TAM HAEC PER TEM
PORA DVXIT
lA. Allmer, Inscr. ant. de Vienne, n*> 1898.)
physionomie morale de la ville de Vienne aux premiers siècles (i). C'était peut-être alors la plus belle, et très certainement la plus heureuse ville de la Gaule. On y travaillait et on y trafiquait assez peu; mais on paraît, en revanche, y avoir beaucoup aimé le luxe et les arts, la vie facile et le plaisir (2).
Sa situation topographique, l'admirable campagne qui l'entourait, le beau fleuve qui coulait au pied de ses murailles, la modération de son climat, en quelque sorte intermédiaire entre les brouillards glacés de Lyon, les tempêtes de vent et les poudreuses séche-
(i) Le texte et l'esprit surtout des inscriptions de Vienne contrastent d'une manière saisissante avec ceux de la plupart des inscriptions de Lyon. Si l'on en croit ces dernières, les Lyonnais gallo-romains étaient, en général, de mœurs honnêtes et laborieux. L'accord le plus parfait régnait dans les ménages ; les maris étaient fidèles, les épouses chastes, les jeunes gens eux-mêmes sérieux; et les vieillards arrivaient à la fin de leur carrière sans avoir mérité de reproches. A dix-huit siècles de distance, on voit se dessiner les traits du caractère lyonnais, qui n'a certainement pas l'éclat et le charme qui séduisent chez ces populations de la vallée inférieure du Rhône et surtout dans cette u gueuse parfumée de Provence », mais qui, en revanche, se distingue par l'esprit de famille, l'amour du travail et une traditionnelle probité.
Cf. à ce sujet le Corpus des inscriptions de Lyon dans les recueils déjà cités de M. Allmer et le résumé de M. H. Bazin, Lyon gallo-romaitit ch. iv, 1871.
(2) Voir à ce sujet un certain nombre de poteries portant des sculptures avec inscriptions trouvées A Vienne et surtout vis-à-vis de Vienne, sur la rive droite du Rhône, à Sainte-Colombe, dans les ruines du palais du Miroir. Nous n'en citerons que deux très caractéristiques :
i" Un médaillon circulaire, où se voient deux personnages nus, sur un thalamus. Deux amants : lui, couché sur le dos, tient de sa main droite un rhyton qu'il approche de ses lèvres ; elle, assise « cavalièrement »>, le dos tourné vers son compagnon et se regardant dans un miroir. L'inscription est en deux lignes, l'une horizontale, l'autre verticale : ita valeam — ita licet me.
2" Un fragment de vase à couverte rouge, représentant aussi un groupe de deux personnes : lui, assis sur un tabouret à quatre pieds, thranion ; elle, à demi agenouillée. L'inscription MiiaaosiiMvo est rétrograde; et il semble qu'on y ait cherché des difficultés de lecture. II faut probablement lire nvm au lieu de OVM, TE au lieu de i, a au lieu de 11, et elle devient alors, en la lisant au rebours : NVM TE sci(«)dam. C'est le même sujet (Atalante rendant à Méléagre un honteux office) que représentait, d'après Suétone, un tableau de Parrhasius, légué à l'empereur Tibère, avec la faculté de choisir entre ce tableau et un million de sesterces (près de 200,000 francs). Tibère préféra, paraît-il, le tableau et le suspendit même dans sa chambre à coucher. (Sl'Étone, Tib., 45.)
(A. Allmer, Rev. Ipigraph. du midi de la France, n*" 410 et 411.)
Cf. les représentations de même nature trouvées dans les fouilles de Pompéi et d'Herculanum. (Famlm, Peintures, bronees et statues erotiques formant la collection du cabinet secret du musée royal de Naples. Paris, 1832.)
de la PrQvince, la firent rechercher de très bonne heure par les riches patriciens de Rome et finirent par lui obtenir l'honneur d'une résidence impériale. C'était en outre un véritable carrefour. Nous avons vu que six routes y conduisaient; deux allaient à Lyon, deux vers les Alpes ; une autre descendait le Rhône jusqu'à Marseille; une dernière, enfin, se dirigeait vers le plateau central de la Gaule, du côté de l'Helvie. Son enceinte de six mille mètres paraît pouvoir lui assigner une population moyenne de près de cent mille habitants. C'était, Rome excepté, le taux moyen des grandes villes de l'époque.
La décadence commença avec les derniers siècles de l'Empire. Vienne devint alors la petite capitale du premier et éphémère royaume de Bour^t^ne. Séparée de la grande nation qui l'avait élevée et qui était pour elle une vraie source de force et de vie, die (ut à la fois livrée aux invasions des Barbares et à ces déplorables réactions iconoclastes qui ont presque partout marqué l'introduction officielle du christianisme. C'est de cette époque que date la destruction systématique et à peu près complète de ses monuments, de ses statues, de ses objets d'art. La viiîc à peu près ruinée, privée de son enceinte romaine, dut, pour essayer de sauver le peu qui lui restait, se construire une nouvelle ligne intérieure de remparts renfermant à peine le tiers de l'ancienne cité. La gloire de l'Église de Vienne qui fut, pendant plusieurs siècles, la grande métropolitaine et la priiJatialc reconnue de toutes les Gaules, ne put cependant la iver d'une décadence rapide. De chute en chute, l'ancienne impériale en est arrivée à n'être plus aujourd'hui adminis- Iralivement qu'une sous-préfecture de département et, en réalité, lu un faubourg détaché de Lyon. La petite rivière de la Gère, qui la ville en deux, et dont tes eaux sont distribuées ingéiusement à une multitude de roues hydrauliques, lui donne rodant un aspect original et lui assurera toujours un certain ivement industriel; mais ce mouvement est tout à fait local, rien ne peut faire prévoir qu'il prendra un jour une plus ide extension. La fabrique de Lyon a, depuis longtemps,
absorbé celle de Vienne. Modeste escale de la navigation .^ ^^ ^ Rhône, station de troisième ordre du chemin de fer de Lyon L ^^ Méditerranée, la belle et opulente Vienne de Martial est à peL^-^e reconnaissable aujourd'hui. Ce n'est pas encore tout à fait m.Kr-ie ville morte ; mais c'est une ville frappée à mort et que rien -«rme peut plus relever.