinte colore déjà l'aube des sociétés naissantes, et quelques lueurs de la vérité historique commencent à percer le crépuscule de la légende, dissipent les fantômes de la fable, et permettent de rendre aux hommes eta"^ choses du passé leurs traits et leurs couleurs, leur physionomie et leur caractère, leur forme et leur mouvement.
Le nom d'Arles a soulevé de grandes discussions parmi les ^*^f' mologistes. Les uns y voient une origine celtique, ar-lath, "^* humide, à cause des marais qui entouraient la ville primit*^
(i) km^iKt, Mémoire SUT Vanliq-uiiè d'ArUs. kT\e%, 1872.
LA RÉGION D'ARLES
5 le regardent comme grec, Aj,«;, Mars, peuple de Mars; is même, comme latin, ara-laia, autel élevé, parce que s y auraient trouvé un autei consacré à Diane d'Ephèse, ir les Grecs phocéens de Marseille. Il est assez évident, cepenmt, que le nom A'Arelate n'a une physionomie ni grecque ni paine; et le radical ar, que l'on retrouve non seulement dans bmdes Volkes ^rékomikes, maisencore dans celui de plusieurs B^des de la même contrée, les ^riiemetici, les Ar»nâ\i- Kt, etc. (l) , semble indiquer que la ville d'Arles était contempolinede ces anciennes peuplades, et existait déjà dans le cinquième iècle avant notre ère. Avienus la désignait sous le nom de Théine ^iXti, mamelle] (2), faisant ainsi allusion à la richesse de son erroir. Arles était, en effet, située sous les Grecs, comme de nos jure, à la pointe de cette Camargue fiévreuse, marécageuse, lais éminemment fertile , et qu'on appelait , à juste titre , le grêler de l'armée romaine, horreaac cellaria tùtius milîHiE romans. I est donc possible que l'ancienne Théliné ait eu une réelle Ortance vers le cinquième ou quatrième siècle avant notre i l'époque oil les colonies grecques sont venues s'établir sur toral; qu'elle ait ensuite décliné, et que, rajeunie plus tard a colonie romaine de Jules César, elle ait repris un nouveau Vement ascensionnel jusqu'au siècle de Constantin qui marque ipogée.
t ne saurait indiquer, même avec une assez lai^e approximai date probable des premières constructions de la ville ies aujourd'hui disparues. Le silence des historiens est sur
GcitM EH -Durand, lUén
Graio incoltnte.
s del-Acadèm
!c civil ai alloli
.ubpriort
■ da Gard. Années 1863 et 1871.
SECONDE PARTIE. — CHAPltRE NKUVIÉlia.
ce point unanime. La fondation d'Arles n'a même pas de légende sérieuse. Peu de villes cependant peuvent se flatter d'avoir une origine plus ancienne. Des fouilles récentes ont ramené au jour, à plusieurs reprises, dans la plaine et sur les coteaux qui l'enlourent, un nombre considérable de sépultures, d'ossements, de perleî en or et en jais, d'armes grossières en fer et en pierre, qui correspondent à ces époques incertaines que l'on désigne aujourd'hui soua la dénomination élastique de n préhistoire d.
Mais sans parler de cette période un peu nébuleuse sur laquelle la saine critique n'a pas de prise, et où l'imagination joue toujours un certain rÛle, il est probable que l'agglomération ariésîennc, constituée dans le principe en oppidum fortifié, a été pendant de longs siècles celtique de mœurs et de langage; qu'elle a bénéficia de très bonne heure de son heureuse situation topographique sur un petit plateau insubmersible aux embouchures de l'un des plus grands fleuves de l'Occident; qu'elle a ainsi vécu riche, peuplée, à l'état de ville marchande , emporium à la fois maritime rt continental, et qu'elle peut hardiment porter sur le front de ses plus anciennes ruines une de ces dates effrayantes dont la Syrie j et l'Egypte semblent avoir seules le privilège, — i ,500, peut-éW 1 2,000 ans avant Jésus-Christ.
Très vraisemblablement entourée d'une enceinte continue de murailles massives et tourelées, elle devait présenter cet aspect sombre et triste, caractéristique de toutes les villes de l'époq"* celtique. A peine retrouve-t-on çà et là sur le sol quelques bl"** mégalithiques rappelant les procédés liguriens ou pélas^qu^s. débris sans doute de murailles appareillées, suivant l'usage "* l'époque, sans mortierni ciment. Encore est-il bien dîfflcile d'attf buer à ces ruines informes et clairsemées une date quelconque ^ une destination un peu précise. Inutile d'ajouter qu'il ne re** rien de complet et surtout de parfaitementauthentique remonta' à ces époques lointaines perdues dans l'ombre d'un passé à jan^^ fermé pour nous.
La ville celtique est restée pendant longtemps pure de t^mélange étranger. Toutefois, on ne saurait douter que les Ph.'^^
LA RËGION D'ARLES.
B, dont la présence sur nos côtes est signalée au huitième siècle
rat notre ère, n'aient remonté le Rhône et traversé te dédale
IS étangs navigables qui couvraient alors la majeure partie de l'île
de la Camargue, de la Crau et du Plan-du- Bourg, et fait d'Arles
une de leurs principales escales. Bâtie presque à l'embouchure
du grand fleuve, et communiquant par les étangs avec les branches
ir^bles de la Durance, Arles devait être pour eux une tête dp
le. Elle commandait d'un côté l'entrée du Rhône; elle ouvrait
! l'autre la route de la Méditerranée. C'était, en réalité, la
tiileure porte de la Celtique.
Les Phéniciens, cependant, ne furent pas colonisateurs dans le B territorial du mot ; et leurs établissements eurent plutôt le Bctère temporaire de toutes les choses qui tiennent au com- VCe. Gens de mer et de négoce, vivant très peu sur la terre une, roulant de port en port, et habitant presque toujours les
flancs de leurs navires de charge, ils ont beaucoup exploité
Tes produits et les richesses du sol , sans laisser sur ce sol même
une empreinte bien durable de leur passage. Tout au moins dans
la ville d'Arles leur souvenir s'est-il complètement effacé, et ne
tuve-t-on aucun vestige de leur présence, aucun monument,
ine, aucune inscription, rien qui rappelle la vie, le mou-
;nt et la prospérité d'une occupation permanente.
'origine très ancienne d'Arles est donc de la plus grande pro-
lité; mais ce qui est tout à tait certain, c'est qu'en ces temps
éloignés les eaux du Rhône et des étangs venaient battre de tous
-^tés les murs de la ville et lui donnaient une physionomie lacustre,
Vesque maritime. A l'origine de notre ère, le niveau de la cam-
le d'Arles était presque partout inférieur à celui des eaux
^nnes du Rhône. Le fleuve n'était pas contenu comme
lurd'hui dans un lit défini. Les digues n'existaient pas; et la
! était presque entourée par les eaux d'une immense lagune,
le sorte de mer intérieure. Tout le territoire d'Arles , sauf
Iques reliefs isolés qui émergeaient, était anciennement un
itoire submergé ; il est resté de nos jours un territoire submer-
son existence, comme celle de la Hollande, placée en
3;fi
KlUVIBMK.
contre-bas de la mer du Nord, ne se maintient que dune man>i3^ tout artificielle et sous la protection des digues.
Ces digues, sur le mérite desquelles il est permis de faire bien des réserves, sont une œuvre relativement moderne. Leur cffei, ou plutôt leur prétention, est de protéger d'une manière absolue contre les inondations du Rhône, non seulement toute la régiun riveraine, qui s'étend de Tarascon et de Beaucaire jusqu'à la mer, sur la rive gauche du grand Rhône et sur la rive droite du petit Rhône, mais encore toute l'tle de la Camargue. Les deux tétesde la défense sont la ville de Beaucaire et le massif de la Moatagnette, située à 5 kilomètres au Nord de Tarascon. Les chaussa courent parallèlement aux deux bras du fleuve, et leur hauteur diminue peu à peu jusqu'au rivage maritime. Mêmes dispositions pour la défense de la Caniai^ue. La digue, assez élevée à la pointe du delta, suit les deux côtés de son triangle ; et la protection ifc la grande tle est complétée, le long de la plage, par une chaussée littorale qu'on appelle la a digue à la mer ». \ Cet ensemble de défense a près de 300 kilomètres de dévekppement :
68 sur la rive droite du grand Rhône ou n Rhône d'Arki'\
72 sur la rive droite, de Beaucaire à la mer, et dont la majeuit partie longe le petit Rhône ou « Rhône de Saint-Gilles »;
1 10 environ en Camargue, sur les rives des deux Rhônes;
Près de 40 enfin, bordant la plage et défendant Mie contrels tempêtes et les coups de mer (i).
On ne connaît pas de documents qui permettent d'établir quel» digues aient été l'objet d'un entretien régulier avant le quatorzième siècle; et il est très probable que, vers le douzième et même vers le treizième, elles étaient dans un état fort rudimentairt. abandonnées à l'initiative et à la garde individuelle des intéressés. Cet entretien était alors tout à fait insuffisant pour protéger d'une manière efficace l'ensemble des terres riveraines contre lesgraDdw crues du fleuve. Était-ce un mal? On peut en douter. Les Ég)1>-
) Voir pièce justificative IV.
LA RÉGION D'ARLES. 377
tiens n'ont jamais songé à se défendre contre les crues de leur Nil, qu'ils considéraient comme une divinité protectrice, auxiliaire de leur agriculture; ils regardaient et ils regardent encore avec raison comme une véritable fortune les inondations périodiques de ce fleuve, qui a transformé leur désert brûlant en une fertile plame d'alluvions, Ces riches limons, qu'Hérodote appelait si bien « les présents du fleuve (i) *, ont fait les territoires du Caire et d'Alexandrie, et constituent aujourd'hui la plus grande partie du sol cultivable de l'Egypte. Le niveau de ce sol continuellement engraissé s'exhausse lentement de siècle en siècle; et le fleuve, toujours fécond, vient chaque année arroser, dessaler et amender des surfaces immenses disposées horizontalement pour le recevoir, et sur lesquelles ses eaux boueuses s'étendent en nappes bienfai- »«Rtes, Si l'on endiguait aujourd'hui le Nil, dans deux siècles ^BpÉgypte serait perdue.
^^ Le Nil provençal agissait de la même manière avant que le i génie de l'homme, surexcité par des craintes irréfléchies, eût imaginé de le resserrer entre des digues insubmersibles. Une grande partie des plaines d'Arles et de Beaucaire et toute la Camargue étaient alors périodiquement recouvertes par les eaux d'inondation qui s'y étalaient librement, lentement, sur une faible hauteur, et ne se retiraient qu'après avoir déposé une notable partie des ■ présents » qu'elles tenaient en suspension. Le Rhône, décanté pour ainsi dire, se rendait à la mer à peu près dépouillé de ses troubles; et les embouchures ne présentaient pas cet encombrement de vases contre lesquelles les chasses les plus énergiques des plus fortes crues et les efforts multipliés de l'homme sont restés sans action sensible, L'amélioration agricole de la r^ion marchait de pair avec le maintien d'une passe navigable; et le fleuve, libre et abandonné à lui-même, était l'agent naturel d'un double bienfait.
Nous avons tout changé. Préoccupés uniquement du soin de 'US défendre contre des crues que nous n'avons pas su utiliser,
ipovToû nOTŒ(ioi. (Hbsodot-, pass.)
Dous avons enfermé non seulement les deux Rhônes, mais Durance, le Vidourle, le Vistre, tous les fleuves et tous les ccw^ d'eau qui se rendent à la mer, entre deux digues insubmersibT^^ et nous vivons dans la terreur, hélas! justifiée, de les voir an jour se rompre et le pays balayé par une inondation soudaine.
lit cependant, les 17 millions de mètres cubes de limon quête- RhAne jette annuellement à la mer représentent une surface de plus de 60 hectares, sur une épaisseur moyenne de 2S centinifri très, dont la moitié, le tiers au moins, aurait pu être utilisé pouf l'amélioration et l'exhaussement du sol. Le Rhône aurait donc pn, produire sur notre territoire la même œuvre bienfaisante i^uelol Nil accomplit si régulièrement k la surface de son immense dflta—
Rien de mieux, assurément, que d'entourer d'une chaussée, insubmersible des villes, quelques villages, certains points isolfe du territoire, où, sur une surface restreinte, il peut y avoir cte grandes richesses à protéger; mais, en rase campagne, partout r>è le fleuve peut se répandre sans rencontrer d'obstacle, il eût et* plus sage de le laisser baigner la vaste plaine ouverte devant lui, et sur laquelle ses eaux sans vitesse auraient déposé chaque annfe une nouvelle couche de terre vierge et féconde.
Sans doute, les inondations causent à l'agriculture des d^iti quelquefois très regrettables; mais ces dommages ne sont pres<]i* toujours qu'apparents et temporaires. A la place d'une rccoitt perdue ou emportée, le Rhône dépose souvent un champ d'alluvions dont l'épaisseur peut atteindre 30 centimètres; c'est donc un capital certain substitué à une rente douteuse (1).
A ce singulier résultat vient s'ajouter une considération d'une bien autre gravité. Quel que soit, en effet, le soin avec lequel «s défenses sont établies, quelques dépenses qu'on y consacre, ni"" gré une surveillance active st incessante, tout danger n'a pa.idi.'paru. Sans parler des crues extraordinaires qui peuvent dépasser le niveau des digues, il est clair que la sécurité de tout le terr> toire dépend d'une cause quelquefois futile et presque toujo*»t*
(1) DeGaSparIN, Mémoire sur Us dibordeiients du Rhtiti. (Compte rtiiit*^ * l'Académie des sciences, t. XVIII, année 1844.)
LA RÉGION D-ARLES
■prévue. Un tassement subit, moindre fissure produit
e crevasse cachée au pied de la
aar le cheminement d'un castor
provoquer un désastre; et il y a lieu de remarquer que
la rupture inopinée d'une digue doit produire nécessairement
d'énormes dégâts. Le fleuve fait alors une brèche par laquelle il
ï déverse en cataracte; et tout le territoire est dévasté. Au lieu
me inondation lente et prc^^ressive, c'est un déluge qui balaye
-plaine placée en contre-bas du fleuve et y produit des désor-
BS effroyables.
Les vieilles chroniques de Provence et de Languedoc nous ont teé le souvenir de ces catastrophes (i) ; mais, sans remonter à e époque très éloignée de nous, les inondations de 1840 et de ^1 et celle de 1856 ont été d'autant plus terribles que les [ues plus élevées avaient résisté plus longtemps à la pression eaux du fleuve, et que, lorsqu'elles ont fini par céder, la se entière des eaux s'est précipitée avec fureur, d'une hau- 'de près de 6 mètres, sur une plaine qui n'était nullement ^rée à recevoir une pareille invasion.
FEn 1840 et en 1841, a le champ de l'inondation embrassait une étendue de 43,000 hectares, comprenait trois villes, dix communes, les salines de Peccais, le port d'Aiguesmortes, quatre IHtes importantes , un développement de 98 kilomètres de lux de navigation, sans compter un nombre considérable de lux de dessèchement et d'arrosage. Le chiffre officiel des es causées à l'agriculture seulement s'est élevé à 14 millions, a réparation des chaussées a coûté 1 , 100,000 francs {2) n. £n 1856, les désastres furent plus grands encore. La chaussée Montagnette se rompît brusquement (3). Les eaux, conte-
Voici les dates des principales inDnda.tiDns du Rhâne i e 1336 jusqu'à nos jours, ont causé les plus grands désastres ; 1
1353. '3S8, T433. 147". 'SS4. 'SS6. 1570. 'S»": 'S8i. i 1694, 1706, 1711. :7i5, 1747, 1754. ;7SS. >8oi, 1810, 1
Mfmtire sur l'orgaiiisalion d'un ^ndUat général de Beancair, f fut MM. BouviGR it SuRELL, inghâturx dt la natngatian aire, 15 juillet 1844.
La Montapnette est un massif isolé, de terrain crétacé inféri.
S80 SBCQNDB PARTIE. — CHAPITRE NEUVIBUG.
nues longtemps par cette chaussée, ne purent s'écouler lenlement sur le territoire qu'elles auraient inondé sans doute, mais nW raient certainement pas dévasté. Elles se précipitèrent par la brèche ouverte avec une vitesse désordonnée, et, dans la ville de Tarascon, l'inondation atteignit presque instantanément le premier étage des maisons et prit des proportions effrayantes. Us habitants, qui s'étaient crus un instant protégés par la digue qui venait de se rompre, surpris par l'eau et affolés de terreur, durent percer les toits de leurs maisons pour échapper à une mort certaine. Pour éviter de plus grands malheurs, on fut obligé de coin per la levée du chemin de fer et de laisser les eaux se répandre dans la plaine (i). Les territoires d'Arles et de Tarascon ne furent pas les seuls dévastés et noyés. Les digues du cours inférieur du Rhône ne furent ni emportées ni surmontées ; mais il s'y produisit des brèches par infiltration, et une grande partie de lï zone horizonlale qui s'étend de Beaucaire à la mer fut envahie. Toute la plaine devint un immense lac sillonné de courants et de remous; et les bateaux à vapeur du Rhône purent naviguer jusqu'à Aiguesmortes, éloignée de près de 20 kilomètres du (ieuïf.
2 kilomètres environ au Nord de Tarascon, et longeant le Rhûnc josqu'i !'«"■ bouchure de U Durance. Sa forme est presque celle d'une ellipse, dont it p*™ axe est orient£ du Nord-Est au Sud-Ouest. U largeur du grand aie est de 9 t^i^ mètres; celle du petit aie, de 3. L'altitude des pitons de ce massif vaHi de iM i 160 mètres. La sécheresse et l'aridité de la Montagnette. aux roches dénuda et abruptes, contrastent avec la richesse cl la fertilité de la plaine horiionlale qoi l'entoure, entièrement formée par les alluvions du RhÛne et de la Durann. !<> digue de défense, dite Chaussée de la MoHiagtutle, part de ce massif et s'éM»en aTal, jusqu'au rocher de Tarascon, sur lequel est bâti le célèbre châteio* René, roi troubadour .le Provence ; elle barre ainsi l'entrée de U vallét, Sw développement est de 5 kilomètres environ; c'est l'origine d'une Wga ^ défense continue qui longe le Rhône jusqu'à la mer et protège la plaine d'ArW et toute la rive gauche du fleuve.
(Il <• A Tarascon, les eaux du Rhâne, qui. lors des inondations piécédata, pouvaient s'étendre au large dans la plaine, s'Étant trouvées arrêtées par le àtr min de fer, menaçaient la ville d'un horrible désastre. M. de Crèvecoul, priW des Bouches-du-Rhfine, s'est transporté en toute hite sur les lieux, et, i ordres, les ingénieurs de la Compagnie ont fait couper la levée du chemin ^^ en amont de Tarascon, sur une longueur de 100 mètres, pour donner pu»^'
londation. n Extrait du Courrier de la lirime et de l'Ardiiht du 3 juin jS^'
Cf. Délibératioi
I LA RÉGION D'ARLES. gSt
La ville était entourée d'une tranche d'eau de plus d'un mètre de hauteur, mer boueuse qui interceptait toutes les communications. Les portes furent fermées, et, pendant plusieurs jours, les grosses barques et les sapînes du fleuve vinrent accoster les remparts comme de véritables quais et durent ravitailler la population protégée par son enceinte contre cet ennemi d'une autre nature, Le chiffredes pertes subies par l'agricultures'élevaà près de 15 millions. il est inutile d'insister plus longtemps sur un aussi triste sujet. Le mal est fait. Les digues existent ; on doit les subir, et il est difficile aujourd'hui de s'arrêter dans une voie où l'on s'est engagé sans modération et sous l'empire d'une terreur irréfléchie. Mais si l'on remarque que les terrains défendus sont privés du bienfait du dessalement et du limonage, qu'ils ont une valeur inférieure au moins d'un tiers à celle des terrains inondés, et qu'au surplus ils ne sont pas absolument garantis contre une soudaine irruption
Ides eaux dans des conditions désastreuses, on ne peut que regrelter que l'homme, se substituant à la nature, ait appauvri son |axipre territoire (i).
Ce n'est pas à t'endiguement seul qu'il faut attribuer la transformation de la campagne d'Arles. L'exhaussement continu du Sol est un phénomène commun à tous les marais du littoral, ^mme toutes les lagunes, ce vaste bassin est passé ou doit pas- ^rpar trois périodes distinctes : la première est \^ période mariant, aujourd'hui terminée, qui a duré tant que la navigation a *W possible sur les étangs, qui paraît avoir atteint son apogée ^is la domination romaine, vers le quatrième siècle, et s'est prolongée jusque dans le seizième, époque où les étangs, transformés ^'^ marais pestilentiels, ont été l'objet des premières études de dessèchement.
(1) Les terres situées dans l'intérieur même des digues et inondées périodi- ••toent par le fleuve s'appellent des s/gannaux; leur fertilité est proverbiale.
38a SECONDE PARTIE. — CHAPITRE NEUVIÈME
Le sol s'est ensuite graduellement colmaté. Les pluies ont entraîné dans les parties basses les terres qu'elles avaient détibchées des parties plus élevées. Les inondations successives du Rhône et de la Durance ont déposé, depuis vingt siècles, une prodigieuse quantité d'atterrissements. Les étangs, q quaient entre eux, ont été isolés et se sont trouvés réduits de mares croupissantes. Une grande partie des terrains autri noyés a émergé pendant les sécheresses, en produisant des éra^ nations malsaines. C'est la période marécageuse ou paludêenni, que nous pourrions, à juste titre, appeler aussi période pestiltutielle. Arles la traverse encore; et, bien qu'elle semble touchera sa fin et que l'état sanitaire soit incontestablement supérieur à celui des trois derniers siècles, il est probable qu'il faudra attendre quelque temps encore avant d'entrer définitivement dans li troisième et dernière période, qui sera \a..pértftde agricole.
Les marais d'Arles forment aujourd'hui et formaient surtout. dans les temps anciens, un immense bassin qui commençait ' Tarascon, s'étendait au Sud de la chaîne des Alpines, aux con6ns de la Crau, et se prolongeait jusqu'au golfe de Fos. D'Arlesilî mer, toute la plaine était encore, il y a à peine deux siècles, à peii près recouverte par les eaux qui s'introduisaient à la partie supcrieure soit par le Rhône , soit par la Durance , descendaient, parallèlement à la rive gauche du grand fleuve, le long des basfonds du Plan-du-Bourg et s'écoulaient naturellement à la mer par le Grau-de-Galéjon, alors beaucoup plus ouvert que de nos jours. L'alimentation de cette grande lagune avait donc lieu à la fois par le Nord et par le Sud; et, lorsque les vents du lai^ faisaient gonfler les eaux de la mer, un courant énergique s'établissait dans le Grau-de-Galéjon; les eaux salées étaient refoute dans les étangs et exhaussaient le niveau de tous les marais qui entouraient la ville et produisaient une sorte de petite marée don' la hauteur dépassait quelquefois 60 centimètres (i) .
LA RÉGION D'ARLES
)a peut, dès lors, se représenter assez bien l'aspect de la ville ique , assise sur son plateau de 16 à 20 mitres d'altitude, lurée, du côté de l'Ouest, par le grand bras du Rhône, et baii, du côté de la Crau, par une véritable mer intérieure. Le vilde Castelet, le Mont-d' Argent, Pierre-Feu, Trcbottille. la itagne de Cordes, Montmajour étaient des îles; et la commotion d'Arles avec ce petit archipel ne pouvait avoir lieu que eau. Cette navigation elle-même était d'une nature toute spé- . La profondeur très variable des étangs ne permettait pas ïs des navires de charge. Dans la plupart des cas, ces nappes 1 étaient seulement flottables, et il eût été absolument Imposde s'y engager avec des bateaux calant seulement i'",20. On toétrait alors au moyen de radeaux de formes et de dïmentas diverses, et qui étaient soulevés sur des outres, de manière déplacer qu'une tranche d'eau assez mince. C'est ainsi que riverains de l'Euphrate sillonnent encore aujourd'hui le cours fleuve et tes marais qui l'environnent. De simples plateen planches et poutres reliées entre elles par des cordes des lianes flexibles, sont portées sur des outres qu'il est pos- |e de gonfler d'air par une insufflation directe; et ces bateaux pnvisés naviguent ainsi sur des marais dont la profondeur en certains points, que de quelques centimètres {[}. Cette ïique de ta flottaison au moyen de bateaux soulevés par des es remonte presque aux premiers âges du monde. On la luve dans les vastes deltas du Gange, de l'Indus, de l'Eu- 4e, du Danube, que la race aryenne occupait dans les temps !a préhistoire. La population celtique, qui avait traversé l'Euipe et venait de se répandre sur tes côtes du golfe de Lyon, ■portait naturellement avec elle les usages , les procédés et jUes les industries qu'elle avait de tout temps connus dans Sgioii arrosée de l'Asie (2). Toutes les embouchures des
IngtnîeuT Gorase. au sujet de l'iatroduction des eaux de la mer dans les à d'Arles.
\ TmÉVENOT, Voyage dans tinde. Amsterdain. 1737. I Les outres Étaient autrefois d'un usage très tépandu rigalion réguliire dans ies \%
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grands fleuves dans les mers tranquilles présentent d'ailleui^ des conditions géol(^iques et hydrographiques assez semblables. La région du bas Rhône, te delta en formation, l'archipel vaseux el les bas-fonds indéfinis qui devaient peu à peu constituer laCamjjgue, ne pouvaient être une terre nouvelle pour les premiers Celtes et les premiers Gaulois, rameau détaché de la race asiatique, qui avait longtemps habité les basses vallées des grands fleuves de l'ancien monde. L'aspect de ce territoire inondé ne devait pas les surprendre ; et ils retrouvaient dans cette zone submergée les immenses nappes d'eau se prolongeant jusqu'à la mer, les basses îles boisées et presque flottantes qui semblaient descendre le courï ralenti du fleuve, les flèches d'alluvion coupées çà et là de marais, la plaine verdoyante d'oseraies et de roseaux, l'espace en un mot, et ces grandes lignes horizontales qui donnent aux r^ons tif* embouchures une physionomie si particulière et prêtent un charme étrange à ces pays bas et presque vierges, toujours tristes et silencieux.
Ce n'était pas seulement les marais d'Arles, de Montmajour ti . des Baux que parcouraient ainsi ces m utriculaires a, utricuhrix
mais à la guerre pour la c traversie des rivières, etc.
paludéenne et quelquefois fluviale.
Voir dans Xénophon {De euped. Cyr., 1. 111) les détails tris précis sur 11 construction des ponts soutenus par des outres.
La traversée de l'Oxus par l'armée d'Aleiandre, celle du Rhône par l'annfî d'Hannibal, eurent lieu au moyen de bateaux utriculaires. De véritables équipages de pont, manœuvres par des utriculaires celtibériens, furent employés ps^ César dans ses campagnes en Gaule.
Vires quam pUrimos siranientis referlos dividil ; his incubantes transntrifi amntm. (Q. CuRT., Hist. Alex.. I. Vil, ch. vu.)
Hisfani, sine utla moU in ulres vestimeniis conjeclis, ipsi celritsupposilii'i"''' bantes. fiumen transnata-Bere . (TiT.-Llv., Hist., I. XXI, ch. Xxvii.)
BtU. civ.. 1. I.}
Sifiumina morarentUT. nando Irajidens. vel innix
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tapenunliosdeMpraveneril. (SuEr., ?«/, Cas., ch.